“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (75) intense (74) groovy (68) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) communicatif (47) lyrique (47) onirique (47) sombre (47) sensible (45) pénétrant (44) audacieux (43) élégant (43) apaisé (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (39) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Romantique (29) Expérimental (28) efficace (28) frais (27) intimiste (27) orchestral (27) spontané (27) fait main (26) rugueux (26) contemplatif (23) varié (23) extravagant (21) funky (21) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 25 avril 2010

Trans Am - Thing


Trans Am, c’est le genre de son qu’on ne peut cesser d’écouter à moins d’avoir une vraie conscience positivioste qui vous permette d’y échapper. Il y a là un pouvoir de captation de toute volonté. Avec ce disque, on a tôt fait de se demander quel pacte infernal nous conduit à y retrouner avec insistance, et finalement à essayer de le décrire. Il faut dire qu’il se détache rapidement du lot, comme une excroissance douteuse, un artifice incongru. Le groupe, on préfère d’ici le laisser dans l’obcurité ; trio américain, passionnés de science fiction et de jeux vidéos, mais aussi de musique pointue et qui empruntent leurs méthodes à Brian Eno (ces fameuses obliques stratégies qui feraient office de viagra en ce qui concerne les pannes d’inspiration en studio, que l’on m’excuse de la métaphore). Mais la musique d’Eno est sûrement (un peu) moins nombriliste.

On remarque leur persévérance ; Thing est leur huitième disque. Presque inattendu puisqu’il s’agissait d’une B.O. de film qui a mal tourné (le film a tout bonnement été passé à la trappe au dernier moment). De la part de gens qui investissent tant de moyens dans de la science-fiction d’horreur, il faut s’attendre à tout, comme à garder, au cours d’une poignée de mains juteuse, la main de son interlocuteur dans la sienne. Thing (dont le titre évoque le film d’horreur The Thing) est un disque qui se nourrit de lambeaux, en essayant de leur donner l’attrait de véritables pièces. Pour cela, il faudrait qu’il y ait un semblant de construction, une atmosphère, un crescendo. Mais c’est par frustration plutôt que par délectation que l’on écoute le disque encore et encore.

Black Matter, Arcadia et Apparent Horizon offrent à voir le côté sociable du disque (c'est-à-dire qu’il y a des paroles grimées avec un goût certain pour l’absence de sentiment à travers un vocodeur). Imaginé comme une suite de séquences claustrophobes, le plupart des titres ne sont que l’assouvissement mollasson d’un désir d’être « entre ZZ Top et Kraftwerk », plus autiste que grand-guignol il me semble. C’est comme si les musiciens contemplaient leur propres attributs (électroniques) à travers le désir lent et douloureux de bien faire. Il y a la scène de combat, la scène d’amour (on imagine l’intéressé perdre son ardeur au bout d’une minute et dire : « non…désolé. Je ne peux pas, pas aujourd’hui. » Si c’est un scène d’amour qui dure moins d’une minute, il reste à imaginer la suite du film à l’avenant. C’est que le procédé paraît honnête (Trans Am n’a toujours fait que des disques concept), voire bizarrement cadré (même le générique du supposé film avait été fantasmé par nos lutineurs frustrés), sans que les Trans Am aient la tête à l’ouvrage ; ils préfèrent créer des ambiances menaçantes (Black Matter) ou effilochées (presque tout le disque) sans même, probablement, se rendre compte que leur musique fait réellement peur – parce Black Matter est bien loin de tout ce qui est tourné pour vous être agréable. Pour aller plus loin, on pourrait dire que dans un moment comme celui là, le groupe se gausse de ceux qui vont jeter une oreille à son disque, puisqu’il cherche manifestement à laisser l’auditeur dans la torpeur. Et c’est une qualité qui ne se partage pas facilement.

C’est pour cela que Thing est finalement bienvenu ; l’impression que tout peut devenir soudain horriblement faux ne nous quitte pas, mais il y a dans cet abandon, cet attitude de charognards, un véritable jeu d’ombres ; funk, krautrock, électro, et surtout, au moment de Apparent Horizon, l’impression que l’âme de Joy Division, de She’s Lost Control précisément, est là, quelque part à mascagner. Et le titre dégage une impression surréelle. 

Dommage que rien, ou presque, ne devienne concret ; que la menace ne plane sans jamais délivrer la moindre superbe, là où c’était le rôle de Space Dock, le dernier titre, de le faire. Tout ce qui fait mine de se construire ne s’affirme jamais, laissant celui qui fait l’effort d’être attentif dans l’égarement ; alors, en club, pourquoi pas, ou dans tout autre endroit d’aujourd’hui et surtout de demain, où des jeunes sous acide viendront s’entrevoir pour échanger quatre mots dans un micro-vocoder (afin que tous aient la même voix) avant de retourner dans les cages qui les protègent du monde extérieur. Vision effrayante d’un avenir où, dans ces instants précieux quand l’attention de nos esprits surentrainés sera dirigée vers l’émotion, ce sera des musiques aussi froidement défaitistes que celle de Trans Am qui nous parviendront. Exception faite, bien entendu, de l’excellent Apparent Horizon.

  • Parution : avril 2010
  • Label : Thrill Jockey
  • Produteur : Trans Am
  • Genre : Synthétique
  • A écouter : Apparent Horizon

  • Appréciation : Mitigé
  • Note : 5.50/10

 

 

Yeasayer - Odd Blood


Traduction de la chronique de Pitchfork.

Lorsque Yeasayer ont débuté en 2007 avec All Hour Cymbals, ils étaient un groupe art-pop de Brooklyn étrangement en décalage avec leurs pairs. Ils ont laissé planer le mystère et la surprise, et dans leurs meilleurs moments (2080, Sunrise) ils ont réussi à faire du mysticisme amusant et de la musique pop un semble attrayant et passionnant. Ils étaient essentiellement une version roots et rock de MGMT à ce moment. Leur sort semblait doublement scellé par Tightrope, leur contribution diablement bien exécutée en live sur la compilation de charité Dark Was the Night.

Ensuite, on pourrait estimer qu'ils ont fait encore mieux avec Ambling Alp, le single qui précédait Odd Blood. Alp a réussi à conserver la bonne foi pitoresque originelle en la transformant en pop brillante, lustrée et accrocheuse. Cette dualité s'étendait aux paroles également ; la chanson évoque l'infame boxeur italien Primo Carnera, mais dans le refrain Chris Keating chante le genre de conseils paternels bienveillants que l'on pourrait entendre dans un montage de Shrek.

Comme Ambling Alp, Odd Blood devrait séduire un grand nombre de personnes : Yeasayer ont fait un disque potentiellement visionnaire en utilisant l'éventail complet des possibilités de la musique basée sur des logiciels informatiques pour créer ce qui aurait été à un moment donné du rock radio-friendly. L'élastique O.N.E et l'évocation à la Tears for Fears de I Remember sont de bons coups de sang style eighties, et confirment le potentiel préssenti sur All our Cymbals en rivalisant avec les meilleurs titres de ce disque. L'ouverture The Children marche aussi en adaptant leurs tendances décalées dans une chanson bien ficelée. Dans le plus gros de la première moitié de l'album, Yeasayer fait preuve d'un savoir-faire et d'un discernement rares dans la musique « indie » moderne. Leurs paroles ne veulent peut pas dire grand-chose, mais leurs dispositions agiles, leur sens de la dynamique et du rythme, et le chant expressif de Chris Keating transmettent une énergie.

Le reste de l'album souffre d'une crise d'identité majeure – peu des quelques idées dispersées prennent, et la plupart d'entre elles finissent trop cuites. Dans l'ensemble, le disque alterne entre une synth-pop années 80, du prog-rock anglais (sur les bonnes chansons) et une pop alternative qui imite la musique du monde (et ce sont les mauvais). Des chansons comme Rome ou Love Me Girl ont l'objectif d'un étalement ambitieux, mais s'essoufflent dans la boue, tandis que les ballades Strange Reunions et Grizelda semblent laborieuses et congestionnées.

Yeasayer ne va nulle part : des singles de qualité, des vidéos inventives, et de solides performances live, mais quoi d'autre ? Il est difficile de ne pas rendre compte de la pression du groupe au moment de ce second disque - c'est presque palpable dans leur production sursucrée et leur recherche désespérée d'une direction, et, par conséquent, Odd Blood est un peu trop plein de manque d'idées. Je suis retourné écouter Tightrope de nouveau. C'est charmant, humain, et assuré, mais ça gagne votre affection plutôt que votre respect. Lorsque Odd Blood réussit, c'est ce qu'il fait, mais quand il échoue, il n'arrive à rien.

  • Parution : février 2010
  • Label : Secretly Canadian
  • Producteur : Yeasayer
  • Genre : Pop
  • A écouter : Ambling Alp, One

  • Appréciation : Mitigé
  • Note : 5.50/10

 

 

 

vendredi 23 avril 2010

JOHN GRANT - Queen of Denmark (2010)


OOO
poignant/sensible/original
Folk rock/rock progressif

Encore un disque dont beaucoup n’auraient même pas suspecté la possibilité d’une existence. John Grant, ancien leader des Czars, a failli mettre fin à ses jours quand l’aventure du groupe s’est achevée ; heureusement, les petits lutins de Midlake l’on pris sous les bras et, en leur compagnie, il a retrouvé la foi et entamé un voyage dramatique à l’intérieur de lui-même… Avec un humour certain, puisqu’il évoque un temps « when Sigourney Weaver was killing those aliens » pour déclamer son amour à la S.F. télévisée.
 
Queen of Denmark assume une imagerie plutôt surprenante et décalée, en réalité simplement due au fait qu’il s’agit de l’extravagance vivant dans l’esprit de Grant, du moins dans le coins les plus adolescents de son esprit, ceux où il a puisé l’émotion la plus vive et l’humour noir, là où les visions de l’espace et les envies de fuite complètent de façon cocasse les histoires d’amour de représentations terriennes.

La voix de Grant est magistrale sur TC and Honeybear. Elle donne à Queen of Denmark la couleur d’un travail « comme rien entendu auparavant, mais tel que tout ce que vous avez entendu auparavant », pour reprendre l’idée d’un journaliste anglais. C’est de l’émotion usée qu’il est question, ou peut être davantage de l’émotion fraîche passée à travers un filtre d’inspirations qui ont toujours paru ringardes à tout le monde (Supertramp) et qui prennent ici leur revanche.

Comme la plupart des titres, Tc and Honeybear commence par un arpège (guitare ou piano) qui dégage déjà une première émotion. Cependant Grant n’exprime pas ses sentiments de manière directe ; il va laisser ses mots illustratifs dégager la voie vers un point culminant, une révélation ; un peu à la manière d’un livre pour enfants qui se feuillèterait et, de phrase en phrase, de vers en vers, nous fairait atteindre une dernière double-page qui attendait de se déplier en relief sous nos yeux émerveillés. Toute la subtilité d’artiste de Grant est de sous-jouer la sentimentalité au profit d’images qui doivent nous amener d’elles-mêmes à ce que le chanteur a lui déjà trouvé, ses propres découvertes du pouvoir musical. Son approche se fait à petits coups répétés, comme l’illustrre bien Where Dreams go to Die, à la fois familière et trop insistante, obsédante même, pour l’être vraiment. Grant a la qualité de se trouver en l’aise en position de confesser ses doutes, et de le faire de manière plus maligne que catholique.

Toujours sur le premier titre, une choriste fait décoller le morceau, en lui donnant une teinte iréelle et puissante, avant que la voix de Grant ne s’élève pour un résultat hors du temps… et de l’espace ?

Dans cette construction douce et progressive, viennent se bousculer des images de métamorphose, les aperçus d’un déséquilibre soudain, d’un changement de matière inopiné, comme si rien n’était acquis et sans que rien ne cherche à être gagné ; Grant préfère moquer, utilisant l’humour noir comme élément quasi philosophique, questionnant sur l’inconstance. « The arrogance it takes to walk around the world the way you do / it turns my brain to jelly every time.” Un éternel recommencement que le jeu amoureux ; une confrontation.

Mais cela restera, au premier abord, un disque de ballades impressionnantes qui culmine avec It’s Easier et Outer Space et se laisse interpréter par Midlake (dont on peut reconnaître un sens iné de jouer la musique comme plus personne ne la joue, pratiquement comme si le rock n’avait jamais existé). Sa qualité progressive et constante réserve toujours de nouvelles surprises, chaque morceau opère comme une nouvelle étape vers un idéal loin des repères, aux côtés des disques d’artistes habités, à un moment donné, de sentiments qui transcendent ce qui peut être exprimé dans les formes.
 

 

jeudi 22 avril 2010

Neurosis - Times of Grace


Neurosis est la formation qui a fait redevenir le rock progressif excitant et instense, comme ça n’avait peut-être jamais été le cas. Aujourd’hui shamans cultes de la scène indépendante américaine, imités par une poignée de groupes et source d’inspiration pour bien davantage, ses membres continuent leur route dans le noir, que ce soit au sein de Neurosis ou en produisant des disques sur le label qu’ils ont lancé, Neurot Recordings. Ce label est aussi la maison de projets parallèles pour les deux chanteurs du sextet, Steve Von Till et Scott Kelly, respectivement au sein de Harvestman et de Shrinebuilder. C’est l’une des meilleures idées au sein de Neurosis, ces deux voix complémentaires, mais qui rivalisent, toutes deux guturales et profondes (Kelly a cependant plus de temps de présence que Von Till). On peut écouter le morceau titre de Times of Grace pour se persuader que chanter à deux de la manière dont ils le font, dégage une vraie puissance infernale, parfaitement complétée par le son de guitares accordées très bas.

Chez Neurosis, les instruments communiquent de manière inhabituelle ; ces guitares se lançant dans de sourdes lamentations caverneuses, entre deux riffs incroyablement lourds et puissants, tandis que la batterie a une approche tribale, même sur des tempos rapides. L’effet recherché est d’illustrer la rudessee d’un monde instable ; envoûtant, sans doute beau, rougeoyant et mourrant ; mais toute mort, à cette échelle, n’est synonyme que de transformation. C’est une musique mutante issue du hardcore et devenue illustrative, comme le suggère Descent et sa cornemuse, ou The Last You’ll Know – lequel morceau est construit autour des échantillons de Noah Landis, le bruiteur dont la place dans le groupe se justifiera de plus en plus (en effet, alors que les premiers disques de Neurosis contenaient quantité de dialogues subliminaux dans un style daté, sur les derniers ses éléments électroniques vont devenir sons liés complètement au reste dans une sorte d’expérience multisensorielle ; ce sentiment est particulièrement vrai si l’on écoute Times of Grace avec Grace, le disque du projet expérimental Tribes of Neurot qui est destiné à être écouté simultanément).

La structure du disque montre que le groupe a atteint sa maturité. Les morceaux sont moins sombres et globalement moins longs que sur Through Silver in Blood (1996), le disque de l’escalade d’un nouveau genre éprouvant et réjouissant pour Neurosis. La plus longue pièce sur Times of Grace, Away, est d’ailleurs le morceau le plus calme du groupe jusqu'à présent, pour l’essentiel une longue plage volontairement terne, mais où l’on sent bien l’énergie en receuil (il est toujours question de spiritualité chez Neurosis), un pont vers l’âme après tant de fureur extériorisée. « Cease this long, long rest/Wake and risk a foul weakness to live”. Sur Away, c’est la première fois que Kelly prend une voix dégagée et que Neurosis autorise à une “faiblesse” d’exister. Finalement, le morceau se termine avec « away », simple mot crié sur un arpège progressif, lent et lourd. Les textes du groupe sont souvent concis, parfois cryptiques ou plutôt esthétiques ; on devine que la forme est aussi importante, ou plus importante, que le fond. De ce simple « away » à d’autres bouts de phrases, on sent que les syllabes ont maturé, deviennent parfois traînantes dans l’intonation caverneuse qui les interprète. "To deny/Until i say/Fell us alive/Sight as i speak/Inside us born…” On le devine, la manière dont les vers sont découpés provoque l’interaction des deux voix.

The Doorway et Under the Surface, deuxième et troisième morceau du disque, sont les plus convaincants. C’est ceux sur lesquels les sentiments se font les plus extrêmes, écorchés. « Your shell is hollow/ Your shell is hollow/ So am I/ The rest will follow/ The rest will follow/ So will I” crie Kelly sur le climax de Under the Surface, pendant lequel le groupe atteint son objectif avec le plus de brio ; une fusion de toutes forces, sentiments, sensations, une alliance sauvage et païenne (forte symbolique sur pochettes à l’appui). On voudrait que ce flot inextingible ne cesse jamais. Cependant,les résultats de cette exploration sont parfois plus mitigés, bien qu’on s’en délecte tout autant. Chaque nouveau titre demande à Neurosis de remobiliser toutes ses connaissances, de retrouver l’équilibre, comme si rien, jamais, n’était acquis. Progresser, s’améliorer leur demande de grands efforts, oun travail obsédant. L’expérience accumulée se concrétise pourtant lentement, et Times of Grace est un tournant de leur carrière (dans la manère dont il est séquencé…), un modèle dépassé par A Sun That Never Sets (2001) et The Eye of Every Storm (2004). A noter que le dernier morceau, Road to Sovereignty ouvre la voie pour le futur EP Sovereign (2000).

Times of Grace a été réédité récemment en édition double CD avec Grace. Ecouter les deux simultanément est une expérience à la hauteur de la réputation du groupe.

  • Parution : 1999
  • Label : Neurot Recordings
  • Producteur : Steve Albini, Neurosis
  • Genre : Post-hardcore, Sludge metal, Progressif
  • A écouter : The Doorway, Under the Surface, Times of Grace
 
  • Appréciation : Monumental
  • Note : 8/10
  • Qualités : intense, original

mercredi 21 avril 2010

Jonsi - Go (2010)


Parution : avril 2010
Label : EMI
Producteur : Jonsi, Alex Somers, Peter Katis
Genre : Pop, Orchestral 
A écouter : Go-do, Tornado, Boy Lilikoi, Grow Till Tall

Note : 7.25/10
Qualités : lucide, poignant, soigné, entraînant



Au sein de Sigur Ros, le groupe islandais qui a produisit sa propre révolution en amenant le rock à des sommets mélodramatiques à grand renfort de chaleur humaine et de feedback, Jonsi était comme un animal captif, répétant toujours la même chanson. Með suð í eyrum við spilum endalaust ou les performances acoustiques de la tournée de 2006 en Islande apportaient une renouvellement bienvenu car le groupe semblait y aborder différemment sa musique,  mais  les paroles restaient dans le style illustratif. S’ils avaient fait des découvertes incroyables avec Agaetis Byrjun (1999) et l’album sans titre () (2002), mêlant une manière sensible et intimiste à des envies de dépasser l’habituel carcan rock pour fusionner en quelque sorte avec leur environnement (cette belle et fragile Islande sur laquelle il est doit être réjouissant de laisser une empreinte), ils peinèrent à renouveler leur imagerie.

Les paroles de Jonsi étaient dépendantes de la musique énorme de Sigur Ros, contraintes d’en épouser les contours et de l’illustrer ; il semble qu’avec Go, le message est remis en évidence, parce qu’il est chanté en anglais (plutôt que dans un dialecte créé de toutes pièces ou en islandais), et parce que Jonsi a une intention personnelle, une émotion fraîche à adresser au monde. C'est la voix qui guide ici les décharges d'énergie. 
La différence est subtile, on pourrait ne voir en Go que la simple continuité lyrique de Takk (2006) ou de Med Sud… une évolution vécue par certains, à cause du changement de langue, comme plus « commerciale ». Mais c’est, je pense, une avancée positive pour Sigur Ros et un accomplissement pour Jonsi que ce disque plus direct et révélateur.

Le cynisme n’existe pas chez Jonsi, seulement une foi inébranlable qui célèbre à la moindre occasion le pouvoir intérieur de l’homme, et met en garde aussi contre les dégâts qu’il produit sur son environnement.

L’intensité du disque se joue surtout sur les vocalises de Jonsi, qui tente sur chaque titre de décrocher l’émotion en jouant au maximum sur la mélodie et l’humeur, sur la reproduction d’un sentiment volatile qui mêle jouissance heureuse et inquiétude globale. Il privilégie la variété des timbres. Le souci de production sur cette voix toujours plus impressionnante – si on la compare à celle qu’il avait il y a dix ans – conduit Jonsi à séquencer parfois une véritable chorale à base de son propre organe. 

Le compositeur, arrangeur et pianiste Nico Muhli, qui a travaillé avec Antony and the Johnsons ou Grizzly Bear, pose sa main ici et là ; on trouve aussi sur Go le travail du percussionniste finnois Samuli Kosminen. Le travail sur la percussion est peut-être le plus impressionnant ; selon ce qui est pressenti, cela peut être Jonsi et son compagnon Alex Somers qui se tapent sur les cuisses pour Go-Do, ou Kosminen frappant une vieille valise. Sur ce titre, le mélange propduit un effet extatique qui illustre les paroles de Jonsi : « Make an earthquake... Make your hands ache… Go march through crowds… We should always know that we can do everything.” Parfois, c’est une cacophonie avec les flûtes, les cuivres, le piano et les cordes, qui produit un bouquet énivrant.

Les chansons sont construites autour de vers, parfois de slogans. L’intérêt le plus vif, on l’éprouve maintenant à répéter les paroles ; «let them grow » au final de Go-Do, chanson dans laquelle Jonsi nous enjoint à continuer de croire que nos rêves puissent devenir réalité, que cet été puisse être toujours si nous le permettons, brûlant nos mains et faisant trembler la terre. Sur Tornado, il chante : « Tu grossis comme une tornade/Tu grandis de l’intérieur/détruisant tout sur ton passage ». Le cynisme n’existe pas chez Jonsi, seulement une foi inébranlable qui célèbre à la moindre occasion le pouvoir intérieur de l’homme, et met en garde aussi contre les dégâts qu’il produit sur son environnement. L’être humain est plein d’énergies opposées qui s’affrontent, et dont le combat intime va avoir des répercussions dans le monde qui l’entoure. « No one knows you till it’s over» , sur Sinking Frienships, rappelle qu’a tout ce pouvoir vital que nous possédons en nous, la mort mettra un terme et emportera certains des secrets qui font de nous ce que nous sommes.


dimanche 18 avril 2010

Hawkwind - Space Ritual


Superbe objet que ce Space Ritual. Hawkwind est sans conteste en 1973, en témoigne sa musique et même la pochette de son disque, l’entertainer n°1 (ce qui ne signifie pas qu’ils aient eu le succès qu’ils méritaient), capable de développer son propre imaginaire, sa propre réflexion, aboutie et attirante. En 1969, l’homme a mis le pied sur la lune et se demande : et maintenant ? Accompagnés en concert de l’écrivain de science-fiction Michael Moorcock, Hawkwind apportent en ce monde concret et industrieux une réponse à nos oreilles, au-delà de ce que notre orgueil et notre manque d’intérêt pour les questions d’ordre métaphysique méritaient. A la basse, Lemmy qui formera ensuite le trio Motorhead. Il apporte un groove indissociable du son d’Hawkwind, ce qui fait que même les auditeurs indifférents à la musique exploratoire auront leur compte, quitte à se délecter de l’enveloppe, du langage sans se soucier des velléités pittoresques de ce qui est raconté. Cependant la ferveur narrative et musicale fusionne dans le style Hawkwind. Space Ritual est le meilleur moyen d’en faire l’expérience. Plus que jamais, la musique populaire est imaginée pour aller d’un point à un autre ; ce qui fait de ce concert l’un des meilleurs de la musique rock, c’est qu’il entame un véritable voyage, intègre le public à une entité aussi concrète qu’elle est originale, se pense en moyen, en outil plutôt qu’en simple notice.

Space Ritual, c’est 80 minutes de musique plutôt surprenante ; à la fois planante et diablement efficace, elle puise ses sources chez Can plutôt que chez Pink Floyd, s’attachant à développer une base harassante, une dynamique proche de ce que peut être une mise en hypervitesse, avec la sensation d’être écrasé contre une vitre de plexiglas. 2001, l’Odyssée de l’Espace a fait son petit bout de chemin, et pour résumer en quelques secondes de déplacement l’expérience de l’auditeur de Space Ritual, il aura l’impression de vivre les mêmes vicissitudes que le héros du film de Kubrick. Balloté sans trop comprendre dans tous les coins de sa capsule, avec des échos de voix et des bruitages désuets comme seul compagnon, on ne peut s’empêcher de se sentir diablement seul dans le vide intersidéral visité par le groupe à grand renfort de machines analogiques. Ans chercher à être toujours attrayant ni compréhensible, Space Ritual est l’histoire d’une course, la représentation d’une conquête, la réponse anglaise aux russes et autres américains qui croient que l’espace leur appartient. Et bien non ! Car plus important que ce satellite froid et gris qu’on appelle Lune, moins rassurant que les images home sweet home véhiculées par a Nasa pour illustrer le périple de leurs pionniers – prisonniers, Hawkwind évoque plutôt les sujets qui fâchent ; solitude, folie, mégalomanie et mort de l’aventurier en quête d’infini. Mais il propose heureusement avant tout une vision séduisante, foisonnante et poétique de l’espace comme d’une personnalité sans pitié, moins silencieuse que jamais. Hawkwind sait que c’est l’image que e fait de l’espace qui est importante, le fantasme, non a réalité qu’on ne peut imaginer.

De larges extraits sont issus de Doremi Fasol Latido, l’album qui fut en 1971 le tournant pour le groupe dont le style fut soudain qualifié de Space rock. Il y a l’irrésistible Down Throught the Night, leur charmeur Space is Deep, introduit par un monologue en forme de mise en garde à ceux qui croient l’espace déjà conquis par l’homme (en réalité, l’homme ne conquiert que du vide et sa propre idée de conquête). Born to Go est très représentatif du discours à double tranchant du groupe, qui suggère la prudence au moment de manipuler les concepts foireux qui frappent celui qui cherche à s’envoler. Moorcock n’est pas utopiste ; il pense que l’homme n’est condamné qu’à se répéter, à se réincarner seulement dans des apparences changeantes mais sans que son fond n’évolue, à rester toujours nostalgique, et surtout dans les endroits où il se sent le moins à sa place. Pour finalement, au bout du voyage, n’élucider que le mystère de sa propre âme, de son intérieur, tandis que tout ce qui le domine, tout son environnement reste mystérieux. Il y a, enfin, Brainstorm, le morceau ultime de Hawkwind. On ne peut pas parler d’hostilités ; il ne faut pas oublier que, comme le suggère la pochette de Space Ritual, le groupe cherche d’abord à nous séduire. On comprend que la réalité peut être à la fois dure, inhumaine et excitante, et c’est là l’idée la plus intéressante en science-fiction.

Les admirateurs du Floyd, et les autres, devaient reconnaître qu’ils apportaient quelque chose de nouveau. Là où le groupe de Barrett évoluait dans la grâce de l’instant, Hawkwind symbolisait la fuite en avant, concept qui, comme me l’a fait remarquer quelqu’un, a commencé à cette époque et est plus que jamais d’actualité aujourd’hui. En 2010, Hawkwind continue de faire des concerts ; et, bien que le combo soit ressorti affaibli de nombreuses années à ne rien produire d’intéressant, ils continuent d’incarner l’expérience totale. Sur scène, les prennent plusieurs dimensions, dégagent des artifices visuels et sonores, soutirent de leurs machines amusantes un arc de pur talent musical, parviennent à faire vibrer l’atmosphère, et peut-être à envoyer des signaux à des planètes lointaines. Au fond, ils ne sont pas agressifs, au contraire, ils deviennent au cœur de leur naïveté et de leur foi à l’ouvrage, humanistes ; ils nous mettent en garde contre la folie de toujours vouloir davantage, la déraison du pionnier qui cherche sans cesse à baliser de nouvelles terres auparavant vierges.

J’ai expérimenté ce disque alors que je prenais le bus pour rentrer à Streatham Hill, le soir vers deux heures du matin, après le travail. Accompagné de l’un des livres de Moorcock en langue originale… C’est le soulagement d’être prêt à dormir, transporté par ce bus à étage, que m’évoque aujourd’hui Space Ritual.

  • Parution : 11 mai 1973
  • Label : United Artists
  • Producteur : Hawkwind
  • Genre : Space rock
  • A écouter : Down Throught the Night, Space is Deep, Brainstorm

  • Appréciation : Monumental
  • Note : 8.25/10
  • Qualités : fun, original, intense

 

samedi 17 avril 2010

{archive} David Bowie - Aladdin Sane (1973)




Parutionavril 1973
LabelRCA
GenreRock, Rythm & blues, Glam-rock
A écouterDrive-in Saturday, Panic in Detroit, The Jean Genie, Time
°°
Qualitésgroovy, ludique, audacieux
Aladdin Sane de Bowie, l’un de ses plus célèbres disques. Toujours avec Mick Ronson des Spiders From Mars, Bowie crée cette fresque boursouflée où les morceaux de bravoure se suivent et ne se ressemblent pas trop. Le disque souffrira d’ailleurs de n’être que cet assemblage de perles rock’n roll (Panic in Detroit, The Jean Genie), de folies glam-rock (Cracked Actor, The Prettiest Star) ou peut être encore plus d’explorations douces-amères (Drive-in Saturday, Time). Sans compter, au milieu de cet amalgame cousu au fil blanc style White Duke, le morceau-titre inclassable et une reprise des Rolling Stones (Let’s Spend the Night Together) qui est en fait encore une occasion de jouer du glam. On reprochera à Aladdin Sane d’être plus fort en pièces détachées qu’une fois tout mis bout à bout. C’est surtout l’occasion pour l’auditeur de sortir du cadre, de s’évader, sans plus avoir l’impression d’être l’objet de convoitise d’un cirque itinérant comme avec Ziggy Stardust (1972). Bowie manipule toujours, mais à l’échelle d’un disque cela pouvait paraître fantasque. Aladdin Sane (jeu de mots avec A Lad Insane) est plein d’arrière-pensées, d’envie de coming-out, de mettre en avant son excentricité, d’impatience et de frustrations assouvies, mais bout à bout tout cela est apaisant plutôt que lourdingue.

Paillettes et maquillage sont des accessoires très présents dans l’esprit du disque, si vous voyez ce que je veux dire. Ca ne dégouline pourant jamais, Bowie sait toujours s’arrêter avant surtout qu’ici (et sur Diamond Dogs) il s’inpire plus que jamais du rythm and blues et des Stones. Il n’y a qu’à voir Panic in Detroit (construite autour d’un beat de Bo Diddley). Emprunter à d’autres leurs idées lui permet de faire un album uniformément excellent, en évitant de tomber dans le mauvais goût. Dans ce qu’il contient de dépendance (à ses influences, à son envie de devenir et rester une star excentrique, et à la poussée des drogues, omniprésentes – d’ailleurs le dique devait s’appeler Love Aladdin Vein-) c’est un disque parfait pour son époque. Les Stones sont en train de finir de se défoncer après Exile On Main Street, les Beatles se sont séparés, le désenchantement frappe le music-business dont Bowie joue le jeu au maximum (sortant un concept-album exigeant autour de l’excentricité au meilleur moment pour cela, quand la musique populaire se cherchait de nouveau et que les règles devaient se restaurer (l’arrivée de Brian Eno, etc.) Il produit en 1972 Transformer avec Lou Reed, et en 1973 Raw Power, des Stooges.

C’est un peu étrange de la part de Bowie, à mon sens, d’avoir tenté de continuer comme pour les plus gros succès des Stones, avec le même son – à moins que son habileté ait été de le transformer, de se l’approprier pour sa simple enveloppe plutôt que pour les connotations d’engagement qui se sont greffées dessus (avec Jagger participant aux manifestations en 1969). Bowie n’est absolument pas politique, et celle permet à ses disques d’assumer leur nombrilisme parfois pathétique mais rock’n roll, en tant que simples œuvres d’art. Ian Curtis n’écoutait t-il pas Aladdin Sane avec révérence, si l’on en croit le film Control de Anton Corbjin ? Qui mieux que Bowie signifiait alors le principe souverain d’attraction-répulsion que doit susciter la musique rock ; un zeste de sexe bon enfant et spectaculaire, un peu de crade pas vraiment justifié, une bonne dose de talent, de mysoginie et d’égocentrisme. Une once de cynisme et de mépris de soi, et de désenchantement post-Beatles en ce qui concerne les années 70. Des paroles pitoresques. Et l’énergie. Dans le cas de Aladdin Sane cette énergie venait pour beaucoup de la tournée 1972 aux Etats Unis, un « Ziggy goes to America » en quelque sorte ; d’ailleurs le disque sera mieux acceuilli outre-atlantique qu’en angleterre. Whatch That Man est en quelque sorte la reprise de l’esprit que parcourait Ziggy Stardust sur des morceaux comme Sufragette City.

Il pourrait être perçu comme un disque de transition, car même si les titres sont soignés, il lui manque un style propre, une marque qui assure sa cohérence. C’est avec Low (1975) et Heroes (1977) que Bowie va réussir à être de nouveau complètement pertinent.

Malgré son côté impétueux, Aladdin Sane reste très agréable à écouter. Pour ma part, ce fut à la pause de midi, alors que je travaillais au Boxwood Café, restaurant sur le bord sud est de Hyde Park. Les premiers beaux jours furent l’occasion de rester une demi-heure allongé dans l’herbe à me repasser Aladdin Sane en boucle. J’ai trouvé Drive-in Saturday particulièrement extraordinaire ; Time bien construite ; l’introduction de Let’s Spend the Night Together fracassante.
Ce disque est un classique en dépit de toutes ses contradictions, parfait pour les moments de confusion, de fatigue et pour illustrer ses propres désirs de revanche sur le monde, ses propres frustrations, sa propre dualité. Vous aurez toujours l’impression, en l’écoutant, qu’il exprime exactement l’inverse de ce que vous êtes, et vous ne serez pas sûr de vouloir devenir comme Bowie dessus. Et quand bien même vous y parveniez – vous retrouvant en une du Sun et du Daily Mirror pour l’indécence publique d’un soir – vous seriez alors dégoûté d’apprendre qu’Aladdin Sane n’était pas cela, pas les folies du monde adulte, mais juste le rêve d’un éternel adolescent sur le retour. A écouter jusqu'à l’ennui jusqu'à ce que les merveilles mélodiques de Time ou Drive-in Saturday ne fassent plus leur effet de pillules bleues et rouges, jusqu'à ce que l’émerveillement suscité par les textes et les intonations de Bowie deviennent irritation ou, pire, indifférence.


jeudi 15 avril 2010

Roy Harper - The Green Man

The Green Man est le plus récent disque (hors compilations et rééditions) de Roy Harper, le songwriter anglais d’ores et déjà aux côtés des grands noms Jimmy Page à Bert Jansch, dans la page du son folk-rock, s’il en existe une. Cet album presque complètement acoustique est voulu comme un retour aux sources de sa musique, c'est-à-dire à la fin des années 60. « Je sentais que je voulais revenir à mes racines. J’ai décidé de ne pas avoir de basse et de batterie pour cette raison. J’avais besoin de me rapprocher de mon véritable cœur musical ». Harper s’en est bien éloigné dans les années 80, avec plusieurs disques indignes de sa sensibilité ; mais ses divagations ne l’on pas ammoindri dans ce qu’il a d’attachant et de sensible. Vieil enfant perdu dans le temps et l’espace, au cœur d’un monde qui lui appartient – il publie ses disques sur son propre label, Science Friction – sa discographie peut être perçue comme un cheminement, une exploration parfois harassante pour lui (à l’époque de Stormcock (1971), de Lifemask(1973)), dont The Green Man est la suite naturelle.

Le plus frappant ici est sa façon de s’inspirer du son de Bert Jansch et de Nick Drake, sur des titres comme le somptueux Wishing Well ou Rushing Camelot. La guitare de Harper, son jeu qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il rappelle Stormcock, ce balancement unique, rêche, cette saccade. On peut penser que ce style particulier a inspiré Gilmour sur Animals (1977), après que Harper ait prété sa voix sur Have a Cigar. Cette particularité musicale contrebalance à merveille le jeu rond de Jansch. Les deux langages sont utilisés à part égale sous les doigts de Harper, selon les titres. Il est accompagné de Jeff Martin, qui joue divers instruments sur huit des onze morceaux.

L’ombre de Drake n’est jamais bien loin, et avec elle l’âme d’un folk anglais pastoral, introverti, timide mais puissant. Harper ne veut pas, ou plus, s’incarner complètement dans un rôle, il ne veut plus depuis longtemps appartenir à une classe ; il déambule comme un nuage du folklore ; la photo de pochette est une référence à une figure mythique d’europe de l’est, un visage fait de feuilles (ici les traits de Harper lui-même) , gravé dans la pierre ou le bois et dessiné dans les églises.  Le rendu est assez pauvre et l'on peut penser à une incitation à la consommation de drogues. Malgré son maquillage, Harper est reconnaissable pourtant dans tout ce que The Green Man contient comme accroche au réel. Le titre The Monster fait écho à des albums engagés sur le plan politique, Flat, Baroque and Berserk (1970) ou Stormcock. New England est une chanson mélancolique, que seul un anglais « du passé » pouvait rendre aussi bien. Sexy Woman poursuit l’exploration d’une naïveté défraîchie et attachante.

L’album semble se doter d’un côté mystique dans sa deuxième moitié, à partir de Glasto et ses accents nostalgiques. The Monster continue dans cette veine magique, un peu ténébreuse. Le mouvement, la dynamique insdispensable aux disque de Harper sont bien présents, et font de The Green Man, placé sous tant de sagesse, paut-être l’un de ses meilleurs opus. L’un des plus équilibrés.


  • Parution : 2000

  • Label : Science Friction

  • Producteur : Roy Harper

  • Genre : Folk-Rock

  • A écouter : Wishing Well, The Monster, Sexy Woman


  • Appréciation : Méritant

  • Note : 7.75/10

  • Qualités : attachant, engagé, sensible

mercredi 14 avril 2010

Crime in Stereo - I Was Trying to Describe you to Someone, suite...



Traduction d’un article issu de http://www.reviewrinserepeat.com



A décourvir maintenant : Schwarzenbach, Braid et Mineral, Jade Tree…



Le titre d'un album peut être révélateur de la musique qu’il contient et du groupe qui la crée. Parfois, il suffit de regarder le nom du travail d’un groupe peut expliquer à l’auditeur tout ce qu’il a besoin de savoir (quand Motley Crue ont publié Girls, Girls, Girls en 1987, on savait qu'ils n’allaient pas chanter à propos de pâquerettes). Mais de temps à autre, un groupe débarque avec un album qui vous laisse à court de mots. Le nouveau disque de Crime In Stereo, I Was Trying To Describe You To Someone, devrait s’expliquer tout seul, puisque son titre explicite bien quelque chose. Pourtant, il est presque impossible de décrire précisément cet album à quelqu'un en raison de l'énorme quantité de matière diverse présente tout au long de ce malicieux coup de semonce. Ce qu'on peut dire, cependant, est que Crime in Stereo a fait un excellent album post-hardcore mélodique qui va imprègner de nombreuses sensibilités et différentes scènes.

L'album ressemble à un jeu de tiers (il y a 11 pistes, c’est donc métaphorique). Le premier tiers met à l’avant plan l’ambition et la maturation évidente de Crime in Stereo. Le dernier disque du groupe, Is Dead, en 2007, était un chef d'œuvre mélodique. Au lieu de simplement remettre le couvert, le groupe a exploré plus profondément la voie de ce qui fait son caractère unique. Le morceau d'ouverture, Queue Moderns, commence par des fioritures électroniques et un genre de chant grégorien, avant que, tout d'un coup, le groupe se lance tête baissée dans une cacophonie tourbillonnante. Le reste des chansons premier tiers (Drugwolf, Exit Halo, Not Dead, et Odalisque) sont similaires et révèlent que le penchant de Crime in Stereo à changer à mi-morceau de direction, pour mieux opposer ambiances antithétiques. C'est un exploit, comme une sortie funambule, qui le groupe réussit.

La deuxième section de Someone est le moment ou Crime in Stereo se déplace de Long Island vers le Midwest. C’est la transition du groupe du hardcore mélodique à un son émo plus 2de vague / post-hardcore. Young est le plus grand écart de la du son de Crime in Stereo, mais peut-être la meilleure chanson de l'album. Il combine les grognements à la Schwarzenbach du chanteur Kristian Hallbert et un flot musical plus lent et lisse (grâce à un beau riff du guitariste Alex Dunne) qui évioque Braids ou Mineral. Type One et Republica semblent être issus d’un disque de Jade Tree de 1995. Le dernier tiers fusionne ensemble les deux premiers pour une expérience aux atmosphères uniques. L'album se termine par I Cannot Answer You Tonight, plus proche de ce qu’a fait Crime in Stereo par le passé, et incidemment le morceau le plus classique, même s’il est joué avec classe.




mardi 13 avril 2010

Joanna Newsom de A à Z



A paraître dans le numéro 4 de mon fanzine, Trip Tips.


Artefacts

Newsom les accumule, elle aime se mettre en scènes’entourant d’un bric-à-brac sentimental et symbolique. Allez savoir pourquoi elle brandit une faucille sur la pochette de son disque Ys.

 
Porte drapeau de la nouvelle scène folk américaine depuis le début des années 2000, avec Cat Power entre autres. Souvent comparé à Nick Drake, Daniel Johnston ou Syd Barrett, sa musique tend à l’épure. Simple guitare et instrumentation minimale suffisent à mettre en valeur sa voix hors-mode et sa poésie surréaliste, naturaliste et inspirée, à l’image de ses pochettes de disque, qu’il dessine lui-même. À partir de l’album Cripple Crow, Banhart fait montre d’un épanouissement musical et s’entoure désormais d’un véritable groupe, les Queens Of Sheeba, avec lesquels il compose et tourne. Il délaisse le côté folk intimiste qui avait fait le succès de ses premiers albums pour développer une musique riche et communicative. Son dernier opus, What We Will Be, est paru en 2009. Il joue un rôle dans le lancement de la carrière de Joanna Newsom, en l’invitant à tourner en 2004. Il produit en 2005 une compilation de morceaux de ses amis, Golden Apples of the Sun, sur laquelle apparaît Bridges and Balloons, extrait de The Milk Eyed Mender (voir plus bas).

 
Songwriter très inspiré qui s’est longtemps caché sous le patronyme de Smog, faisant une musique lo-fi et parfois sombre sertie de paroles intimistes. L’une des fortes personnalités de la chanson folk américaine d’aujourd’hui. Pince sans rire. Pour la première fois avec son dernier disque, Sometimes i Wish We Were an Eagle, Callahan semble avoir tenté de capitaliser un peu de sa singularité. Il a été au début des années 2000 le compagnon de Newsom. Elle a joué le piano sur l’un de ses plus fameux morceaux, Rock Bottom Riser (2005). Bill Callahan lui conseilla d’écouter Song Cycle, de Van Dyke Parks, ce qui la conduisit à le choisir pour produire Ys. Callahan fit des chœurs sur ce disque.

Collaborations

En plus de son travail solo, Joanna Newsom a participé à des disques de Smog, Vetiver, Nervous Cop, The Year Zero, Vashti Bunyan, Moore Brothers, Sydney Symphony Orchestra and Golden Shoulders et a joué les claviers pour The Pleased.

Crawford Seeger, Ruth

Newsom considère la compositrice Ruth Crawford Seeger, artiste d’avant-garde comme une influence majeure. Influencée par Scriabine et Schönberg, celle-ci s’intéresse aussi à la musique folklorique américaine. Elle a réalisé une poignée de pièces pour piano (petite valse, sonate, cinq canons, cinq préludes, étude…), ainsi que de la musique de chambre et deux œuvres pour orchestre.

Dalton, Keren

Alors que Newsom fait ses armes en composition, elle montre un intérêt nouveau pour le folk et le bluegrass, ainsi que du punk et du jazz, en plus de ses différents styles de jeu de harpe. Elle écoute à cette période Karen Dalton, Texas Gladden, Patti Smith et Billie Holiday. C’est ainsi qu’elle commence à chanter en s’accompagnant, et qu’elle se familiarise avec des structures plus conventionnelles.

Drag City records

Label indépendant de chicago créé en 1989. Il habrite entre autres Pavement, Bill Callahan, Will Oldham, Weird War, Jim O’Rourke, Loose Fur, Alasdair Roberts, Papa M, White Magic, Espers ou Silver Jews. Comme de nombreux « petits » labels américains, Drag City a une approche respectueuse de l’objet disque, et propose systématiquement une version vinyle des albums qui sont produits. Joanna Newsom y reste fidèle et c’est l’une des meilleures aubaines du label ces derniers temps.

Ecole Waldorf

Joanna Newsom a suivi des cours au sein de l’école Waldorf. Elle y a appris le théâtre, ainsi qu’à mémoriser et à réciter de longs poèmes. La pédagogie particulière de cette école est fondée sur «l’anthropologie spiritualiste cosmique» d’un certain Steiner, qui expliquait cette science comme suit : « Pour connaître la nature de l’homme en devenir, il faut avant tout se fonder sur l’observation de la nature cachée de l’être humain ». Selon Steiner, la formation de l’élève est en même temps un processus d’incarnation, dans lequel l’enfant et l’adolescent se développeraient selon des cycles de sept années où les changements physiques vont de pair avec des métamorphoses plus profondes correspondant aux «naissances» successives des constituants de l’être humain.

Faulkner, William

Les inspirations littéraires de Joanna Newsom. Toni Morrison (originaire de l'ohio, lauréate du prix Nobel de littérature en 1993, elle est à l’origine des inoubliables Beloved, Sula ou Paradise, et dépeint à sa manière les conflits de cœur et de corps au sein des communautés Noires astreintes par l’isolement), Walker Percy (originaire de Birmingham, Alabama, 1916 -1990), Hernest Hemingway (Oak Park, Illinois, 1899 – 1961), John Updike (Reading, Pennsylvanie, 1932 – 2009) et William Faulkner (New Albany, Mississippi, 1897 – 1962)…

Freak-folk

Courant du début des années 2000 incarné le mieux par Devendra Banhart (le mieux pour en connaître l’étendue est de consulter son carnet d’adresses), constitué d’une grande famille d’artistes de l’ouest américain – et d’Angleterre avec Bat for Lashes. Freak-folk pour folk monstre, en référence aux couleurs, aux maquillages et aux travestissements auxquels se livrent les acteurs de cette scène. On les a appelés tout aussi idiotement néo-hippies.

Green Man Festival

Au Pays de Galles, festival de musique dans un cadre vert. Newsom y a fait une apparition tôt dans sa carrière, en 2005, pour y retourner en tête d’affiche en 2007 et en 2010.

Harpe

Son instrument favori et sa marque de fabrique, qu’elle “a aimé depuis la première lesson”. Elle utilise une Lyon & Healy style 11 pour enregistrer son disque Ys.


Le dernier de ses disques.

Kids

En 2009, Joanna Newsom a participé au clip du morceau Kids du duo Management, dont le disque Oracular Spectacular a rencontré un gros succès.

Milk Eyed Mender (The)

The Milk-Eyed Mender (2004) est déjà un disque accompli. C’est délicat, complexe, galopant, éthéré, comme issu d’une inspiration naturelle – pourtant Newsom est sans doute extrêmement travailleuse. Elle donne à son instrument l’expressivité d’un ensemble, à ces pièces les atours d’une musique de chambre un peu rugueuse. Elle fait un musique qui lui correspond totalement, gracieuse effigie, un peu énigmatique aussi, en passe de devenir une icône – lorsque l’imagination collective s’emparera de tous les éléments qui la composent ; féerie, anciennes légendes, amour romantique, imagerie foisonnante. Sa voix ajoute à cette trame inédite un exubérance débridée, aussi attrayante que repoussante, enjôleuse, voire magique sur le refrain de Bridges and Ballons. Dimension dramatique et flamboyance ne sont ici qu’en gestation, encore bridés par une écriture plus ludique qu’ambitieuse.

Mills College, Oakland

Joanna Newsom y a suivi des cours d’écriture créative.

Morgan, Neal

Batteur et percussionniste de génie qui écrit les parties de percussion sur Have One On Me. Il mène une carrière solo (chant et percussion, dans un style minimaliste) et accompagne en tournée Newsom ou Bill Callahan entre autres.



Nevada City
 
Le lieu de naissance de Joanna Newsom. C’est une ville de 3000 habitants héritière de la ruée sur l’or en Californie. De cette ville viennent aussi le compositeur Terry Riley, Howard Hersh et W. Jay Sydeman - et aussi Alela Diane, qui a rencontré un certain succès récemment avec To Be Still (2009).
 
On a Good Day
 
Le plus court titre du répertoire de Newsom. Il fait 1 minute et 48 secondes et on le trouve sur Have One On Me (2010). Il aurait été repris par le chanteur des Fleet Foxes récemment.
 
Only Skin



Le plus long titre du répertoire de Newsom. Il fait 16 minutes et 53 secondes et on le trouve sur Ys (2006).

Ryan Francesconi

Après le travail de Parks sur Ys, Ryan Francesconi participe à la nouvelle direction que prennent les arrangements des pièces de Newsom. Avec le Ys String Band, puis sur Have One On Me, il préfère la parcimonie et l’intérêt d’un éventail hétéroclite pour développer l’identité des titres sans les épaissir.

Samberg, Andy

Un membre du casting de Saturday Night Live, avec qui Newsom partage maintenant sa vie.

Styles

A la harpe, Newsom a appris de nombreux styles différents qui donnent à son jeu une grande versatilité et à ses chansons une palette de structures intéressante. Elle connaît les styles Appalachien, Médiéval, Celtique, Sénégalais, Vénézuélien, Africain et Américain classique.

Timbre

Enfantin, strident, guttural. Plus modulé, il est comparé aujourd’hui à celui de Joni Mitchell.

Walnut Whales

Les premiers enregistrements de Newsom, qui n’ont pas été officiellement publiés. Il ont suscité ses premiers encouragements.

Yarn and Glue

Yarn and Glue est un EP paru avant le premier disque de Newsom, The Milk Eyed Mender. On y retrouve des titres qui réapparaîtront sur l’album. Cette fois, plus question de se tromper ; Newsom est une artiste unique et mémorable, même si elle ne fait pas encore l’unanimité. A découvrir, comme le reste de sa discographie officielle.

Ys

Son deuxième disque, paru en 2006 ; cinq morceaux épiques, habités d’une ferveur rare. Joanna Newsom confirme son originalité, tout en montrant des qualités de songwriting exceptionnelles. Elle expliquera qu’elle éprouvait le besoin d’écrire de longues chansons, que cela correspondait à ce qu’elle souhaitait exprimer. En effet, elle ne cesse quasiment jamais de chanter sur ce disque fleuve de presque une heure. De multiples rebondissements et frissons attendent ceux qui s’aventurent dans cet album hors normes et tout aussi personnel que The Milk Eyed Mender. Le dessin de pochette est d’un certain Benjamin A. Vierling. La luxuriance des instrumentations nécessite le travail d’un orchestre dirigé par Van Dyke Parks, qui joue aussi de l’accordéon. Bill Callahan, se fait remercier pour avoir chanté les chœurs sur Only Skin. La harpe et le chant sont enregistrés par Steve Albini ; le disque est mixé par Jim o’Rourke.

Parks, Van Dyke

«Je n’ai aucun contrôle sur la musique que je fais», remarque Van Dyke Parks dans une interview pour Warner Bros en 1995. «J’écris ce qui advient ». L’approche non conventionnelle et éclectique de Parks tant que compositeur a fait de lui une sorte de curiosité dans le monde de la musique populaire. En dépit de son statut de légende parmi les initiés, il n’a jamais obtenu de succès commercial sur son terrain. Au contraire, certains des artistes avec lesquels il a collaboré sont parmi les plus estimés du rock, notamment le leader des Beach Boys, Brian Wilson. Il s’est imposé comme un compositeur doué de musique de films, arrangeur, multi-instrumentiste et auteur pour enfants. Sa discographie s’étoffe d’un ou deux disques par décennie depuis la fin des années 1960 ; les deux premiers, Song Cycle (1970) et Discover America (1972), sont des classiques dans un domaine d’excentricité ; contemplatifs, ils sont pleins de textes insaisissables qui abordent une quantité presque infinie de thèmes. C’est une musique qui suscite une envie d’exploration. Etant donné que ces qualités peuvent qualifier aussi le travail de Joanna Newsom, ce n’est pas surprenant que Parks et elle se soient si bien accordés au moment d’arranger Ys.













lundi 12 avril 2010

Goldfrapp - Supernature


Black Cherry (2003) s’inspirait d’une ambiance, le cabaret. Supernature assume plutôt une appartenance musicale, dans le filiation glam rock de Marc Bolan et T-Rex. La chanteuse est sur ce disque au centre de l’attention, et sa personnalité « entre Kylie Minogue et PJ Harvey, Annie Lenox et Siouxsie Sioux, Rachel Stevens et Beth Gibbons » compte plus que jamais pour que le disque fonctionne.

Ce qui peut paraître étrange, mais qui est l’un des caractères les plus forts du duo, c’est le manque de sincérité qui empreint le disque, au bon sens du terme (!). La voix d'Alison et la musique fusionnent à merveille, mais leur rôle est un peu flou. Les sentiments de l’auditeur sont manipulés, son attention est mise à l’épreuve, car la musique semble avoir plusieurs épaisseurs ; il y a l’évidence mélodique à laquelle répond l’attitude un peu fausse d’Alison qui joue la diva pop – mais, on le soupçonne, il y a aussi la même rêverie, envie d’éviter la confrontation avec la réalité, sentiment de fuite qu’au début de Goldfrapp. C’est la personnalité de la chanteuse, qui, si elle peut jouer à loisir de son corps et de son apparence pour ressembler à ses idoles, ne peut pas changer son fonds, farouche. Alison est une ensorceleuse vulnérable, et toute la chirurgie plastique et émotionelle perpétuée par les clavuiers omniprésents (Oh La La, Number One… ) n’y fera rien ; il y a toujours un léger décalage entre le fond et la forme, la représentation et le cœur qui bat dans des titres comme You Never Know, Satin Chic ou même Lovely 2 C U. C’est pour cela qu’entendre ce disque alors qu’on est en train de faire ses courses, ou à la patinoire, laisse toujours un sourire dibutatif, dans un second temps.

Que penser sinon de Let It Take You ou Time Out From the World ? Goldfrapp a à l’évidence plusieurs définitions de son art, il lui sert de plusieurs façons, selon les envies, les manques, les aspirations, les ambitions des deux musiciens. Le résultat le plus concret pour eux, mais pas nécessairement le meilleur, c’est que Supernature a rencontré un grand succès et s’est très bien vendu, ce qui les a amenés à faire beaucoup de promotion. Il était difficle, même pour deux tempéraments discrets, d’échapper à l’engouement autour de morceaux comme Oh La La, Lovely 2 C U ou Fly Me Away. Le duo a joué le jeu à fond, fait des clips, développé le plus possible les occasions d’une extravagance visuelle ; il a gagné au passage en mystère, revendiquant presque ou double personnalité ; extravertie et provocante sur scène, repliée envers les journalistes. L’humour est codé est le moyen privilégié d’Alison pour citer ses influences, à Bolan sur Ride a White Horse par exemple. We Are Glitter, le disque de remixes qui est tiré de Supernature, propose de continuer l’aventure et comporte notamment deux remixes des Islandais de Mum.

 
  • Parution : Aout 2005
  • Label : Mute
  • Producteur : Goldfrapp
  • Genre : synth pop, glam rock, électro
  • A écouter : You Never Know, Fly Me Away, Lovely  2 C U
 
 
  • Appréciation : Méritant
  • Note : 6.75/10
  • Qualités : audacieux, ludique, naïf

samedi 10 avril 2010

Masters of Reality - Pine/Cross Dover



On n’a même pas conscience que notre réalité est faite des seuls éléments que l’on accepte d’y faire figurer ; le reste, les fantômes, demeure dans l’obscurité. Si l’on décide à un moment donner, de s’ouvrir à des expériences visuelles et sonores plus intenses, si l’on s’amuse à allier des éléments apparemment sans rapport les uns avec les autres, ont bouscule soudain de perception du monde extérieur, notre réalité… Chris Goss l’a compris. Dans sa musique avec les Masters of Reality, il fait cohabiter nécessité de maintenir le monde extérieur (ses auditeurs) en état d’éveil et de découverte, et ses propres superstitions. « J’ai la ferme conviction qu’il existe des mondes parallèles », déclare t-il dans une interview accordée à Noise Magazine. Avant de reconnaître « J’ai toujours eu une perception plus élevée que la moyenne. » Le mysticisme qui imprègne sa vision de la musique faisant foi, il en va de même de son talent de producteurs ces vingt dernières années, tout au long de la vie de son propre groupe, en fait (formé en 1988). Kyuss, Slo Burn, Queens of the Stone Age, Soulwax, Mark Lanegan, Unkle… ils lui doivent quelques disques.

Mais le plus impressionnant est qu’il soit parmi les précurseurs du rock stoner, genre popularisé aujourd’hui par Queens of the Stone Age, qui trouve ses forces dans le fantasme d’abus de drogues, et des réminiscences de hard-rock texan. Tandis que Josh Homme, dont Goss a co-produit tous les disques, incarne de moins en moins la folie du mouvement, Goss reste, avec Pine/Cross Dover, un pionnier de la musique à plusieurs dimensions.

Fan avoué de Yes ou de Jethro Tull, il est clair que Goss trouve son plaisir à toucher autant l’esprit que le corps de ses auditeurs. « J’ai l’impression d’avoir mis le doigt sur quelque chose avec ce disque, il est plein de promesses, et il me donne l’impression que nous sommes à deux doigts de trouver ce que je recherche, ce qu’on cherche tous ». Masters of Reality ressemble, davantage qu’à un groupe, à une réflexion faite musique, de partager, par bribes trompeuses, hallucinées, pleines de messages vraiment perçus ou seulement fantasmés par Goss. « Quelque part je pense que c’est mon rôle de préparer les âmes pour le nouveau monde qui advient », explique t-il. De fait, les morceaux tiennent sur trois pattes, toujours pour ne ne pas reproduire ce qui se fait ailleurs. Le climat est éthéré, hanté, obsédant – son travail avec Lanegan ou Jeordie White sur le projet Goon Moon l’on probablement conforté. Worm in The Silk est sans doute le titre le plus immédiatement remarquable de ce disque psychédélique, il confine peu à peu à l’envoûtement, déstabilise. Quels riffs acides (King Richard TLH, Always, VP in It) et étouffés évoquent Queens of the Stone Age, et c’est toujours pour nous amener vers des plages excitantes et inimaginables.

Pour accentuer le sentiment d’un expérience mentale autant que physique, Goss décide que le disque va se diviser en deux parties, l’une « catholique » et l’autre « bouddhiste » qui se terminent toutes deux sur un morceau instrumental censé symboliser un rêve. « Pine est triste que nous ayons tout gâché. Cross Dover est prêt à redémarrer et accepte l’échec. » En fait, si Johnny’s Dream joue presque littéralement ce rôle, Alfalfa est une improvisation à quatre qui exprime davantage le plaisir de jouer qu’autre chose.

Dreamtime Stomp ou Testify to Love rappellent le Brian Eno de Here Comes the Warms Jets, et apportent une couleur pop appréciable dans ce monde aux frontières délibérément floues et insaisissables… La construction plus complexe de ces titres en fait les plus intéressants à la longue. De manière générale, la curiosité évidente de Goss pour ses contemporains nourrit son propre message. Il peut évoquer pêle-mêle Joanna Newsom, The Gutter Twins, Led Zeppelin… Et expliquer avec un recul certain (qualité de producteur oblige) pourquoi ce sont des artistes intéressants. Avec ce genre de regard, il va tenter de trouver sur Pine/Cross Dover un équilibre entre la forme et le fond, conscient des pièges qui menaçent même les plus talentueux musiciens ; la répétition, l’abandon du fond pour la forme ou l’inverse… Tout en restant complètement barré.



  • Parution : 2009

  • Label : Browhouse

  • Producteur : Chris Goss

  • Genre : stoner, psych rock

  • A écouter : Worm in the Silk, Always, Dreamtime Stomp, King Richard TLH, Testify to Love




  • Appréciation : Méritant

  • Note : 7.25/10

  • Qualités : lucide, audacieux
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...