“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (76) soigné (76) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (55) entraînant (53) original (52) lyrique (48) sombre (48) communicatif (47) onirique (47) élégant (47) pénétrant (46) audacieux (45) sensible (45) apaisé (44) hypnotique (42) attachant (40) lucide (40) vintage (39) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (29) Romantique (29) orchestral (29) efficace (28) frais (28) intimiste (27) rugueux (27) spontané (27) fait main (26) varié (25) contemplatif (24) funky (23) extravagant (21) nocturne (21) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (16) lourd (16) épique (11) Ambigu (10) heureux (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 30 août 2009

Comets on Fire


Comets On Fire est un groupe de rock indépendant formé en 1999 à Santa Cruz (Californie) par le chanteur et guitariste Ethan Miller et son ami de longue date le bassiste Ben Flashman.


Le groupe débute en 1999 et sort son premier album sur Alternative Tentacles, le label de Jello Biafra. Cet album témoigne des influences des Butthole Surfers, d'Hawkwind et du MC5. L'album suivant Field Recordings from the Sun sur le label Ba Da Bing fut l'occasion d'un élargissement de l'enregistrement avec des saxophones ajoutés à leurs morceaux de rock bruitiste. Ben Chasny de Six Organs of Admittance rejoint officiellement le groupe en 2003, avant l'enregistrement de leur album suivant. Il avait cependant déjà joué et enregistré avec eux.

Cette nouvelle formation obtint un contrat avec le label Sub Pop et sortit Blue Cathedral qui sera un succès critique. Cet album leur offrit un nouveau public et leur permit de tourner en première partie de Sonic Youth , Dinosaur Jr et Mudhoney. En 2006, Comets on Fire sort son quatrième album, Avatar.

Discographie sélective


2002 : Fields Recordings From The Sun
2004 : Blue Cathedral
2006 : Avatar

    Magik Markers


    Magik Markers est un groupe de noise rock de Hartford, Connecticut. Composé à l'origine de Elisa Ambrogio, Pete Nolan et Leah Quimby, le groupe a démarré dans un sous-sol en 2001. Après l'ouverture pour Sonic Youth lors de leur tournée américaine en 2004, le groupe a gagné en notoriété. Leur premier album, I Trust My Guitar, Etc. (sorti en vinyle uniquement), est publié en 2005 sur le label de Thurston Moore, Ecstatic Peace.

    En 2006, ils sortent A Panegyric to The Things I Don't Understand sous Gulcher Records, leur premier vrai disque. Toujours en 2006, le groupe enregistre une session pour Southern Records, qui a été publiée sous le titre The Voldoror Dance. Leah Quimby quitte le groupe en mai 2006. Diverses personnes l’on remplacé avant que Magic Markers ne devienne finalement un duo composé des membres originaux Pete et Elisa. En Septembre 2007, le groupe sort Boss, qui a été produit par Lee Ranaldo. Ca a été l'enregistrement le plus structuré des Magic Markers ont publié à ce jour. Suivi dans la foulée de For Sada Jane et de Road Pussy, le groupe tente de capter le sons de pratiques studio, en opposition aux performances chaotiques de leurs apparitions live.

    Magik Markers ont depuis fait des tournées aux États-Unis et en Europe. Depuis leur création, Peter Nolan n’a cessé de produire des disques en édition limitée et documents instantanés, tous avec artworks faits à la main, destinés à un public restreint.

    Elisa Ambrogio a rejoint récemment Six Organs of Admittance sur une tournée Américaine et deux Européennes. Peter Nolan et son groupe Spectre Folk ont joué leur première tournée au Royaume-Uni, avec Julie Tomlinson et John Truscinski. Elisa Ambrogio a également enregistré un disque et joué avec les Dirty Stealer (avec les membres de Comets on Fire) et a contribué à l'écriture de divers projets.

    Discographie sélective

    • 2004 : Blues for Randy Sutherland

    • 2006 : A Panegyric to the Things I Do Not Understand

    • 2007 : Boss

    Black Francis


    De son vrai nom Charles Michael Kittridge Thompson IV, membre fondateur des Pixies, né en 1965 dans la Massachusetts. En 1986, étudiant à Boston, il prend le pseudonyme de Black Francis et fonde les Pixies avec son colocataire, le guitariste Joey Santiago, recrutant Kim Deal à la basse et David Lovering à la batterie. En quelques années et quatre albums historiques, cette formation va changer la face du rock indépendant américain, permettant l’éclosion d’une nouvelle vague de groupes fortement influencés par leur son et leur attitude. Ainsi Kurt Cobain ne cachera jamais tout ce que Nirvana doit aux Pixies.

    En 1992, au moment de la séparation du groupe, Black Francis change son pseudo en Franck Black.

    Avec l’aide d’Eric Drew Feldman (Captain Beefheart, Père Ubu), il publie en 1993, après le lancement d’une inattendue reprise électro de Hang On To Your Ego des Beach Boys (extrait de leur album Pet Sounds), son premier album, Frank Black, salué par la critique.
    En dehors d’un hommage aux Ramones (le lyrique I Heard Ramona Sing : « The speed they’re travelling/They are the only thing ») et de la reprise de Brian Wilson, on retrouve dans ce premier album les thèmes favoris de l’ex-leader des Pixies : extraterrestres, planètes lointaines, distorsions spatio-temporelles, folie douce, ésotérisme, etc. Frank Black s’y essaye à différents styles de chant (du langoureux Everytime I Go Around Here au hurlant Ten Percenter), y compris parfois dans un seul et même morceau (Parry The Wind High, Low). Il poursuit, avec une orchestration élargie (cordes, cuivres), les expérimentations déjà perceptibles dans les deux derniers albums des Pixies, Bossanova (1990) et Trompe le monde (1991) et semble gagner en ambition et en puissance vocale ce qu’il perd en légèreté et efficacité.

    Avec le très dense Teenager Of The Year, sorti un an plus tard, la prolixité de Frank Black se change en gloutonnerie : 23 morceaux inégaux s’y succèdent à un rythme échevelé. D’une chanson à l’autre, on change d’univers sonore et mélodique, F. Black s’amusant à multiplier les ruptures de style, passant d’un court morceau hardcore (Thalassocracy) à une douceâtre chanson reggae (Fiddle Riddle) puis à une composition aérienne indécidable (The Vanishing Spies), etc. Les thèmes, eux, ne varient pas : astrophysique, science fiction, caprices de l’espace physique, etc.

    Si Teenager Of The Year reste aujourd’hui l’un des albums préférés des fans de Frank Black, à cause sans doute de sa largesse, l’album est un échec commercial. Frank Black traverse alors une période de crise d’inspiration et renoue avec ses premières amours, le punk-rock hardcore, s’appliquant à composer des titres moins ambitieux.

    Sur sa lancée, F. Black s’adjoint un groupe, The Catholics, et fait paraître un disque tout aussi brutal et électrique, Frank Black and The Catholics, dans lequel le morceau The Man Who Was Too Loud fait office de confession sur les raisons de ce tournant musical (« He’s not the man that he used to be »). L’unique ballade de l’album, Dog Gone, est une des plus personnelles et déchirantes de l’auteur.

    F. Black se sépare se remarie dans les années 2000 avec la bassiste et chanteuse Violet Clark, avec qui il aura plusieurs enfants et fondera quelques années plus tard le duo Grand Duchy. Il abandonne son groupe les Catholics et part enregistrer à Nashville, en compagnie d’un certain nombre de grands noms (le légendaire guitariste Steve Cropper, Buddy Miller, Reggie Young, le bassiste David Hood), l’album Honeycomb, à ce jour sans doute sa plus grande réussite. Doux-amer mais serein, dépouillé de toute explosion de rage, Honeycomb explore avec tendresse et professionnalisme divers aspects de l’americana : country, folk, soul. F. Black y interprète une version très réussie du célèbre At The Dark End Of The Street de James Carr.

    Courant 2006, Frank Black reprend son pseudonyme du temps des Pixies et redevient Black Francis.

    Discographie sélective :
    • 1988 : Surfer Rosa
    • 1989 : Doolittle
    • 1993 : Franck Black
    • 1994 : Teenager of the Year
    • 1996 ; The Cult of Ray
    • 2009 : Petits Fours (Grand Duchy)


    Pour une discographie complète et commentée, voir Wikipédia.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Black

    Califone - Heron King Blues


    Califone est un groupe rock expérimental de Chicago constitué de Tim Rutili, Joe Adamik, Jim Becke et Ben Massarella.

    Chicago est une ville de grands espaces, de parcs où épier le soleil monter et descendre, de lacs sillonnés par de beaux voiliers paresseux. Le groupe y produit une musique paisible, bien loin des éructations sèches de Detroit (The White Stripes, The Black Keys, The Stooges). Entre ballet aérien et groove électrique, la musique de Heron King Blues est faite d’une maille de notes de banjo, de guitare électroacoustique, de percussions exotiques et de beats. Mais plus que cela ; on y entend du piano, des boucles électroniques, de l’orgue, du violon. C’est en quelque sorte un assemblage post-rock mâtiné de blues et de free-jazz, avec des touches d’electronica et de world music, pour une formation qui cherche de nouvelles voies (voiles ?) afin de prendre le large de son succès critique, Roomsound (2001). Avec Heron King Blues en 2004 Califone est en chemin vers une nouvelle destination ; l’autre côté du lac ou bien l’autre côté de l’atlantique ? Un peu des deux ; Sawtooth Sung a Cheater’s Song a le flegme d’un trois mats dérivant dans un calme plat, mais la fin du morceau nous amène sur le continent africain. Cependant, la musique, excentrique, reste impressionnante même lorsque les morceaux semblent faire du sur-place.

    Il y a cependant une progression tout au long du disque. Tout commence très lentement avec Wingbone et Trick Bird, ou plane un peu l’esprit Tv on the Radio, comme sur Apple. Sur la deuxième face du disque, 2 Sisters Drunk on Each Other et Heron King Blues poussent plus loin la veine expérimentaliste, remontant les pétards de fond de cale et les cuivres pour des cocktails explosifs de musique métissée. Les pulsations qui en résultent se répercutent jusque dans les rues du centre-ville. Heron King Blues dure quatorze minutes, une quart d’heure d’improvisation dans le sillage d’un sac de cordes quelque peu ardu à démêler. Mais s’il y a ça et là des nœuds dans la musique de Califone, il faut laisser courir, et, plutôt que de tenter une immersion complète, se laisser flotter sur cette riche trame, qui laisse tout de même suffisamment d’énergie comme on l’aime au dessus de la ligne de flottaison. Un groupe qui n’a besoin que d’un peu de vent pour avancer loin, loin, et nous laisser quelques pièces sourdes, délicates et distinctes.

    • Parution : février 2004
    • Label : Thrill Jockey
    • A écouter : Trick Bird, Sawtooth Sung a Cheater's Song

    vendredi 28 août 2009

    Talking Heads - Remain in Light


    Quelques groupes d’aujourd’hui, comme Yeasayer, Animal Collective ou Akron/Family aux Etats Unis, ou bien les projets de Damon Albarn sur Albion construisent à leur façon des passerelles entre différents mondes, ajoutant une dose de world-music afin de sortir d’un carcan pop étouffant ; à leur époque, les Talking Heads l’ont fait, avec notamment cet album produit une nouvelle fois par Brian Eno (connu notamment pour son travail avec David Bowie sur Low, Heroes et Lodger, ainsi que pour des travaux en solo comme Here comes the Warm Jets ou Another Green World, et pour My Life in the Bush of Ghosts conçu avec David Byrne – leader des Talking Heads). En ce qui concerne David Bowie, on a l’impression que ces médiocres albums des années 80 (Let’s Dance, Tonight et Never Let me Down) ont été fortement inspirés par le travail des Talking Heads – ou de Peter Gabriel. Dans les deux cas, il s’agit d’insuffler un souffle « d’ailleurs » à une musique anglaise qui redoute de ne faire que se répéter. Et ce qui est étrange, c’est que les musiques de cette époques étaient à la fois exotiques et par moment suprêmement agaçantes, comme si elles contenaient le syndrome de leur temps.


    Il y a pourtant alors, en Angleterre, une foule de groupes qui vont apporter infiniment plus à la musique que nombre de leurs prédécesseurs des seventies (dont l’a fin annoncée est symbolisée par l’explosion de Pink Floyd au chevet de son dernier chef d’œuvre, The Wall : dans le cœur l’un des premier disques des années 80) ; Joy Division/New Order, The Cure, Adam and The Ants, Gary Newman ; les mouvements post-punk (qui succèdent aux Sex Pistols) et new wave apportent terreurs soniques et fantaisies artificielles. La musique populaire fait un pas de plus loin de l’innocence. Les groupes effrayants sont ceux qui marchent, parce qu’ils s’opposent à une culture disco de plus en plus envahissante et apparemment stérile : Joy Division est alors le plus grand groupe du monde, amené par un leader névrosé et malade qui finira par se suicider ! Etrange période de sons synthétiques, humeurs mauvaises bardées de mascara, tandis que les mannequins sympa des jaquettes de Roxy Music ont laissé la place à des mises en scène morbides, fluo et pathétiques (Here Comes the Warm Jets ; Three Imaginary Boys …) Heureusement, on est aujourd’hui assez éloignés de cette obscure période pour pouvoir revenir sur les vraies réussites artistiques en son sein. Elles ne manquent pas.


    Remain In Light est un cocktail de new wave, de world music de post punk et surtout de pop eighties très cohérent, avec des morceaux longs, des solos de guitares à figures qui ont inspiré Radiohead (Radio Head, le nom du groupe, vient d’un morceau des Talking Heads) et font penser à Robert Fripp sur Baby’s on Fire. Il est la suite logique de Fear of Music, paru en 1979, et le début de ce qui a été qualifié d’avant-primitivism. Les morceaux sont construits autour d’un riff répété indéfiniment, un groove funk avec basse bondissante. C’est cette linéarité que l’on retrouve dans la musique africaine (m’aventurant en terrain non maitrisé, je me contenterai de citer Tinariwen, groupe qui connait depuis quelques temps un regain d’intérêt). Les instruments sont joués condensés, entremêlés – et il y a de nombreuses apparitions des guests - comme un Bush. Le travail en collaboration avec Brian Eno est palpable, dans les conductions rythmiques urgentes, et le peu de glam-rock qui reste se mêle à un funk Américain extatique. Dire que le disque est d’avant-garde, n’est pas exact ; il est un meilleur moyen de se familiariser avec deux bêtes peu abordables (que ce soit Talking Heads 77, Another Green World ou, à plus forte raison, My Life in the Bush of Ghosts et ses voix piquées au hasard à la radio).


    Les trois premiers morceaux, qui constituent le première face du disque s’avalent avec une délectation particulière. C’est une perpétuelle cavalcade en avant, quelque chose de foutrement volumique et rock. The Great Curve est un morceau glam au rythme endiablé. Eno, véritable cinquième membre du groupe ici, est connu pour avoir popularisé une musique pour danser et pour penser. Ici, les paroles sont refusées à toute prétention, et c’est l’énergie plus que l’appréhension qui prime, malgré toutes les bizarreries de parcours. Surtout, c’est un album qui reste moderne et frais, presque trente ans après sa parution. Etant donné sa forte identité, c’est un signe que les formes qu’il contient ont une sorte de sagesse inaltérable (d’ailleurs commune aux travaux de Brian Eno encore référents aujourd’hui). Once in a Lifetime, le single, restera l’un des plus célèbres morceaux du groupe. Le chant de Byrne y est plein de suspense.


    C’est un album entre lumière et obscurité. Comme de nombreux disques à cette période, il y a une hésitation entre une bé-attitude eighties et le pessimisme tourné en mythique incarné par Joy Division. Le dernier morceau, The Overload, est ainsi une pure imitation de ce qu’avaient fait les Mancuniens auparavant. Sans oublier le « Take a look at these hands !”, paroles scandées au travers desquelles David Byrne apparaît aussi paranoïaque que Ian Curtis. The Listening Wind, enfin, raconte l’histoire d’un Natif piégé et vengeur.
    • Parution : 1980
    • Label : Sire Records
    • A écouter : Born Under Punches, The Great Curve, The Listening Wind

    mercredi 26 août 2009

    Mavis Staples - We'll Never Turn Back (2007)




    Parutionavril 2007
    LabelAnti-
    GenreSoul, rock, gospel
    A écouterWe Shall Not Be Moved, My Own Eyes, 99 and 1-2
    /108,25
    Qualitésengagé, communicatif, vibrant

    Le titre est une délicate ironie ; car sur cet album, Mavis Staples se retourne effectivement sur cinquante ans de carrière et d’opposition à la ségrégation aux Etats Unis. Mavis, chanteuse de soul extraordinaire à la voix tellement expressive et vivante, parvient ici, en se jouant de sa légende – forgée de nombreux albums solo au cours des quarante dernières années -, à réanimer complètement la flamme amère, nourrie d’humour noir ou de colère, qui caractérisait au sein des Staples Singers des travaux jamais innocents, jamais simplement pour le plaisir. Ainsi, l’album sert d’abord de mémoire aux années du Civil Rights Movement, sert le souvenir de Martin Luther King, évoque le long combat sans armes des noirs américains.

    Reflets d’une Amérique très croyante, les reprises de ce disque sont pourtant dégagées de tous les clichés d’idéalisme qui pouvaient ternir les enregistrements Motown (Marvin Gaye, The Supremes, les Jackson Five, The Contours, Eddie Holland, The Miracles, The Temptations, Marha and the Vandellas, etc.)
    Ainsi, l’album sert d’abord de mémoire aux années du Civil Rights Movement, sert le souvenir de Martin Luther King, évoque le long combat sans armes des noirs américains.Cet album possède une énergie très communicative, en appelle à nous tous, nous incite à calmer le jeu, à rechercher la paix. La fascination morbide autour du fleuve Mississipi (Down the Mississippi, In The Mississippi River) et de ses victimes noyées semble réactualisée par la mort, il y a 10 ans, de Jeff Buckley. Et si, pour lui, les sixties étaient « bullshit » - lui qui est auteur d’une reprise de Nina Simone, Lilac Wine - , il aurait surement adoré We’ll Never Turn Back. Comme son propre travail, Grace, ce disque offre une relecture très physique (99 and 1-2) d’anciennes rengaines. La miséricorde imprègne In The Mississippi River, et habite On My Way. L’unique morceau signé Mavis de cette collection est le magnifique et délicat My Own Eyes, qui sur 7 minutes, donne libre champ à la méditation sur ce qu’est une grande relecture historique. Plus mémorable encore est We Shall Not Be Moved, un chant de combat.


    Déjà dans les années 60, Ry Cooder a enregistré de très nombreuses sessions avec des musiciens tels que Arlo Guthrie, Randy Newman, Buffy Sainte Marie, The Everly Brothers, Neil Young, Jackson Browne, Van Morrison, Little Feat, Steve Young, Aaron Neville. Explorateur des musiques du monde autant que passionné de blues ou de folk, ses travaux les plus notables incluent la bande originale pour le film de Wim Wenders, Paris, Texas (1982), ou des albums solo comme Chiken Skin Music. Mais son meilleur coup a probablement été de constituer le Buena Vista Social Club, groupe improbable de vieux musiciens cubains qui fit des miracles le temps d’un disque, en 1999. Le rôle de Ry Cooder est alors devenu clair ; alors qu’il gardait une oreille que ce que ses extraordinaires musiciens avaient à lui donner, il allait de l’autre oreille exiger que cela ressemble à un potentiel succès commercial. Sur We’ll Never Turn Back, il apporte avec autant de rigueur que de personnalité le jeu ouvert qui a fait sa réputation, et qui parvient ici à donner peau neuve à l’environnement de la chanteuse, et du coup à donner un aspect plus commercial au disque. Le batteur Jim Keltner laisse, comme certaines structures de cordes, entrevoir l’influence des musiques plus modernes.

    Le label Anti- avait auparavant redonné du lustre aux carrière éteintes de Solomon Burke et de Bettie Lavette, et apparaît donc ici comme la troisième impulsion de ce fabuleux disque.

    mardi 25 août 2009

    Black Lips - 200 Million Thousand (2009)





    Parution : janvier 2009
    Label : Vice Records
    Genre : Garage
    A écouter : Short Fuse, Again & Again, Drugs

    6.75/10
    Qualités : spontané


    Introduction immédiate dans l’univers crépusculaire, bluesy et sudiste des Black Lips, Take my Head ouvre ce cinquième disque depuis l’apparition du groupe en 2000, 200 Million Thousand. Un exercice de style avec fulgurances. Le quintet mal léché d’Atlanta aligne ainsi les influences garage rock (Count Five, les Kinks, les Sonics, les Stooges). La parenté avec Iggy Pop est par ailleurs scellée par une reprise de l’un de ses vieux morceaux, Again & Again (qui date de son groupe Los Iguanas dans les années 1960). Certains titres semblent, plus qu’influencer, rendre hommage au Velvet Underground ; ce sont Old Man, Drugs, ou ce qui ressemble à une parodie bourrée de Waiting for the Man (Starting Over). De façon amusante, ceux-là sont parmi les meilleurs morceaux du disque, ce qui prouve que de manière générale, en musique, l’invention est largement surestimée. Album écrit et enregistré à toute vitesse, très brut, 200 Million Thousand continue sur la trajectoire des très bons Let it Bloom (2005) et Good Bad Not Evil (2007) à presque tous points de vue. Les morceaux sont cependant un peu plus longs que d’habitude, et le disque semble explorer de nouvelles voies plus cérébrales, sordides et profondes, par exemple avec Trapped in the Basement (inspiré par l’histoire de Joseph Fritzl). Ces moments de torpeur, qui ne correspondent pas vraiment à ce que le groupe fait de mieux, donnent son humeur particulière à l’album. Des essais comme la baston buccale The Drop i Hold peuvent paraître le signe d’une crise d’inspiration. On retiendra surtout un disque exceptionnellement varié pour le genre garage et le groupe, une œuvre tentant à sa manière de coller aux impressions contrastées laissées par ces temps mouvementés. L’élection d’Obama est par exemple évoquée sur Big Black Jesus et Melt Down. Le peu de moyens mis en œuvre sont une forme de limitation capable de rendre le groupe et l’album stimulants, et les plaça à tort au côtés de ceux qu’on voulait ne jamais voir gagner en maturité. Ils ont prouvé en 2011, avec Arabia Mountain, que la variété et la mélodie pouvait triompher de sa lie, enregistrant de ce fait ce qui est peut-être leur meilleur album à ce jour. 

      lundi 24 août 2009

      Grand Duchy - Petits Fours (2009)


      Parution : 2 mars 2009
      Label : Cooking Vinyl
      Genre : Rock alternatif, garage, pop
      A écouter : Fort Wayne, Black Suit, Volcano !

      7/10
      Qualités : sensuel


      Les excès de sucreries ont peut-être porté, depuis 1993, atteinte à la légende Franck Black. Après 17 albums de qualité variable, quelle alternative reste t-il à cet artiste, qui se moque certes des modes, tendances, courants et influences, mais est sans doute trop enclin à préférer une routine je m’enfoutiste, ni grand art, ni grand coup.
      Franck Black a pourtant une vraie force, encore aujourd’hui ; son aura. Pas besoin pour lui de regarder loin au-delà de son imposant corps pour voir graviter une bonne quantité de formations contemporaines, se nourrissant des miettes des Pixies et essayant de comprendre la fulgurance pop de Where is My Mind, un des morceaux les plus extraordinaires de l’histoire musicale moderne, aussi incroyablement accrocheur que peu révélateur de ce que furent les Pixies. Franck Black ressemble un temps à une planète gazeuse, dont il ne reste pas de noyau, seulement des anneaux, ces manifestations plus vraiment sincères. Ou peut être que si, mais plus tellement intéressantes. Et on promet de reformer les Pixies, mais Kim Deal et ses Breeders semblent partis loin, loin.


      Grand Duchy est une belle manœuvre de l’ancien leader des Pixies. Plutôt que de complètement se débarrasser de sa forte tête, il reporte cet égo sur sa moitié, Violet Clark, une quasi-débutante (elle n’a réalisé qu’un album solo peu remarqué l’an dernier), montant du coup un duo excitant en forme d’osmose naturelle.


      Que deux personnes amoureuses puissent faire de la musique ensemble, est, à mon sens, une des plus belles idées du rock, et c’est bien trop rare. C’est vrai qu’il faut du cran, parce qu’alors, où que vous soyez, vous n’êtes jamais à l’abri de devoir donner votre avis sur telle au telle partie vocale, vous assistez à absolument tout ce que fait l’autre (« We drive each other nuts », commente Clark en interview). La collaboration musicale aurait démarré avec la participation à un disque hommage à The Cure sur lequel Clark chantait A Strange Day. Elle devient ici la pièce maîtresse, apportant ses joliesses en forme de mignardises pop New Wave –« I've had strong musical aspirations since I was young. My mom would buy me whatever little keyboards she could afford, and I would spend hours, singing in the mirror.” -, qui se mélangent aux guitares crues et surtout à une lourde basse qui ressuscite un peu le panache Pixies. Ce qui peut paraître déroutant c’est de voir à quel point toutes les qualités de l’album trouvent leur opposé ailleurs dans le disque ; romantique et glamour, new-wave  typique de Brian Eno (chœurs et claviers) molle ou dynamique. Des morceaux comme Seing Stars ou Ermesinde sont très pop, et trahissent la direction tout de même fortement commercialisable confirmée sur des titres plus dynamique et sexy comme Black Suit ou The Long Song.
      Si les deux titres ne sont pas entièrement convaincants, la suite n’est qu’un crescendo de crochets acérés et jamais agaçants, grâce notamment à l’enthousiasme de l’interprétation. Fort Wayne voit Clark chanter en français, tandis que sur Black Suit, Black donne une prestation physique assez rassurante.

      samedi 22 août 2009

      Comets On Fire - Blue Cathedral (2004)



      Voir aussi la chronique de Avatar (2007)

      Parution : 2004
      Label : Sub Pop
      Genre :Psych-rock
      A écouter : Wild Whiskey, Whiskey River, The Antler of the Midnight Sun

      7.50/10
      Qualités : onirique, intense, psychédélique

      Troisième album de Comets on Fire paru en 2004, Blue Cathedral leur permet d’atteindre le statut de groupe culte, dans un genre pourtant extrêmement visité, qui apporte l’énergie des Stooges, l’agressivité du MC5, le psychédélisme spatial de Hawkwind, les formules de Dead Meadow et des Acid Mother Temple, et les collages un peu Spacemen 3. Mélange multiforme et pantagruélique, débridé, dégénéré et bourré de feedback, il semble impossible de ne pas basculer dans la marmite bouillonnante sans y rester le temps du disque. Rock S.F. sans concurrence, la musique de cette formation californienne salue des cadavres assassinés (Hendrix, Morrisson) ou cuisine de vieux reptiles fatigués (Iggy Pop et sa bande, période Funhouse). C’est une cathédrale qui ressemble à une maison de jeu. Une vieille énergie iconoclaste débraillée qui balaye sur son passage les conceptuels, les fines bouches et les moins gourmets, ceux qui osent à peine saupoudrer leur son d’inspiration éparse. C’est un repas déjà presque complètement connu, et pourtant, impossible de le trouver fade.


      Fondé à Santa Cruz par le chanteur et guitariste Ethan Miller et son ami le bassiste Ben Flashman, entourés de Noël Von Harmonson, Utrillo KushnerBen Chasny (Six Organs of Admittance), le groupe, signé après deux albums confidentiels avec Sup Pop (Nirvana, Mudhoney, Iron and Wine, No Age, Flight of the Concords…) creuse la plus brute des énergies au bord d’un chaos de free-jazz, hard-rock et autres formes effrayantes et endiablées, sans jamais faire mine de s’arrêter. C’est l’escalade d’une montagne à toute vitesse, l’arrivée à une hauteur stratosphérique se faisant sur Wild Whiskey, le point culminant de l’album. La musique est poussée, amassée, les cuivres et les guitares se retournent les uns contre les autres, refluent (Whiskey River). D’une liberté salvatrice dans un paysage musical dédié à l’innovation et au partage bien clair des idées en cellules de survie et manifestations du génie créatif revendiqué des uns et des autres, la densité tuante de Blue Cathedral et ses cris délirants (The Antler of the Midnight Sun) nous laisse la mâchoire béante. et


      Wild Whiskey est magnifique, c’est l’arrivée au sommet de toute cette fine équipe, farouche et sauvage ; déjà en bon moment en leur compagnie, mais c’est si vite passé ! Pourquoi cette allusion incessante au puissant alcool américain ? "[…] after you drink a 12-pack and pick up your guitar [...] It erases a few brain cells and you can really get down to work “ (Pitchfork interview http://pitchfork.com/features/interviews/6620-comets-on-fire/). Cependant, malgré tout, c’est un travail construit et surtout très cohérent puisque le groupe est aujourd’hui parfaitement identifiable, avec la suite des aventures : Avatar en 2006. Blue Tomb termine le disque avec ces faux airs de Crazy Horse et son vrai souffle épique. La voix d’Ethan Miller est enfin contenue, et le résultat, maintenant que les guitares expriment leur fatigue en chuintant, magistral.

        lundi 17 août 2009

        Yeasayer - All Hour Cymbals

        All Hour Cymbals, paru en 2007, est le premier album de ce quartet de Brooklyn exalté qu’est Yeasayer. Comme ces camarades TV on the Radio, Celebration, Grizzly Bear, ou Animal Collective, le groupe tire ses influences du travail de Brian Eno et David Byrne (My Life in The Bush of Ghosts) ou de celui des Talking Heads (Fear of Music ou Remain in Light). Leur approche recycle des sons ethniques pour un cocktail enivrant – au moins dans la première moitié du disque – de musique traditionnelle et futuriste. L’utilisation de synthétiseurs et de textures électroniques (Forgiveness) new-age se mêle à l’ossature tribale (cabalistique ?) des morceaux. Il y a donc à la fois un aspect dansant et high-tech – la platine sous la main gauche, et une poignée de terre dans l’autre.

        On croirait que par leur approche ces New-Yorkais tentent d’échapper, par intermittences, à leurs racines urbaines, livrant un trip parfois presque hallucinatoire (2080) ou tenant du rituel (Wait for the Summer). Ailleurs, c’est des démons des seventies (Black Sabbath) que semble invoquer le groupe, faisant basculer sa musique dans un pessimiste attendu (Wintertime). « I can't sleep when I think about the times we're living in," chante Chris Keating sur 2080, le premier single extrait du disque, et il continue “I can't sleep when I think about the future I was born into." Une culpabilité très occidentale, soulignée dès la pochette par ces autoroutes congestionnées qui remplacent un visage. Ce disque apparaît fauve et bigarré, échappant dans ses meilleurs moments à la musique américaine populaire – le blues ou le folk - pour la réinventer à la manière de Tv on The Radio. On pense d’ailleurs à Tunde Adebimpe et sa bande dès Sunrise.

        Les trois premiers morceaux annoncent vraiment un excellent disque, mais l’émerveillement retombe un peu par la suite pour laisser la place à un léger malaise. Ah, Weir est une minute éprise de doute, et No Need To Worry ne s’ouvre pas de manière très rassurante. Et sinue ensuite avec orchestrations et chants quasi a cappella. Wintertime est lancinante. Au fur et à mesure que l’album avance, et que gagne une rêverie inéluctable, il devient plus difficile de piquer All Hour Cymbals sur une frise chronologique ; c’est un terrain mystique qui est touché du doigt, plus fantasmé que réellement décrit et plus fertile qu’on ne pouvait le craindre. Tous les éléments sont en place, le seul progrès possible semble devoir venir de la maîtrise de la moisson.
        • Parution : Octobre 2007
        • Label : We Are Free
        • A écouter : Wait for the Summer, 2080, No Need To Worry, Wintertime

        jeudi 13 août 2009

        MGMT - Oracular Spectacular


        Let’s have some fun… Après un énorme bouche-à-oreille, puisque on en parlait même en France !!! J’imagine qu’il était annoncé par des musicologues amateurs de Suicide (duo d’électro-pop minimaliste de l’époque post-punk) comme s’ils allaient ramener dans leur sillage un tas de sensations psycho-nihilistes prônant la non-réflexion, « let’s have some fun », « don’t think too much », etc. Mais ces musicologues honnêtes n’ont pas prévu qu’un mauvais coup a été joué aux MGMT (Management) pour qu’ils en arrivent à cet état embarrassant où même une nation globalement ignare de tout ce que le freak-folk et de folk tout court et d’électro un peu barbée a fait de plus commercialisable et identifié – sans que ce soit une critique pour désigner Devendra Banhart - parle soudain d’eux.

        Auparavant duo sans histoire, Andrew Van Wyngarden et Ben Goldwasser ont malencontreusement signé en 2006 avec Colombia. De là est né le malentendu de MGMT groupe vendeur, promo rouleau compresseur, musique de publicités etc. Je n’ai pas envie d’en faire des tonnes sur le phénomène, mais je suppose qu’il faut soutenir les « maisons de disques »… Au niveau musicalité (ce pourquoi nous sommes là), exit les sonorités faites à la maison, pour l’occasion a été recruté Dave Fridman, qui a travaillé avec les Flaming Lips ou Mercury Rev. La production est donc d’un chrome sans défaut, assez loin de ce « qu’on » attendait du duo. Heureusement, il y a les titres Time To Pretend, Kids et Electric Feel pour faire honneur à cette charge de mammouth sans laine, toutes défenses dehors. Pas de subtilité ni de chaleur, mais une efficacité sautillante qui doit faire penser à la paire « au moins ça a le mérite de passer à la radio » tant ils désespèrent que leur message soit entendu.

        A ce niveau là, je voudrais presque passer la parole à Maxime du webzine Album Rock pour qu’il explique comment le duo a su tourner cette mascarade à son avantage sans y perdre trop de plumes d’autruche. Les paroles de Time to Pretend questionnent ainsi intelligemment la jeunesse d’aujourd’hui, dispersée, idiote et vivant au présent dans le monde physique, mais gavée d’apparences, de jeux, d’avatars, de télévision, de tests de personnalité stupides et qui se fonde une crédibilité par messages interposés dans un monde virtuel. Cette description cruelle mais vraie de ce qu’est cette nouvelle génération laissée à l’hyperconsommation est angoissante – c’est même la chose la plus angoissante dont j’ai pris conscience depuis un bout de temps. Car finalement, mépriser le monde actuel revient à mieux se figer en son sein, et se révolter ne sert à rien, derrière nos écrans.

        Après une première partie très efficace, la machine s’essouffle et nous aussi. Trop souvent, cela fait penser à du Tv On The Radio du pauvre. Reste les imprécations pessimistes derrière des titres tels que The Youth , Pieces of What ou Future Reflections. Le disque est en réalité un cauchemar derrière son glacis de bonne humeur, une montée d’adrénaline surnaturelle qui conduit irrémédiablement à chercher cette foutue plage de non-retour (l’été est la bonne période) où l’on prendra une photo de son corps désormais sans vie entre quelques vrais amis avant de planter définitivement la tête dans le sable. Il ne reste qu’à vous dire que ce n’est qu’un disque d’électro fourni par Columbia, mais vous n’y croyez plus ; deux gamins facétieux ont joué avec les crayons de couleur et tout, tout brouillé… Finalement, ils réussissent l’exploit de détourner notre dégoût, un moment, du disque, pour le porter sur nous-mêmes… On ne s’en resservira pas souvent, de cette soupe là. Mais qui sait ? Peut être finalement qu’en musique l’ironie martiale et la souffrance sur de belles harmoniques va être terrassée par ce genre d’aberrations vraiment menaçantes, agaçantes et uniformes.
        • Parution : mai 2008
        • Label : Columbia
        • A écouter : Time to Pretend, Electric Feel

        mercredi 12 août 2009

        Akron/family - Set 'em wild, Set 'em free

        Il s’agit du quatrième album de Akron/Family, un trio de multi-instrumentistes New Yorkais, Dana Jansses, Seth Olinsky et Miles Seaton. Avec Set ‘em wild, Set ‘em Free, Akron propose une musique réellement expérimentale, bien que parfois assez proche des sentiers dégagés par Animal Collective, comme cela a été beaucoup remarqué. Le groupe semble donner un son sans chercher à filtrer le moins du monde ses influences éparpillées, et les mélangeant pour un résultat souvent déroutant où seules peuvent rassurer les harmonies de voix – tous chantent. Ce n’est pas une musique à proprement parler psychédélique, mais un assemblage d’afro-beat, avec des influences de Tony Allen à Tinariwen, la musique du désert (River, le meilleur titre du disque sans doute) ; un peu de folk (The Alps and their Orange Evergreen) de l’électro plutôt malvenue (Creatures). Si le travail d’écriture pour mêler ces genres est remarquable, ce n’est pas le cas partout et le résultat peut être éprouvant et ennuyeux.

        Akron/Family a le mérite de donner sa propre formule du mélange en vogue (Vampire Week-End, Animal CO., etc) avec un investissement dans l’instrumentation qui dépasse la simple prétention de variété ; il est évident que l’on a affaire à des passionnés de world music autant qu’a des vétérans de la folk music de leur propre pays, mais qui ont des difficultés à insuffler à leurs constructions de quoi intéresser durablement l’auditeur. Gravelly Mountains of The Moon, qui tire dans le psychédélisme pour de bon, ou MBF semblent jeter aux oubliettes ce qui fait le relatif succès des premiers morceaux. C’est effectivement une musique instinctive, expérimentale, osée, mais pour eux ou pour nous ? Toujours est t-il que River rend le groupe appréciable, sous certains aspects.
        • Parution : 5 mai 2009
        • Label : Dead Oceans
        • A écouter : River

        Devin Townsend - Terria


        On a écrit énormément sur Devin Townsend. Les passionnés en font des tonnes sur chacun de ses albums, et Terria n’échappe pas à la règle. Sorti en 2001 au sein du Devin Townsend Band, composé de Devin Townsend (guitare, chant, ambiances, samples et claviers), Gene Hoglan (batterie), Craig Mcfarland (basse), Jamie Meyer (piano, claviers), l’album est le dernier de ce qu’on pourrait appeler le cycle de développement de ce projet de Townsend, par ailleurs leader de Strapping Young Lad. Ocean Machine nous avait fait prendre connaissance du talent du canadien en 1997 ; le son était déjà particulièrement massif, et l’ambition de composition extraordinaire. Heureusement, cette ambition était (est) accompagnée d’une interprétation à la hauteur ; Devin donne dans deux, trois registres vocaux schizophrènes, et c’est également un virtuose à la guitare qui n’hésite à se faire plaisir et à faire plaisir en ménageant l’attente et en surprenant toujours l’auditeur par l’aménagement de véritables paysages sonores. Devin est l’un des plus grands artistes de musique alternative de sa génération, qui ne se propose comme limites que les concepts qui façonnent ses albums.

        Déjà depuis le début de l’aventure de The Devin Townsend Band, on voit que le jeune canadien a à cœur les problèmes environnementaux, doublés de la volonté de faire hommage à la nature, créatrice d’entités et d’identité - dont Infinity présageait la perte, à travers la folie symbolique de l’artiste (et réelle, puisqu’il fera une dépression et sera interné). Il y eut aussi Physicist, album très différent, qui ressemble à la thérapie de Devin après sa maladie plutôt qu’a un grand disque. Donc, Ocean Machine, Infinity en 1998, et Terria en 2001, qui terminait l’établissement sonore de Devin. Accelerated Evolution (2003) et Synchestra (2006) montrent un Devin à l’aise dans l’univers qu’il a créé pour lui-même sur ses trois premiers albums, y recyclant principalement la matière de Terria et ses prédécesseurs.

        La rythmique lourde, dès l’apéritif constitué par Olives, nous rappelle que le musicien mystique est avant tout un métal child recruté par Steve Vai alors qu’il avait 19 ans. Guitares menaçantes et démultipliées en multiples pistes constituent l’essentiel de la musicalité sur les deux premiers morceaux, avec ce son technoïde mais aussi vaste et profond qu’un lac canadien. Attaché ici à dépeindre son pays, avec Mountains, Deep Peace ou Canada, Devin va présenter une terre encore préservée de l’influence humaine et fragile. Il y a des chants de baleine au début de Deep Peace, et ici et là, des voix qui commentent la vie politique locale. Une certaine naïveté se dégage de ces collages. C’est à un Devin neuf que nous avons affaire, libéré, et qui, comme un enfant en pleine croissance, continue de grandir et d’absorber son entourage pour le transformer en art.

        Earth Day est le plus beau morceau du disque, incroyable de richesse et intense tout au long de ses neuf minutes, qui proclame «It’s Your Birthday, it’s on Earth Day ». La voix, les voix, se composent entre rage folle et douce langueur avec l’obstination d’un génie qui touche aussi les parties musicales. Deep Peace continue sur cette lancée anthropologique, mêlant voix humaines, chants animaux et musiques traditionnelles en introduction, avant de donner dans la construction épique dans la veine de Stratovarius – une autre formation, s’il tient à en rapprocher Townsend, haute dans l’hémisphère Nord.

        Down and Under partage l’album, qui bascule ensuite dans des morceaux plus pop comme The Fluke, Nobody’s Here ou Stagnant. C’est que Devin ne cherche pas à s’isoler comme avec Infinity mais à renouer avec ses semblables. Après la mer, les grands espaces et la civilisation, c’est vers le ciel que Devin semble se tourner, nous offrant avec Tiny Tears un voyage intersidéral préfigurant Ziltoïd, The Omniscient (2007). Nobody’s Here est particulièrement poignante et mémorable. Si le chant de Devin n’y atteint pas les sommets de pureté qu’il caresse du doigt dans Mountains ou Earth Day, c’est chose faite cette année avec Ki (2009). Extrêmement riche, Terria réclame un investissement total à l’écoute, comme les autres disques de Townsend. Cependant, les disques du Townsend Band restent bien moins éprouvants que ceux de son alter-égo démentiel Strapping Young Lad. L’excentricité de cette musique est sans doute la seule barrière qui la sépare d’une adulation massive.

        • Parution : Août 2001

        • Label : Inside Out Music

        • Producteur : Devin Townsend

        • Genre : Rock Progressif, Métal

        • A écouter : Earth Day, Deep Peace, Nobody's Here

        • 7.25/10
        • Qualités : puissant, original

        mardi 11 août 2009

        Arbouretum


        Arbouretum est le projet de Dave Heumann, poète rustique qui accompagna Bonnie « prince » Billy et Cass Mc Combs. Basé à Baltimore, dans le Maryland, il démarra Arbouretum en 2002, étant déjà par ailleurs répité pour ses précédentes collaborations. Le groupe était composé de Walker David Teret à la guitare, de Mitchell Feldstein à la batterie, et de Corey Allender à la basse. Leur premier album, Long Live the Well-Doer, est paru en 2004, suivi en 2007 de Rites of Uncovering, qui contenait le morceau de stoner rock « The Rise » de plus de onze minutes. Le groupe s’est ensuite enrichi de Steve Strohmeier à la guitare, ils ont enregistré en 2008 Songs of the Pearl et signé avec le label indépendant Thrill Jockey pour une sortie en 2009.
        Discographie
        Long Live the Well Doer (2004)
        Rites of Uncovering (2006)

        Arbouretum - Songs of the Pearl (2009)



        Arbouretum est un groupe de rock américain assez classique, avec une parenté au Crazy Horse - Neil Young - prononcée, et, à première écoute, leur son peut sembler assez banal. Cependant, il y a un soin suffisamment grand apporté à la structure des morceaux et de leurs envolées à mi-parcours pour un faire une musique plus que distrayante ; c’est parfois même du rock aventureux (Down by the Fall Line). Le disque peine à attirer la pleine attention et à susciter la reconnaissance des talents en présence ; Dave Heumann, le leader de la formation a été accompagnateur de Bonnie « prince » Billy – un grand de la musique alternative américaine - en son temps. Songs of the Pearl est le successeur de Rites of Uncovering, qui contenait des morceaux longs voire très longs - six, sept, huit, onze minutes - et permettait à Dave Heumann de faire preuve avec davantage de panache qu'ici de ses dons pour la mélodie imprévisible, ses talents de composition le posititionnant en première ligne parmi les guitaristes indie.

        Song of The Pearl, est, comme son prédécesseur, avant tout un disque à guitares ; celle de Dave, par ailleurs chanteur de la formation, et celle de Steve Strohmeier. Parfois carrément heavy, elles donnent envie d’écouter le disque très fort, et leur omniprésence rend Songs of the Pearl très physique. La musique, protéiforme, rend hommage à un psychédélisme très années 60 – Infinite Corridors – et hard rock, et c’est dans sa capacité à sinuer à surprendre qu’est la beauté de l’exercice. Mais cependant, Songs... n'est pas aussi intéressant que Rites... parce que les morceaux prennent une direction plus conventionnelle et moins amenée par le seul Dave. L'avantage est que l'on assiste ici au travail d'un vrai groupe ; bien quand on sait que le projet avait démarré comme une formation autour de Dave en solo. L’album propose donc à moitié des chansons au tempo modéré qui puisent dans la balade, avant de basculer dans un trip plus abrasif.

        Un soin particulier a été apporté aux paroles ; The Midnight Cry évoque l'histoire d'un prêtre de la Nouvelle Angleterre, William Miller, et de prophécie apocalyptique ; The Fall Line est davantage friante d'images aussi alarmantes qu'une bonne prophécie ; chute du soleil, les yeux de braise des loups, etc.

        Parution : 9 mars 2009
        Label : Thrill Jockey
        Genre : Rock
        A écouter : Down by The Fall Line, Infinite Corridors, Tomorrow is a Long Line

        Qualités : rugueux, psychédélique
         

        dimanche 9 août 2009

        The Low Anthem - Oh My God ! Charlie Darwin


        J’aime l’Amérique ! Enfin, je la méprise pour sa politique, je la regarde de haut pour son idéologie binaire, mais je l’adore pour sa musique. The Low Anthem donne avec Oh My God, Charlie Darwin un exemple de microcosme incomplet, mais nettement suffisant pour rester plusieurs fois bouche bée. Il y a même dans cet album matière à revenir sur l’inquiétude d’une Amérique complètement vrillée par les théories créationnistes, puisque les chansons sont inspirées par l’obsession de Ben Knox Miller pour la théorie de l’évolution de Darwin. Rassurant. Même s’il s’agit véritablement de la loi du plus fort, de la sélection naturelle… cela ne doit pas nous laisser sceptique. C’est juste ainsi que ça se passe, point. Il faut aussi dire que Darwin est origine de l’Ohio, dont il est largement question, avec une bonne part d’humour, ici. L’âme du disque, en quelque sorte. Mais la musique aussi a bien de la gueule, vous l’avez deviné.

        The Low Anthem est constitué de Ben Knox Miller, donc, ainsi que de Jeff Prystowsky – ces deux là sont les membres fondateurs d’un groupe qui fut un temps un duo -, d’une Jocie Adams formée en musique classique et du batteur Cyrus Scofield. En 2007 fut enregistré par le duo d’origine What The Cow Brings, collection de morceaux d’americana. C’est pour élargir la palette musicale que Jocie a été recrutée, et c’est effectif avec Charlie Darwin. Enregistré dans une cabine de vacances (décidemment un must, après Justin "Bon" Vernon et les Bowerbirds) à Rhode Island, sur une période de dix jours, l’album est pourtant loin d’être inconsistant. Il a été diffusé indépendamment avant que le groupe ne signe avec Nonesuch Records, le label qui en fait pour toute la famille (Wilco, Ry Cooder, Randy Newman).

        L’album s’ouvre sur un morceau extrêmement délicat, Charlie Darwin, chanté par Miller avec une voix de falsetto comparable au timbre de Justin Vernon ou de Joel Thibodeau de Death Vessel (non, ce n’est pas une femme). Le résultat est un peu évocateur du travail des Fleet Foxes, sorte d’hymne des bois tendre et intime. L’harmonica y brille de mille éclats. Arrive ensuite To Ohio, une ballade qui poursuit dans cette direction, avec un accent plus traditionnel mais tout aussi caressant. Le travail porté sur les instruments « annexes » - cuivres, harmonica est sublime. Ticket to Ride est quand à elle inspirée de Léonard Cohen, avec cette lente cadence un peu triste. Les musiciens se disent aussi inspirés de Neil Young et Bob Dylan – qui sont les pieds dans le plat de la musique américaine. Les deux morceaux suivants annoncent la métamorphose d’un groupe qui a plusieurs cartes en main, et pas seulement des nuances de la même ; accélérant la cadence, The Horizon Is a Beltway laisse découvrir un nouveau Miller à la voix rocailleuse qui emprunte à Sringsteen et à Tom WaitsHome We’ll never Be a la férocité de ce dernier. Il apparaît au fil de l’écoute que la moitié de l’album est chantée par Miller comme un animal sans défense, et l’autre comme un prédateur.

        Champion Angel est également un excellent morceau qui évoque un Dylan particulièrement dynamique. Rolling Stone a encore frappé durement et idiotement, n’écrivant sur The Low Anthem qu’un court paragraphe dans lequel on croirait voir l’Amérique se tirer dans le pied et insulter ses racines (Neil Young est t-il aussi, pareillement, du « comfort food-folk ?) Fuck !
        • Parution : 15 juin 2009
        • Label : Nonesuch Records
        • A écouter : Charlie Darwin, To Ohio, Ticket To Ride, Champion Angel

        No Age - Nouns (2009)




        Parution : mai 2008
        Label : Sub Pop / PIAS
        Genre : Bruitisme, garage rock, expérimental
        A écouter : Eraser, Teen Creep

        °
        Qualités : spontané, rugueux, communicatif

        Pendant une demi-heure, Nouns occupe notre champ auditif comme une autoroute à huit voies. « Nouveau » binome intéressant – il y a Flight of The Concords ou The Postal Service tous deux également chez Sub Pop, ou les Magik Markers chez Drag City etc. -, Dean Dunt et Randy Randall de Los Angeles en sont  à leur deuxième essai, après Weirdo Rippers datant de 2007.  Vortex d’influences,  Nouns accumule les relations avec des groupes prestigieux, tout en restant curieux et excitant. On pense à My Bloody Valentine et au shoegaze, on y retrouve les même écueils de guitares et les mêmes intentions pop. Teen Creeps (à écouter d'urgence !) démontre que punk et hardcore ne sont jamais loin. Cappo est comme un clin d’œil au Velvet Underground, avant de tourner au grunge. Et Impossible Bouquet démarre comme Sonic Youth. Et plusieurs morceaux sont instrumentaux. C’est un disque doucement expérimental, qui sans prétention et en recourant aux boucles pour se reposer (Things i did When i was Dead), cherche à faire la synthèse de beaucoup de qu’il y a de mieux. Quand aux techniques d’enregistrement du groupe, elles sont d’enregistrer naturellement les idées qui leur viennent au fur et à mesure qu’elles leur viennent, ce qui donne un côté punk minimaliste – Cappo.

        Leur signature avec le label Sub Pop leur permet une distribution simultanée des deux côtés de l’atlantique, mais il y a plus pour rapprocher ce duo et son label. Le nom du groupe est repris d’une compilation du label SST Records, que citait aussi les gens de chez Sub Pop lorsque on leur demandait de citer une influence pour leur esprit. L’écriture est bien américaine, marquée par les grands espaces : « This town will take your kissing trees before you see the forest bleed » « I see rivers in my sleep they’re filled with blood » ou par les villes “Jump in the tube, just to see you, my heart is a tunnel baby…” “I’ve been down the street a thousand times this week”… Disque d’extérieur, qui conjure les intempéries (fréquentes à Seattle, faut t-il le rappeler ?). On ne s’étonne pas de l’intérêt suscité par le groupe au sein de leur nouvelle maison de disques (le premier disque était parut sur Fat Cat Records).

        Le livret du disque, sous sa typo futuriste, contient quelques photographies, dont l’une révèle un casier de cassettes bien rangé où l’on « découvre » entre autres que nos deux amis écoutent (écoutaient ?) Black Flag, Fugazi ou The Germs. Mais aussi The Cure, The Smiths ou Echo And The Bunnymen, qui trahissent leurs attirances pop. Nouns est un disque urbain, compact, compressé ; et No Age effectivement un duo doué, sans qu’on sache cependant avec assurance où se situe sa personnalité.

        vendredi 7 août 2009

        MAGNOLIA ELECTRIC CO. - Josephine (2009)




         
        OOO
        poignant/doux-amer
        folk/folk-rock

        Derrière le patronyme peu vendeur de Magnolia Electric Co. - J.J. Cale a une chanson appellée Magnolia - se trouve Jason Molina, un artiste folk avec lequel il n’est pas évident de s’y retrouver. Originaire de l’Ohio, il a d’abord été bassiste dans des groupes de heavy metal avant d’entamer une carrière solo. En 1996, il fonde Song : Ohia, groupe à taille variable autour de lui-même et écrira sept albums en sept ans d’activité.
         
        En 2000, Song : Ohia sortira pas moins de trois disques dans la même année ! Très rapidement, Molina sera fidèle au label Secretly Canadian (Antony and the Johnsons, Foreign Born, I Love You but i've Chosen Darkness, etc.). Il collaborera aussi de nombreuses fois avec le producteur et, membre de Shellac, Steve Albini (Nirvana, Pixies, Manic Streets Preachers et de nombreux autres). C’est donc un artiste prolifique et rodé qui enregistre Josephine, cinquième album de Magnolia Electric Co. Pourtant, il continue à y croire (« Quand je suis sorti du studio, je savais qu’on avait réalisé quelque chose d’important”, dit t-il de ce nouveau disque enregistré au Electrical Audio de Steve Albini).

        Son travail fut parfois comparé au Bringing it all Back Home de Bob Dylan. L’approche musicale de Jason Molina évoque aussi Willie Nelson ou encore Warren Zevon. Ici, l’écriture, qui crée un microcosme dans lequel les morceaux se répondent autour de ce personnage de Joséphine, et aussi un peu autour de Evan Farrell, l’ancien bassiste du groupe qui est mort dans l’incendie de sa maison en 2007. Le disque aborde selon Jason "la dislocation" sous toutes ses formes, évoquant des exils incessants ces dernières années de l’Indiana à Chicago jusqu’à Londres et le décès de Evan. Il y a ça et là des brides de country ou de gospel, qui paraissent inévitables dans l’environnement artistique de Jason Molina, mais la plupart des morceaux sont d’un folk lumineux à rapprocher de Neil Young, avec un son proche du projet solo, le groupe ne servant qu’a accompagner la voix claire de Jason. « Musicalement, je crois qu’il s’agit d’un album plus puissant (que ces précédents efforts) » « Où il n’y a pas forcément plus d’instrumentation, mais simplement de la gravité dans l'exécution ». Aucun morceau n’est à jeter, et c’est là la force du disque qui captive tout au long de ses quatorze morceaux. La délicatesse de l’écriture hisse le disque au-dessus de beaucoup de groupes qu’on serait tentés de privilégier pour son plus contemporain ou aventureux.

        Si, pour les amateurs du groupe et de l’artiste, le meilleur de sa discographie semble appartenir au passé, comment résister à The Handing Down aux réminiscences de Crazy Horse, ou à la magnifique berceuse The Rock of Ages ? Malgré les fantômes, inévitables dans l’expérience d’un homme sur la route depuis longtemps, c’est un disque réconfortant et lumineux. Et son charme désuet est finalement une de ses qualités les plus marquantes.

          Antony Hegarty - Antony and the Johnsons

          Antony Hegarty est né en 1971. Père ingénieur, mère photographe, les Hegarty s'installent d'abord aux Pays-Bas : « J'avais 7 ans. Mes premières pulsions créatrices sont nées en fabriquant des collages : soudain, ma vie passait du noir et blanc à la couleur. Voilà la sensation que j'essaie de retranscrire avec ma musique. » La famille émigre ensuite en Californie du Nord. Antony navigue d'un groupe de death metal à la chorale du quartier. « Au catéchisme, on m'a enseigné que seuls les hommes avaient une âme. Pour moi, les êtres humains, la nature, les animaux sont intimement liés. Ce monde complet m'inspire mes rêveries d'artiste. » Des rêveries qu’il partage dans son affection toute particulière et contagieuse. « Une chose qui me touche c’est une chose avec laquelle je veux vivre ».

          Il crée ensuite un groupe new-yorkais de drag queens, et se lance dans le théâtre expérimental à New York. « La musique et le cinéma des années 1970-1980 entretenaient un dialogue très intense avec les adolescents et pouvaient bousculer des vies... Je me suis installé à New York parce que cette ville ne connaît pas de règles et permet toutes les métamorphoses. » Nourri d’une éducation forgée à partir des disques de Culture Club et autres Soft Cell, et inspiré du personnage incarné par Isabella Rossellini dans le film de David Lynch Blue Velvet (et lui crée un alter égo sur acène avec Fionia Blue), Antony fonde Antony and the Johnsons en 2000. Leur musique est le véritable chaînon manquant entre la musique néo-classique et le blues. Elle révèle une forte personnalité. Antony se définit comme appartenant au genre féminin et apparaît souvent androgyne. Mais le plus remarquable est sa voix aux modulations uniques.

          Le musicien britannique David Tibet (membre fondateur du groupe de musique expérimentale Current 93) découvre Antony en écoutant une démo. Le premier album du groupe, Antony and the Johnsons sort en 2000 chez Durtro, le label de David Tibet. En 2001, le groupe sort un EP, intitulé I Fell in Love with a Dead Boy. L'œuvre contient une interprétation de Mysteries of Love, chanson composée par David Lynch et Angelo Bandalamenti (interprétée par Julee Cruise pour la bande originale de Blue Velvet), et une reprise de Soft Black Stars, chanson de Current 93.

          Le producteur Hal Wilner remarque I Fell in Love with a Dead Boy et le fait écouter à Lou Reed qui décide de recruter le groupe pour son projet The Raven (2003), puis sur Animal Serenade (2004). Cette preuve de reconnaissance permet à Antony et ses Johnsons de signer chez Secretly Canadian. Le groupe sort en 2004 un nouvel EP, The Lake, sur lequel Lou Reed intervient. Le label profite de cette sortie pour rééditer leur premier album, leur offrant ainsi une bien meilleure diffusion, notamment aux Etats Unis. « Lou est mon mentor. Il me soutient, me protège, me conseille d'une manière à la fois poétique et pratique... Je porte en moi beaucoup d'icônes des années 1970, mais je n'aurais pas voulu vivre à cette époque : il n'y avait pas de place pour des artistes transgenres. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être l'ambassadeur de ma communauté. » Il semble ouvrir à l’idée de tolérance de nouveaux horizons mystiques, tout en comprenant que la qualité de sa musique est liée comme celle d’autres artistes à la prise de conscience de la vulnérabilité de l’Amérique après les attentats du 11 septembre 2001. « Ca a réveillé tout le monde de nouveau. Et après le temps qu’il a fallu pour surmonter ça, ça a vraiment paru possible de faire venir de la nouveauté ».

          Au mois de février 2005 , I Am A Bird Now prend son envol. Ce disque contient des duos d’Antony avec Boy George, Rufus Wainwright et Devendra Banhart. Il est salué par la critique, et lauréat du Mercury Prize anglais. Hope There’s Someone, le titre qui ouvre le disque devient le plus grand succès du chanteur, le véritable accomplissement de son artisanat délicat. Bien sûr, il faut aussi créditer à ce succès les musiciens qui l’accompagnent et sans qui Antony and the Johnsons ne serait qu’Antony Hegarty ; aujourd’hui, il s’agit de Julia Kent (violoncelle), Parker Kindred (batterie), Jeff Langston (basse), Maxim Moston (violon) et Rob Moose (guitare, violon).

          Le succès qui en découle introduit Antony à un public de plus en plus large, malgré que le chanteur ne craigne pas d’explorer des thèmes tels que la vie et la mort et la dualité homme-femme. Il pense aussi être au cœur d’une mouvance intellectuelle et artistique qui place l’intime au cœur de la création. « Retrouver votre intimité pour chasser la télévision, c'est révolutionnaire. Vous devez commencer par le personnel et le local, car le renouveau viendra de là ». Sa voix inimitable, qui lui donne l’aura d’un chanteur de soul – puisqu’il semble chanter avec son âme - attire l’intérêt d’artistes comme Bjork et Hercules and Love Affair et aboutit à des collaborations de qualité.

          En février 2009 sort le troisième album du groupe, The Crying Light. Dédié au pionnier de la danse butô Kazuo Ohno, il voit Antony déployer son empreinte dans une ambiance plus introspective et étouffée. Les sommets de ce disque sont atteints lorsque l’énergie du groupe et du chanteur est enfin libérée ; sur Epilepsy is Dancing (et son fameux refrain : (« Cut me in quadrants, leave me in the corner ») et Kiss my Name, même si la finessse des instrumentations sur un titre comme One Dove est aussi très agréable. Au niveau des textes, Antony continue sa reflexion sur la place de l’homme au sein de la nature qui l’entoure et les relations interpersonelles.

          Antony illustre toujours les pochettes de ces disques de portraits de personnalités mis en scène ; Kazuo Ohno ou une artiste underground New-Yorkaise aux côtés ou une mannequin sur son lit de mort, aux côtés de ses propres photos, sur lesquelles il est souvent lourdement maquillé. Une manière de laisser entrevoir les personnages qui peuplent son univers, un univers qui transcende les barrières musicales pour embrasser les arts visuels. En août 2010, Antony fait paraître un nouvel EP, Thank You for Your Love. Y figure une reprise méconnaissable du sempiternel Imagine de Lennon – Hegarty avait neuf ans au moment de la mort de celui-ci – un drôle de clin d’œil pour ceux qui considèrent que la chanson Another World, sur The Crying Light, est une sorte d’imagine pour aujourd’hui.

          Albums 

          • Antony and the Johnsons

          • I am a Bird Now (Secretly Canadian 2005)

          • The Crying Light (Secretly Canadian 2009)
          EPS



          • The Lake (Secretly Canadian 2004)

          • Hope There's Someone (Secretly Canadian 2004)

          • You Are My Sister (Rough Trade 2005)

          • Another World (Secretly canadian 2008)

          • Epilepsy Is Dancing (2009)
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