“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (76) soigné (76) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (55) entraînant (53) original (52) lyrique (48) sombre (48) communicatif (47) onirique (47) élégant (47) pénétrant (46) audacieux (45) sensible (45) apaisé (44) hypnotique (42) attachant (40) lucide (40) vintage (39) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (29) Romantique (29) orchestral (29) efficace (28) frais (28) intimiste (27) rugueux (27) spontané (27) fait main (26) varié (25) contemplatif (24) funky (23) extravagant (21) nocturne (21) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (16) lourd (16) épique (11) Ambigu (10) heureux (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 30 juillet 2009

Morceau # 7 - Secret Agent

Artiste : Tony Allen
Album : Secret Agent
Morceau : Secret Agent
Année : 2009

Excellente entrée en la matière pour cet album bondissant, amené par celui qui a été qualifié souvent de meilleur batteur du monde. Les roulements de tambours sont effectivement accompagnés de trompette (!) et d'une superbe guitare jazz qui tisse son solo avec classe. Rythme dansant et ambiance funky servent une mélodie accrocheuse. Dommage que la suite ne soit pas à la hauteur.

Morceau # 6 : So Far From Your Weapon

  • Groupe : The Dead Weather
  • Album : Horehound
  • Morceau : So far From Your Weapon
  • Année : 2009

L'album de pièces rapportées ne m'a pas convaincu. La musique est très bonne sans doute, mais l'impression d'avoir déjà entendu ça trop souvent nuit à l'écoute, et d'ailleurs ça reste bien sage quant on était en droit de s'attendre à du bien crade. Mais, comme le disait il y a quelque semaiçnes le chanteur des Obits, c'est de plus en plus dur d'enregistrer à l'ancienne. Je ne sais pas quel est l'avis d'Alison la dessus, mais on est loin de Janis. Reste ce morceau, qui a un côté Cave et gospel et aurait sans doute gagné à être plus long et développé (j'en attends un éventuel remixe). Une bonne démo, en somme.

dimanche 26 juillet 2009

Joanna Newsom




Joanna Newsom a grandi à Nevada City, une ville de 3000 habitants héritière de la ruée sur l’or en Californie. De cette ville viennent aussi le compositeur Terry Riley, Howard Hersh et W. Jay Sydeman - et aussi Alela Diane, qui a rencontré un certain succès récemment avec To Be Still (2009).  


Elle a commencé à jouer de la harpe à huit ans après avoir abandonné le piano (qui restera par la suite son deuxième instrument de prédilection). Sa mère se destinait à être pianiste de concert, son père est guitariste amateur et ses frères et sœur jouent de la batterie et du violoncelle ; il lui semblait naturel de s’intéresser à la musique, et de manière large, avec une affection et une passion qui vont vite en faire une musicienne talentueuse.
Elle a étudié les techniques Celtiques, Sénégalaises, Vénézuéliennes, Africaines et Américaines classiques pour son instrument. Elle a rapidement l’intention de devenir compositrice, tout en révélant bientôt un intérêt nouveau pour le folk et le bluegrass, ainsi que du punk et du jazz. Elle écoute à cette période Karen Dalton, Texas Gladden, Patti Smith et Billie Holiday. C’est ainsi qu’elle commence à chanter en s’accompagnant, non sans avoir auparavant composé quelques morceaux instrumentaux. La première chanson qu’elle composa, Walnut Whales, totalement exubérante, tomba par hasard dans l’oreille de Will Oldham, qui invita Joanna à rejoindre la tournée prévue le printemps 2002 ; elle se retrouva alors à ouvrir pour Devendra Banhart et Cat Power, deux artistes dont la renommée n’a fait que grandir. Que cette renommée ait aujourd’hui atteint la France est révélateur de l’importance du mouvement freak-folk, ou folk alternatif, qui agite l'ouest américain. Ces concerts donnèrent à l’artiste d’excellents retours de la presse nationale. Après le Walnut Whales EP, parut un autre EP, Yarn and Glue, avant que Joanna ne signe avec Drag City Records. La prochaine étape était donc d’enregistrer un album, ce qu’elle fit en 2004.

Joanna Newsom a trouvé matière dans le folk des années 60 – comme le suggère sa collaboration plus tardive avec Roy Harper - autant que dans le bluegrass actuel, plutôt que de reprendre les formules du folk contemporain. Ainsi vont ses inspirations. Mais son jeu unique et l’originalité même du choix de son instrument créent une délicatesse, une ferveur qui lui est propre et qui reflète complètement son identité ; Newsom est précieuse, gracieuse, charmeuse. Sa voix étrange, entre fée et sorcière, attire, fascine.

Lorsque Newsom écrit des chansons, elle jongle avec les objets comme elle le fait avec les époques et les styles ; la collection hétéroclite rassemblée pour The Milk-Eyed Mender rassemble entre autres os de baleines, mollusques, dents, ponts, ballons,  hiboux, gallions en flammes, avec une ferveur enchanteresse et mystérieuse. Un disque est l'occasion d'assembler  les artefacts de son imaginaire, d'opérer de son art à travers eux, à la manière d'une charmeuse d'autrefois. Son inspiration médiévale et sa grâce un peu désuète - au temps de Ys (2006) notamment - , lui donnent l’aspect d’un être hors du temps. Son travail est aussi caractérisé par son ambition et son ampleur, comme en témoigne son dernier triple disque, Have One One Me (2010). Elle semble aussi rechercher aujourd'hui à exprimer une sensualité plus classique.

Newsom considère le compositeur Ruth Crawford Seeger, artiste d’avant garde, comme une influence majeure, jonglant dans le registre folk entre forces d’expérimentation et belles mélodies. C’est toute une vision du monde, que Newsom nous fait revisiter, évoquant les objets de l’existence comme des bijoux, faisant montre d’une coquetterie dans le meilleur sens du terme – un tempérament protecteur de ce qui fait la vie, ses petites joies, servi par une innovation inédite – et avec Ys, son album suivant, elle ira encore bien plus loin, gagnant le mystique territoire de Stormcock, œuvre éternelle du génial Roy Harper, qu’elle rencontrera d’ailleurs – mais ceci est une autre histoire…

Sa carrière solo est une partie de son travail, mais Joanna Newsom est (ou a été) aussi contributrice au groupe de rock bruitiste Nervous Cop, et joue du synthétiseur avec Pleased, un groupe de San Francisco comparable à Blondie ou Television.

samedi 25 juillet 2009

Bowerbirds - Upper Air (2009)

 
Voir aussi la chronique de Hymns for a Dark Horse (2008)
Voir aussi le portrait des Bowerbirds

Parution : juillet 2009
Label : Dead Oceans
Genre : Folk rural
A écouter : House of Diamonds, Beneath Your Tree, Northern Lights

7.25/10
Qualités : vibrant, expressif, élégant, communicatif

Encore une bonne surprise nous vient de la nouvelle génération  folk américaine. Joanna Newsom, Alela Diane, Bill Callahan, Peter Broderick, Justin Vernon, The Low Anthem, Department of Eagles, Akron/Family

On peut parler de phénomène. Devendra Banhart, qui semble avoir été l’un des premiers à s’aventurer dans cette voie, notamment avec Rejoicing the Hands en 2004, fait maintenant presque figure d’ancien. Le plus amusant est que la plupart de ces musiciens se connaissent bien entre eux et se respectent comme les membres d’une famille sans cesse plus importante ; on sait par exemple que Robin Pecknold, le leader des Fleet Foxes, écoute régulièrement Ys de Joanna Newsom qu’il considère comme un chef d’œuvre, et trouve que In Ear Park, de Department of Eagles était le meilleur album de l’année 2008. Son groupe a quant à lui été adulé par la presse et le public la même année. On sait que Bill Callahan a été fiancé avec Joanna Newsom, et que celle-ci est originaire du même village que Alela Diane… On sait que Banhart a réalisé une compilation, Golden Apples of the Sun, qui réunissait ses amis : Vetiver, Six Organs of Admittance, Iron and Wine, Joanna entre autres… Enfin, on sait que lorsque Bowerbirds sortit son premier album, Hymns for a Dark Horse, l’an dernier, Justin Vernon, qui se produit sous le nom de Bon Iver et a publié l’an dernier également l’excellent disque For Emma, Forever Ago, Justin Vernon a trouvé cet album si bon qu’il songé à arrêter la musique. Il a finalement pris les Bowerbirds avec lui en tournée peut être pour surveiller leurs progrès.

Ce ne sont plus seulement des chansons contemplatives comme c’était le cas avec le premier album. L’élément humain est bien présent : son cœur, ses fatigues, ses doutes.

Upper Air est composé de Phil Moore et Beth Tacular, couple entre deux âges apparemment issu de l’Amérique profonde, comme nombre de leurs collègues. Ils sont capables de produire une musique à la fois viscérale et instinctive, souverainement simple, et très évocatrice et communicative. Les couplets sont délivrés avec élégance et dénuement, souvent par Phil Moore, tandis que Beth le rejoint de sa jolie voix par intermittences, et de plus en plus souvent, dirait t-on, au fur et à mesure que s’écoule le disque. La guitare qui ouvre les chemins est très expressive et proche de celle de Justin Vernon sur For Emma..., où elle fait des merveilles pour réchauffer les cœurs transis par l’hiver. Upper Air n’est portant pas un disque d’automne ; il emprunte à chaque saison. Le magnifique Ghost Life s’ouvre par exemple dans les prémices de l’hiver avant que le soleil gagne ; et devient cinq minutes de bonheur davantage que de mélancolie.

Accordéon, chœurs, cordes, piano, orgue ou xylophone s’ajoutent très parcimonieusement au canevas, avec une économie remarquable qui laisse la voix de Phil souvent nue, comme sur Silver Clouds. L’accordéon est magnifique sur Beneath Your Tree, par exemple. La batterie est utilisée avec instinct, avec un coup de caisse claire sensible ; le piano a un son adorable. Musique et paroles évoquent magnifiquement les temps et les espaces, de Northern Lights à Silver Clouds ; ce ne sont plus seulement des chansons contemplatives comme c’était le cas avec le premier album. L’élément humain est bien présent : son cœur, ses fatigues, ses doutes. Il s’agit en somme d’une musique enregistrée comme est effectuée la meilleure peinture, avec économie, intelligence et cohérence.



 

    vendredi 24 juillet 2009

    Dinosaur Jr.


    You're Living All Over Me (1987)

    Bug (1988)

    Green Mind (1991)

    Where You Been (1993)

    Without a Sound (1994)

    Hand It Over (1997)

    Beyond (2007)

    Farm (2009)   I Bet on Sky (2012)

    Jack Penate - Everything is New



    Pardon ? Vous voulez dire qu’il y a eu un autre disque de Jack Penate (Pegnate avec le tilde) avant Everything is new ? Matinée ? Ca m’évoque du Franz Ferdinand premier cru, mais apparemment il s’agissait d’une fantaisie dub et ska, pas le genre des écossais en chemises tailleur. Pourtant, de Take me Out à So Near, les cotillons sont de sortie. Flashback. Oui, donc, So old, on n’en parlera pas, il ne valait rien cet album, Matinée, paraît t-il. De toute façon, comme tout est nouveau, je ne vais pas me donner la peine d’aller me pencher sur les vieilleries (je me demande si je n’ai pas erré en chroniquant Nick Cave, et puis je me dis que non, il vient encore d’assommer je ne sais plus quelle audience londonienne avec sa ferveur coutumière). Tenez, si on essayait de rapprocher Cave et Jack ? Mais pourquoi ? Ca ne parait pas possible ? Manque de bol, tiens, que Matinée soit sorti au même moment que Grinderman. Rien à voir ? Oui, je crois qu’il est temps que je remette Penate sur la platine, je ne l’ai encore écouté qu’une seule fois, et c’est passé tellement vite. Il y a au moins ça en commun avec Grinderman ; mais je vais maintenant laisser le révérend Nicholas Edouard C. regagner ses pégnates et m’intéresser de près à ce disque sucré où tout, nous dit t-on, est nouveau.

    Eh bien, Jack n’est pas près de rejoindre Kate Nash, contrairement à ce qui avait été annoncé. Cet album est époustouflant de maîtrise, presque de bout en bout (excepté Every Glance, tentative de mélancolie). Et dès Pull My Heart Away, on sent le grand potentiel de cette pop décoidémment très anglaise. Le producteur, Paul Epworth, a été le compagnon des Futureheads, de Maximo Park, de Bloc Party ou des Rakes. Bloc Party, notamment, dont l’album Silent Alarm (le meilleur, le seul, l’unique) avait cette propension à être efficace de bout en bout. Jack et Kele partagent aussi l’inspiration the Cure, et on retrouve dans leur voix un peu de l’ouverture de celle de Robert Smith, qui peut en agacer certains mis qui selon moi constitue un critère de la musique anglaise intéressante ; et ce depuis, disons Adam Ant sur Kings of The Wild Frontier. Une musique bien anglaise, électro et guitaristique donc, si ce n’est qu’elle est ici traversée de part en partst par de la soul, du calypso, de la musique africaine ou du reggae (Tonight’s Today, premier single extrait) qui emporte ce qui aurait pu être de la trempe des chansons heureuses de Cure vers un endroit chaleureux, presque chaud. Be The One, comme Tonight’s Today, est construite autour de la répétition du refrain, sans pénaliser le morceau. Il s’agit avant tout de dancer, pas de songwriting, de toute façon. Les influences diverses qu’on peut y coller lui donnent éventuellement l’étiquette rock. So Near est une nouvelle preuve que cette formule bigarrée marche à merveille, au moins pour quelque temps. Let’s All die est un exercice surprenant, comme sorti du monde des morts dans Les Noces Funèbres de Tim Burton. Et il y a plus…


    Alors, tout n’est pas nouveau, mais le feeling très positif de l’ensemble crée une énergie inédite dans la pop anglaise, un cran au-dessus de Vampire Weekend ou des Talking Heads, et presque au niveau de Merriweather Post Pavillon des New Yorkais d’Animal Collective.

    Parution : juillet 2009
    Label : XL Recordings
    Genre : Pop
    A écouter : Pull my Heart Away, So Near

    6.50/10
    Qualités : entraînant


      mercredi 22 juillet 2009

      Morceau # 5 : Wildbirds and Peacedrums - My Heart

      • Groupe : Wildbrirds and Peacedrums
      • Album : The Snake
      • Morceau : My Heart
      • Parution : 2009
      • Label : Leaf
      Interprété par un groupe composé de deux musiciens uniquement, et la comparaison ne s'arrête pas là avec les White Stripes ; sauf qu'ici, c'est la fille au chant, et le gars aux percussions (xylophone, notamment), et que ce sont des suédois qui livrent avec The Snake leur premier album. My Heart est un morceau de blues à la fois épique et léger, de presque huit minutes qui n'aurait pas dépareillé sur Get Behind Me Satan. Se termine en beauté, avec des choeurs, comme un chant de liberté.

      Grinderman - Grinderman (2007)




      OO
      spontané, groovy, ludique
      Rock
       
      A l’heure où des musiciens à face de bébé envahissent le champ de l’excellence (Arctic Monkeys, Animal Collective, Fleet Foxes, Bon Iver… ) voir surgir un album débraillé à effigie de singe radioactif vert fluo se faisant doucher et enseigne néon, amené par une bande de quinquagénaires, un album aussi iconoclaste, et aussi cohérent, vicelard et efficace que l’est Grinderman (nom de l’album et du groupe), est plaisant.

      Et ça aurait pu s’arrêter là, si le meneur du groupe en question n’était Nick Cave, australien complexé et musicien à la longue carrière, prêt, sur musique bruitiste ou belle à pleurer, à implorer Dieu et à remuer les enfers en tous sens avec des gestes de prédicateur et des mimiques uniques, ainsi que deux expressions faciales distinctes. L'homme, aujourd'hui mature, a deux familles, deux territoires (l'Australie et Londres) comme il a dans sa discographie une bipolarité. Il va avec Grinderman ouvrir une soupape de sécurité et lâcher une énergie viscérale qui caractérise ses premiers enregistrements.
       
      Il y a le à partage quelques éclairs de lucidité mâtinés de pessimisme sur voix de gospel (« My Face is finished, My Body’s Gone »). Cet artiste unique brise ici une mécanique solo bien huilée qui confinait au maniérisme (Abattoir Blues/Lyre of Orpheus). Le nouvel état de grâce se traduit notamment par davantage de bruit et de brutalité. Cave semble s'être senti menacé par les frais visages qui l'entourent sur la scène actuelle et avoir pris le parti de revenir à plus de grossièreté et de fraîcheur dans le son, tandis que la crudité et l’humour demeurent inchangés dans les textes. Grinderman apparaît comme un disque immédiatement amusant dans la discographie d'un artiste dont les albums se bonnifient avec l'âge.

      Pour l’exercice, il est ici entouré, comme à l’accoutumée, des fameux Bad Seeds (moins Mick Harvey) ; Warren Ellis, Jim Sclavunos et Martyn Casey. Les musiciens mélangent ici groove, rythmes de grandes balades, blues, expérimentation électrique sous acide et riffs rugueux.

      Les gimmicks sont tirés vers le bas, détunés, désaxés. Et toujours, la volonté de (se) surprendre : Man In the Moon, courte balade, brise la dynamique infernale et bruitiste pour proposer un chant lyrique. Claviers et violons, plutôt que d’assainir les morceaux se chargent de les hanter, à la manière du Velvet Underground ; et Cave est alors comme une chauve souris geignant dans un obscur tunnel. Les guitares abrasives sont parfois, aussi, flegmatiques ; les humeurs, généralement survoltées, se complaisent dans la distorsion. Presque explosif (Love Bomb…), cet album en appelle à l’action immédiate (Get It On). Le tout s’écoule, à une vitesse déconvenue, comme le cœur d’un vortex autour duquel l’auditeur gravite à toute vitesse (Let’s Fly To Mars…), tiraillé entre l’impression d’assister à un débinage sordide et à un exercice de santé extravagant. Mais surtout, on retiendra l'extraordinaire numéro de mâle frustré qu'est No Pussy Blues.

      mardi 21 juillet 2009

      Arcade Fire - Funeral (2004)



      Malgré son titre, Funeral est une bouffée de joie, certes teintée de mélancolie mais pleine de verve et de foi. Un projet incomparable à sa sortie, il fait aujourd’hui des émules dont Broken Records. Les écouter, c’est juste une manière de s’assurer que Arcade Fire sont uniques et imbattables. C’est un album facile à approcher, ouvert, beau et chaleureux.


      Et pourtant, l’alchimie qui le constitue n’est pas une évidence, c’est même une curiosité ; dix musiciens dotés de différents talents, dont un chanteur admirateur de David Bowie et sa compagne à croquer… Win Butler, le meneur et chanteur principal du groupe, joue aussi de la guitare à douze cordes, du piano et de la basse ; sa compagne Régine Chassagne, originaire d'Haïti ("Haïti, mon pays") occupe quand à elle la batterie, le piano, l’accordéon, le xylophone, les percussions, etc… ils sont accompagnés de Will Butler, de Richard Parry, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld de Godspeed You! Black Emperor et Jeremy Gara, et davantage de camarades encore lorsque le groupe se produit en live. On pense alors à Broken Social Scene, un combo de 18 musiciens, lui aussi Canadien. Toute cette bande, camouflés ici derrière un titre étrange (dût au fait qu’il y ait eu plusieurs décès dans l’entourage du groupe pendant l’enregistrement du disque), Funéral, et sa pochette aussi charmante que l’est la musique, avec cette plume qui laisse une belle manifestation de Rebellion électrique, et renvoie aux fulgurances de la musique même.


      Ce qu’a Funeral de rock, c’est cette énergie, ici extraordinairement positive ; il a aussi des hymnes redoutables ; Power Out, Rebellion ; il a des folies lyriques et intimistes ; Tunnels, Crown of love ; et enfin, les cris fiévreux de Butler sur Wake Up qui sonnent tellement sincères et urgents. Mais comment sont construits ces morceaux, et avec quels instruments ? Violon, accordéon, guitare et piano dessinent les mélodies, croissent et se multiplient, se rejoignent et s’envolent ; les « pièces », puisqu’il y a ce côté de petit théâtre éblouissant, les pièces atteignent souvent cinq minutes. Le temps pour l’énergie de se libérer, pour la musique de briller de tous ces feux et par tous ses travers. Pourtant, il y a une forte focalisation dans chacun des morceaux, tout pour amener le groupe et l’auditeur à ce fameux point de non-retour que prodigue la meilleure musique. Il y a une vraie volonté de partage, d’ouverture, par le biais de l’instrumentation faste et variée et de la voix sans retenue et parfois à la limite de la justesse de Butler. Les dynamiques se multiplient, comme sur Wake Up, l’un des meilleurs morceaux, ou le tempo est brisé après une magnifique montée en puissance, pour se terminer en comptine dictée au xylophone.


      Les textes parlent de famille, de racines, de mort, d’innocence perdue, de voisins (concept amusant de quatre morceaux de « voisinage », les « Neighborhood » , d’amour et du plaisir d’être assis sur le siège arrière, là où on ne conduit pas… In the back seat, dernier morceau chanté par Régine Chassagne. Laïka et Haïti s’inspirent tous deux de musiques traditionnelles, tout en proposant comme le reste des passages lyriques ou plus enlevés ; tandis que Rebellion, sans doute le morceau le moins changeant, est à la fois politique, sentimental et naïf. Arcade Fire fait une musique ancrée dans une certaine tradition lyrique.


      La sympathie que provoque le groupe est complète et ultime ; ils ont l’attitude (amicale), l’amour simple de la musique, ils savent provoquer l’émotion et ont de surcroît l’honnêteté de signer le livret qui accompagne le disque. Que demander de plus ? Depuis, le groupe est devenu un phénomène (les autocollants « album de l’année 2004 » ont fleuri), et a publié un second album et un DVD.


      Neon Bible (2008) continuera l’aventure avec un nouveau venu de taille : l’orgue, qui va encore ajouter pour attirer les fidèles, transformer Arcade Fire en messies adulés, pour notre bonheur, et pour le malheur de ceux que le chant théâtral et fragile de Win insupportent.
      Parution : 2004
      Label : Merge
      Genre : Rock choral, Pop baroque
      A écouter : Power Out, Crown Of Love, Wake Up

      8.25/10
      Qualités : original, communicatif, vibrant, ludique, lyrique

        Morceau # 4 : Arcade Fire - No Cars Go

        • Groupe : Arcade Fire
        • Album : Neon Bible
        • Morceau : No Cars Go
        • Parution : 2004, 2007

        La plus fameuse et brute manifestation poétique d’Arcade Fire, groupe-famille composé de musiciens omnipotents et sensibles. Magnifique chanson lyrique dont les paroles laissent rêveur. Le rythme et la dynamique sont ceux d’un hymne festif, et l’utilisation d’instruments à vent et d’accordéon, chère au groupe, renforce cette idée. On préfèrera la version présente sur Neon Bible à celle proposée sur le premier maxi du groupe, d’ailleurs intitulé « No Cars Go ».

        Morceau # 3 : Fucked Up - Son The Father

        • Groupe : Fucked Up
        • Album : Chemistry of Common Life
        • Morceau : Son The Father
        • Parution : 2008
        Attention : ne vous laissez pas tromper par l’introduction au flutiau de ce morceau qui vous réserve tant de surprises… Fucked Up, avec Chemistry of Common Life, a été souvent annoncé comme le grand album de rock de l’année 2008, et cet extrait incroyable, qui ouvre l’album, en est un belle preuve. Dommage que le reste manque de concision. Ici, les guitares sonnent épiques et le chant à deux voix atteint des sommets d’intensité, mélange de joie et de colère. Structure classique mais imparable ; un Nugget !

        My Bloody Valentine - Isn't Anything (1988)




        OOOO
        ambigu/expérimental/efficace
        Noise rock/Indie rock/pop

        De l’autre côté de la manche  My Bloody Valentine sont des demi-dieux, déclenchant un épisodique tonnerre  avant lequel le public est prié d’enfoncer bien loin dans ses oreilles les bouchons qui lui sont offerts. Fuzz, feedback et larsens ont tôt fait de rendre sourds les récalcitrants.

        Fondus comme nul autre dans la manne de la fin des années 80 et du début des 90’s, qui avait pour mission d’assassiner la pop (ou du moins d’y échapper) à l’instar de Sonic Youth, Nirvana les Pixies ou Jesus and Mary Chain, ces demi-dieux ne sont en réalité que quatre ados, et pas les mieux soignés. Une jeunesse fougueuse qui appelle les influences autant qu’elle les rejette. My Bloody Valentine, groupe irlandais qu’on a du mal, avant tout pour des raisons esthétiques concernant aussi bien ses musiciens (ados gras, sales, chaotiques), à imaginer passer à la radio ou à la télévision.
        Sur la pochette, les membres du groupe apparaissent (transparaissent ?) plus gueules d’ange qu’a l’accoutumée, grâce au traitement phantasmatique qui leur est réservé. Ils ne se montrent qu’a travers une manne de lumière, un philtre ; impression que l’on retrouve dans la musique, puisque les voix ne sont les plus belles que posées au-dessus d’une trame filtrante de guitares et de sons générés. Impression que l’on retrouve aussi dans l’immédiateté, qui est comme un flash lumineux.

        Parmi le quatre membres du groupe, Kevin Shields et Belinda Butcher sont les maîtres d’œuvre ; ils se partagent l’écriture des textes, et Shields s’occupe de la musique.

        La production de Kevin Shields est parfaite. D'un talent, elle deviendra sur l'album suivant l'obsession d'une 'perfection' subjective, poursuivie sans relâche. Le son est saturé sans être confus, compact sans être crade. Les moyens sont grands pour donner aux guitares relief et puissance. Il s’agit en effet de toujours pousser plus loin le déréglage pour que jamais l’instrument ne sonne à la manière dont le voulaient ceux qui l’on conçu. L’instrument est sublimé en douleur. Pour créer l’urgence, la candeur, l’immédiateté, le déséquilibre. Et ensuite, d’encadrer cette matière électrique soigneusement découpée par une batterie très dynamique, privilégiant les rafales de caisse claire. L’audace de l’exercice n’est pas mesurable.

        On s’attache au chant, unique. Entre sérénité crâneuse et vaporeuse, et les chœurs de Belinda Butcher qui se greffent comme une autre composante essentielle du son du groupe.
        Les morceaux, comme taillés dans le brut, révèlent pourtant des mélodies souvent sentimentales, tèrs concises. L’album s’écoule, quelques chansons se démarquent, mais pas nécessairement. Les onze pistes passent comme un orage de milieu de journée.

        Les textes sont sans équivoque et sans détour, mais pas sans imagerie juvénile parfaitement dans l’air du temps. C’est ce que je reprocherai au second album, Loveless (1991); les morceaux en veulent trop ; c’est, trois ans plus tard, la perte de l’innocence. Isn’t Anithing est un album ciselé et intelligent, instinctif.
        C’est par expétrimentations que le groupe en est arrivé là, avec le maxi single You Made me Realise, sorti en juillet 1988. Approximations, désirs, jeunesse : Rock’n Roll ! Ensuite, Isn’t Anithing est né, pour l’enregistrement duquel, selon la légende, les musiciens ne dormaient qu’environ deux heures par nuit.



        vendredi 17 juillet 2009

        PJ Harvey et John Parish - Black Hearted Love (2009)


        Voir aussi la chronique de Let England Shake (2011)


        Black Hearted Love est un morceau extraordinaire. Il ouvre le dernier Polly Jean Harvey, A Woman A Man Walked By. Co-écrit avec John Parish, adepte so british d’expérimentation anti-radio évoquant Nick Cave (qui ne sera jamais mainstream, bien qu’indispensable), l’album oscille entre morceaux éthérés, rock déséquilibré et punk déjanté : Pigs Will Not. Un peu rude à l’écoute, on préfèrera To Bring You My Love (qui a comme point comme avec A woman... l’utilisation du morceau titre comme première et meilleure piste du disque). Dans les deux cas, la chanteuse comparée à Patti Smith est bien entourée (Le producteur Flood, présent depuis To Bring You My Love (1995)...), et si le résultat est un peu inégal, des alchimies comme Black Hearted Love justifient haut la main la continuation d’un étonnant travail de duo (John Parish avait déjà prêté son talent sur Dance Hall at Louse Point, en 1996).

        Que ceux qui ne sont pas encore tombés amoureux de Polly écoutent donc ce morceau ; rugueux, sensuel, sombre, charnel, comme ce que l’anglaise nous a habitués à écouter, elle qui est l’une des grandes voix des 90’s. Le refrain est irrésistible, la tension palpable. Les thèmes de prédilection de Harvey, rage, honte, intimité, reviennent encore hanter ses lignes, qu’elles a pourtant voulues sur cet album bien différentes de ce qu’elle a pu faire auparavant, renouvelées. 

        Pour la suite, le single contient deux morceaux inédits chantés par Parish (Within a Month et False Fire) et diablement punk, mais dans le bon sens du terme (il n’y a qu’a voir la photo pour comprendre) : toujours loin du mauvais goût. Ainsi le texte chanté au vocodeur sur la deuxième piste est de Shakespeare…

        Parution : avril 2009
        Label : Island Records
        Genre : rock  Qualités : sensuel, rugueux, intense

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