“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (76) soigné (76) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (55) entraînant (53) original (52) lyrique (48) sombre (48) communicatif (47) onirique (47) élégant (47) pénétrant (46) audacieux (45) sensible (45) apaisé (44) hypnotique (42) attachant (40) lucide (40) vintage (39) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (29) Romantique (29) orchestral (29) efficace (28) frais (28) intimiste (27) rugueux (27) spontané (27) fait main (26) varié (25) contemplatif (24) funky (23) extravagant (21) nocturne (21) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (16) lourd (16) épique (11) Ambigu (10) heureux (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 31 mars 2010

Memory Tapes - Seek Magic (2009)




Parution : 9 novembre 2009
Genre : Electro, Experimental 
A écouter : Bicycle, Swimming Field

Note : 6.50/10
Qualités : fait main, original, rétro, onirique

Les paragraphes en italique sont de Nick Fenn, publié sur le site No Ripcord.

J'aime écouter de la musique en mouvement. Randonnée pédestre, voiture, trajets aériens, footing, ça n'a pas d'importance, il y a simplement quelque chose qui se produit lorsqu’on se déplace à travers un paysage, une alchimie qui fonctionne bien avec de la musique. Voyager est aussi le moyen idéal pour découvrir de la nouvelle musique, sans autre stop qu’une destination prévisible. Vous pouvez vraiment vous concentrer sur la musique que vous passez. C'est une grande opportunité de réévaluer d’anciennes écoutes et des morceaux inconnus dont vous n’êtes pas sûr.

Seek Magic, de Memory Tapes, a été un grand disque alors que je conduisais dans le New Hampshire, depuis le Maine, avec ma copine, la semaine dernière. La Nouvelle-Angleterre est un endroit à la beauté d’automne stéréotypée, et la vision de tous ces ors et ces rouges alors que le soleil se couchait a été incroyable. Plus que cela, en regardant par la vitre, à un moment j'ai aperçu le lac le plus placide que j’aie jamais vu, posé là, entouré d'arbres, avec la lumière mourante qui le frappait. C'était la vision parfaite au moment parfait. Il y a quelque chose de suscité sur Seek Magic qui a renforcé le sentiment que j’ai eu là bas. Quelque chose d'organique, de vital.

Seek Magic est constitué de seulement huit morceaux, mais fait 40 minutes. Cela permet aux pistes de respirer et de progresser, sans aucune hâte. La majorité de la musique se fait ici aux claviers, à l’aide de boucles de batterie, guitare et basse.

Chaque morceau se développe ici de manière vraiment surprenante. Prenez Bicycles, par exemple, qui commence par une rythmique d’ambiance de fin de soirée et se termine par un chœur synthétique qui s’envole, accompagné d'un solo de guitare à la New Order. Le morceau suivant, Green Knight, tourne en faux départ pendant une minute, passant d’une house mutante à quelque chose de bien plus funky, avec « I want to give you my love » mis en évidence comme un appât. Ces moments d’innovation et de surprise font que les écoutes répétées de Seek Magic sont récompensées.

Mes moments préférés viennent à la fin, cependant, avec les deux dernières pistes, Plain Material et Run Out. Le premier est un rock électro Cure-esque qui se fait rattraper par blips et synthés épais, l’autre un down-tempo instrumental qui amène à une conclusion distordue, mais sans jamais perdre le fil, c’est-à-dire une séquence d'accords de guitare qui lie le tout.

J'ai commencé cette chronique en évoquant combien j'aime écouter de la musique pendant que je voyage, mais il serait plus juste de terminer en suggérant Seek Magic est un disque fait pour le voyage. C'est le genre d'album qui ne vous donnera pas tout d’un seul coup mais qui se révèle si vous l'emportez ailleurs avec vous. C'est de la musique pour ces moments particuliers où l’on peut vraiment être attentif.

Seek Magic fait pénétrer dans un endroit singulier ; un monde disco-club synthétique de fantaisie, avec Dayve Hawke qui pose sa voix comme un cheveu sur la soupe. Ca ne manque pas de charme. L’air de rien, l’artiste originaire de New Jersey ne cesse d’emprunter des nouvelles directions, plus étonnantes les unes que les autres, ne cédant jamais complètement à la léthargie. Sa torpeur et l’apparente paresse qui caractérise son mélange nostalgique de sonorités à l’esthétique eighties et de collages sincères est source de micro-exaspérations autant que la raison d’ y retourner, subjugué par son originalité de ton. Ses méthodes évoquent Bradford Cox, de Atlas Sound. Seek Magic est peut-être facile à détester, en y jetant une oreille distraite, mais il y a tout un monde à explorer derrière son aspect légèrement décrépit. L’existence d’un deuxième disque contenant l’instrumental de 22 minutes Treeship dans quelque édition anglaise de l’album confirme que Hawke est un talent à surveiller.



vendredi 26 mars 2010

Goldfrapp - Head First


Le moins qu’on puisse dire, c’est que le revirement de Goldfrapp sur ce disque fait son petit effet, après qu’on les ait laissés dans les volutes synthétiques faussement pastorales de Seventh Tree (2008). Sur Head First, à priori, rien n’est dissimulé, ni suggéré ; Alison est à nouveau en talons hauts, mais en combinaison rose cette fois, et je crois que ce ne serait pas lui rendre service que de la comparer à Madonna (elle évoquera le cas de la chanteuse en expliquant que, tandis que celle-ci s’entoure de personnes compétences pour façonner un disque, Goldfrapp écrivent et produisent tout eux-mêmes, à la manière d’artisans du son - cette distinction vaut son pesant d’or à l’écoute de Head First.) Ce n’est pas la première fois que le duo cherche à nous faire perdre la tête (Supernature et ses dérives glam), mais cette fois-ci, la pilule est dure à avaler parce que c’est quand même les années 80 sans frein, pour la plus grosse partie du disque. Jump, de Van Halen, est fréquemment remis sur le tapis pour évoquer l’imposture d’un titre comme Rocket.

Ecouter le disque en entier, la première fois au moins, provoque un certain malaise. Mais tandis que les choses avancent, on ne peut s’empêcher à tout un tas de références, et ce n’est pas aux années 80 que je fais allusion. A mon sens, cette époque est bel et bien enterrée, car Goldfrapp continue à faire de l’art – à la façon éhontée qui les a toujours caractérisé, depuis l’introduction même de leur tout premier morceau, Lovely Head. On se croyait dans la bande originale du Bon, la Brute et le Truand, avant qu’un twist, un retournement, comme ceux auxquels nous sommes habitués de le part du duo joueur depuis lors, transforme l’intro picturale en plage langoureuse et habitée d’une fine trame électronique. Leur identité s’est liée irrémédiablement à l’aspect rétro de leur son, après qu’il aient vendu des centaines de milliers de Supernature (2005). Head First n’est alors qu’un genre de nouvelle étape décisive ; car s’il ont assumé leurs déguisements de récupération autant que l’expression d’une sensualité glauque, voire d’une sexualité libertine, il leur restait à se jouer de leur propre cadre en forçant le trait. Afin de ne pas reproduire Supernature ? Peut-être, mais pourtant Rocket ou Believer, les deux premiers titres du disque, auraient pu être récupérés par tous les dance-floor et les patinoires du monde – s’il ne le font pas, leurs remix le feront.

Qui va acheter ce disque ? Je suppose que le profil type a un peu changé depuis 2005. Head First ressemble à un objet pour musicologues, ce que Will Gregory, sinon Alison, sont : des musiciens érudits. Il faut quand même une forme de courage, une audace qui comprend un sens de l’humour non négligeable, pour traverser le magasin et ignorant notamment que les White Stripes ont enfin sorti leur premier disque live, et préférer ce Head First rose et bleu. Mais Goldfrapp s’amuse bien entendu de ce problème de conscience du consommateur habituel : un bon pied dans le rock, une oreille pour la musique électronique à l’occasion, il méprise doucement la plus grosse partie de ce qui s’est fait dans les années 80, à cause de cette production dégoulinante, éprouve un dédain assez important pour le rock progressif de la décennie précédente, à l’exception de Pink Floyd, et n’écoute plus que les descendants du rock à l’état brut, l’école Lester Bangs, punk, hardcore, grunge, le son de la décennie 90, où les claviers firtent mine de disparaître ou presque – Depeche Mode, qui partagent avec Goldfrapp le label Mute, continuent avec Violator dans l’esprit cathartique qui les a lancés.

En découvrant Count Five, dans les années 60 – Head First pourrait bien finalement conjurer toutes les époques et beaucoup d’exemples pour faire parler de lui – Lester Bangs les accusait d’être nuls, et pourtant il les adorait ; musique incompétente et paroles médiocres, avec un seul message répété à l’envi sur tous les titres : je t’aime, est-ce que tu m’aimes ? Les paroles sur Head First sont presque de la même facture – presque fait toute la différence. Cela suffit pour nous donner l’impression que l’on aime détester ce disque, dans les trois premiers morceaux au moins. Les paroles de Shiny and Warm ont une autre portée, et le disque se transforme lentement, avec Dreaming et Head First plus froids ou Shiny and Warm aux accents de Suicide ou de krautrock. On se rend compte de la supercherie ; ce n’est pas un disque idiot, ni même volontairement idiot, mais plutôt un album qui sous couverts acidulés continue la réflexion du duo et donne à Alison des atours toujours plus convaincants. En réalité, les morceaux ont une qualité ambivalente, ils donnent l’impression d’être immédiatement assimilables, alors qu’en réalité ils contiennent autant de références au groupe lui-même, de contours flous, que de références explicites. Et c’est ainsi qu’il exercent un attrait tout particulier, une sorte de charme intellectuel – sans compter que leur brute efficacité peu devenir une nouvelle inspiration ailleurs. A ce propos, leur maîtrise sonore n’a jamais été aussi évidente ; alors que Felt Mountain et Black Cherry accusaient des manières débutantes, que Supernature et Seventh Tree confirmaient une progression, Head First est enrobé de manière quasi-parfaite.


  • Parution : 22 mars 2010

  • Label : Mute

  • Producteur : Goldfrapp

  • Genres : Synth-pop

  • A écouter : Rocket , Believer, Shiny And Warm




    • Appréciation : Méritant

    • Note : 7.25/10

    • Qualités : fun, audacieux, soigné

jeudi 25 mars 2010

Goldfrapp - Seventh Tree


La carrière de Goldfrapp progresse à toute allure ; Seventh Tree en est seulement le quatrième chapitre et on a déjà l’impression d’un groupe sur le retour… C’est que l’habileté du duo constitué par Alison Goldfrapp et Will Gregory surpasse peu à peu toutes nos espérances. Ils savent changer de peau comme plus aucun autre groupe ne le fait, avec par exemple Massive Attack ou Gorillaz peinant déjà à surprendre après trois ou quatre disques. Ils continuent d’agir pour leur public de fidèles, avec une foi hors d’âge maintenant que peu de gens se soucient de la dimension évolutive et même, pour beaucoup, artistique que peut tenter de véhiculer un groupe. Ils continuent de défricher à leur façon car ils savent bien que c’est ce qui rend la musique excitante ; le renouvellement ; que même Alison, sans ses atours démodés et son audace à muer, n’aurait pas la moitié du sex-appeal qu’elle a.

Le logo apposé sur leurs disques est devenu une marque, qui signifie exigence, brio, et peu de déceptions au compteur. Une partie de Black Cherry (2003) pouvait ennuyer, mais guère plus. Et ce n’est pas avec ce nouveau disque qualifié à tort de revirement folk que l’on se détournera des efforts du duo. L’ambiance est toujours très synthétique, malgré le premier titre, l’énigmatique Clowns, qui emprunte des sonorités à Nick Drake.

Seventh Tree enjoint à apprécier les simples choses de la vie depuis chez soi, un peu d’isolation, avec une pointe d’amertume laissée par la promotion de Supernature (2005), les tournées et quelque part l’égarement qui s’est ensuivi. Goldfrapp reprend pied, sans perdre le pouvoir de façonner des mélodies anthémiques comme Happiness, A and E ou Caravan, évoquent toutes un retour au calme. « Je pense que c’est malsain d’agir en toute conscience », remarque la chanteuse du duo. C’est pour cela qu’ils vont chercher ensemble à donner quelque opacité à des titres comme Clowns ou Eat Yourself. Alison décrit l’humeur de cette nouvelle collection de titres ainsi : “une combinaison de naïveté folk anglaise avec un peu d’horreur et de soleil Californien qui l’éclaboussent ».

On peut aussi considérer qu’avec Supernature, ils se sont dangereusement rapprochés du point auquel tous leurs mystères seraient élucidés, toute leur pudeur percée à jour ; qu’allait t-il rester alors de leur âme née avec Felt Mountain (2000) ? Seventh Tree n’est pas seulement plaisant, il est réparateur ; c’est peut-être le plus important disque pour Goldfrapp, celui qui assure sa pérennité. Qu’il mette les tubes tapageurs de Supernature bien derrière lui n’est pas la moindre de ses qualités ; et que l’on puisse encore apprécier des moments de pop éhontée comme A and E, aux côté de plages mélodiques classieuses comme Cologne Cerrone Houdini ou Little Bird, prouve que le charme polisson du duo est intact.

Goldfrapp ne fait pas sa musique sur la brèche ; et s’il y avait dans son précédent album un aspect provocant, c’était plutôt dû à l’état d’esprit d’Alison au moment de le faire, c’était nécessicité de son éclosion artistique. Leur meilleure musique est façonnée à tête reposée, en fonction de leur envie ; et ils se tiennent à merveille à leur direction, produisant une fois de plus un disque au fort pouvoir de cohérence et aux nombreux instants de félicité.


  • Parution : février 2008
  • Label : Mute
  • Producteur : Goldfrapp
  • Genres : Synthpop, Folk
  • A écouter : Happiness, Caravan Girl, Clowns

  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.25/10
  • Qualités : heureux, self-made

Tom Petty and The Heartbreakers - The Live Anthology (2009)


Parution : 22 novembre 2009
Label : Reprise
Producteurs : Tom Petty, Mike Campbell, Ryan Ulyate
Genre : rock
A écouter : Refugee, Breakdown, Here Comes My Girl

8.25/10
Qualités : intense, ludique, groovy

Le groupe, son histoire, son époque s’éclipsent quelque peu derrière cette anthologie. Mais quel serait l’objectif d’un tel objet, 4 disques et 48 morceaux, si ce n’était de prouver au monde entier que Tom Petty et les Heartbreakers sont bien davantage qu’un groupe tirant ses influences dans les années 60 – The Who, les Byrds, les Beach Boys - pour les reconstituer 20 ans plus tard ? Inutile de tenter d’oublier les fautes de goût dans le début de leur carrière, le clip pour leur hit Refugee par exemple. Et quelle belle affaire que la personnalité tourmentée de Petty, qui s’infligea lui-même la plupart des traumatismes qu’il dû traverser, montant les histoires de cœur en cathédrales… sonores. « I want music to be people playing », statue t-il comme s’il balayait de la main les quelques aperçus qu’on aurait eu de lui autrement qu’à travers la musique. Tom Petty : The Live Anthology remet la musique devant tout le reste, si ce n’était pas le cas.

C’est une collection non chronologique, qui prend sa source dans des concerts donnés de 1978 à 2006. Ryan Ulyate, le co-producteur du disque, a récemment constitué une archive rassemblant 170 enregistrements d’autant de performances, et qui contenaient 3,509 de 400 morceaux différents. « Je voulais être sûr que Tom et Mike (Campbell, guitariste des Heartbreakers) entendent chaque morceau qu’ils aient jamais fait », explique t-il. En ne gardant que le meilleur à partir de cette énorme vivier, cela avait toutes les chances d’être parfait. Mais encore fallait t-il que la qualité du son soit au rendez vous, et c’est le cas. La moindre note de guitare et de clavier est restituée avec une clarté stupéfiante. Si l’on ajoute que les très bons Heartbreakers n’ont jamais aussi bien joué que lors de ces concerts, où ils se sont montrés pratiquement abrasifs et très joueurs, s’amusant à extraire un rafraichissant suspense de leurs hymnes (Refugee, I Won’t Back Down, Here Comes My Girl, Breakdown…)

« I want music to be people playing », statue t-il comme s’il balayait de la main les quelques aperçus qu’on aurait eu de lui autrement qu’à travers la musique. Tom Petty : The Live Anthology remet la musique devant tout le reste.

Breakdown, dont la version originale faisant moins de trois minutes sur le premier disque titré Tom Petty et les Heartbreakers… et plus de huit minutes ici, jouée devant un public chauffé à blanc et prompt à manifester sa joie à l’apparition d’un riff connu… ou simplement d’un rythme de batterie lancé en toute candeur avant que ne déboule le fameux riff. Et toujours cette sentence… d’anthologie, en ouverture : « It’s all right if you love me babe… It’s all right if you don’t ».

La rigueur, la précision des Heartbreakers balaie l’Alchemy live des Dire Straits et presque tout le reste. Cela me fait penser que je dois toujours jeter une oreille au Live at Leeds des Who… et je peux sans crainte m’attendre à être déçu. Petty et son groupe se sont sans doute surpris eux-mêmes en perçevant la qualité de leur jeu, étant donné les conditions de concert – Petty lui-même dédiant une partie non négligeable de son énergie à son public. En début de carrière, et c’est de là qu’est issue une bonne partie de ces enregistrements, on sent le groupe prêt à écraser toute résistance, rien que pour l’énergie vocale de leur chanteur. Campbell : « Une chose que j’aime sur les enregistrements à cette période c’est la voix de Tom si jeune et haute et excitée. Vous pouvez deviner que le groupe commence juste à sentir que nous pouvions le faire, nous pouvions le sentir, et l’audience aussi ».

Et ça ne s’arrête pas au répertoire du groupe. « Je suis tellement chanceux d’avoir ce groupe incroyable que ça me semble honteux que de leur dire quoi jouer », remarque Petty. Chaque concert devient l’occasion d’approfondir leur exploration à travers des reprises dont les plus réussies sont restituées ici, comme partie intégrante du travail du groupe – qui est avant tout une affaire musicale avant d’être un show. Il y a Friend of the Devil, de Grateful Dead, Something in the Air de Thunderclap Newman ou Mystic Eyes de Van Morrisson… C’est toute une vie dédiée au rock’n roll, ou plutôt autant de vies qu’il y a de Heartbreakers, dont l’endurance et le dévouement finissent par payer. Ils méritent leur place aux côté de formations mythiques comme The Band, le groupe versatile, lui aussi, de Bob Dylan dans les années 60.

Rien que pour la qualité sonore, cette anthologie constitue la meilleure entrée du groupe et de son leader dans ce nouveau siècle.

dimanche 21 mars 2010

Gil Scott-Heron


"La musique n’est pas mienne. Elle nous appartient à tous. A la minute où j’essaie de me l’approprier, c’est fini. C’est mon boulot de transmettre ce que j’ai appris. C’est faire vivre la tradition. " Ainsi parle Brian Jackson, le partenaire de Scott-Heron pour plus d’une douzaine d’albums studio. C’est tout l’esprit de son partenaire qui passe à travers lui.

Gil Scott-Heron est avant tout un messager, avant d’être romancier, poète, musicien. Il utilise la musique pour communiquer et partager, et les mots comme une arme. Beaucoup prétendent faire ainsi de nos jours ; mais avec Scott-Heron ce sont les tripes de l’artiste qui sont en jeu, ce n’est pas un schéma esthétique mais l’expression d’un besoin qui se passe même de créativité – car s’il emprunte à d’autres les mots et s’il laisse la musique courir dans d’autres mains, sa seule voix trahit sa sincérité, son honnêteté.

Gil Scott-Heron est né à Chicago en 1949. De sa mère, bibliothécaire, il a surement hérité son intérêt pour la littérature ; de son père footballeur professionnel qui se faisait parfois appeler Black Arrow sur le terrain, il a peut-être admiré le sens de la défiance. Très tôt, il choisit son camp, et ce qu’il vit au quotidien ne lui en laisse qu’un. Dans The Vulture, roman qu’il écrit à vingt et un ans, Scott-Heron décrit très crument la misère et les trafics de drogue qui ravagent les quartiers laissés pour compte des grandes villes.

Après avoir passé son enfance dans le tenessee auprès de sa grand-mère, Scott-Heron déménage vers 13 ans dans le Bronx, le ghetto Noir à New-York. Il est alors un peu réservé et studieux. Au cours des années, alors qu’il s’attache à cet environnement étrange et peu naturel, cet envers du décor, il n’a qu’à regarder autour de lui pour nourrir son engagement, sans être réellement dans le feu de l’action. A mon sens, il ne le sera jamais ; il semble toujours en décalage avec ses contemporains, même avec ceux qui apprécient son art à plusieurs dimensions.

Il est aussi intéressé par la poésie, mais recherche un moyen plus direct, plus honnête (toujours par souci de ne faire l’esthète) pour s’exprimer, plus en rapport avec une réalité dure, voire répétitive ; où les gens ont un tempérament à fleur de peau, où certains basculent sans crier gare dans la dépendance, et de la précarité à la pauvreté. Dans son exploration de lois des lois du monde, il développe un talent de composition, de chanteur et de pianiste. La musicalité est un aspect très important de son art. Il se dit influencé par "les musiciens, plus que les écrivains. Richie Hawens pour ce qu'il fait avec les images et les rythmes. Coltrane pour le côté intemporel et dynamique de son œuvre. Otis Redding pour sa manière de chanter qui fait que les paroles deviennent des sons. » La musique, et la voix à l’intérieur d’elle, c’est clairement une affaire de rythme. Puis le rythme amène le débit. The Revolution Will Not Be Televised ressemble, dans sa première mouture (sur Small Talk at 125th and Lenox), à la mise sur rails d’un poème urbain flamboyant et marteleur.

Avec l’aide de Brian Jackson, compositeur et pianiste, du flûtiste Hubert Laws et de Ron Carter à la contrrebasse (qui a enregistré près de 1000 albums), Gil Scott-Heron va façonner deux classiques dont l’humeur navigue entre soul et spoken-word ; c’est Pieces of Man (1971) et Free Will (1972). Winter in America, en 1974, finit d’assoir la réputation de Scott-Heron comme l’un des précurseurs du rap et du hip-hop, avec The Last Poets par exemple. Public Ennemy, Rage Against the Machine ou Saul Williams l’ont tous cité comme influence.

Productif dans le courant des années 70, ils disparaît un peu après Moving Target (1982). Le temps pour ses auditeurs de faire le point sur dix ans de diatribe ininterrompue menée tambour battant avec Jackson.

Son engagement politique et social, évident sur des titres comme New York City ou Winter in America, tranforme aussi ses concerts en débats avec le public. Le gouvernement américain le déteste, et Scott-Heron, pour ne rien arranger, soutient le courant des Black Panthers en s’inspirant de Malcom X. Il a un point de vue très ouvert sur la question : « Si la communauté musulmane veut construire une mosquée, je joue pur eux. Si l'église du quartier veut envoyer de l'argent pour distribuer des vivres aux plus démunis, je le fais aussi. J'aide toutes les organisations qui apportent quelque chose de positif à la communauté noire. ».

Figure au passé flou et à l’avenir incertain, peu responsable de sa propre santé, Scott-Heron semble dédier sa voix à une cause de moins en moins évidente, au détriment de son corps et de son esprit.

Pourtant, en 1994, Spirit voit le jour et montre l’artiste en grande forme. A ce moment de sa carrière, Scott-Heron a réussi. Pourtant, s’il est brillant et érudit, sa musique ne donne pas l’impression d’une ébullition artistique ; mais exprime un état où l’âme et le corps d’innocents sont prêts à exploser des pressions sociales que l’on met sur eux ; c’est une musique qui se nourrit de l’environnement humain de Scott-Heron, sans tendance dominatrice. Au moment de I’m New Here (2010), c’est même plutôt l’inverse ; le poète prend la position la plus humble qui soit, comme si tout était à recommencer…

samedi 20 mars 2010

David Gilmour - On An Island


On peut parfois se demander quel est le disque que l’on aimerait amener sur une île déserte. S’il devait y en avoir qu’un. David Gilmour, se posant cette question, n’est pas allé chercher chez d’autres ce qu’il aurait pu faire lui-même ; un album somptueux, sensuel, reposé, qui est le chef-d’œuvre évident de sa carrière solo – ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on parle de l’un des plus grands guitaristes du monde encore en activité.

"La voix et la guitare de Pink Floyd", comme il se présente souvent, c’est aussi une bonne partie de l’âme qui traverse les albums du Floyd que sont Meddle (1971) ou Wish you Were Here (1975), sans compter ses excellents solos sur Animals. Ici, on est cependant à des années-lumière de la fureur rentrée de ce pamphlet inspîré par Georges Orwell et sorti sans grande surprise en 1977. En 2006, Gilmour a soixante ans ; ses relations avec Roger Waters se limitent à des salutations polies (par exemple lorsqu’ils se croiseront alors qu’ils préparent leurs shows dans deux hangars voisins). On an Island est coécrit avec Polly Samson, sa femme depuis 1994. En découle une œuvre de grande cohérence et de grande force, un disque courageux aussi puisqu’il n’est jamais démonstratif, laissant le sentiment servir de fil conducteur. Les chansons racontent la poésie du couple, l’alchimie du bonheur, la recherche de quiétude après une vie d’explorations incessantes – de tournées à perdre haleine.

Castellorizon ou Red Sky at Night montrent Gilmour qui tente de communiquer son cœur à la seule force de son instrument – et il n’est pas mauvais saxophoniste, il a bien compris qu’un bon solo de saxophone remplace avantageusement une énième ligne de voix. Cela d’autant plus que le disque est construit dans l’optique d’une tradition théatrale contemporaine, comme une expérience multisensorielle, plutpôt que comme un disque de rock – et que chaque intervention doit répondre à celle qui l’a précédé. Les éléments qui le composent se fondent les uns aux autres ; les atmosphères progressives du Floyd deviennent le plus souvent l’écrin à l’affect de Gilmour, avec parfois de dramatiques envolées. Les orchestrations sont ainsi complètement naturelles, rien n’est plus forcé. Then I Close My Eyes introduit la prestation de Robert Wyatt au cornet, un instrument qui transmet une émotion incroyable (il n’a a qu’a écouter aussi le morceau Ordinary People de Neil Young, vers la quinzième minute, pour comprendre).

Take a Breath nous rappelle que nous sommes en présence de celui qui a écrit Young Lust. Gilmour y est comme souvent accompagné de Phil Manzanera (Roxy Music), ainsi que de Guy Pratt à la basse. Le morceau ressemble à un léger retour de vent après la traversée de grande quiétude que constitue le triptique Castellorizon-On an Island-The Blue (lesquels morceaux contiennent de magnifiques solis de Gilmour, qui maîtrise les tempos lents à merveille et ménage l’arrivée d’une plainte électrique comme l’entrée en scène d’un personnage animé bien plus présentable que ceux de The Wall (1979). Smile ou Where We Start apportent la félicité ultime, portés par de superbes mélodies de chant. This Heaven la joue cool, et il l’est vraiment, à braver vents et marées.

La fascination du Floyd pour les pays du sud de l’europe – qui a sans doute culminé lors de leur fameux concert aux arènes de Pompéï en 1972 - est encore présente ici, dans l’imaginaire de Gilmour. Ainsi, Castellorizon est est méditation du guitariste après une nuit passée dans le ville côtière de Castellorizon en Grèce… On se souvient avec un pincement au cœur de l’amour de Richard Wright pour la mer et la navigation – … voir son disque solo Wet Dream (1978). Il est probable que les notes en introduction de Echoes, l’un de leurs tirtres les plus célébres et les plus longs de leur répertoire, soient voulues comme des sonorités « aquatiques ». Comme un appel humain à travers la mer. Sans compter, sur On an Island, le thème de la quiétude et de l’île, ou encore les titres The Blue et A Pocket Full of Stones.

En concert, David Gilmour est apparu accompagné de Richard Wright, feu le claviériste de Pink Floyd ou de David Crosby et Graham Nash, qui ont aussi participé sur le disque aux chœurs du titre On an Island.

Disque enregistré sans compter, On an Island est enfin, en 2006, la manifestation entière de l’univers de Gilmour, un sommet romantique.


  • Parution : 6 mars 2006
  • Label : EMI
  • Genre : Rock progressif, Blues
  • Producteurs : David Gilmour, Phil Manzanera, Chris Thomas
  • A écouter : On an Island, Take a Breath, This Heaven, Smile


  • Appréciation : Monumental
  • Note : 8/10
  • Qualités : poignant, soigné, heureux

 

lundi 15 mars 2010

Joanna Newsom - Have One On Me


Ca y est, la nouveau disque de Joanna Newsom est offert au monde. Les plus hardis ont même déjà leurs points de repère dans cette œuvre magistrale et imposante ; triple disque, plus de deux heures de musique, dix-huit titres dont seulement trois font moins de six minutes. En considération de sa qualité et de sa consistance, c’est un peu l’artefact ultime de la pop moderne – au sens large, bien entendu. Joanna Newsom est désormais reconnue, je crois, pour son audace, quand Ys (2006) n’avait provoqué qu’un intérêt trop superficiel (et frustrant pour ceux qui, comme moi, trouvaient qu’il s’agissait d'un fantastique joyau d’émotions). Non qu’il n’y ait quelque barrière à l’appréciation de l’art selon la grande Newsom ; au contraire. Sa voix, pour commencer, fut la cible des indécis ; ici clairement plus influencée par Joni Mitchell et moins caracolage elfique que par le passé ; plus conventionelle, si cela peut rassurer les récalcitrants que The Milk-Eyed Mender (2004) avait fait grimacer. Ensuite, il y a l’univers médiéval de Ys, disque « trop moyennageux » aux dires de certains. Les plus isolés et frustrés des critiques ont moqué l’imagerie, les paroles de ses chansons. Il faut vraiment être de mauvaise foi, maintenant, pour ne pas voir que l’imagerie à priori naïve de l’univers de Newsom est un incroyable tremplin qui est en train de l’emporter dans un endroit où elle est à nul autre comparable.

Newsom, dans son domaine, qu’elle n’a pas besoin de garder (personne ne viendra marcher sur ses plates-bandes) s’autorise des choses inouïes auparavant. D’abord, la teneur, de lyrisme et de structures de chacun des titres de Have One On Me est phénoménale. Les exceptions notables que sont On a Good Day – déjà un classique folk, incroyable d’évidence – ou 81, dialogue plus concis entre harpe et chant d’ange plus pénétrant que jamais – montrent bien que ce n’est pas la condition essentielle de l’art de Newsom. Plutôt une nécessité d’écriture qui se fait sentir le plus souvent – l’argumentation quant à ses thèmes de prédilection (confrontation au monde réel, désorientation, pauvreté, maternité (trois thèmes qu’elle semble puiser dans l’œuvre « paradisiaque » de l’auteure noire américaine Toni Morrisson), « amour conditionnel et inconditionnel », saisons, pays et villes, sphère occidentale, toutes notions qui titillent son affect, tous éléments du monde à travers sa sensibilité) se faisant très prolifique. Son affection finit toujours par triompher, et ici c’est In California (dont le thèeme est repris à la fin sur Will Not Suffice) qui le montre le mieux ; un chant d’amour pour la Californie du nord, ce pays qui est le berçeau de la musicienne. Une condition inséparable au sentiment de grande fierté qui l’habite sans aucun doute ; avoir une terre d’attache, une appartenance. Un endroit où connaître les gens, courir les villes, explorer les ports, où puiser une culture faite d’artefacts et d’autres, où être reconnue, en premier lieu, comme une amie, une complice, où Newsom peut laisser ses richesses, ses découvertes, en toute tranquillité. Là, elles sont bien gardées.

Elle a parcouru le monde entier, a fait superbe impression à chaque fois ; mais son corps et son esprit appartiennent encore, malgré tout le décorum, le mythe d’une beauté sensuelle qui est en train de s’installer autour d’elle, à ceux qui l’ont élevée ; à ceux qui l’ont faite grandir ; et son instinct originel, son choix – la harpe plutôt que le piano, la composition ardue et ambitieuse – prime au moment d’un nouveau tableau.

Produit par Newsom elle-même, Have One On Me continue dans la direction de Joanna Newsom and the Ys Street Band (2007), avec des pièces arrangées mais pas orchestrées comme l’étaient celles de Ys (par Van Dyke Parks, sans humilité, mais pleines de jubilation). Ryan Francesconi participe à cette nouvelle direction, qui préfère la parcimonie et l’intérêt d’un éventail hétéroclite pour développer l’identité des titres sans les épaissir. Neal Morgan, prodige de la percussion – et bon chanteur -, écrit des partitions sans cesse changeantes, interprète dans un style incantatoire ce qui peut être perçu comme ses propres explorations à l’intérieur de chaque microcosme/morceau. La quantité d’intervenants fait de ce disque bien davantage qu’un simple échange harpe/voix, même si dans un tel registre, Newsom excelle, évidemment.

Le morceau-titre Have One On Me fait en quelque sorte le lien avec le précédent disque ; la harpe s’y fait envoûtante, à la manière de Sawdust and Diamonds, et la construction épique rappelle Only Skin. Pièce très forte et dont la cohérence est délicieusement mise à mal par des changements d’humeur incessants – auxquels Newsom peut maintenant ajouter des intonations de voix multiples, paraissant plus à l’aise encore qu’auparavant à enchasser notes méditatives, jubilantes, et reposées, toujours illustratives. Easy ouvre le disque de manière un peu surprenante – c’est un titre au piano, instrument auquel on savait Newsom appliquée – le morceau promet beaucoup. La seconde face du premier disque s’ouvre encore avec du piano, et ce qui constitue la pièce la plus entraînante du disque : Good Intentions Paving Company, encore plein de beauté après des débuts en déséquilibre. Newsom sait qu’elle nous aura à la longue ; que l’équilibre, elle va l’avoir de toute façon au final. La mélodie évidente et magique est croisée avec subtilité aux surprises qu’on est habitué à rencontrer en route. Kingfisher est d’une finesse redoutable ; No Provenance, Soft as Chalk sont séducteurs. Avec autant de surprises que de joies mélodiques, que de tournures lyriques inventives et vivantes ; un sommet d’écriture ; une célébration de la sphère personelle et intime de l’artiste, dont on saisit ce que l’on peut, avec patience et considération.

  • Parution : 23 février 2010
  • Label : Drag City
  • Producteur : Joanna Newsom
  • Genre : Folk
  • A écouter : Easy, 81, On A Good Day, Kingfisher, In California, Soft as Chalk

  • Appréciation : Monumental
  • Note : 8.25/10
  • Qualités : audacieux, lyrique, soigné

 

Joanna Newsom - The Milk-Eyed Mender (2004)



Parution : 23 mars 2004
Label : Drag City
Producteur : Noah Georgeson
Genre : Folk charmant
A écouter : Bridges and Balloons, En Gallop, The Book of Right-On



7.50/10
Qualités : original, audacieux, attachant, extravagant

Originaire de Nevada City, Californie, Joanna Newsom combine à sa façon unique une ambition gargantuesque et un talent insolent. Ceux qui veulent exprimer leur dédain quand au succès de la belle n’ont qu’a perpétuer l’idée qu’elle n’est qu’une petite prétentieuse, alignant jusqu'à dix-huit morceaux pour plus de deux heures de musique sur Have One On Me (2010). D’autres se plaignent de sa passion pour un univers médiéval excentrique (Ys, 2006), même s’ils sont prêts à reconnaître la grandeur de ce disque dont le titre le plus long dépasse seize minutes. Au temps de The Milk-Eyed Mender, la deuxième pomme de l’arbre après Yarn and Glue (2003), qui opérait davantage comme une introduction à la personnalité de Newsom, la gracieuse de Nevada City sera adorée ou détestée pour sa voix.

Folle, enfantine, à l’image de la chanteuse au visage poupin. Mais on aurait tort de focaliser son attention sur le seul timbre de cette voix, même si c’est sur The Milk Eyed Mender un élément essentiel pour l’originalité et le caractère du disque, ce que la suite confirmera. Rien de tel que cette première somme pour s’éprendre du cri fluté de Newsom. Mais il ne faut pas ignorer son jeu de harpe, ni son talent à créer des moments d’apesanteur, de félicité radieuse, à vous donner des frissons. C’est ce que, j’espère, elle saura toujours faire ; quand à son dernier (triple) disque, je suis maintenant rassuré.

Pour ce qui est du jeu de harpe, Newsom combine magies celtiques, africaines et américaines et en forme des comptines de longueur moyenne – on sent déjà à travers Sadie ou This Side of the Blue que Newsom a parfois besoin de davantage de temps pour dérouler son ménage - mais à la structure pourtant déjà aventureuse. La tradition a cours aussi ; Three Little Babes est la reprise d’une chanson Appalachienne. C’est délicat, complexe, galopant, éthéré, comme issu d’une inspiration naturelle – pourtant Newsom est sans doute extrêmement travailleuse. Elle donne à son instrument l’expressivité d’un ensemble, à ces pièces les atours d’une musique de chambre un peu rugueuse. Elle fait un musique qui lui correspond totalement, gracieuse effigie, un peu énigmatique aussi, en passe de devenir une icône – lorsque l’imagination collective s’emparera de tous les éléments qui la composent ; féerie, anciennes légendes, amour romantique, imagerie foisonnante. Son travail ajoute à la riche imagerie du mouvement folk ouest-américain, des atours originaux, racés, séduisants, sauvages, bien loin des conventions qui concernent le folk. Sa voix ajoute à cette trame inédite une exubérance débridée, finalement attrayante, enjôleuse, voire magique sur le refrain de Bridges and Ballons.

C’est son attachement à certains jolis et désuets artefacts fait, en premier lieu, son art. S’il y a un endroit où l’on peut au mieux se rendre compte de ce genre d’affection, c’est les pochettes de ses disques, illustrations d’un bric-à-brac sentimental et, qui, de plus en plus, sert de message d’avertissement ; le corbeau pour Ys ou le paon pour Have One On Me… Dimension dramatique et flamboyance ne sont ici qu’en gestation, encore bridés par une écriture plus ludique qu’épique. Mais le résultat est, en un seul mot qui fait Newsom de pied en cap, harpe comprise, coincée entre les genoux ; charmant.



Shearwater - The Golden Archipelago

Shearwater est d’abord une affaire de sentiment, car selon Jonathan Meiburg, c’est le grand pouvoir de la musique ; pourvoir transformer la tristesse en joie ou bien exprimer ces deux sentiments inverses en même temps. Pour leur nouveau disque The Golden Archipelago, tout est parti du titre ; puis de l’affection qui a pris Meiburg pour l’histoire des exilés de l’atoll de Bikini (à la suite des essais nucléaires américains, de 1946 à 1958). Il s’est mis à « rêver d’îles ».

Ce disque est en grande partie le projet de Meiburg, qui est le parolier et mélodiste du groupe Shearwater. Le concevant avec attachement et délicatesse, il parvient à faire apparaître dans nos esprits les images de ces exilés de l’attoll, à suggérer le voyage dans un écrin calme et spacieux comme l’océan au repos. Le travail du reste du groupe, au-delà de la trame et des images contenues dans les paroles ou dans les structures des morceaux, qui sont issues des rêves de Meiburg, est très lyrique et doux ; cela donne l’impression, sur God Made Me par exemple, de flotter en pleine félicité, alors même que les histoires racontées devraient susciter un léger malaise. On éprouve réellement des sensations d’éloignement et de bien-être, même si le disque exprime en même temps l’attraction et la mélancolie. Toutes les blessures ouvertes dans le passé retrouvé par Meiburg sont pansées, la musique de Shearwater est une mise en lumière où tout devient complètement lisible, la musique d’un citoyen du monde qui s’adresse à ceux qui savent être touchés par la simplicité et qui aiment se laisser emporter, manipuler, se voir raconter des histoires et y répondre par leur propres influences. The Golden Archipelago est un disque progressif sous ses dehors de pop scintillante, et il s’écoute en entier, et dans l’ordre.

Votre attention sera récompensée. Cela depend de votre besoin de musique, de votre besoin de lyrisme ; une âme à fleur de peau pourra s’émouvoir dès que les chants insulaires de Meridian laissent place à la beauté claire des premiers arpèges et de cette voix un peu fluette. Ceux qui connaissent Scott Walker ou Roy Harper, que j’apprécie énormément pour la qualité lyrique et également fluviale de leur musique, retrouveront dans le voix de Meiburg des accents qui évoquent un peu ces deux personnalités ; entre élan enthousiaste et humeur énigmatique, posé dans son velours de cordes, de sonorités organiques, caressantes. Aussi réminiscente est l’intonation de Mark Hollis, de Talk Talk, qui transforma sa formation de fabricants de singles en atelier de disques au pouvoir évocateur qui dépassait le rock conventionnel (The Laughing Stock, 1991). Shearwater respire la même libération, la même honnêteté, rassemblant des éléments fragiles et intenses sans déformer des formats qui, au final, paraissent évidents. Les différentes compositions de The Golden Archipelago pourraient peut-être être résumées à une suite de notes conductrices, comme un fil un peu linéaire qui ne s’interrompt jamais du début à la fin du disque. Un écrin qui installe un message, sans désir particulier d’expérimentation ni de susciter la surprise.

Le disque possède plus d’accuité et plus de justesse que les précédents du groupe, qui apprend peu à peu à s’exprimer avec la musique comme avec un langage artistique différent et unique ; il ne souhaite pas brouiller ce langage, mais au contraire rendre le message exprimé limpide, donner aux manifestations de sentiments contradictoires des apparences complémentaires ; faire qu’un album clairement mélancolique apparaisse reposé. Pour cela, les rythmes sont réguliers, lents, naturels, simplement nécéssaires ; les transitions entre les différents morceaux, entre Hidden Lake et Corridors par exemple, donnent l’impression qu’il s’agit d’une suite, et que d’une certaine manière, l’auditeur a déjà les clefs, à ce stade, pour en deviner la fin. Pourtant, il sera toujours surpris. Rien n’est forcé, et si les ambiances donne parfois un sentiment de grandeur, cela reste dans les termes du message, une restriction salutaire.

  • Parution : 23 février 2010
  • Label : Matador
  • Producteur : John Congleton et Shearwater
  • Genre : Rock alternatif
  • A écouter : Landscape At Speed, Hidden Lakes, God Made Me

  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.25
  • Qualités : attachant, lyrique,

 

samedi 13 mars 2010

Goldfrapp - Felt Mountain (2000)



Parution : 11 septembre 2000
Label : Mute
Genre : Electro, Pop,
A écouter : Lovely Head, Human, Horse Tears

OO
Qualités : self-made, original, rétro

Alison Goldfrapp : Anglaise. Contemplative. Provocante. Mettez ces adjectifs dans l’ordre que vous voulez, et ne respectez pas forcément la structure classique couplet-refrain, on est dans le pays de Bowie et d’Eno !

Felt Mountain a été conçu dans une cabine isolée en pleine nature. (Aujourd’hui, s’isoler dans le dénuement pour enregistrer est devenu tendance, mais c’est surtout une technique employée par les musiciens les plus fortunés et les plus attendus dans une sorte de double-jeu : à la fois pour retrouver l’inspiration qui s’effiloche avec l’argent et pour ne pas être harcelés par leurs fans (« il y avait des rats dans la salle de bains ! Nous n’avions aucun ordinateur, à part pour lire nos mails ! » reporte t-on, et autres anecdotes idiotes)).

Felt Mountain est le disque constitué en réponse à un vrai caractère, le seul, le dernier (?) disque complètement honnête d’Alison. Dense et pourtant plein de tempos lents et ouatés, il doit son originalité d'abord à cette grande dame en devenir, à son énorme capital de mélancolie, à sa perception artistique entière ; débutant d’abord sa carrière en arts plastiques avant que sa rencontre avec Tricky lui donne des aspirations musicales. C’est une de ses amies qui la présente à Will Gregory, et ils se trouveront une complémentarité dans leurs goûts musicaux. C’est assez évident sur Felt Mountain ; tandis que les tournures de Gregory évoquent le easy listening, Ennio Morricone ou la B.O. d’un vieux James Bond, la voix de Alison se comporte comme capturée dans un temps passé, un peu Marlène Dietrich. Et si son timbre est évocateur (de rêves, d’abandons, de visions panoramiques) il n'est pas démonstratif.

Son chant est parfois un murmure, ailleurs perverti par les machines analogiques de son partenaire – à tel point que c’en est, à certains moments, méconnaissable, et qu’il faut les voir interpréter le morceau live pour y croire -, parfois même remplacé par les pleurs de ces claviers qui ont magnifiquement pris de l’âge. Quel que soit le procédé, cela donne toujours envie de franchir une porte qui nous amènerait directement dans ces montagnes, là où on finit par croire qu’est la place d’Alison Goldfrapp ; vision qui sera mise à mal lorsque la traîtresse, va terminer sa transformation en harpie à la Siouxsie et se pâmer en cuir au Koko de Londres.

Si Human peut paraître plus menaçante, la voix s’y montrant forte, Alison Goldfrapp adopte pour l’essentiel une posture à la Beth Gibbons, de Portishead – tourmentée. Sans être aussi sombre qu’un Dummy, Felt Mountain a quelques atmosphères brumeuses, voire décalées. Une autre voie à explorer est l’héritage de Robert Wyatt, ses vocalises enchanteresses (notamment sur le titre Felt Mountain) et son abstraction guillerette. Mais la liste des Anglais visités par Alison et qui inspirent ce disque est peut-être longue. Brian Eno ou Marc Bolan jailliront au moment de Supernature (2005).

A cheval entre passé et avenir, entre prétentions champêtres et science-fiction, entre violence du désir (« No time to fuck/ But you like the rush ? ») et effacement, Felt Mountain trouve son équilibre au bout du compte. Même dans les moments crépusculaires (Paper Bag, Deer Stop, Felt Mountain) on a l’impression d’assister à la mise en place d’un genre nouveau de tableau sonore, avec ses touches de coquetterie, et cela donne au disque un côté ludique autant qu’il est charnel est sincère. Alison joue parfois de sa voix comme si elle gribouillait en message en travers de son canevas de textures datées. Le plus remarquable, c’est lorsque cette voix se déforme, comme si un détergent avait été appliqué sur le tableau qu’elle crée. Et que dire de Lovely Head ? Cette introduction magique, un des plus grands débuts de disque qui soit ! Pour le reste, le groupe saura peut-être mieux exprimer que nous ce qui s’en dégage : « Tout d'abord ça ne ressemblait pas à grand-chose mais une fois qu'on a écouté le refrain on s'est dit Wouah ! On n'a jamais rien entendu de tel. »

Un Wicked Game qui a sa petite mélodie de clavecin, et déjà annonce le bon goût de ce qui va suivre ; sonorités étonnantes mais parfaitement en place, fondues dans le décor. Rythmique de ballade anthémique (la référence à Chris Isaak n’est pas fortuite). Et la chanson se termine ainsi : « Frankenstein will want your mind » : l’apothéose ! Comment cela fonctionne t-il ? C’est le mystère qui fait toute la beauté de l’exercice.

Les pièces jouent à fond leur rôle évocateur et pictural, au risque de ressembler parfois à des intermèdes (Oompa Radar) avant la suite du film. Ah ! un film sur la question. C’est ce qui manque à leur tableau de chasse, maintenant qu’il y a tant d’images volées, dans nos têtes, qui sont estampillées Goldfrapp.



jeudi 11 mars 2010

Prismo Perfect - Out of Nowhere

Prismo Perfect, trio basé à Brest a un mot d’ordre : make some noise ! Mais attention, c’est pas du bruit pour rien, plutôt dans la grande lignée pop punk bruitiste perpétuée aujourd’hui outre-atlantique par - là je vais citer le duo auquel ils me font immédiatement penser - No Age. Et puis l’un de mes groupes favoris personnellement, My Bloody Valentine. Prismo Perfect est cependant plus direct, oublie quelque peu les dissonances pour se concentrer sur l’enchaînement de riffs, de mélodies, toujours tendu vers le prochain tournant, toujours en quête de leur propre alchimie. Summer in The Kitchen est l’étape importante dans cette somme, c’est là que les choses s’emballent, se revêtant d’une certaine flamboyance.

Out of Nowhere envoie dans nos oreilles une musique qui se joue très fort, qui tournoie dans l’air, prête à envahir les salles de concert de la côte ouest de l’Europe et d’ailleurs... Une musique qui se joue très vite aussi, capturée sur le vif dans un écrin d’effets joueurs ; nappes électriques et conversations. Voulu instantané, décisif, Out of Nowhere laisse peu de place à la rêverie, il fait primer ses influences punk.

Producteur : Autoproduit
A écouter : Summer in the Kitchen
 
http://www.myspace.com/prismoperfect

Gil Scott-Heron - I'm New Here (2010)



Le pape du spoken-word, avec The Last Poets. Gil Scott-Heron venait à chaque fois avec toutes ses forces, ses faiblesses, taper à la porte pour exorciser le rêve américain. The Revolution Will Not be Televised est peut-être sa pièce la plus célèbre. A sa propre manière, il a incarné l’anxiété des années 70, a porté avec une voix neuve les transformations d’une époque de troubles. Aujourd’hui, cela fait seize ans qu’on ne l’a plus entendu, à l’exception d’un featuring ou deux (il a écrit un livre) ; il a eu des démêlés avec la justice pour des histoires de drogue, malheureusement. Comme si le sarcasme qu’il adressait à la société l’avait rattrapé, qu’il faisait maintenant partie du lot des figures pathétiques qui la constituent, incapable de dominer les emmerdes.

Sur I’m New Here, il apparaît solitaire, comme retardataire ; comme quelqu’un qui a définitvement perdu la course, et, plutôt que de voir les choses comme un leader convaincant, est maintenant déconnecté des réalités qu’il connaît pourtant. C’est ce qui fait que ce disque semble honnête ; Scott-Heron ne tente pas de rattraper le temps perdu, il célèbre en déchu ses revendications passées en les adaptant pour sa nouvelle situation. « It’s easier to run », remarque t-il ; lui n’a pas cherché à fuir en avant ; il préfère regarder fuir les autres devant lui, les voir disparaître vainement tandis qu’il progresse à son rythme en arrière, aux endroits les plus difficiles, les plus noirs, les plus stimulants aussi. Et dans sa musique au moins, il reste maître de lui, complètement décontracté.

Le morceau I’m New Here est une reprise de Bill Callahan, roi solitaire du lo-fi jusqu'à ce qu’il s’entiche récemment de mieux produire ses enregistrements. Me and the Devil est évidemment une référence à Robert Johnson, l’un des premiers musiciens populaires significatifs, et à son Me and the Devil Blues. Comme si Scott-Heron, dans sa position inconfortable, était en mesure de fermer la parenthèse presque sans âge d’une musique accouchée dans la douleur et avec une volonté de repentir incommensurable.

  • Parution : 8 février 2010
  • Label : XL Recordings
  • Producteur : Richard Russell
  • Genre : Spoken Word, Trip-Hop
  • A écouter : Me and the Devil, New York is Killing Me, Running

  • Note : 6.75/10
  • Qualités : attachant, spontané

mercredi 10 mars 2010

PAVEMENT - Quarantine of the Past (compilation, 2010)





OOO
ludique, culte, entraînant
indie rock , rock alternatif

Faire découvrir Pavement n’est pas une sinécure. En se basant seulement sur leurs cinq albums studio, parus entre 1992 et 1999, comment choisir celui qui fera de vos amis de futurs inconditionnels du groupe ? Pas Terror Twilight (1999), en aucun cas. Dès lors, on peut choisir n’importe lequel, ou presque, des quatre restants. Ma préférence personnelle va à Wowee Zowee ! (1995), parce que c'est l disque que voulait faire Stephen Malkmus, le parolier et chanteur, et lui plus original du canon. 
La compilation Quarantine of the Past, en 2010, est sans doute le meilleur moyen de découvrir Pavement – bien qu’arger en faveur de Crooked Rain, Crooked Rain (1994) n’est pas non plus idiot. Bien que Quarantine comporte la plupart de leurs morceaux « connus », comme Cut Your hair, Gold Soundz, Spit on a Stranger ou Shady Lane, ce n’est pas un best-of très conventionnel, heureusement. On ne s’attardera pas sur ce qu’il manque pour qu’il le soit (Rattled by the Rush ? Grave Architecture ? – je sens que le mot conventionnel va barder) mais sur ce qui s’y trouve et qui en fait une exploration plus intelligente, large et vivante qu’un greatest-hits sans âme – le propre du greatest hits.
Le label Domino a déjà réédité les cinq albums du groupe avec un livret de soixante pages en papier 200 g. Il y a de la matière dans les tiroirs de la formation qui n’est pas musicale. Des collages, des dessins, des photos style de classe, et prises de vue du studio comme d’un sanctuaire à la mode nineties. Sans oublier les notes quand à l’enregistrement des disque, etc. 
Non chronologique, Quarantine of the Past présente donc quelques singles – souvent là, sur les disques de Pavement, pour annoncer une autre maturité, comme des signes de leur évolution et parfois de concessions faites pour les collège-radios – et les titres plus souterrains qui incluent leurs favoris en concert (clin d’œil à la tournée qui commence) et toutes ces petits pas qui sont des enjambées géantes vers le génie au naturel, et montrent l’étendue du registre du groupe. Les titres du répertoire de pavement ne souffrent pas du tout d’être mélangés comme dans un juke-box, au contraire ; cela n’est pas vraiment une surprise, on savait qu’enclencher la touche shuffle à l’écoute de Wowee Zowee ressemblait de près à l’expérience nineties ultime.

  1. "Gold Soundz" - 2:40 from Crooked Rain, Crooked Rain (1994)
  2. "Frontwards" – 3:01 from Watery, Domestic (1992)
  3. "Mellow Jazz Docent" – 1:52 from Perfect Sound Forever (EP) (1991)
  4. "Stereo" – 3:07 from Brighten the Corners (1997)
  5. "In the Mouth a Desert" – 3:48 from Slanted and Enchanted (1992)
  6. "Two States" – 1:48 from Slanted and Enchanted (1992)
  7. "Cut Your Hair" – 3:05 from Crooked Rain, Crooked Rain (1994)
  8. "Shady Lane / J Vs. S" – 3:51 from Brighten the Corners (1997)
  9. "Here" – 3:55 from Slanted and Enchanted (1992)
  10. "Unfair" – 2:31 from Crooked Rain, Crooked Rain (1994)
  11. "Grounded" – 4:15 from Wowee Zowee (1995)
  12. "Summer Babe (Winter Version)" – 3:15 from Slanted and Enchanted (1992)
  13. "Range Life" – 4:56 from Crooked Rain, Crooked Rain (1994)
  14. "Date w/ IKEA" - 2:38 from Brighten the Corners (1997)
  15. "Debris Slide" - 1:56 from Perfect Sound Forever (EP) (1991)
  16. "Shoot the Singer (1 Sick Verse)" - 3:15 from Watery, Domestic (1992)
  17. "Spit on a Stranger" - 3:01 from Terror Twilight (1999)
  18. "Heaven is a Truck" - 2:29 from Crooked Rain, Crooked Rain (1994)
  19. "Trigger Cut/Wounded-Kite At :17" - 3:15 from Slanted and Enchanted (1992)
  20. "Embassy Row" - 3:50 from Brighten the Corners (1997)
  21. "Box Elder" - 2:24 from Slay Tracks (1933–1969) (1989) (alternative mix omitting bass guitar)
  22. "Unseen Power of the Picket Fence" - 3:50 from No Alternative compilation (1993)
  23. "Fight this Generation" - 4:23 from Wowee Zowee (1995)
 

 
 

lundi 8 mars 2010

Comets on Fire - Avatar (2006)



Parution8 août 2006
LabelSub Pop
GenreRock progressif, Psych-rock, Hard rock
A écouterDogwood, Lucifer’s Memory, Holy Teeth
/107.25
Qualitésludique, rétro, hypnotique


Tandis que Comets on Fire avait déjà trouvé un moyen de faire bouillir son pedigree d’influences dans l'adrénaline pure, il semble soudain utiliser un champ plus large, capturer de plus vastes bribes temporelles, en se fendant de chansons plus lentes par exemple. Les fans de l'album précédent, Blue Cathedral (2004), se demanderont ce qui est arrivé au rock psychédélique de la formation, habitué à serrer la vis, à mettre la pression jusqu'à nous faire décoller de terre. Dogwood Rust, qui ouvre le disque en mid-tempo, est entraînant lorsqu'on le compare à certaines compositions (au piano !) qui suivent. Le chant de Ethan Miller s’est assoupli, mais les musiciens n'ont pas encore vraiment brouillé leurs capacités de marteleurs psychiques, l’atmosphère étant juste un peu plus calme qu’auparavant – 2 ans ont passé, et le groupe que l’on soupçonnait inamovible a quelque peu détourné son attention de sa folie primale. Pour en revenir au commencement : le calme relatif de la voix ne peut cacher la mélodie vintage bien dans l’esprit, dégageant à un moment donné l'espace pour que le bassiste puisse s’exprimer en improvisation.

Au travers de la plus douce Jaybird, on apprécie les tons plus cléments de la voix de Miller - tandis que la guitare se tortille encore avec dépit dans la distance, inévitablement, à l’école de Comets on Fire. Plusieurs de ces pistes promettent de se dévergonder après leurs entrechats initiaux, mais le changement vient toujours progressivement et naturellement. Détournez votre attention pendant une minute, et vous pourriez croire que Jaybird est finie, mais c'est seulement le gros riff de blues qui se racle la gorge et reprend son souffle pour enfin se faire entendre dans le tourbillon.

Pour un groupe qui travaille avec la surenchère type space-op (ils sont les dignes rejetons de Hawkwind par exemple), ce nouveau faciès mélancolique s'adapte assez bien à leur propos. La narration se fait plus contemplative. C'est étrange de les entendre chantonner sur un piano vacillant, et il est intéressant de noter combien ils paraissent à l'aise dans ce rôle, et avec quelle facilité ils glissent de ce registre à davantage de densité. Bien sûr, quelqu'un booste l’ambiance de gribouillis de guitares abstraits ou d'un couinement plombant à chaque fois que le baromètre « cliché » vire au rouge (Lucifer's Memory est la plus proche démonstration du groupe dans le genre power-ballade). Et Comets on Fire sont dans l'extraction minière sonore depuis si longtemps, que ces moments d'auto-sabotage viennent avec naturel et sans automatisme – Avatar capture jusqu'à maintenant, le moment de leur carrière où ils sont le plus souples – Blue Cathedral était incroyablement tendu.

Ca aide que le disque soit très bien rythmé ; commençant avec l’accrocheur et lourd Dogwood Rust, puis basculant dans de plus en plus de silence jusqu’au quasi-instrumental Swallow's Eye, et revenant ensuite en force avec l’énergique Holy Teeth, un tableau alléchant de trois minutes qui témoigne d’une nouvelle prétention du groupe à des vitesses de pointe – toute allusion à une croisière spatiale est à sa place avec Comets on Fire mieux que n’importe où ailleurs. Leurs disques soignés de bout en bout finissent de faire d’eux les parangons du psych-rock des années 2000.

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