“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) entraînant (53) envoûtant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) nocturne (20) puissant (20) extravagant (19) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 31 janvier 2010

Los Campesinos! - Romance is Boring (2009)



Parution : janvier 2010
Label : Wichita recordings
Producteur : John Goodmanson 

Genre : Rock alternatif
A écouter : There are listed Buildings, Straight in at 101, Who Fell Asleep in

Note : 7.50/10
Qualités : audacieux, doux-amer, extravagant
Los Campesinos! sont un groupe mixte de sept gallois qui jouent une version juvénile de Arcade Fire avec des embrasements pop-punk. C’est le troisième album en trois ans pour cette troupe de joyeux baratineurs amenée par Gareth – il y a aussi Kim, Ellen, Harriet, Neil, Ollie et Tom. Deux disques remarqués, déjà, et ils ont une véritable identité ; Gareth est très bavard, et déploie ses théories assassines, ses provocations au détour de phrases pièges, en prose. Musicalement, l’exploration est totale avec violon, cuivres, glokenspiel, synthétiseur, etc. et des structures éclatées qui les a rapprochés de Pavement (joli coup de publicité).

Romance is Boring commence par un morceau assez bizarre et progressif, In Media Res. C’est dans ce genre de formats compliqués que l’ont retrouve sans doute le plus la personnalité de Gareth ; ses paroles sont à mi-distance entre obsessions de luxure et de rédemption. Ou, selon ses mots, « about death and decay of the human body and mental breakdown ». Le morceau se termine par une salve de cuivres festifs, et c’est là le paradoxe du groupe ; parvenir à exprimer une défection  intime tout en étant extraordinairement enthousiastes, pour se placer dans un endroit bien à eux.

These are Listed Buildings ou Romance is Boring et We’ve Got Your Back dégoupillent un peu le disque, introduisant davantage d'agressivité et un élément de brit-pop nerveuse. Et on se familiarise avec cette manière de poser ces phrases de quatre lignes aux associations d’idées et d’images vertigineuses.  « Vient minuit, tu prends un bateau de pêche et décides d’aller là où nous ne pouvons nager. Vient minuit, les signaux sont débranchés et s’évanouissent, tu a danses la gigue sur le port, créant ta propre lumière » « Nous sommes deux bateaux qui passent dans la nuit ; toi et moi, ne nous ressemblons pas. Je suis un bateau de tourisme, tu es dehors pour pêcher. Le filet reste vide, rien du tout. » Avec le morceau Romance is Boring, on prend une direction plus caractérielle et adolescente, plus provocante.

On prend vraiment notre pied avec Plan A, qui dévoile l’arme du groupe : l’urgence. Plan A, chassé-croisé de cuises rutilants, de chœurs féminins et de cris impudiques de Gareth, place la barre très haut.  Straight in at 101, et leur son devient vicieux. Il semble qu’aucun journaliste n’est passé à côté de cette sentence : « We need more post-coïtal and less post rock ». Très habile de la part de Gareth, qui ne s’attire pas l’amitié de Godspeed you !!! Black emperor, Tortoise ou autres Mogwai, mais gagne du galon auprès de la gent féminine – après l’amour, quel romantisme ! Et ça continue : « Certaines personnes se donnent à la religion/certaines personnes se donnent à une cause/certaines personnes se donnent à un(e) amant(e)/ je dois me donner aux filles ». Bref, les paroles sont chaotiques, embrassent le meilleur et le pire, le cynique, le précieux, l’égoïsme, l’angoisse, tout. Encore Who Fell Asleep In, qui, après une sage introduction de cordes, déploie une folie délectable, et I Warned You : not to Make an Ennemy of Me, et l’on touche au cœur d’une des bonnes raisons d’aimer de nouveau. This is a Flag, There is No Wind est encore terriblement audacieuse, et c’en est fini.



    vendredi 29 janvier 2010

    Dave Rawlings Machine - A Friend of a Friend (2009)



    Parution
    novembre 2009
    LabelAcony Records
    Genre
    Americana, Folk rural, Country
    A écouterRuby, Method Acting/Cortez the Killer, Bells of Harlem
    /107.25
    Qualitéspoignant, vintage


    Premier disque habile et naturel, dans la tradition sud-californienne. Souvenez-vous de American Stars and Bars (1977), un disque de Neil Young trop injustement boudé parce que plutôt que d’être transcendental il se permettait, pour l’essentiel, d’être traditionnel – à deux grosses différences près : Will to Love, énigmatique pièce acoustique et épique qui incarne à elle seule l’adjectif crépusculaire, et que Young n’a jamais joué en live, et Like a HurricaneAmerican Stars and Bars fascine, il crée une tension à partir de presque rien. Stars and Bars était méprisé aussi pour n’être qu’un assemblage peut-être irréfléchi de Young, dont 5 des morceaux seraient issus de répétitions en compagnie de Linda Ronstadt et Nicolette Larson enregistrées à leur insu. Habile, je vous le disais, parce que le résultat est charmant… et mystérieux. Et pas si irréfléchi que cela, puisque le disque se clot avec Homegrown, qui chapeaute la bipolarité du reste, en quelque sorte. Ce qui est étonnant c’est de voir comment cette énergie parvient à trouver son chemin à travers ce qui apparaît comme une collection de chansons qui sont, premièrement, dans la veine traditionnaliste et deuxièmement, sans lien entre elles.
    A Friend of a Friend est une grande collection de chansons apparement enregistrées dans le feu de l’action, à la manière de Willard Grant Conspiracy. On citera aussi Jason Molina, que le premier titre, Ruby, évoque sans détour. La voix de Rawlings est bien dans l’esprit de celle de Young et de Molina. Cette ballade légèrement rétro est tout simplement superbe. A partir de là, on a To Be Young, plus entraînante et toujours aussi vintage. Avec I Hear Them All, on a l’impression que le genre americana est aisément, généreusement et talentueusement renouvellé par Rawlings. Les choses prennent certainement une autre dimension avec Method Acting/Cortez the Killer (certains devraient sursauter). Oui, il s’agit bien du fameux morceau de Young, dans un nouvel écrin…. Accompagné d’une autre reprise, de Conor Oberst – celui envers qui je ne serai jamais assez reconnaissant pour avoir montre le Mystic Valley Band. Bien sûr, le résultat, qui dépasse dix minutes, est magnifique. Ceux qui pouvaient n’avoir pas été conquis tout de suite (cela viendra très vite) par une relecture moins distancée de l’americana des années 50 à 70 sur le reste du disque, vont être plus tentés de se laisser faire ici.
    Cortez the Killer, morceau que Young avait écrit pour dénoncer la violence de la colonisation sur le continent américain, constituait une plainte de plus de sept minutes, introduite par l’un des plus grands solos de l’histoire du rock. Dave Rawlings fait la transition entre les deux reprises en jouant son propre solo, généreux comme l’original, et lorsque il se met à chanter Young cela sonne juste parfait, cela explique tout le reste. Ce disque n’est pas une collection de chansons, mais une collection de plaintes. Sweet Tooth a beau reprendre là où I Hear Them All nous avait laissés, avec Gillian Welch en backing vocals et tout le toutim, on peut paintenant voir au travers comme au travers de l’eau claire du canyon au bord duquel le disque a sans doute été lancé. La cohérence devient évidente un peu plus tard ; How’s About You et It’s Too Easy sont dans le même esprit que To Be Young, du old-timey pour salles de billard enfumées un dimanche en fin d’après midi – ou bien pour faire danser une assemblée de old country men en costumes d’époque. Monkey and the Enginer appelle le charme, cornet et harmonica y sont salutaires. Bells of Harlem est une chanson parfaite pour conclure.
    Il paraît que la musique du film O Brother Where Art Thou a remis l’americana entre de bonnes mains, celle de l'amateur de musique lambda. Rawlings est un habitué des backing vocals – avec Ryan Adams, Alison Kraus, Emmylou Harris, the Wallflowers, Norah Jones et beaucoup d’autres de la compilation Starbucks, et il devrait penser à cesser tout ses jeux de rôles pour investir vraiment sa carrière de l’énergie que son mysticisme "anodin" demande.

    • Parution : novembre 2009
    • Label : Acony Records
    • Producteur : Dave Rawlings
    • A écouter : Ruby, Method Acting/Cortez the Killer, Bells of Harlem
     
      
    • Note : 7.50/10
    • Qualités : self-made, rétro, poignant

    lundi 25 janvier 2010

    Devendra Banhart - What We Will Be (2009)


    Parution : novembre 2009
    Label : Warner Bros
    Genre : Folk
    A écouter : Baby, Rats, First song for B

    6.25/10
    Qualités : original, varié

    Sur Golden Apples of the Sun (2004), Devendra Banhart documentait tout un pan de culture folk américaine en considérant les différents artistes qui y pointaient le bout de son nez comme ses amis. Ce n’était pas une opération commerciale mais une joyeuse invite à produire ensemble. Cet élément de famille a toujours une place importante dans le cœur de Banhart, en témoignage ce livre intitulé Family qui met en lumière la faune de cette fameuse scène « freak folk » vieille d’à peine 10 ans. Depuis, la famille s’est agrandie, mais Devendra Banhart, étrange créatures entre toutes, reste une icône que des critiques peu enthousiastes (sur ce nouveau disque) ne peuvent entamer. C’est à la même époque que Banhart sortait Rejoicing the Hands (2004), le pas décisif vers cette forme de alt-célébrité qu’il est à même d’apprécier maintenant à la manière dont les médias s’intéressent à lui.

    Banhart est plutôt extraverti pour son genre. Il a maintenant l’habitude de surfer sur la vague de reconnaissance qui s’attache à lui, et ce n’est pas sa signature récente avec la major Warner Bros qui dira le contraire. Il est devenu un genre de star un peu étrange, qui refuse encore de se prendre au sérieux. Sa voix, seule, est devenue peut être un peu plus conventionelle avec le temps, Banhart exploitant maintenant au mieux les qualités de son timbre.

    Les facettes différentes de la musique de Banhart se côtoient parfois sur le même titre ; c’est le cas sur Angelica, qui oscille entre chanson folk et samba, pour un résultat tout à fait personnel.



    Ses détracteurs remarquent souvent que ses chansons installent une ambiance sans aller nulle part ; que ce sont seulement des fantaisies, voire des coquetteries – d’aucuns s’agacent de l’entendre chanter en espagnol. Son septième album en sept ans, What we Will be, ne les fera pas changer d’avis. Disque plein de bribes, de ce qui peut ressembler à des essais pour bien faire, Banhart ne se fixe presque jamais. En résulte l’impression d’un résultat inabouti, mais charmant.

    First/Last Song for B distille une mélancolie un peu surprenante pour celui qui nous a habitués à un optimisme vivifiant. 16th and Valencia Roxy Music est bien plus étonnant encore, évoquant le prog-rock de Franz Ferdinand, un son propre ou chaque élément est soudain à sa place. Banhart cherche de nouvelles formes de concision. Rats est lente, psychédélique, progressive, c’est l’un des meilleurs titres du disque. Banhart clôt le titre en toussant dans son micro et en disant simplement « rats ». Terrible. Maria Lionza, pièce de presque six minutes, est agréablement habitée, et s’en tire comme une sorte de jam-session aérienne et jazzy. Un autre morceau de bravoure est le Foolin’ final, reggae doux et amical.

    Les paroles sont marquées par l’enfance, la jeunesse, l’innocence, qu’il fait rejaillir chaque fois avec une once de complaisance – mais c’est parce qu’il croit intimement que c’est le rôle de sa musique que de lui faire explorer les aspects les plus doux et mélancoliques de sa propre personnalité ou des personnes qui l’entoure. On imagine que les registres temporels, le passé particulièrement, ont une importance capitale dans sa gymnastique.


    L'écriture a évolué depuis Cripple Crow ; les facettes différentes de la musique de Banhart se côtoient parfois sur le même titre ; c’est le cas sur Angelica, qui oscille entre chanson folk et samba, pour un résultat tout à fait personnel.


    Ce qui différencie Devandra Banhart des autres compositeurs des Appalaches, c’est qu’il parvient à avoir une vue globale de son art. C’est son regard distancé qui donne l’impression qu’il se joue de lui-même ; pourtant, il conjure avec talent des éléments folkloriques divers, comme s’il assemblait les pièces d’un costume. Banhart fait de la musique pour se relaxer ; lorsqu’il deviendra plus sérieux, il signera un chef d’œuvre.




    dimanche 24 janvier 2010

    Interview Ben Chasny

    http://www.pinkushion.com/chroniques.php3?id_article=4030

    Drive Like Jehu - Yank Crime




     Article importé de Guts of Darkness, et du à Progmonster.


    "Yank Crime" est peut-être encore plus décisif que ne l'était l'album éponyme de Drive Like Jehu. Mais avec le recul, s'envoyer les deux plaques d'affilée - les deux seules enregistrées avant que Froberg et Reis n'aillent rejoindre Rocket From The Crypt, eh oui ... - est une expérience musicale intense à partager de gré ou de force avec son voisinage, toutes fenêtres ouvertes, histoire de leur faire savoir qu'on existe, et qu'en dépit de tout ce qui peut bien arriver, en dépit de tout ce que l'on peut bien penser, on les emmerde tous, qu'on est là et bien là, qu'il faudra faire avec, ne leur en déplaise et que rien ni personne ne viendra nous en déloger. "Yank Crime", de par son énergie, a de quoi faire bomber le torse à n'importe quel être en manque de confiance en soi. Si vous faites partie de ceux pour qui le "Weight" d'Henry Rollins a joué un rôle capital, il ne saurait en être autrement de "Yank Crime" qui véhicule la même force, la même détermination. Une leçon de courage. Une leçon de bravoure. Un pamphlet qui torpillera dans l'instant le sentiment de résignation dans lequel le quotidien sordide tente de nous aspirer à tout instant. 

    Luxe suprême, la musique de Drive Like Jehu a plusieurs grilles de lecture ; on pourra s'y rendre pour aller y puiser les ressources nécessaires qui nous manquent, on l'aura compris, mais on pourrait tout aussi bien s'installer confortablement dans son fauteuil - sans pour autant parvenir à réprimer cette folle envie de dodeliner de la tête - et apprécier à sa juste valeur le spectacle qui nous est offert : une bataille rangée où chaque coup est porté à bon escient avec une précision redoutable, une efficacité remarquable, malgré ses constructions parfois alambiquées mais qui en font tout le charme et le vice ("Luau"). Le passage éclair de Drive Like Jehu dans le paysage alternatif américain aura comme souvent laissé des traces à titre posthume. Un groupe à redécouvrir d'urgence, dont le rôle est au moins aussi important que celui des Slint ou de Fugazi.
     
    Un second disque peut être un peu plus Pixies dans l'âme... davantage de passages calmes et d'espace pour respirer.


    • Parution : 1994
    • Label : Interscope, Swami records
    • Producteur : Drive Like Jehu


    • Appréciation : Méritant
    • Note : 7/10
    • Qualités :  intense





    Guided by Voices - Universal Truths and Cycles



    "I love guitar pop. I love short, simple, driving songs made with beat-up instruments and guys singing into Radio Shack mics about…well, anything really. Love, drugs, aliens, trigonometry. It’s not about content, or even necessarily about instrumental prowess or lyrical insight. The production could be nonexistent, the lyrics trite, the playing sloppy, and I would still love it, provided the song had that ineffable, mysterious quality. It could be the way a melody breaks against the pounding of the drums, or a simple, insistent guitar line. Some bands manage to capture and harness this strange essence and make memorable, great pop out of the simplest of elements. Other bands fail and sound like a third-rate Big Star. It’s fine line to walk, and not everybody can pull it off."

    Robert Pollard est un chanteur-songwriter très prolifique, puisqu’il a protégé plus de 1200 chansons à son nom. Dans n’importe quelle année, Pollard va sortir entre trois et cinq albums sous des noms divers, au moins cinq singles et douze morceaux pour des compilations et des associations caritatives. A cinquante-trois ans, il est aujourd’hui plus âgé que presque tout son public, mais continue d’envoyer les même signaux d’un enthousiasme enfantin, sans arrêt, comme s’il n’éprouvait jamais le besoin de se reposer.

    Guided by Voices est le groupe auquel continue d’aller sa fidélité, même si son travail solo est aussi d’importance – mais de qualité moindre. Guided by Voices, avec Bee Thousand, en 1994, produit un chef d’œuvre comparable à Wowee Zowee (1995), de Pavement, qui est comme un genre de cousin pour GBV. Dans les années 90, la formation nous avait habitués à un son Lo-fi, enregistrant le plus souvent avec des moyens grand public, et à la maison plutôt que dans un studio. Lié ou pas à cette pratique, l’impression d’un son complètement libéré, des structures éclatées et privilégiant souvent les formats très courts, moins de deux minutes, parfois quelques secondes. En écoutant Bee Thousand, on avait l’impression d’avoir retrouvé la fraîcheur des premières têtes des années soixante.

    C’est aussi ce qu’on compris les Flaming Lips, possiblement inspirés de GBV et qui, encore l'an dernier, marient avec Embryonic, comme Pollard, mélancolie étoilée (Evil, ou auparavant In The Morning of the Magicians) et voies garage chaotiques. Peut pêtre l’une des stratégies les plus intelligences du rock alternatif actuel.

    On devrait simplement se sentir honorés qu’un authentique survivant lo-fi de l’époque Pavement tienne encore debout. La bande à Malkmus parle bien de quelques dates de concert, mais de là à faire un disque… De surcroît, Universal Truths and Cycles est partout sur la toile acclamé comme un grand retour de Guided by Voices, dont le son, plus lisse ces dernières années, ne produisait plus la même énergie. La suractivité de Pollard y est surement pour quelque chose, puisqu’on le voit rebondir d’un label à un autre, continuer coûte que coûte sans chercher de toute évidence, à refaire Bee Thousand. UTC partage pourtant le goût de son prédécésseur pour la profusion, proposant 19 pièces (contre 20 pour BT). Cependant, première grande différence ; ici, ces pièces paraissaient moins interchangeables que par le passé, et appuyer sur la touche suffle de votre chaîne peut nuire à l’écoute. Essayez avec Wowee Zowee et vous verrez que c’est génial.


    Ce qui m’a frappé, c’est que malgré la volonté de produire du brut de décoffrage – on est sur Universal Truths and Cycles plus vraiment à faire lo-fi, mais ce n’est pas Muse non plus – qui est l’héritage américain des années garage repopularisé dans les années 90 avec Smog, par exemple, et bien malgré cela le chant de Pollard prétend parfois à une adresse que évoque Michael Stipe, de REM. Cheyenne est ainsi tout comme un titre de la formation au succès planétaire, mais dont les bases aurait été remises à plat et qui sonne si neuf et naturel que çen est vraiment plaisant. C’est aussi le cas avec Everywhere With Helicopter, et presque partout. Les mélodies vocales est l’un des talents les plus remarquables du prolifique Pollard.

    Du point de vue de la production, c’est cependant varié, puisque on a des numéros à la guitare acoustique et lo-fi et des plages plus produites et souvent plus longues. Les structures sont joyeusement bousculées, comme par le passé. Le disque commence ainsi par un petit bout de punk de 40 secondes. Plus loin, on a Christian Animation Torch Carriers, qui développe une vraie mélancolie sur quelques tiroirs et quatre minutes – presque un record aux standards du groupe. C'est le moment où on entre vraiment dans le disque.  De manière générale, les titres sont plus construits qu’il y a dix ans. Plus construits et plus propres, mais toujours aussi excitants. Pollard et son équipe semblent incapables de considérer les morceaux avec l’oeil d’un Dylan par exemple, qui prétendait qu’une bonne chanson ne peut pas faire moins de trois minutes. Ils trouvent leur bonheur dans l’enchaînement incessant d’énergies de tailles et de forces diverses, qui s’entrechoquent. Ici, par rapport à BT, la fréquence est diminuée du fait de la longueur plus importante des morceaux. C’est palié en partie part des titres comme Christian Animation… ou Car Language, qui cherchent à toucher davantage de sentiment.

    Le reproche que l’on pourrait faire à de tels disques est de privilégiéer la quantité sur la qualité ; c’est vrai, même sur Wowee Zowee, mais cependant le plaisir d’écoute est là à chaque fois car le disque recherche sans cesse de nouveaux moyens de repartir à zéro. Et leur plus grand mérite dans cette voie, c’est de trouver un nouveau genre de cohérence. Réputé pour être désagréable, dans le temps, avec ses bandmates, Pollard s’explique au moment de ce disque : . « I have learned to allow people to exist, grow, and find out who they are in the band, to give them all the time they need. As long as they are enthusiastic about the music, they can do whatever they want." Cela se reflètre dans les morceaux ; eux aussi, il leur a donné plus de moyens, les a laissés vivre davantage, ce qui donne un disque moins resserré que par le passé, et dopnc plus à même d'être reçu comme un album classique.


    • Parution : 18 juin 2002
    • Label : Matador
    • Producteur : Todd Tobias, GBV
    • A écouter : Everywhere by Helicopter, Cheyenne, Christian Animation Torch Carriers
     
     
    • Appréciation : Méritant
    • Note : 7.25/10
    • Qualités : frais, heureux, varié

    samedi 23 janvier 2010

    {archive} Drive Like Jehu - Self Titled

    Après une introduction de tonnerre, le ton est donné ; guitares furieusement envahissantes, quasiment hardcore, et le chant grunge de Rick Froberg, l’homme qui fit avec quelques potes, l’an dernier, I Blame You (Obits, 2009). Drive Like Jehu est un groupe inclassable et c’est pour ça qu’on l’aime ; il suffit de le considérer comme une bonne raison de se sentir oppressé, écrasé, entre les Spikes to You et les If it Kills You. Constamment sollicité, on ressort fatigué de ces superbes quarantes minutes de fracas sonores, de voix atonale et de cris hystériques qui annoncent comme de funestes présages. Pourtant, l’intelligence et la précision, derrière la volonté inébranlable de Froberg pour un résultat percutant avant d’être sensé, ne cèdent jamais le ton à la superstition, à la faiblesse, à la folie.


    Rick Froberg est l’une des personnalités que l’on préfère dans le genre bruitiste/grunge. Drive… est son deuxième groupe, après Pitchfork, et s’ensuivirent les Hot Snakes, puis, aujourd’hui, les Obits. Aucun de ces groupes n’a sorti plus de trois disques, comme si Froberg ressentait un constant besoin de changer d’environnement, dès que ses groupes ne sont plus si pertinents, opérant à chaque étape de subtils mais décisifs changements dans la manière d’interpréter une musique dont l’idéal reste pourtant le même. Aujourd’hui, à l’heure où, selon lui, la quête du nouveau en musique est surestimée (combien de groupe cherchent à faire ce que personne n’a encore entendu ? l’underground est prétentieux), il a intelligemment prété sa voix plus que jamais identifiée aux Obits, formation garage qui n’est guidée que par les envies de ses membres, et pas une prétention supérieure. Cependant, les Obits, sont quand même plus accessibles que Drive Like Jehu.

    Epoque oblige… Une concurrence atroce, des groupes entassés dans des villes comme Seattle, des voix de rebellion qui naissent par centaines, hardcore, bruitisme, grunge. Comment se démarquer ? En suivant son instinct, et en priviliégiant le songwriting, les structures plutôt que les grandes idées d’appartenance à un genre ou à un autre. DLJ fait le pont entre Sonic Youth (O Pencil Sharp et ses airs d’intro à Evol), se nourrit évidemment de l’intensité de Black Flag, tandis que ses riffs nerveux ressemblent à ceux d’un enième groupe grunge faisant le gros dos pour impressionner ses camarades. C’est la fusion de ces éléments qui produit une vision aiguisée. La naïveté inhérente au grunge n’est pas présente ; elle est remplacée par une lucidité perçante, comme le regard d’un oiseau de proie quand le grunge à la Dinosaur et même Nirvana ou Mudhoney est plutôt la musique d’un animal de terrier. C’est dire si le groupe vole haut.

    Le son est compressé, toujours renversant, et multiforme. O Pencil Sharp couvre en neuf minutes autant de terrain de n’importe quel bon morceau de SY. Deux autres titres font plus de six minutes, les explosions se succèdent, les passages survoltés ne manquent pas (Atom Jack). Les tempos changent sans que jamais l’énergie produite ne baisse d’un iota. C’est là la grande force du disque ; sa constance, et si l’on considère les disques des Hot Snakes, par exemples, dont les titres n’excedent pas deux minutes cinquante pour un total d’une demi heure, c’est encore plus remarquable. Retirez O Pencil Sharp et If it Kills You et l’ensemble est déjà moins impressionnant – c’est là que se situe le fort de son alchimie.


    • Parution : 1991
    • Label : Cargo Music
    • Producteur : Donnell Cameron
    • A écouter : Caress, O Pencil Sharp, Turn it Off
      
    • Appréciation : Méritant
    • Note : 7.50/10
    • Qualités : intense, bruitiste

    vendredi 22 janvier 2010

    Megafaun - Gather, Form and Fly





    L’un des morceaux les plus forts de ce disque, Solid Ground, conseille malicieusement « plant that flag on solid ground ». Pourtant, c’est en terrain glissant que s’aventure le trio Megafaun, et l’adresse avec laquelle ils parviennent finalement une œuvre cohérente et passionnante, associant banjo, blues et collages variés, fascine. Solid Ground, par exemple, a les attraits d’un morceau de blues répétitif, si ce n’était ce solo d’harmonica strident – l’une des mille excentricités parfaitement à leur place entre les somptueuses ambiances pastorales et les harmonieux refrains, et avant que les choses semblent ne basculer pour de bon – quand vous entendez l’eau couler, c’est que vous y êtes. Si les fondations du disque sont bien familières, c’est l’ambition évidente de Megafaun que de créer un espace à eux, où les règles sont fixées par leur imagination.

    Gather, Form and Fly commence, avec Bella Marie, par poser les bases d’un folk sauvage, interprété surtout au banjo, qui n’est pas sans rappeller que les trois membres du groupe furent, avant Megafaun, les coéquipiers de Justin Vernon (Bon Iver) au sein d’une formation obscure (DeYarmon Edison). A partir de ce point, qui embrasse avec plus de discrétion qu’ensuite les libertés artistiques auxquelles ils prétendent, et qui donne toute de même deux morceaux magnifiquement équilibrés (Kaufman’s Ballad et The Fade), l’identité du groupe va sans cesse être menacée ; pour finalement leur donner une pertinence, un originalité qui les démarque clairement de la production folk habituelle.

    Impressions of the Past, le premier signe que les choses peuvent sérieusement devenir intéressantes, est un titre de presque six minutes, versatile et virtuose, varié dans son instrumentation – violoncelles, piano… - qui montre qu’au-delà de leur amour pour les chansons Appalachiennes (les deux premiers titres) le trio est aussi attaché à une tradition musicale. Cet aspect traditionnel est combiné avec bonheur aux méthodes du jazz ; des thèmes qui se succèdent et ne se ressemblent pas, mais comme le disque pris dans son ensemble, parviennent à former un tout cohérent. Impressions…, qui commence par proposer une bonne dizaine de trames différentes (quasiment un disque à lui tout seul) prouve, si besoin était, que l’inspiration mélodique n’est pas le point faible de Megafaun. Mais, comme ailleurs, ce ne serait pas tellement remarquable s’il n’y avait quantité de détails attachants, de départs en fanfarre et de micro-chaos parfaitement gérés, un, paysage complexe et amusant qui demande à être écouté et réecouté.

    The Process engage un nouveau mouvement en avant, en se dirigeant vers un country-blues sympathique. La quantité des éléments qui sont mis en jeu en font une pièce de doux psychédélisme.


    Enfin, la fameuse eau qui coule. Et dont les gouttes forment rapidement une improbable voie musicale, avant que cela ne soit balayé pas des oiseaux, à nouveau la pluie. Enfin,un chœur s’élève : « I have been swallowing you inside the darkness hour ». Les manipulations qui suivent, et se succèdent, s’accompagnent miasmes d’une voix maintenant complètement hors de son élément. Au bout d’une miçnute et demie, retour à la normale. Le piano est joué fort comme sur un titre inaugurateur de Pink Floyd. S’ensuit le morceau titre, qui alterne banjo mollasson et longues plages de silence. A partir de là, le trio ne fait qu’affirmer son triomphe, que ce soit avec le toujours ambivalent Columns – où l’on voit le familier et le chaleureux céder le champ à des expériences de science fiction presque angoissantes – et ce jusqu'à Guns, où les voix sont de nouveau réunies : "All we'll ever be, all we'll ever need".

    Finalement, la dichotomie entre improvisation et écriture, instrumentation synthétique et acoustique, finit par s’estomper. On se souvient d’Anja Plaschg, l’autrichienne qui, l’an dernier, avait osé intégrer au sein de son disque de chansons glacées une pièce totalement dénuée de vie, et pourtant pleine d’expressivité – et révélant une musicalité dont le prisme a des facettes dénuées de couleur. Sur Gather, Form and Fly, cette dualité est là comme pour mettre en évidence, à d’autres moments, avec davantage de pertinence et de précision, l’énergie vitale et spontanée qui est au centre du genre folk.

    La simple ingéniosité de Megafaun s’étant jusqu’a la pochette du disque , qui marche comme carré mais mieux encore comme losange, et qui confirme de façon subtile leurs engagements ; parvenir, à travers une discrète ambiguité, sans perdre l’équilibre, à nous étonner.



    • Parution : 21 juillet 2009
    • Label : Crammed Discs
    • A écouter : Kaufmans Ballad, Solid Ground, Guns


    • Appréciation : Méritant
    • Note : 6.50/10
    • Qualités : original, surréalisme

    jeudi 21 janvier 2010

    {archive} THE AFGHAN WHIGS - Congregation (1992)



    Parution1992
    LabelSub Pop
    GenreRock
    A écouterTurn On the Water, Conjure me
    /107.25
    Qualitésintense, sensuel, sensible



    Il manquait à Up In it (1990), le second album des Afghan Whigs (le nom était une idée du bassiste John Curley) le sens du drame et des dynamiques qui va presque complètement éclore avec Congregation (1992). Avec leur troisième album, pour lequel  le groupe fut signé par Sub Pop (ils resteront fameux pour être le premier groupe hors de Seattle à avoir été attrapé au col par les découvreurs de Nirvana), déballe avec fracas l’histoire d’une formation qui trouve son bord identitaire, ses extrêmes, sa maturité et qui ne sera plus comparée à The Replacements, à Johnny Thunder ou aux Stooges tout en souffrant de cette comparaison. Musicalement, bien que les Afghan Whigs fassent assez ostensiblement partie de la vague grunge dont le public semblait insatiable jusqu’au milieu des années 1990, ils vouaient un respect rare au rythm and blues, dont ils empruntaient les grooves et les couplant de rock énergique – deux guitares entremêlées et indissociables. Greg Dulli admirait en outre les chanteurs soul de l’âge d'or Stax et Motown, bien que, faisant preuve de réalisme, il ne cherchât pas à se mesurer à eux (s’il l’avait fait, sa carrière aurait été beaucoup moins créative).

    La personnalité et les textes au romantisme extrême de Greg Dulli, chanteur et guitariste rythmique du groupe, et l’une des figures les plus charismatiques du rock de ces 20 dernières années, ont échoué à faire de son groupe un phénomène mondial comme l’ont été Pearl Jam, les Smashing Pumpkins et évidemment Nirvana. Pourtant, ces ingrédients ont fait des Afghan Whigs une expérience unique. Si de nombreux disques du genre – ceux de Mudhoney par exemple – s’épuisent au bout de quelques écoutes, Congregation et les prochains disques des Whigs révèlent toujours une nouvelle source d’intérêt, largement tributaire de l’abyme d’apitoiement et de dépréciation qu’ouvre Dulli  sans remords ni lassitude, et de manière répétée, dans chaque titre.

    Le chanteur inlassable, songwriter inspiré (qui continue aujourd’hui au sein des Twilight Singers) est l’œil d’une tornade émotionnelle qui pourrait tourner  au nombrilisme mais se rapproche plus finalement du don de soi – avec une pointe de cynisme. Il est entre prédateur et proie. Ses doutes et ses provocations sont une forme de partage, une rebuffade de mâle dominant mais néanmoins au cœur plus fragile qu’il n’y paraît. Sur Congregation, l’attitude de Dulli soutient encore la comparaison avec l’esprit naïf et adolescent propre au genre musical qu’on les voyait déjà terrasser à force de caresses létales, le grunge. On détecte cependant les marques qui vont faire du chanteur des Afghan Whigs une figure importante. Dulli explore l’amour insalubre, les séparations douloureuses – on sentirait presque un mal physique à l’écoute de certaines chansons - mais plus consciencieusement que beaucoup de ses contemporains, et surtout avec plus de force. Congregation a cependant, par moments, des airs de célébration (phénomène peut-être expliqué par la voix à la justesse approximative de Dulli, pouvant faire passer son désespoir pour de l’enthousiasme). L’émotion est immédiate, ce qui n’empêche pas une certaine ambivalence.   
    Le trio d’entrée, I'm Her Slave, Turn On The Water et Conjure Me (qui profite d’un clip un peu morbide)  atteint une intensité que le disque reproduira par la suite avec davantage d’atermoiements. C’est guitares dévastatrices et chant des plus énergiques – et c’est encore mieux en live. Le venin et la ferveur dont sont envahis ces titres les mettent d’emblée parmi les meilleurs enregistrés par le groupe.

    Outre l’amour et les femmes, les thèmes du disque portent aussi sur la religion. Dans le morceau titre, Dulli joue le rôle de Dieu : « I am your creator/Come with me my congregation” tandis que The Temple oppose Jesus à une foule assez crasse qui évoque bizarrement du System of a Down avant l’heure. Miles Iz Ded, qui clôt le disque, est aussi à écouter avec attention. La plus grande victoire des Afghan Whigs n’est pas commerciale, mais c’est qu’on continue à écouter et à redécouvrir Congregation aujourd’hui.

        mardi 19 janvier 2010

        Smog - paroles Dongs of Sevotion



        Dongs of sevotion (2000)

        1 Justice aversion

        Happens on a side street, maybe
        Happens on a main street, maybe
        Lion bites zebra neck
        Zebra stomps lion head

        It's justice
        Justice aversion
        In a proper way, 'cause I don't today

        And root for the underdog
        No matter who they are
        At the bank robber in the getaway car

        It's justice
        Justice aversion
        In a proper way, 'cause I don't today

        I could stay up all night talking
        About animal nature
        And universe hesitant
        And the grand ??

        It happened on a side street, maybe
        It happened on a main street, maybe

        It's justice
        Justice aversion

        And root for the underdog
        No matter who they are
        At the bank robber in the getaway car


        2 Dress sexy at my funeral

        Dress sexy at my funeral my good wife
        Dress sexy at my funeral my good wife
        For the first time in your life
        Wear your blouse undone to hear
        And your skirt split up to here

        Oh Dress sexy at my funeral my good wife
        For the first time in your life
        Oh Dress sexy at my funeral my good wife
        Wink at the minister
        Blow kisses to my grieving brothers

        Dress sexy at my funeral my good wife
        And when it comes your turn to speak before the crowd
        Tell them about the time we did it
        On the beach with fireworks above us

        On the railroad tracks with the gravel in your back
        In the back room of a crowded bar
        And in the graveyard where my body now rests

        Oh Dress sexy at my funeral my good wife
        Dress sexy at my funeral my good wife
        For the first time in your life

        Also tell them about how I gave to charity
        And tried to love my fellow man as best i could
        But most of all don't forget about the time on the beach
        With fireworks above us

        3 strayed

        Well, it's strange the way
        You walk behind
        But seem to lead the way
        Oh, I know I,
        Oh, I know I have strayed

        I have taken you for a ride
        Left you waiting in the car
        While I played death games inside
        Oh, I know I,
        Oh, I know I have strayed

        I have loved in haste
        I've been an alleycat and a bumblebee
        To your panther and your wasp
        Oh I have loved
        While thinking only of the cost
        Oh, I know I
        Oh, I know I have strayed

        I've raised a sick child to your lips
        And in asking you to kiss
        What I would not kiss
        Oh, I know I
        Oh, I know I have strayed

        Well I never thought I'd be
        One of those men
        With pin-ups on their wall
        For all to see
        I thought that was just mechanics
        Oh, I know I
        Oh, I know I have strayed

        I have taken you for a ride
        Left you waiting in the car
        While I played death games inside



        4 The hard road

        I'll take the hard road
        I believe I'll see you there
        In a cyclone of stones
        Wooden spikes in your hair
        Or maybe you'll resting
        Leaning up against a busted fence
        Pluck a bird from the coop
        Then we're back up on the hard road

        We could sleep in a barn
        Bathe in a lake
        Steal the pipe
        Let hunger dictate
        The steps that you take
        Along the hard road

        And when winter comes
        We'll bottle some
        The nearest washing line
        And when summer comes
        It's almost impossible
        Not to have a good time
        Out on the hard road


        5 Easily Led

        I am not easily led
        Despite the head
        I was just trying to cross the street with you
        I was just a step devoted

        But I am not easily led
        I'm suggestible at times, it's true
        But only by you
        I lay open jelly-limbed
        To your smallest whim

        But I am not easily fed
        I'll turn my head
        When you come at me with a spoon

        No, I am not easily led
        Despite the head
        I was just trying to get along with you
        I was just trying to be a human

        6 Bloodflow

        Hold on
        Hold on
        Hold on
        Hold on

        Hold on, hold on with a grip so tight
        It dams my blood, makes my head feel light
        Well, hearts will start and hearts will stop
        And the blood will flow until we drop

        Bloodflow!
        Bloodflow
        Bloodflow!
        Bloodflow

        No time for a tete-a-tete
        Can I borrow your machete?
        In this wonderful world
        In this beautiful world

        Hold on

        Blood will spill and blood will spurt
        Enemies keep the mind alert

        Bloodflow!
        Bloodflow
        Bloodflow!
        Bloodflow

        No time for a tete-a-tete
        Can I borrow your machete?
        In this wonderful world
        Hold on
        In this beautiful world

        Hold on
        Hold on
        Hold on
        Hold on

        Hold on, hold on with a grip so tight
        It dams my blood makes my head feel light

        Bloodflow!
        Bloodflow

        Cheerleader chant:

        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        Hold on, hold on with a grip so tight,
        it dams my blood makes my head feel light, hey, hey!
        Hold on, hold on with a grip so tight,
        it dams my blood makes my head feel light, hey, hey!
        Hold on, hold on with a grip so tight,
        it dams my blood makes my head feel light, hey, hey!
        Hold on, hold on with a grip so tight,
        it dams my blood makes my head feel light, hey, hey!
        No time for a tete-a-tete, can I borrow your machete? hey, hey!
        No time for a tete-a-tete, can I borrow your machete? hey, hey!
        No time for a tete-a-tete, can I borrow your machete? hey, hey!
        No time for a tete-a-tete, can I borrow your machete? hey, hey!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!
        B-L-double O-D-F-L-O-W bloodflow bloodflow!

        Slow it down now...
        Hold on...


        7 Nineteen

        So she washed her cut in the sink
        And picked up and once more along the way
        Down to the bay, where I did stay

        I was nineteen
        And so relieved to be beating twenty

        Without her clothes
        She looked like a leper in the snow
        I left her in the snow without her clothes

        My movements were slow
        Long, she didn't even know
        What she was taking away

        We didn't talk much
        Oh, it must have shown
        She must have known

        The next day, she never called me again
        The day after that, she gave me a call
        She was all drunk

        Her words came slow
        Oh, I didn't even know what I had
        I'm taking away



        8 Distance

        The curtain slaps in the wind
        A human sound of fleshy flesh
        Little fists pummel absently
        To birth the spirit in the room

        The wind it seems to lick
        The wind it seems to suck
        The wind is a great big woman
        That makes the hair on the back of my neck stand up

        My body seems to be lacking something
        I remember the taste
        That on a night like this
        Wa sonly ever shed in haste
        All these moments have passed through me
        I have turned them all to waste

        There are women on the street
        They shine before me like teeth in a mine
        And their are voices on the street
        One of them is mine

        If I watched from a high hidden window
        I'd hear myself say
        Oh I can't make it out
        I'm too far away

        But the conversation is like the beating
        Taken in a dream
        Where no real blows are landed
        The only harm is in memory

        All these women have passed through me
        I have turned them all to waste


        9 Devotion

        There are some terrible gossips in this town
        There are some terrible gossips in this town
        With jaws like vices
        And eyes like drains

        There are some little weasels in this town
        Scampering around loose
        With yellow teeth
        And the beady eyes

        We should set a standard amount of words
        That I am to say to these
        We should set a standard type of look
        That you are to give to me
        When you wanna leave

        There are some terrible gossips in this town
        With jaws like vices
        And eyes like drains

        I won't tell what they say about you
        I won't flourish the shit
        You are my dearest friend
        And I will protect you
        Until the end

        With a will like vices
        Complete as a drain


        10 Cold Discovery

        I know your teeth have gnashed through death
        Still you come to me
        So gently
        Find a soft place on your body
        And rub me with it
        Oh, this I won't soon forget
        You're the one that will remain
        You're the one that will remain

        Bust a lock with a rock
        Don't need a key to have me
        This was your cold discovery

        We needed a fever, we needed a cure
        The bait no longer lured
        Say goodbye, if you can
        The car waits for me
        Just across the border
        Wish me luck, no good luck
        No bad luck, just wish me luck
        With my cold discovery

        You are gone
        My cold discovery

        You're the one that will remain
        Well, I can hold a woman down on a hardwood floor
        Well, I can hold a woman down on a hardwood floor
        And your teeth can gnash right through me
        Looking for a soft place
        And of this you won't soon forget
        I had no soft place for you to rest
        And this was your, your cold discovery
        Your cold discovery

        Well, I can hold a woman down on a hardwood floor
        Well, I can hold a woman down on a hardwood floor
        This was my, my cold discovery
        My cold discovery

        If you saw it for what it really was
        My cold discovery
        My cold discovery
        My cold discovery

        11 Permanent Smile

        Oh God, can you feel the sun in your back?
        Oh God, can you see your shadow, inky black on the sand?
        Oh God, can you hear the saltwater drying on your skin?
        Oh God, can you feel my heart beating in my tongue?

        Oh God, by being quiet, I hope to alleviate my death
        Oh God, by sitting still, I hope to lighten your load
        When your shadow covers me from head to toe
        Curtain every flies, tell me it's mine, my time to go

        Seven waves of insects make babies in, in my skin
        Seven waves of insects make families in my skin
        (It's just like animals) It's just like animals that play
        And the flesh...flesh...flesh...rotted off my skull
        And then I will have earned my permanent, my permanent smile

        Oh God, I never, never asked why
        Oh God, I never, never asked why

        lundi 18 janvier 2010

        Eels


        Bien que Eels soit considéré comme un groupe à part entière dans les bacs des disquaires, c’est à peine plus qu’Everett. C’est lui qui prend toutes les décisions, qui écrit toutes les chansons. Voici les grandes étapes de sa carrière.

        Né en Virginie, le 9 avril 1963, Everett a commencé à s'intéresser à la musique rock à un âge précoce via collection de disques de sa sœur, et commence à jouer de la batterie à l'âge de six ans (ainsi que quelques bricolages sur le piano familial). En grandissant, E gagne le profil de l’adolescent en difficulté, marqué prématurément par la mort de son père. Ce repli certain le dirige encore davantage vers la musique. Sa sœur lui apprend la guitare. et il commence à écrire ses propres compositions originales.

        En raison du fait que plusieurs de ses amis ont également été nommé Mark, c’est très tôt que Everett, pour se diférencier, commence à se faire appeler par ses initiales - et finalement, uniquement par la lettre «E».

        Dans la vingtaine, E enregistre une démo sur un quatre-pistes, et décide de poursuivre son rêve de rock poussièreux en se déplaçant à Los Angeles. Son écriture prolifique, sa pratique intense ont permis à la qualité de ses mélodies de s'améliorer, ce qui le conduit bien vite à un contrat d'enregistrement en tant qu'artiste solo pour le label Polydor. Elle donne une paire de disques sous-estimés, A Man Called E (1992) (qui a été soutenu avec une tournée en ouverture de Tori Amos) et Broken Toy Shop (1993), avant que E quitte le label et forme Eels avec le bassiste Tommy Walter et le batteur Butch Norton. Le trio signe un accord avec le label DreamWorks, alors nouvellement formé et publie leur premier album, Beautiful Freak (1996). Le disque suscite un fort intérêt des médias et Novocaine for my Soul, chanson parfaite, est en rotation lourde sur MTV.

        C’est alors que Everett aurait pu devenir un autre Pearl Jam à lui tout seul – mais ils est manifestement plus inspiré par un travail intimiste que par les sirènes du grunge à gros sabots. Les tragédies familiales se succèdent, avec la mort de sa mère et de sa soeur. Les promesses de succès sont alors ravalées. Walter quitte le groupe. Une nouvelle ère commence encore, mi-auto-indulgence, mi vraie noirceur d’ange déchu, qui emprunte des éléments au folk comme au grunge ou aux collages cool inspirés de Beck. Cette période n’est pas terminée aujourd ’hui, même si E s’est physiquement transformé ; de jeune homme fluet avec cheveux courts et peu de barbe, à cette icône à la ZZ Top, lunettes tombantes et barbe brune fournie, exploitée à merveille dans Hombre Lobo.

        Electro-Shock Blues, s’avère plus solide encore que son prédécesseur, déjà très ambitieux. Mais le succès commercial n’est pas au rendez-vous. Grâce au nouveau bassiste Adam Siegal, le groupe fait une tournée cathartique dans le sillage de ce disque crépusculaire, avant de retourner en studio tout de suite après pour travailler sur un troisième album. Publié en 2000, Daisies of the Galaxy offre une perspective un peu plus brillante, avec, en vedette, une apparition du guitariste de REM Peter Buck, qui a également co-écrit une piste. L’influence du « plus grand groupe populaire américain de la fin des années 1980 » se fait évidemment ressentir dans l’écriture de Everett, et cela dès ses débuts. Le disque est heureux, Everett y chante sa bonne humeur. E forme « l'Orchestre Eels » et lance une tournée internationale à l'appui de Daisies. Le groupe de six musiciens jouent saxophone, trombone, trompette, banjo, guitare, violon, contrebasse, piano, mélodica, clarinette et timbales.

        Après un enregistrement live de la tournée de Orchestre Eels, Oh What a Beautiful Morning, qui a été publié sur le site Internet officiel du groupe, E commencé à se préparer au quatrième Eels. Au lieu d’écrire l'album entier seul, cette fois, il se tourne vers John Parish pour l’aider – à qui l’on doit deux travaux de collaboration avec PJ Harvey. C’est Souljacker, à nouveau dur et sombre, aggressif et punk. Les paroles évoquent les sujets de prédilection d'Everett - la solitude, l'aliénation et le désespoir, cette fois racontée à travers la perspective de portraits de marginaux comme le «Dog Faced Boy ».

        En 2003, comme pour brouiller les pistes de nouveau, ou pour échapper à ce qu’il fait le mieux et qui le mine le plus – des disques lugubres - E joue les DJ, pour un effet mitigé. Il faut attendre 2005 pour apprécier Blinking Lights and other Revelations, double album à nouveau ambitieux de 33 chansons, pour la premièere fois chez Vagrant Records. Les disques de Eels "With Strings: Live at Town Hall », enregistré Juin 30, 2005 est publié en février 2006 accompagné d’un DVD.

        En 2008, Eels sort deux nouveaux CD / DVD – « Meet the Eels: Essential Eels 1996-2006, Vol. I” et “Useless Trinkets: B Sides, Soundtracks, Rarities and Unreleased 1996-2007”. La musique du groupe a aussi composé la majeure partie de la trame sonore de Yes Man, la comédie avec Jim Carrey. E ensuite retourné au travail pour produire Hombre Lobo, un album concept sur le désir – d’ailleurs sous-titré « 12 songs of desire » qui paraît mi-2009.

         Discographie



        Laura Veirs - July Flame (2010)




        Parution : janvier 2010
        Label : Bella Union
        Genre : Folk, Americana
        A écouter : Sleeper in the Valley, Summer is the Champion, Sun is King

        °
        Qualités : lyrique, vibrant

        
        Si Jason Molina est fasciné par la mélancolie d’une musique folk-rock popularisée par Neil Young, Laura Veirs semble vouloir en extraire la lumière, la joie. July Flame est un disque enregistré l’été – ce à quoi, en paraissant en hiver, il ne fait pas honneur. A moins que justement, il nous permette de sauver notre humeur de ces deux derniers mois de grand froid qui s’annonçent avant le prinptemps.

        Je n’avais jamais entendu parler de Laura Veirs, née dans le Colorado en 1973, qui sort pourtant son septième disque (après Saltbreakers en 2007, enregistré en groupe), et a l’habitude de publier des pépites pareillement acclamées par la critique et le public. C’est que son songwriting paraît avoir une qualité qu’elle use ici au naturel ; une légèreté qui donne à ses morceaux l’air d’une caresse, d’un effleurement. Plus remarquable encore lorsqu’on sait le passé musical de Veirs, qui appartenait un jour à un groupe punk (ce qui fait immanquablement penser à Björk) – et vient de déménager, au moment d’enregistrer July Flame, depuis Seattle, la ville du grunge, pour Portland. Cette image un peu rude lui colle encore, puisque lorsqu’il s’agit de composer, on la dit étendue dans sa grange, jouant ses idées sur sa mauvaise guitare sèche.

        Sa vie en groupe est loin et Veirs s’est pleinement épanouie en temps qu’artiste solo. Elle révèle que ces nouvelles chansons ont été difficiles à écrire. « J’ai déjà dit tellement », remarque t-elle en évoquant ses disques passés. Et pour celui-ci : « Je pense que j’ai écrit 80 chansons, et peut être 15 d’entre elles sont restées, avant que je termine avec 13 chansons ». Si ce n’est pas un gage de qualité, c’en est un de l’exigence de Veirs. C’est se dire que même dans un champ qui peut apparaître classique – « je laisse paraître mes émotions à travers cette imagerie pastorale » - certains tirent mieux leur épingle du jeu que d’autres. Une riche inspiration est évidemment un atout de taille, et c’est immédiatement percevable sur July Flame.

        Pour les musiciens comme Laura Veirs, l’habileté est de s’approprier des éléments visuels : paysages – prairies, montagnes, lacs, glaciers,canyons…, des objets – animaux : oiseaux, papillons, et les fruits (July Flame est une variété de pêche…), et les arbres, temples de la méditation. En réalité, le rôle de tels artistes de l’amérique moderne est de se prendre pour des messagers de Dieu, quand Dieu est un l’esprit tout puissant derrière la nature est les émotions, dont ils embrassent une partie des vues avec bonheur.

        Les morceaux sont variés, dans leurs atmosphères comme dans leurs instrumentations ; sans jamais s’échapper de leur cocon folk, ils sont souvent pastoraux – Silo Song, I can See Your Tracks… - sensuels – July Flame – tout simplement magnifiques quand Laura Veirs est au piano, comme PJ Harvey sur White ChalkLittle Deschutes. D’autres instruments sont utilisés triomphalement, la trompette, la clarinette, la harpe, le violoncelle, la mandoline, et parfois une section de cordes – Laura Veirs se donne les moyens du véritable bonheur, comme sur Sleeper in the Valley, qui dispense un mysticisme à la Van Morrisson. On pense aussi à Nick Drake, et parfois aussi aux Fleet Foxes, lorsque des harmonies pointent leur nez – sur I Can See Your Tracks notamment. La voix exultante de Veirs est aussi un atout de taille et un véritable instrument. On la croirait souvent prête à rire.

        Plutôt que de travailler avec un groupe, cette fois – et l’absence de basse et de batterie se fait ressentir – Veirs a engagé des jeunes musiciens de Portland à la rejoindre, et ils se révèlent de grands chanteurs, fournissant les harmonies mais aussi de nombreuses backing vocals comme sur Sun is King ou Life is Good Blues. La volonté de Veirs était « sur scène, de chanter tous les cinq, de chanter nos cœurs ». Une autre manière de communiquer un peu de la joie dont brille ce disque, un grand accomplissement pour la chanteuse, et, espérons le, le gage de sa reconnaissance par musiciens et amateurs de musique visuelle.

        samedi 16 janvier 2010

        Eels - End times


        Le morceau Fresh Blood, sur le précédent disque de Eels, avait retenu mon attention, bien que les marivaudages de Hombre Lobo (2008) n’atteignaient presque nulle part la brillance étouffée et ironique de End Times. Le barbu Mark Oliver Everett (alias « E »), qu’on imagine facilement intégrer le dessin animé des Simpson le temps d’un épisode (dans le rôle du pince-sans rire grincheux) atteint des sommets avec seulement sa guitare, un quatre-pistes fatigué et de nouvelles chroniques amères. Isolé à Los Feliz, dans une maison au coeur des bois, il ne donnera qu’une seule interview et ne fera pas de concert pour promouvoir ce disque ; de quoi laisser en suspends les questions quant à ses intentions au moment de l’enregistrer. On décide de le prendre comme un manifestation d’ironie autant que de sagesse, mais fragile et pouvant basculer dans le vrai pathos à tout moment.


        Everett semble rodé à l’exercice de la thérapie. Il y a souvent recours à travers la musique ; pour Broken Toy Shop, en 1993, puis sur Electro Shock Blues, son chef-d’oeuvre de 1998… Everett a connu de vrais aléas ; la mort de son père, de sa mère, de sa soeur. Il a pris l’habitude de lire les drames familiaux avec distance, comme on se plonge dans un roman, et de les transformer en art.

        Il demeure depuis quinze ans dans une sphère relativement confidentielle, malgré quelques grands succès comme cette chanson, Novocaïne for my Soul (sur Beautiful Freak). Après huit disques, reste la marque de fabrique indélébile de l’artiste ; son timbre un peu enrayé.

        Je n’avais nulle part où aller, ça n’importait pas alors, la nuit devenait froide, je la serais contre moi, pour la garder au chaud, et tout était beau et libre, au début…” C’est The Beginning, le commencement. En réalité, ce n’est que la continuation d’une écriture sans concessions que «E» commente en ces termes : «La meilleure chose que j’ai faite c’est de ne pas écouter l’avis du showbiz pour Electro Shock Blues. C’est la raison pour laquelle je suis encore là.» On imagine alors que chaque nouveau disque est un pas nécessaire, l’écriture d’un nouveau chapitre d’une histoire qui peut ne jamais cesser jusqu’a sa mort - à la manière de Johnny Cash.

        Everett a publié un livre autobiographique récemment, Things the Grandchildren Should Know, où il se positionne comme une vieille personne. «La quarantaine, dans ma famille, c’est déjà vieux», commente t-il de les avoir tous perdus.

        Ce sentiment imprègne tout End Times, disque perclus d’ironie galopante. Everett est en pleine autodérison, sans malhonnêteté.
        In My Younger Days est à ce titre représentative d’un tournant par rapport à Hombre Lobo ; manifestation à la fois fidèle au coeur de l’artiste et moqueuse de son tourment. Une habileté qui se répète partout et donne à End Times plusieurs niveaux de lecture, qui ne forment en, réalité qu’une seule pensée.
        « Dans mon jeune âge/ J’en aurais juste pris note/ Comme d’un leçon apprise/Mais j’ai assez été/ à travers tant de malheurs/ Et je ne veux plus d’autres misères/ Pour m’apprendre ce que je devrais faire/ Je veux juste que tu reviennes». Everett s’esquisse en homme prématurément usé par les sentiments, incapable de se battre de manière honnête à nouveau. Il prèfère tenter le chantage.
        «J’ai été ton père pour trop longtemps/J’ai besoin d’une mère/désolé mais c’est vrai». Pas la peine de s’excuser pour tant de sincérité, tant que ça reste exceptionnel. Un Lennon carton-pâte… Pourtant, le sens de la simplicité souligne la démarche révélatrice, la recherche de clarté de Everett ; ses mélodies sont immédiatement plaisantes, paraissaient même briller, à certains instants, des feux des grands classiques lyriques. A Line in the Dirt, Nowadays, Little Bird sont bluffants. Comment, sans maquillage, avec une formule et un matériel complètement usés, Everett parvient à nous captiver aussi vite, cela tient à la qualité de son écriture.

        Everett se fait décidément de plus en plus habile à tourner ses propres sentiments, ses réactions au malheur, à tel point que beaucoup de critiques n’ont vu en End Times qu’un nouveau témoignage emplâtré de rupture. Sur A Line in the DirtShe’s locked herself in the bathroom again, so I am pissing in the yard”, à moins que ce ne soit que le moyen le plus élégant de raconter ce qui ne l’est manifestement pas ; un couple sur le point de ne plus jamais se parler. Sur End Times, «She is nowhere near, end times are here» est une autre sentence qui laisse présager que Everett ironise de sa détresse amoureuse mise en scène. Mansions of Los Feliz aurait pu être ennuyeuse si elle n’avait contenu cette fameuse ligne : «It’s just me, myself and the secrets of the walls» , une belle autodérision.

        L’humour carnassier de son précédent album est ainsi plus subtil ici. Avec l’expérience, sa lucidité se développe. Everett lui-même veut quitter cette image de l’hombre lobo, ce prédateur d’il y a quelques temps… Les cris de loup sont encore là, sur le rockabilly Paradise Blues mais c’est maintenant, à la frin d’une relation amoureuse, la plainte d’un animal blessé dans sa fierté. Le monde se referme sur lui comme une machoire géante.

        Et cette exclusion, cette marginalisation à gros traits se traduit par les détails les plus insolites : “J’ai poussé le lit contre le mur aujourd’hui, pour qu’il n’y ait qu’un seul côté, ça semble un peu moins solitaire ainsi, mais je suis toujours mourrant au fond.” sur On my Feet.

        Musicalement, il n’oublie pas de se changer les idées pour autant, à se divertir lui-même si ce n’est son public ; Paradise Blues et Unhinged – morceau vraiment grunge - le prouvent.
         
        • Parution : 16 janvier 2010
        • Label : Vagrant
        • Producteur : Autoproduit
        • A écouter : en rouge
        The Beginning Appréciation : Méritant

        Gone Man
        In My Younger Days
        Mansions of Los Feliz
        A Line in the Dirt
        End Times
        Apple Trees
        Paradise Blues
        Nowadays
        Unhinged
        High and Lonesome
        I Need a Mother
        Little Bird
        On My Feet
         
        • Note : 7.25/10
        • Qualités : poignant, lyrique, self-made
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