“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (76) soigné (76) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (55) entraînant (53) original (52) lyrique (48) sombre (48) communicatif (47) onirique (47) élégant (47) pénétrant (46) audacieux (45) sensible (45) apaisé (44) hypnotique (42) attachant (40) lucide (40) vintage (39) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (29) Romantique (29) orchestral (29) efficace (28) frais (28) intimiste (27) rugueux (27) spontané (27) fait main (26) varié (25) contemplatif (24) funky (23) extravagant (21) nocturne (21) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (16) lourd (16) épique (11) Ambigu (10) heureux (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

vendredi 29 mai 2009

Morceau #2 - We All Stand

  • Groupe : New Order
  • Album : Power, Corruption and Lies
  • Année : 1983

Deuxième morceau du deuxième album de New Order, le groupe issu des cendres de Joy Division. Paru en 1983, c’est l’album qui justifie l’existence du groupe, après un Movement qui ressemblait un peu trop à la musique de la formation de Ian Curtis. Ici, les atmosphères sont plus acidulées, le son clairement estampillé années 80 mais tellement sec et précis, équilibré entre obscurité et lumière que c’en est remarquable. On trouve des échos de cette musique dans LCD Soundsystem, en moins bien, aujourd’hui. We All Stand est une pièce lente et froide, qui se démarque par son ambiance minimaliste dont se détachent une guitare obsédante et quelques notes de synthétiseur qui résonnent à nos oreilles bien après la fin du morceau. Life goes on, chante Bernard Sumner, comme un ultime adieu au difficile héritage du groupe. Le prochain album, Low-Life, sonnera cependant trop comme The Cure pour être pleinement convaincant.

Sunn O ))) - Monoliths And Dimensions (2009)


Je me demande, en écoutant Sunn O))), quelle musique d’aujourd’hui trouverait le sa voie dans un monde transformé, demain. Si, par exemple, une espèce remplaçait l’être humain sur terre, et qu’elle soit aussi sensible que l’aient été certains d’entre nous pour ce qui est de la matière musicale, quels seraient ses penchants ? Je ne sais pas si les Beatles, les Stones ou même Sonic Youth, bénéficieraient d’une attention quelconque dans cette époque avancée. Quels que soient les mérites auxquels ils ont droit pour tous les services qu’ils ont rendus à l’humanité, pour recherche musicale, etc. En revanche, en lieu et place de cette musique reflet-d’une-époque qui finira forcément par vieillir parce qu’elle est d’abord une chronique sociale sonore, ou ce que vous voulez, d’autres projets, qui touchent à la spiritualité par la musique, semblent pouvoir durer toujours. Il y a dans le feedback de Kid A (Radiohead, 2000), les échos de Echoes (Pink Floyd, 1971), la musique contemporaine de Penderecki, et toute la manne de bourdonnements d’outre tombe dont seule une infime partie semble immergée et commercialisable (Merzbow, John Wiese, Boris, Xasthur, Leviathan, Joe Preston, Julian Cope), quelque chose qui touche à un désir de communication avec un auditeur qui n’est pas encore là. Tout cela est rapprochements futiles et cause de science fiction, ainsi venons-en au fait.


Déjà sept albums pour Sunn O))), ce duo américain composé de Stephen O'Malley et de Greg Anderson, aperçus à flanc de colline, vêtus d’une toge et encagoulés, leur guitare négligemment jetée sur l’épaule comme un instrument de guerre. Ils se découpent comme deux tristes sires errants, et il y a bien deux manières d’interpréter cette façon curieuse de transporter leur guitare ; soit ils sont livrés au désespoir de ne savoir comment se réinventer sans sombrer dans le ridicule, soit ils regardent de haut certains aspects de leur grande culture musicale et ces gens auxquels ils ne voudraient pas trop être associés (je parle de pionniers de la six cordes comme outil noble ou bruitiste). Une chose est sûre, ils s’imposent en patrons d’un style, le Drone métal. Je ne connaissais par ce genre musical, et n’ai que très peu d’informations à propos de cet album. Il s’appelle Monoliths et Dimensions, ce qui évoque assez l’ambiance de 2001 : A Space Odyssey, le film de Stanley Kubrick. Un monolithe qui donnera peut être à nos successeurs des informations sur la civilisation qui les précédaient. On ne peut s’empêcher de se le dire, la révélation prend des airs de farce assombrie grossièrement par un tas de peinture noire. Sans mauvaise allusion au visuel peu engageant. Le tout est de continuer à croire que le recul nécessaire est pris, parce qu’on a affaire à deux mélomanes aux commandes, et qu’ils ont du métier.


La première écoute a été captivante mais je ne sais toujours pas, sincèrement, si l’entreprise est totalement honnête. J’ai envie de dire oui, mais garde quelques réserves. Je n’ai pas poussé le volume comme il était conseillé quelque part sur le net (MAXIMUM VOLUME YIELDS MAXIMUM RESULTS). Surement une manière de convaincre tous vos voisins d’y prêter une oreille. Mieux que de se retrouver définitivement isolé de la communauté des vivants. Lorsque des commentaires sont faits sur l'œuvre de Sunn O))) dans son ensemble, on vante un affinement constant des arrangements. Je viens d'écouter Black One (2006), le précédent album, et je l'ai trouvé très différent de celui-ci. Une comparaison n'est donc pas la meilleure façon d'appréhender ce nouvel opus.
Les harmonies et les tessitures sont remarquables, mais à mon avis, l’essentiel n’est pas là. Le temps donné aux morceaux installe une sorte de transe et de frisson d’angoisse. Il ne faut pas en faire de l’ambient, sans quoi cette tension ne survient jamais.

Les deux têtes précitées sont aidées ici d’un compositeur contemporain et d’un certain Attila Csihar aux incantations. Ce dernier a une voix qui a l’air de vouloir vous transformer en marionnette écervelée (dans le cas ou la volonté est d’établir une communication), à moins qu’il ne s’adresse qu’a lui-même (monologue). Les guitares drone, caractéristiques du groupe, qui évoluent en spirales d’une lenteur implacable, sont associées à des chœurs sur Big Church d’une façon qui laisse à se demander si tout ce cirque n’est pas juste un vaste clin d’œil à la musique underground un peu maladroite, par voie ironique et catholique. Ce morceau de neuf minutes est le plus original et le plus mémorable. Big Church est construit de trois parties de trois minutes chacune. Cette structure même en appelant à une forte sensation que la superstition, si ce n’est le pessimisme, est le moteur créatif du duo. Superstition que les titres laissent éclater, références pseudo-obscures, tantôt à Jacolliot ou à Alice Coltrane, tantôt à la cité grecque de Cydonia ou à deux immenses reliefs sur Mars. 


La deuxième partie est un peu moins convaincante, car à mon sens moins originale. Hunting and Gathering (Cydonia) semble renouer avec un côté davantage métal, et apparaît comme la pièce la moins surprenante malgré l’apparition de chœurs masculins, bien différents de ceux du précédent morceau. Un instant, il nous semble avoir plongé dans un univers aussi baroque que barré. Alice, enfin, un Soundscape apaisé de 16 minutes qui marie guitares et trombone pour un effet moins surprenant que les autres morceaux (il faut dire qu’arrivé là on en a déjà entendu beaucoup), mais qui se revendique, toujours avec beaucoup d’humour, gageons-nous être le lointain parent sonore de Miles Davis. Il y a là peut être une vraie élévation, bien que si elle existe, elle est due à exactement l’inverse d’une ferveur lyrique. Le fond de la farce est atteint, et force est de constater qu’elle a pris les traits d’un voyage inédit.

Aghartha, longue litanie d’ouverture de 17 minutes, déploie sa violence sourde après cinq minutes d’accords grondants qui évoquent le post hardcore de Neurosis, mais en plus étouffant encore. Autant grognements préhistoriques que sons d’un futur lointain. S’ensuivent incantations, craquement de coque d’un bateau fantôme et bruits d’eau. Y-a-t-il vraiment une intention à tout cela ? Je ne pense même plus à une intention musicale. Car c’est d’une autre dimension qu’il est question ici. Toute l’aventure se termine peut-être en noyade. Mais, si vous saisissez, nous n’en sommes qu’au tiers des cinquante minutes que dure l’album. 

Parution : mai 2009
Label : Southern Lord
Genre : Drone, Expérimental
A écouter : Aghartha, Big Church


7.50/10
Qualités : hypnotique, puissant, lourd

    samedi 23 mai 2009

    Obits - I BLAME YOU (2009)

    Les chroniques qui disent I Blame You… Selon moi, il faut dire I BLAME YOU, en capitales, parce que rien que le titre tient de la déclamation haineuse liée à la paranoïa d’une trahison ! Cet album est le rejeton garage US de l’année, et pourquoi pas le premier album vraiment rock de 2009. Une piqure de rappel qui évoque clairement le psyché américain, Wire et Iggy Pop, mais pas seulement.

    Cependant, il vrai, je dois le concéder, I BLAME YOU est sans objectif. Une review du net disait d’ailleurs que le quatrième morceau, Two-Headed Coin, n’allait nulle part, et que déjà c’en était fini pour l’intérêt que l’on pouvait porter à cet album. Pour ce qui est d’aller nulle part, c’est exactement ça ! Mais ce n’est pour autant que vous serez, par la suite, en mesure de regagner votre sang froid habituel, et de glisser Raw Power dans votre chaine après un soupir très significatif quant à votre désespoir face au déclin programmé de la musique populaire, et surtout de celle que vous aimez : le punk. Comme s’il y avait eu une heure de gloire digne de ce nom. Arrêtez de prendre ça trop au sérieux et écoutez donc ce disque des Obits. Mais d’abord, dites, pourquoi devrait t-on exiger d’un groupe garage/punk/post punk qu’ils aient un autre but que celui de dresser des ébauches rapides, débauches sonores davantage que compositions, des coups de poing dans la gueule du mélomane qui a presque religieusement mis son #"%* de disque sur la platine. Des morceaux qui explosent à nouveau nos oreilles à chaque nouvelle écoute incrédule et qu’on oublie aussitôt, à quelques exceptions près ? Et après quelques écoutes, ici, l’exception pourrait bien être la règle. La musique de ce genre de groupe est une musique de transition, un exutoire, un simple éclat aux paroles empoisonnées qu’on écoute en étant heureux devant notre aliénation naissante.

    Ces morceaux ne sont pas toujours assez solides pour paraître évidents, mais la conviction y est plus que la mesure, empruntée au passé et au préexistant. D’où le terme "piqure de rappel". La matière psychédélique se greffe aux riffs Stoogiens, et donne l’impression que ces débraillages de trois minutes pourraient durer, hors disque, bien plus longtemps. On évite de justesse les outros chaotiques et les embardées en roues libres. De tout ce que je viens de dire, morceaux sans but et tournoiements de guitares potentiellement sans fin, Queens Of The Stone Age s’en est fait la spécialité. Era Vulgaris, deux ans déjà, illustre parfaitement ça. Alors passons au chant, afin de voir si le vocaliste des Obits se mesure au géant Homme. Rick Froberg, comme front man, sait à lui seul communiquer l’urgence, genre c’est maintenant que tout se passe et après j’aurai la voix cassée et il ne restera que des guitares brisées et des amplis cramés pour vous tenir compagnie. Cette voix est parfaite pour le rôle, assez intense pour marquer l’instant, cristalliser l’émotion en une fraction de seconde et la briser aussitôt. C’est un véritable cri du cœur, et très juste de surcroit. Remarquable à chaque apparition. De son côté, la basse pilonne ; écoutez Sud pour voir. Si la voix est l’accroche, la basse est le levier par lequel on entre vraiment dans le truc. La basse pose un peu le jeu, contient l’énergie qui autrement s’échapperait comme d’un ballon en train de se dégonfler. En gros, elle joue LE rôle qui devrait être le sien dans tout groupe de rock.

    La production est impeccable, la répartition des instruments exploite au mieux la stéréo ; contrairement à ce que pourrait faire croire la petite phrase d'avertissement de la pochette Xtra Compressed for Maximum Listener Fatigue. Ce partage donne l’occasion aux deux solistes de se répondre, de droite à gauche, d’une manière bien foutraque. On est décidément assez loin d’un groupe low-fi, même si le chant sur Run m’évoquait, personnellement, Pete(r) Doherty. Bonne production, son excellent ; encore comme les Queens Of... Il semble que Josh a trouvé de nouveaux (?) amis pour ses fameuses Désert Sessions. Et ce que laisse présager la suite… Un fantôme, en particulier va et vient dans cette musique expédiée ; celui de Syd Barrett, invoqué à plusieurs reprises, notamment sur le premier morceau, Widow of My Dreams, qui évoque Lucifer Sam du premier album du Floyd, ou Milk Cow Blues qui ne résiste pas à la tentation de faire sonner ses guitares comme sur Interstellar Overdrive. Sub Pop a encore un groupe fortement enjoyable et à son catalogue, un de plus. Et en vinyle, c'est encore mieux.

    On peut seulement regretter un Run chanté par le guitariste, et un morceau-titre trop court. Ce sera peut être l’affaire des concerts que de l’étoffer.
    Parution : Mars 2009
    Label : Sub Pop
    Genre : Rock, garage
    A écouter : Widow Of My Dreams, Two-Headed Coin, Fake Kinkake, Light Sweet Crude

    6.50/10
    Qualités : spontané, efficace


      Scène belge - Ghinzu, Venus, Deus

      Ghinzu – Mirror Mirror


      Cet album est vraiment foutraque et pas toujours du meilleur goût, mais il a le mérite de proposer une alternative à l’« Academy » du rock anglais, sans qu’il se refuse à emprunter à Franz Ferdinand (honorable volonté de créer un peu de mouvement sur la piste de danse) ou à Archive (à l’image du dernier titre, beaucoup plus casse gueule, et de This Light). Et s’il s’inspire encore des Strokes ou de Arcade Fire (Take It Easy et sa voix plus empruntée qu’entêtante), par exemple, on pense à Deus pour le désir d’expérimentation et cette propension à emboîter les atmosphères et les saveurs, clairement moins maitrisé ici, ou encore à Venus pour la candeur et le lyrisme des textes. Leurs compagnons en Belgique, mais pas que cela ; car l’univers de ces trois groupes se fait étrangement écho. Dans cette simplicité d’esprit qui, à la longue, finit par payer, à force de persévérance. D’une certaine maladresse charmante aussi. Attention de ne pas avaler de travers lorsque Je t’attendrai arrivera, qui plus est suivie par Birds In My Head. Alors, qu’est-ce qu’on y trouve ? Des volutes impétueuses de clavier, basse gonflée, des vocodeurs, des flopées de guitare sur quatre temps pour l’émotion ou le rythme et quelques notes de piano. Une musique pleine de non-lieux, moins efficace qu’elle n’en a l’air. Fabriqué et artificiel, mais quand même différent car naïf. Espérons qu’ils évoluent encore et que le prochain album sera plus convaincant.
      • Parution : 2009
      • A écouter : The End Of The World, Mirror Mirror

      Venus – The Red Room

      Venus, ce n’est pas Beautiful Day tout les jours. Derrière cette façade encombrante que le groupe peine à évacuer, il y a une vraie personnalité, déchirée, prompte à une plongée en abysses et accompagnée pour le voyage d’un violon et de guitares jouant dans les infra-sons. A ne pas écouter en MP3, donc. Cet album est le chef d’œuvre du groupe, l’album que l’on pouvait attendre après dix ans de carrière, mais cependant pas excellent au point de présager la disparition du groupe. Ainsi, lorsque son leader annonce la fin de l’aventure un peu plus tard, on reste un peu sur sa faim. Sur cette galette, on retrouve des morceaux naturellement fait pour tourner dans la tête ; Who the Fuck Gave You This Invitation ? ou Love and Loss, ; d’autres qui s’y feront une place non sans en racler les parois, en cherchant à s’échapper ; Everybody Wants To Be Loved, Everything That Rises Must Converge ou The Red Room ; de vrais morceaux d’indulgence, Mothers Voice, The Northern Cross ou I Spoke Too Soon ; et enfin, les compositions durables, et qui transcendent le genre de ce qu’on appellera l’anti Academy-anglaise, ou comment chanter en anglais et jouer du rock sans que cela ressemble à Oasis, à Blur, etc. et même pas à Radiohead. Dans cette catégorie, c’est Poison qui remporte toute ma considération. Mais il est vrai que les violons en picking sur Everybody Wants… , le chant parlé sur Love And Loss ou le brusque changement de tempo sur I Spoke Too Soon (sommet lyrique de l’album). Un groupe particulièrement savoureux en live, comme j’ai pu l’apprécier en 2006 en ouverture des Eurockéennes de Belfort…
      • A écouter : Love and Loss, I Spoke Too Soon, Poison
      • Label : Tôt ou Tard
      • Parution : 2006

      Deus – Vantage Point

      La musique de ce groupe de référence a toujours été une musique mutante. Un mélange de goûts souvent très adroit qui donne des morceaux lyriques, sinueux et captivants. Avec cette voix qui, comme la musique, n’est pas aussi inoffensive qu’elle n’en a l’air ; la colère de Barman, le vocaliste de la formation, est parfois prête d’éclater. Mais toujours retenue, avec élégance. Ambiances feutrées, sombres ou parfois, au contraire lumineuses et pop. In a Bar, Under the Sea et surtout The Ideal Crash, sorti en 1999 sont les pics d’une discographie vouée aux mélanges. Ensuite, il y a eu Pocket Révolution, qui s’est avéré être en quelque sorte une redite de The Ideal Crash, mais avec des morceaux moins alambiqués. Aujourd’hui, il semble que le groupe soit à la recherche d’une nouvelle voie…peu évidente. Surproduit, plein de sauts d’humeur, de claviers et de chœurs désolants, ce dernier disque laisse sceptique. Deux morceaux à l’ambiance complètement différente se détachent ; Eternal Woman, balade pleine de verve et de mélancolie, et The Architect, dancer très surprenant pour le groupe, preuve de ses aspirations à évoluer. Pour le reste on retrouve les éléments des précédents albums, arrangés avec toujours beaucoup d’idées, mais pas souvent de bon goût.

      • A écouter : Eternal Woman, The Architect.
      • …et sur The Ideal Crash : One Advice, Space ; Instant Street
      • Parution : 2008

      mercredi 13 mai 2009

      Morceau #1 - Still Water

      • Groupe : ErsatzMusika
      • Morceau : Still Water
      • Parution : 2009
      • Label : Asphalt Tango Records
      Manquant de repères, je serais bien incapable de vous parler du dernier album de Erzatsmusika, Songs Unrecantable, sorti cette année 2009. Je vous conseille cependant de prêter une oreille à ce groupe qui décrit sa musique comme du « post soviet folk from Berlin ». Ce morceau, extrait du précédent album, évoque à la fois la dérisoire monotonie de la chanson française et les fulgurances rythmiques de Tom Waits époque Rain Dogs. A creuser.

      lundi 11 mai 2009

      Bob Dylan - Together Through Life (2009)



      Après une tournée internationale de longue haleine, ce qui devait être une simple collaboration au nouveau film My Own Love Song de Olivier Dahan, réalisateur de La Môme, devient un album complètement inattendu.

      On ne peut parler de Dylan qu'en faisait référence à Dylan ; à sa vie, ses films, ses albums. Lorsque Bob Dylan revient, il y a toujours la sensation que le principal moteur de la création, pour lui, est la désinvolture. Il peut aller où il veut, sans par ailleurs bouger de son Basement ni faire inutilement mine d’efforts insurmontables. Il ne revient jamais de loin ; il est là, au coin de la rue ; là où on l’avait laissé, juste prêt à prouver qu'il n'a pas dit son dernier mot, heureusement pour nous. Reprenant à l’envi des bouts de rythmes de rock fifties et de ryhm and blues par-ci, des mélodies bluesy par là, et ailleurs des résultats de ses propres expériences. Preuve de son immense culture musicale, la tenue de l’ensemble doit beaucoup aux musiciens se trouvant au bon endroit au bon moment, c'est-à-dire de passage lorsque Dylan a l’idée, routinière à présent, d’enregistrer un nouvel album.

      Bob Dylan s’est défendu du succès en disant qu’il ne faisait qu’écrire des chansons et les mettre en musique. Quand je pense qu’il y tant de manières de mettre les chansons en musique, il s'agit pour lui de trouver la seule, celle qui transforme un texte en œuvre mélodique prompte à traverser le temps. Ou peut être à rattraper le temps, toujours le même, celui des groupes qui faisaient vibrer en évoquant la liberté, l'amour, l'égalité. Cet album est une occasion de Dylan de se pencher sur sa vie passée, lié à sa musique, lié à ses auditeurs et à ses admirateurs (comme le suggère le titre).
      Pour l’occasion, la musique est superbement inspirée, authentique et vibrante. L’accordéon, notamment, juste assez trainant et insouciant sur If You Ever Go To Houston pour que le morceau semble avoir toujours existé, tel Dylan lui-même. Et cette voix… Elle a vieilli mais n’en est que meilleure, avec ce timbre nasal qui donne à chaque intervention juste la bonne quantité d’attitude et d’ouverture, juste le cran pour chanter l’amour de manière universelle.

      Moins académique peut être que son précédent album, Modern Times (2006), ce nouvel effort n’hésite pas à nous surprendre dès le deuxième morceau, Life Is hard, dépouillé et apparemment dépourvu de la moindre énergie. Une bonne occasion à Dylan de montrer qu’il fait ce qu’il veut, à l’instar de quelques autres monuments de la musique américaine. Comme il le dit en fin de parcours, It’s All Good.


      Parution : avril 2009
      Label : Columbia
      Genre : Blues, Folk-RockA écouter : Beyond here Lies Nothin’, It’s All Good

      7/10
      Qualités : communicatif, rétro, Doux-amer

        mercredi 6 mai 2009

        Soap and Skin – Lovetune for Vacuum (2009)


        La musique d’Anja Plaschg est d’une honnêteté qui incite au respect ; car si ce premier album a été enregistré en quatre ans, il est pourtant un modèle de cohérence ; preuve que c’est une seule personnalité, une fort caractère, une vraie foi, qui s’expriment ici.

        Aujourd’hui, à dix-huit ans, l’autrichienne remarquée sur le réseau MySpace par sa future maison de disques publie Lovetune for Vacuum, qui semble rivaliser avec White Chalk, œuvre de l’anglaise P.J. Harvey parue en 2008 à laquelle celle-ci sera comparée. Sa voix désincarnée, pour commencer, y fait évidemment écho. Le format court et concis des morceaux également. On la dit aussi inspirée de Nico dont elle a repris un titre.

        L’évidence mélodique, la mélancolie viscérale, la noire passion qui anime ces pièces, comme un théâtre de marionnettes, comme une cérémonie de voix parfois Kate-Bushiennes, de piano et de chœurs gothiques prenant place au cœur d’une sombre forêt, nous capturent aussitôt, dès la première écoute. Ses comptines envoûtantes nous tiennent attentif de bout en bout, et les arrangements (quelques instruments à vent viennent se greffer sur des mélopées dépouillées) sont irréprochables. Rien n’est répété, chaque idée est exploitée une seule fois, avant de passer à la suivante. Enfin ses chansons ont la meilleure qualité ; elles coulent de source, se déroulent sans accroc. L’artiste n’aurait pu exister autrement qu’a travers ces morceaux, cela se sent. Elle semble avoir laissé grandir en elle ce projet, avoir donné tout le temps qu’il lui fallait pour parvenir à cette maturité désarmante. Elle est passionnée et nous passionne.
        Parution : avril 2009
        Label : Pias, Couch Records 
        Genre : Folk européenA écouter : Spiracle, Cry Wolf

        7.25/10 Qualités : Sombre, Gothique, lyrique

          Bill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle (2009)




          Doux-amer, romantique, élégant
          Folk


          Après Woke on a Whaleheart, premier disque publié sous son nom en 2007 et opus relativement mineur de sa discographie, Bill Callahan (Smog) fait de nouveau graviter sa poésie autour d’une vieille Amérique, de ses mythes, de sa vie sauvage. Callahan ne tire l’essence de son imagination de l’observation des réalités quotidiennes, construisant ses disques de sang-froid, comme un berger organiserait des notes concernant le comportement de son troupeau ; exactement comme un document engageant sa responsabilité, et sans lequel il ne saurait progresser au fil des saisons. C’est aussi, le refuge qui abrite sa retraite studieuse, refuge de plein air, grands espaces où son mental peut se mesurer aux éléments. Il se cache pour enregistrer l’hiver, et le printemps venu, fait paraître son nouveau disque avant de le défendre en concert au mois de mai, dans une heureuse routine que son label, Drag City, est trop heureux de maintenir. Il est à la fois établi et confidentiel ; dissimulé mais à la vue de tous, de qui sait regarder, écouter, s’arrêter au milieu d’un champ pour le seul plaisir de capter le cours paisible de la nature immobile. Callahan est une force irrésistible pour qui sait donner un peu de son temps.

          Sometimes I Wish we Were an Eagle célèbre le renouveau ; les bêtes batifolant, le soleil renaissant après les longues nuits d’hiver. On peut se focaliser pleinement avec ce disque sur la beauté et la sensualité que des arrangements inédits provoquent.  Sometimes… peut s’apprécier pour le seul chant de ses cordes et de ses cuivres frémissants, conçus pour imiter le bruit du vent dans une haie qui l’isolerait du territoire d’un(e) autre. On peut le prendre comme un envoûtement (The Wind and the Dove), une caresse (« She lay beside me/Like a branch from, a tender willow tree ») sur Rococo Zephyr. On peut trouver naturelle cette tension, cette amertume qu’il dégage sur Eid ma Clack Saw. L’une des actualités brûlantes dans la vie de Callahan est en effet qu’il vient de rompre. « I dreamed it was a dream that you were gone/I woke up feeling so ripped by reality”(“J’ai révé que c’était un rêve que tu étais partie/Je me suis réveillé trahi par la réalité.”) « Love is the king of the beasts/And when it gets hungry it must kill to eat » (« L’amour est le roi des animaux/Et quand il a faim il doit tuer pour manger »). Une tentative de séduction. Sa musique et son caractère peu expansif le font peut-être passer pour un homme taciturne, mais au sein de la nature sauvage Callahan a une place de choix, pour les fortes évocations qu’il éveille dans ses mots. C’est un romantisme débarrassé de tout égo.  

          Alors que les textes de certains musiciens folk rassemblent aux pages débridées d’un journal intime, Callahan a épuré les siens à l’extrême.  Sa voix à la fois grave et légère, n’élève jamais le ton et parvient pourtant instantanément à nous faire ressentir le caractère crucial de ce qu’il délivre ; son intonation évolue subtilement d’un endroit à l’autre, étant toujours, aussi subtilement que possible, en phase avec ce qu’il veut exprimer. La colère comme l’allégresse sont particulièrement étouffées. Les jeux de mots, et de phrases, compensent en pouvoir révélateur ce qui manque en expressivité. C’est là un monde entre chien et loup, où rien n’est parfaitement clair. « Well I used to be sort of blind/Now I can sort of see » (« J’étais à peu près aveugle/maintenant je vois à peu près »). Il ne cesse de nuancer, cherche la justesse absolue.  « If you…If you could… commence t-il au milieu de Too Many Birds. Il ne terminera sa phrase qu’après deux minutes et l’avoir travaillée mot par mot, à dix reprises : « If you could only stop your heart to beat/For one hard beat ». Un tableau vivant, effectué par touches successives, de la main de celui qui sait.

          Mémorable est la ligne "It's time to put god away"(« il est temps de mettre dieu de côté ») sur Faith/Void ; on le soupçonne pourtant ne n’avoir jamais vraiment reposé sur cette volonté immatérielle. C’est plutôt, à titre de douce revanche, une mise en garde déstabilisante qu’il transforme facilement en réalité, parce qu’il a l’autorité suffisante pour cela. « This is the end of faith, no more must I strive/To find my peace, to find my peace in a lie” (« C’est la fin de la foi, je ne vais plus lutter/pour trouver la paix, pour trouver a paix dans un mensonge”). Et toujours, la même allégeance : l’exploration de voies de traverse, est plus importante que la destination.  « For a void without a question is just perverse” (« Parce qu’un vide sans questionnements est pervers”). Toujours à la recherche de davantage de sensations vertigineuses, Callahan parvient à chaque fois sans faute à les trouver. Pour beaucoup, abandonner leur foi en Dieu serait source de vertige ; lui, déjà sevré en cela par l’observation de la nature environnante et de ses mécanismes impitoyables, trouve ailleurs, mais au même endroit, ses révélations enivrantes.

          Depeche Mode - Sounds of the Universe (2009)




          Le titre : une référence gonflée à Music for the Masses. Il est facile de détester Depeche Mode pour tout un tas de raisons, mais Martin Gore fait encore du bon travail, ne trahit pas sa « ligne éditoriale » (foi, souffrance, amour etc.), et de surcroît il chante très bien. Pour ceux qui sont encore réticents, il n’y a qu’a se dire que Depeche Mode n’est jamais meilleur que lorsque ils nous font rire (Je pense au refrain bêta de It’s No Good). On retrouve avec plaisir l’atmosphère dépouillée des meilleurs morceaux du groupe, et Peace nous amène sur un nouveau terrain avec Dave Gahan dont le chant donne l'illusion d'être frais et neuf. 

          Parution : avril 2009
          Label : Mute
          Genre : Electro
          A écouter : Peace, Perfect
          6.75/10
          Qualités : élégant, sombre


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