“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) extravagant (20) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 28 juin 2011

My Morning Jacket - Circuital (2011)


Parution : mai 2011
Label : RED Distribution

Genre : Rock alternatif, Psychédélisme, pop 

A écouter : Circuital, Wonderful (The way i feel), Holdin’ on to Black Metal


7.25/10

Qualités : Psychédélique, soigné




Le premier album de My Morning Jacket, The Tennessee Fire (1999), avec ses images de leur état natal le Kentucky, ses silos à grains ; sa réverb, ses mélodies brillantes, la voix haute et fluide du chanteur Jim James, représentait tout ce que les Fleet Foxes leur ont arraché avec leur propre début en 2008. Alors qu’en 2008, le groupe a fait un virage plus rock et funk plutôt trop maniéré avec Evil Urges, il retournent à plus de naturel dans le rock n’ roll éthéré et la pop psychédélique de Circuital. Ce nouveau s’émancipe du reste de la discographie du groupe ; vibrant et libre (ils se réclament de Neil Young aussi bien que de Prince !), il combine des éléments familiers au son du quintet tout en s’épanouissant pleinement dans le présent.

Il profite de la participation du producteur Tucker Martine (Decemberists, Sufjan Stevens, Laura Veirs) qui, s’il a été embauché pour capturer la sensation du live, a habituellement de bonnes idées pour faire sonner le rock américain aujourd’hui avec les acquis d’hier ; ici, dramatique mais léger, aérien mais basé sur un groove irrésistible, et jamais inutilement complexe. Circuital, distingue My Morning Jacket des groupes du passé comme de leurs contemporains. Victory Dance, en ouverture, avec appel de cordes mystique et ambiance un peu sinistre, est surtout basée sur une mélodie de piano électrique dépouillée. De discrètes nappes spatiales apportent à la chanson une atmosphère originale. Le morceau-titre à venir ensuite s’épanouira dans les boucles, les virements, les rebondissements, ouvert et fermé par une mélodie entraînante qui semble réminiscence d’un ailleurs sur lequel il est difficile de mettre le doigt. Les guitares sur ce morceau sont superbes. Cette chanson ne sera pas trop longue de sept minutes pour presque parvenir à contenir toute l’essence du groupe.

Les autres chansons montrent My Morning Jacket capables d’écrire avec tout les sentiments qu’ils échouaient à faire éclore sur leur précédent disque, et écrivant deux de leur meilleures ballades dans le processus ; Wondeful (The Way i Feel), qui rappelle ce qu’ont pu faire Fleet Foxes sur Helplessness Blues (2011), et Movin Away qui ressuscite un peu John Lennon (l’américain politiquement indésirable, pas le Liverpudlien) sous forme de valse déchirante. Le groupe s’amuse aussi, dans des titres aussi personnels que réussis ; Hold on to Black Metal – qui combine cuivres, chœurs féminins puis enfantins, guitare funk avec les atours toujours hantés du groupe - ou You Wanna Freak Out. Les chansons contiennent toutes des secrets du succès du disque ; proposant à chaque fois une articulation qui nous amène à la suivante, se concevant dans un mélange sentimental où la nostalgie existe toujours sans dominer. Circuital est construit à la manière d’un voyage initiatique pour quarantenaires, mais il est heureusement tout aussi appréciable à vingt ou à trente. Outta my System raconte un peu cela, tout en mettant au passé prise de drogues et vols de voitures : « Si tu ne vis pas dans le présent et que tu n’essaies même pas/Tu es en chemin pour la crise de la quarantaine ». Il est pourtant davantage question ici de crise musicale que personnelle : My Morning Jacket ne sont plus le futur groupe culte du temps de At Dawn (2001) ou It Still Moves (2003), ni non plus encore des prédateurs mainstream – ils se battent, avec une audace bienvenue, pour une place dans le paysage musical américain.

dimanche 26 juin 2011

Bob Marley - Dernière croisade (1ère partie)


Décembre 1976, deux hommes armés font irruption en voiture dans la propriété de Bob Marley au 59, Hope Road à Kingston, et le blessent, ainsi que sa femme Rita et son manager, Don Taylor. Ce, juste avant un concert que Marley avait organisé et baptisé de façon optimiste Smile Jamaïca. Ces menaces apparemment politiques – son concert avait été récupéré avec des intentions de communication politique par un parti influent de l’île, le PNP - n’empêchèrent pas la star de monter sur scène, malgré les bandages et la douleur. Directement après le spectacle, cependant, il partit accompagné de son groupe de musiciens, les Wailers, passer noël aux Bahamas avant de gagner Londres.
Marley avait été profondément déçu de voir la Jamaïque se retourner contre lui – les raisons de l’attentat ne seraient jamais vraiment élucidées -, et les politiques tenter de détourner sa parole voulue universelle pour leurs intérêts. Cependant, s’il passera les mois suivants à enregistrer des albums moins engagés – et qui resteront ses plus célèbres - Exodus (1977 - meilleur album du XX ème siècle selon Time Magazine) et Kaya (1978), il ne cessera pour autant d’être concerné, préparant bientôt en « citoyen de l’univers » les derniers manifestes de sa vie. Une fin de carrière jalonnée par de nombreux actes de courage. Selon ses proches, Marley n’avait jamais eu peur pour sa vie ; la détermination spirituelle supplanta les menaces faites à son corps par l’intrigue et la maladie.

Esprit d’équipe

Leur vie au Royaume Uni dès 1977 représenta un gros avantage pour Bob Marley et les Wailers ; ils restaient ne se dispersaient plus et leur cohésion atteignit son paroxysme. Etant donné sa célébrité et sa fortune, Marley n’aurait pu continuer d’enregistrer dans de bonnes conditions alors même qu’à Kingston, de plus en plus de personnes inconnues de lui s’arrogeraient le droit de venir le trouver pour lui parler de leurs problèmes et lui demander de l’argent, comme cela était de coutume à la Jamaïque - où un tel personnage était vu comme un chef de gang autant que comme un distributeur de billets. De nature très généreuse, Marley continua de donner largement à ceux qui ne lui demandaient un fois à Londres.

Marley montra au cœur de l’enregistrement d’Exodus une foi indéfectible en son groupe, persuadés qu’ils étaient ensemble – lui, les I Threes (trio de choristes féminines comprenant sa femme Rita), Ashton « Family Man » Barrett à la basse, Carlton « Carlie » Barrett à la batterie, Junior Marvin à la guitare (l’un des Wailers emblématiques, Al Anderson, ayant momentanément quitté le groupe), etc. – plus forts que la somme de leur composantes. Cet esprit d’équipe lui permettra d’enregistrer jusqu’à la fin de sa carrière les disques d’un groupe plein et entier. En outre, pour ajouter à l’amélioration des conditions de création de Marley, l’influence de l’industrie du disque était beaucoup moins néfaste à Londres qu’à Kingston, où une chose comme les droits d’auteur n’existait tout simplement pas et où les musiciens se volaient sans scrupules les succès et le répertoire. Au milieu d’une scène reggae anglaise en plein essor, Marley et les Wailers s’en inspirèrent, en proposant un son plus mélodieux et serein que jamais. Kaya fut d’ailleurs relativement mal accueilli : les critiques se mirent à regretter l’époque engagée de Catch a Fire (1973).

Au milieu des années 1970, le football n’était pas un sport à la mode en Angleterre ; il demeurait largement celui de la classe ouvrière. C’était, pour Marley, une activité quasi-transcendantale qui venait juste après la musique, pratiquée partout où il le pouvait. « Marley ne pensait qu’au foot, racontera Al Anderson. C’était son jeu d’échecs à lui. » Un match fut même organisé à Battersea Park pour opposer l’équipe des Wailers à celle d’Island Records. « Ils étaient si bons qu’on avait l’impression d’affronter le Brésil, se souvient Trevier Wyatt, membre de l’équipe d’Island. Bob avait tous les talents. Une fois qu’il tenait le ballon, il n’y avait plus moyen de le lui reprendre ». John Knowles, alors commercial chez Island puis manager de Chris Réa, a un souvenir particulier : « Appuyé contre le poteau de but après avoir marqué, il fumait un joint ». La ganja était, sans surprise, consommée généreusement au sein du groupe.
L’amour de Marley pour le football allait bientôt avoir des conséquences fatales. Quelques temps auparavant, lors d’une partie à TrenchTown, il s’était blessé au gros orteil. Sa blessure s’était aggravée lors d’une partie ultérieure, et sans traitement – Marley était alors en conbcert dans le monde entier pour défendre Exodus – il fut diagnostiqué à son retour avec un cancer de la peau. Une tournée américaine fut annulée. Sans le savoir, Marley n’avait pas beaucoup plus de deux années avant que son cancer ne se généralise et qu’il trouve la mort.

Le plus beau chant

Huit mois après le diagnostic et alors qu’Exodus et Kaya avaient atteint le zénith de leur succès, en mars 1978, Marley rentra en Jamaïque. Il fut accueilli par des hordes de fans à l’aéroport. Le pays notoirement instable venait y trouver, davantage qu’une star mondiale – Marley était devenu le plus célèbre Jamaïcain de tous les temps – l’homme qui, espéraient t-ils, les sauverait. Il était peu à peu devenu l’ambassadeur d’une culture reggae valorisant la liberté d’entreprendre et véhiculant un espoir capable de faire oublier à la population la misère et le chômage qui étaient leur quotidien. The Harder They Come, le film tourné en 1972 avec Jimmy Cliff dans le rôle principal, donnait le sens social d’un système simple et implacable qui permettait dans les années 70 de continuer à vivre à Kingston : entreprendre une carrière dans la musique…ou comme trafiquant de drogue.
La guerre entre les deux partis politiques de l’île avait mené à une recrudescence de violence qui n’avait pas d’autre issue qu’un traité de paix. Toujours optimiste, Marley accepta à son retour l’idée d’une « concert de la paix » qui viendrait sceller cet acte et redonner foi aux habitants de l’île, sur laquelle étaient à présent braqués les yeux d’une bonne partie du monde. Il profita de son retour pour créer le label Tuff Gong et des studios dans sa maison de Hope Road.

Un confident de Marley, Neville Garrick, était alors au courant du prochain mouvement de l’artiste. « Il savait que lorsque il les aurait ferrés il pourrait leur donner Survival, qui a été le plus politique, pour manque d’un meilleur mot, et militant de ses albums. C’était le moment de délivrer un message ». L’idée de Marley était de réaliser, non pas un album, mais une trilogie engagée qui reprendrait tous les grands thèmes de sa carrière ; se donner les moyens d’être soi-même, garder foi en l’unité de tous les peuples de la terre, en dépit des différences et des conflits, célébrer la forte présence du dieu Jah et comprendre le mode de vie Rastafari (encore aujourd’hui largement obscur pour les occidentaux), rappeler l’existence d’une terre promise, en Afrique – Marley était inspiré en cela par le Noir Américain Marcus Garvey -, valoriser l’humanisme comme valeur transcendant la politique. Et surtout, raconter les évènements qui se déroulaient au moment même où il enregistrait sa musique. Il mit d’abord en boîte un single en compagnie du célèbre producteur Lee scratch Perry, Blackman Redemption/Rastaman Live Up !, avant d’envisager la sortie de l’album qui devait s’appeler Black Survival. Sous l’influence de Garrick, il en fut autrement; il craignait trop que les gens pensent qu’il s’agissait d’un album destiné au public Noir (?) et ils décidèrent de remplacer le mot « black » par un message visuel plus fort encore ; figurer sur la jaquette du disque les drapeaux de pays indépendants d’Afrique.

Contrairement à ses autres albums, Survival (dont le titre et l’un des morceaux, Ambush in the Night, peuvent être vus comme une allusion à la tentative d’assassinat dont Marley a été l’objet) n’avait pas d’accroche romantique, et la force militante de Marley s’y exprimait en plein tandis que l’économie Jamaïcaine était plus mauvaise que jamais. A ceux qui quittaient le pays pour échapper à leur condition, Marley répondit sur So Much Trouble in the World: « Vous pensez avoir trouvé la solution/mais ce n’est qu’une nouvelle illusion. » En même temps qu’il quittait l’île, le peuple Jamaïcain désertait sa culture et son identité – ces deux valeurs au centre de Survival. Chanson après chanson – Babylon System (« Nous refusons d’être ce que vous voulez que nous soyons ») Top Rankin (« Tout ce qu’ils veulent c’est que l’on continue à s’entre-tuer »), l’album prenait la forme d’une leçon d’histoire et prêchait l’unité et la force contre l’oppression. Même si le débat était spirituel plutôt que physique, Marley aurait fait à cette époque le leader d’une puissante guérilla. « Je ne suis pas un homme de guerre, mais si je dois prendre les armes, je les prendrai car je dois me défendre. »

Survival était le meilleur moyen de défense pour l’artiste qui s’était senti trahi jusque dans ses pensées – l’optimisme et la paix étant depuis toujours les valeurs dont la protection demandait le plus de témérité. L’album parut en octobre – son pan-Africanisme fut remarqué (la chanson Zimbabwe devint l’hymne des forces armées du pays Africain, et 1980 vit Marley donner un concert à l’occasion de la stabilisation de la situation dans le pays), il symbolisait l’importance qu’avait prises les questions politiques dans la vie de l’artiste, dont les lectures étaient allées de la Bible et de Marcus Garvey à Malcom X et Angela Davis.
Chris Bohn, de Melody Maker, décrivit l’album « emprunt d’une passion renforcée par une analyse raisonnée et le plus beau chant que j’ai entendu depuis longtemps ».
Survival fut ainsi accueilli comme un retour au combat. Comme le notera Lloyd Bradley dans un texte contant l’histoire de l’enregistrement d’Exodus, Marley « avait réussi avec pour seule arme la volonté inébranlable de se rendre utile, le sentiment de ce qui peut être accompli si on aborde les vrais problèmes avec logique et compassion, sans se soucier des manifestes politiques. » A l’heure de la célébrité, son art n’était en rien transfiguré, contrairement à ce qui avait été craint à la sortie de Kaya.

L’année 1979 vit la renommée de Marley à son apogée en Jamaïque. Il profita du festival Reggae Sunsplash pour remuer le couteau dans la plaie ; interpréter Ambush in the Night était clairement le moyen de dénoncer des agressions dont il avait été victime de la part des mêmes personnes qui le considéraient comme un héros. « All guns aiming at me… They opened fire on me… » A ce moment, les armes affluaient plus que jamais vers Kingston, les combats de rue redoublaient d’intensité et le gouvernement avait quasiment abandonné tout espoir d’instaurer la paix individuelle que prônait Bob Marley. 

Survival
 
Parution Octobre 1978
Label : Island Records
Genre : reggae
A écouter : Top Rankin, Zimbabwe, Babylon System, One Drop
 
8/10
Qualités : Communicatif, engagé, lucide


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samedi 25 juin 2011

Randy Newman - Collection de chansons des 4 premiers albums


Quand Randy Newman commença à écrire pour ses propres albums, après une décennie passée à faire le succès des autres, il n’avait pas fini de donner de sa personne, au contraire. Les quatre premiers albums de sa discographie, Randy Newman (1968), 12 Songs (1970), Sail Away (1972) et Good Old Boys (1974), sont une source d’inspiration intarrissable. D’abord pour la musique, pleine d’arrangements évocateurs et impressionnants lorsqu’il convoquait un large ensemble, et brillante également quand il n’y avait guère plus que le piano de Newman et la guitare de Ry Cooder. Autant donc parce qu’il s’agissait de blues blanc capable d’évoquer les comédies musicales New Yorkaises que pour les textes, astucieux et audacieux. Dès 12 Songs, l’humour qu’ils contenaient devint plus mordant – et la musique un impossible et jouissif Fats Domino cynique -, pour encore embellir de férocité ensuite à tel point qu’une chanson aussi frappante que Rednecks créa des réactions disproportionnées. Sa façon est comme donner aux conventions sociales les formes d’origamis, dénoter le rôle de chacun dans un monde globalisé, entre cruauté pour les caractères et les vices et bienveillance. Il utilise les clichés pour faire la satire des conventions sociales. Mais même dans ses plus grandes insolences, l’humanité et la tendresse l’emportent toujours. Randy Newman a un talent pour raconter le sentiment d’ambivalence que l’on peut avoir vis-à-vis de son propre pays ; et c’est particulièrement visible sur ces premiers albums, abondamment commentés et aimés. Ici, le pays c’est les Etats-Unis, et souvent le sud du pays pour lequel Newman nourrit une fascination. Sail Away marqua l’apogée aventureuse de l’auteur de chansons, trouvant un juste milieu entre pop orchestrée et une approchée plus dépouillée et orientée vers les rock, tout en apportant de nouvelles forces à ses deux aspects de sa musicalité, et atteignant le mieux de sa subtilité lyrique. Certaines chansons de ces albums devinrent rapidement des classiques, reprises par quantité d’interprètes talentueux qui les essaimèrent de part le monde.

Cowboy (Randy Newman, 1968)

Cowboy évoque la grandeur de l’ouest américain. Se glissant dans la peau du personnage – astuce qui va produire plus tard des résultats implacables - Newman évoque « les immeubles gris/là où la colline devrait être », décrivant la nostalgie de voir une ville se construire là où les fermiers se déplaçaient autrefois librement. Le refrain apporte une belle orchestration réminiscente de la tradition des bande son de westerns. L’usage du pastiche est en général utilisé par Newman à des fins satiriques, mais c’est ici pour donner le portrait d’une icône Américaine, un esprit libre et solitaire.

I Think It's Gonna Rain Today (Randy Newman, 1968)

L’une des chansons les plus appréciées dans son répertoire. Constituée de trois parties qui appartiennent apparemment à trois chansons différentes, reliées dans une mini-suite qui raconte l’aliénation et la solitude – ce dernier sentiment étant le marqueur d’une identité, d’une différence qui reflète bien souvent la situation de Newman lui-même ; dans une sphère à lui seul. Musicalement, c’est le mélange de l’accompagnement sonore d’un petit spectacle populaire et de l’esprit de la musique classique.

Mama Told you not to Come (12 Songs, 1970)

Enregistrée par Three Dog Night en 1970, elle devint un hit. Newman utilise un groove moins rock que celui de la version à succès, plus lent et sinistre, qui correspond parfaitement au contenu de la chanson ; de rudes méditations quant aux scènes de la vie musicale à Los Angeles dans les années 60. En peu de mots, cette chanson en dit beaucoup sur la face cachée du rock & roll de cette période.

Suzanne (12 Songs, 1970)

A ne pas confondre avec la chanson de Léonard Cohen. Les premières lignes devraient vous en dissuader : « J’ai vu ton nom, bébé/dans l’annuaire/et ça disait tout sur toi/J’aimerais tant que ce soit vrai/J’ai pris ton numéro/et noté ton adresse, Sue/Et j’ai espéré que peut-être/tu allais m’aimer aussi… » Une ballade à fendre l’âme, dans un écrin de blues authentique, qui, sous couvert d’émotion, décrit un personnage désorienté et obsédé par la jeune femme qu’il convoite. Les choses prennent progressivement une tournure inquiétante : « N’essaie pas de me fuir, mon cœur/ou que tu ailles je te trouverai/et quand tu vas au cinéma/et je sais que tu y vas/ne prend personne avec toi/car je serai là-bas aussi. » Entre dérapage social et ambiance de film noir, une chanson particulièrement riche en allusions, qui pointe une qualité de l’écriture de Newman ; deux vers pris seuls peuvent déjà raconter une histoire machiavélique et multiplier les interprétations.

Sail Away (Sail Away, 1972)

Mélodiquement forte, c’est un chanson qui ne dépareille pas aux côtés de celles de Van Dyke Parks ou Brian Wilson, l’une de celles qui convoient le plus de ce sentiment d’exploration propre à Newman. Influencé par Stuart Copeland aussi bien que par Mahler, Newman fait aussi culminer ici la subtilité de son humour et prenant cette fois-ci le rôle d’un recruteur d’esclaves. Il aime comparer cette chanson à une sorte de spot publicitaire ; le recruteur, pétri de condescendance, encourageant son public à monter à bord de son bateau pour rejoindre l’Amérique. « En Amérique vous aurez de la nourriture/vous n’aurez pas à courir à travers la jungle/en vous écorchant les pieds/Vous chanterez à propos de Jesus et boirez du vin toute la journée/C’est super d’être un Américain ». L’idée de liberté est détournée sournoisement « En Amérique tout le monde est libre..., commençe t-il, avant de conclure rapidement : « de prendre soin de sa maison et de sa famille » - ce qui élimine bien des façons d’être libre.

Lonely at the Top (Sail Away, 1972)

Une autre étoile de son répertoire. La description de l’angoisse de la célébrité, destinée à être interprétée par Franck Sinatra, est encore plus subtile quand on sait que Newman n’a jamais eu, et particulièrement à cette période, qu’un succès limité, et ne peut pas prétendre être le genre de star lasse et oppressée par sa propre décadence qu’il s’amuse à dépeindre. Il a surtout l’immense mérite de prouver savoureusement combien le succès est une chose vide de sens.

Last Night I had a Dream (Sail Away, 1972)

Newman déteste cette chanson ; ses fans l’adorent. L’une des plus funky de son répertoire, elle fonctionne très bien, avec son rythme syncopé. Le refrain culmine sur « Honey, can you tell me what your name is?" Les paroles sont tout ce que la chanson populaire fuit le plus souvent à tout prix : la peur, le doute, la paranoïa. Le subconscient y est placé au premier plan, où fantômes et vampires s’invitent à un rendez-vous galant – mais où la galante reste la créature la plus effrayante et imprévisible du mauvais rêve dont il est question.

Political Science (Sail Away, 1972)

La politique à la Randy Newman, l’une de ses chansons qui fait le plus de dommages collatéraux ; toute la classe dirigeante est attaquée, les instigateurs de guerre, les agitateurs inutiles. Le narrateur est de cette espèce, qui nous est à priori très étrangère mais à laquelle Newman parvient à donner une familiarité grâce à la satire. Dans la chanson, il se demande « pourquoi nos vieux amis nous délaissent » dans la mesure où « nous leur donnons de l’argent ». La suite est une montée en puissance délirante. « Lâchons la bombe atomique et voyons ce qui se passe » ; « l’Asie est trop peuplée et l’Europe trop vieille/l’Afrique est bien trop chaude/et le Canada trop froid/l’Amérique du Sud nous a volé notre nom […] Nous sauverons l’Australie/pour ne pas blesser de Kangourous/nous construirons un parc d’attractions ici/ils ont le surf aussi ». Avant de conclure avec sagesse : « Oh, que la terre serait paisible/on libèrerait tout le monde ». Musicalement, c’est encore un très bon morceau mélodique avec des échos de Broadway. Linda Ronstadt en a fait une belle version, et la chanson apparaît dans le générqiue de fin du film Blast from the Past.

You Can Leave Your Hat On (Sail Away, 1972)

Ecrire des chansons d’amour est à la portée de tout le monde, mais écrire des chansons dans un aussi bel écrin de luxure est trop rare pour ne pas être remarqué. Surtout quand une telle chanson est amenée par un riff de piano blues-rock aussi célèbre, comme taillé pour être réinterprété à l’envi par la sphère rock – ce qui fut d’ailleurs souvent le cas (notamment par Joe Cocker). Newman y donne les instructions preliminaires à sa partenaire, lui conseillant finalement de “garder son chapeau”. Comme il y est question de déshabillage, c’était la chanson taillée sur mesure pour le film The Full Monty.

Rednecks (Good Old Boys, 1974)

La chanson la plus célèbre sur Good Old Boys, album-concept sur les Etats Unis du sud et ses personnages hauts en couleurs, qui vit Newman culminer dans la provocation sans cesser de faire preuve de compassion tout à la fois. Il est ici un Redneck, avec tous les clichés qui courent sur ces américains, Texans en tête - et la musique entêtante, en apparence simpliste, reflète l’étroitesse d’esprit de son personnage. «On parle de choses vraiment drôles ici bas/On boit trop et on parle trop fort/On est trop idiots pour le faire dans les villesq du nord/Et on garde les negros sous contrôle” Newman s’attarde sur la fraction entre nord et sud, sur le mépris suscité par l’idéal des uns dans l’esprit frustre et fier des autres. Steve Earle en fit une reprise country-grunge sur l’album en hommage à Newman, Sail Away : The Songs of Randy Newman.

Birmingham (Good Old Boys, 1974)

Une ballade touchante. Good Old Boys montre un Randy Newman capable d’exprimer la plus grande empathie et de susciter un désir de changement. C’est l’histoire d’un homme simple, un travailleur qui raconte avec chaleur touit l’attachement qu’il a pour sa famille. La chanson est si convaincante que l’on a tendance à oublier le sarcasme triomphant d’une partie de l’album. Birmingham, comme Guilty, sont des chansons facilement sous estimées mais qui montrent à quel point Newman est capable de rendre à des personnages de fiction tout le charme et la consistance qui fait les véritables personnes. Avec Good Old Boys et ces chansons, auxquelles il oppose Rednecks, Newman caresse mieux que jamais la félicité et signe un chef-d’œuvre d’ambivalence.

Marie (Good Old Boys, 1974)

L’une des chansons d’amour les plus simples et belles que Newman ait écrites. L’économie de mots et la tendresse musicale en font un petit bijou. Une chanson intemporelle, dont le sort a voulu qu’elle se retrouve qur un disque surtout connu pour Rednecks, mais qui pourtant témoigne avant tout de la sensibilité de Newman.

Louisiana 1927 (Good Old Boys, 1974)

Une autre chanson incroyablement poignante, qui confirme la tendresse a définitivement réussi à gagner l’album. Les arrangements de cordes sont à leur paroxysme de finesse et d’intelligence. La chanson raconte l’inondation des paroisses de St Bernard et Plaquemire en Louisiane. Le résultat édifiant nous donne l’impression qu’il s’agit de la réinterprétation d’un blues écrit en 1928, alors qu’elle est originale. Le narrateur a peine à décrire l’étendue des dégâts, et constate impuissant la perte arbitraire de vies humaines. « Certaines personnes se sont perdues dans l’inondation/Certaines s’en sont tirés saines et sauves ». La chanson a la force d’une lamentation collective et chargée de colère face à la désinvolture des autorités. « Louisiane/Il essaient de se débarrasser de nous. » Le président de l’époque, Coolidge, est décrit avec un « petit homme gras » à ses côtés, et blâmant le sort de cette « terre de pauvres blancs » par un simple « Si ce n’est pas une honte ! ». En 2005, après l’ouragan Katrina, la population néo-orléanaise eut l’impression que l’on empêchait les plus démunis de revenir chez eux ; les HLM demeurèrent ainsi fermés durant de longs mois alors qu’il étaient en parfait état. La chanson a redoublé de sens et d’influence et est l’une des meilleures de Randy Newman.

Kingfish (Good Old Boys, 1974)

Là où Louisiana 1927 est obsédante, Kingfish est entêtante et retourne à l’humeur sarcastique qui amène Newman là ou le bat blesse. Il décrit les inégalités sociales dans le microcosme intérieur de la Louisiane, entre entrepreneurs auto satisfaits et travailleurs précaires qui subissent en première ligne les caprices du destin. Les différences entre le narrateur et les gens qu’il prétend protéger des coups économiques et dont il se vante d’ assurer la sécurité ont moins de différences qu’il n’y paraît ; ils semblent issus du même milieu mais séparés par la fierté pour les uns et le malheur pour les autres. Une autre observation sociale pleine de finesse.

vendredi 24 juin 2011

Randy Newman


Au moment de ses premiers succès au début des années 70, Randy Newman était déjà une sorte d’anomalie, à plusieurs égards. Influencé par Bob Dylan, sa musique devait davantage au rythm & blues néo-orléanais (il est né à la Nouvelle Orléans en 1943) et à la pop traditionnelle qu’au folk, mais aussi, souvent, davantage aux comédies musicales de Broadway qu’au ritournelles de piano-bar. Du point de vue des ses textes – la meilleure finition de ses chansons, ce qui les rend intemporelles – il faisait preuve, et n’a pas cessé depuis, d’un humour mordant et subtil.

Persuadé que la musique n’a jamais changé l’esprit de personne, il est pourtant capable de raconter de façon frappante le racisme ordinaire (dans la chanson Yellow Man), l’esclavage (Sail Away), tous les revers de l’Amérique (Rednecks, Political Science), la pauvreté et le désespoir (Baltimore), la corruption (Kingfish) le narcissisme (My Life is Good), la misogynie (The Girls in my Life), l’obsession qui vire au harcèlement (Suzanne), la célébrité (Lonely at the Top), adoptant toujours le point de vue des petites mains les plus à même d’incarner ces travers, usant avec ressort d’un second degré que certain ont parfois incompris pour du premier. Newman est à part parce qu’il a choisi, plutôt que d’être sincère, de jouer ces gens du commun pétris de principes et d’idées reçues. Il a pointé de façon inégalée la manière dont l’éducation et les lieux communs pernicieux fondent l’identité d’une opinion et la pensée d’un pays tout entier.

Il écrivit Lonely at the Top pour Sinatra. « J’ai été autour du monde/J’ai ramassé toutes les filles/Vous pensez que je serais heureux/Mais je ne le suis pas/Tout le monde connaît mon nom/Mais c’est juste un jeu stupide/Oh, on est seul au sommet ». Newman avait eu à cette époque une révélation ; il allait être une sorte d’’outsider’ toute sa vie, même lorsqu’il la gagnerait très confortablement. « Je ne vais jamais gagner la faveur du public américain ! s’était t-il dit. Ils veulent des artistes qui croient en ce qu’ils disent. Je ne leur donne pas cela ; je suis intéressé par autre chose. »

Son expérience avec Sinatra n’est pas isolée ; Randy Newman démarre en réalité sa carrière dès 1961, à l’âge de dix-huit ans, mais son premier single, Golden Gridiron Boy, ne rencontrera pas son public. A côté des grandes voix de l’époque, celle de Newman est ludique et affectueuse, isolée au milieu de toutes ces voix soul spectaculaires. Le groupe The Fleetwood, en reprenant une de ses chansons, They Tell Me It's Summer, l’encourage à trouver une alternative à son propre insuccès et à écrire pour d’autres artistes. Il passe les années 60 à s’exercer dans cette voie, pour Gene Pitney (Nobody Needs Your Love), Jerry Butler, Jackie DeShannon ( She don’t understand him like I do…), The O'Jays, Cilla Black (I’ve Been Wrong Before) ou Irma Thomas. Plusieurs de ces chansons, écrite plutôt dans une veine romantique et dramatique, sont de grands succès. Pendant cette période, Newman va entamer une relation professionnelle avec son ami d’enfance Lenny Waronker, producteur archétypal américain qui a travaillé avec Nancy Sinatra, les Everly Brothers, Van Dyke Parks, Ry Cooder, Arlo Guthrie, ou encore avec Curtis Mayfield, R.E.M., Rufus Wainwright ou Elliott Smith.

Fort de son expérience d’auteur de chansons et gagnant un peu de publicité après que Harry Nilsson ait enregistré un disque (Nilsson Sings Newman) constitué exclusivement de ses chansons, Randy Newman enregistre plusieurs excellents albums en peu de temps et les défend ardemment en concert. Randy Newman (1968), 12 Songs (1970), Sail Away (1972) et Good Old Boys (1974) contiennent la moelle de ce qui fait son art. Les chansons ont des formes à la fois cinématiques et courtes, jouées au piano dans une façon inspirée du ragtime de Scott Joplin comme du son de Fats Domino, de Stephen Foster ou Aaron Copland mais surtout de Ray Charles, le pionnier aveugle de la musique soul qui démarra une carrière dès 1945.

« Je me sens comme une vieil idiot, parlant de choses à propos desquelles je ne connais presque rien », révélait t-il à la sortie de son dernier album, Harps and Angels en 2008. La compassion et l’empathie ont pourtant toujours été des moteurs de création pour Newman, une manière de s’exprimer depuis le cœur et de dresser des portraits poignants ; à ceux qui trouvent qu’il prend des chemin trop détournés, déguisant par exemple sa colère en boutades amères, on peut opposer sa sensibilité. Sa capacité à revenir régulièrement à des sentiments – plutôt qu’à des thèmes qui lui sont chers trahit une véritable philosophie de vie. Il s’inquiète d’avoir écrit trop de chansons qui évoquent le racisme latent, on peut lui rétorquer qu’il s’est tout autant intéressé aux histoires d’hommes déséquilibrés, transformés en prédateurs pour l’autre sexe – c’est Suzanne (12 Songs, 1970), You Can Leave Your Hat on (Sail Away, 1972), Shame (Bad Love, 1999) ou Only a Girl (Harps and Angels, 2008). « Il y a beaucoup de haine envers les femmes, ce qui est toujours surprenant. C’était des chansons féministes d’une certaine manière ; une autre injustice à propos de laquelle j’ai écrit. » Se retirant un peu de cette sphère publique, voie politique, qu’il avait en partie construite de son imaginaire – mais toujours en réponse à des problèmes réels - Newman se plongera progressivement dans l’exercice autobiographique, de Land of Dreams (le « pays des rêves » est la Nouvelle-Orléans, 1988) et la chanson bouleversante Dixie Flyer, à Harps and Angels, son dernier excellent disque paru en 2008. Sur ce dernier, la chanson Losing You sera notamment reprise par Mavis Staples pour You are Not Alone en 2010.
 
Dès 1971, Newman démarre en parallèle de son travail d’icone populaire une carrière en tant que compositeur de musique de film. Dans sa famille, le cinéma avait toujours été au dessus de la musique dans le domaine des arts ; ses célèbres oncles Alfred, Lionel et Emil écrivirent les bandes originales d’une douzaine de longs métrages, et le père de Newman avait longtemps insisté pour que son fils devienne réalisateur. « Il pensait que c’était la grande forme d’art du siècle. Il continuait de me demander, en dépit du succès que j’ai pu avoir au début avec mes chansons et mes disques, ‘Quand vas-tu faire un film ?’ Comme si c’était un accomplissement pour une carrière musicale ». Certaines de ses premières collaborations, pour Ragtime (1981) et Three Amigos (1986), sont très convaincantes. Son travail auprès de Disney/Pixar - les trois Toy Story, ou Monsters Inc., lui fait collectionner les Academy Award. Une chanson pour le dessin animé la Princesse et la Grenouille le verra s’associer au Dirty Dozen Brass Band. La vie foisonnante de ses chansons a aussi donné lieu à des comédies musicales ; Newman est ainsi un artiste vivant simultanément dans plusieurs dimensions ; chanteur et pianiste engagé et mélancolique qui peut partager sa verve avec les rêveurs les plus gratifiés de son pays.

jeudi 23 juin 2011

Paroles : Randy Newman - Songbook Vol 2 (2011)


1-Dixie Flyer

I was born right here, November ’43
My dad was a captain in the army
Fighting the Germans in Sicily.
My poor little momma
Didn’t know a soul in L.A.
So we went down to the Union Station and made our getaway.
Got on the Dixie Flyer bound for New Orleans
Across the state of Texas to the land of dreams
On the Dixie Flyer bound for New Orleans
Back to her friends and her family in the land of dreams.
Her own mother came to meet us at the station,
Her dress as black as a crow in a coal mine
She cried when her little girl got off the train
Her brothers and her sisters drove down from Jackson, Mississippi
In a great green Hudson driven by a Gentile they knew
Drinkin’ rye whiskey from a flask in the back seat
Tryin’ to do like the Gentiles do
Christ, they wanted to be Gentiles, too
Who wouldn’t down there, wouldn’t you?
An American Christian, God damn!
On the Dixie Flyer bound for New Orleans
Across the state of Texas to the land of dreams
On the Dixie Flyer bound for New Orleans
Back to her friends and her family in the land of dreams
Back to her friends and her family in the land of dreams


2-Yellow Man


Very far away in a foreign land
Live the yellow woman and the yellow man
He’s been around for many-a-year
They say they were there before we were here
Eatin’ rice all day
While the children play
You see he believes
In the family
Just like you and me
Oh, yellow man, oh, yellow man
We understand, you know we understand
He keeps his money tight in his hand
With his yellow woman he’s a yellow man
Got to have a yellow woman
When you’re a yellow man


3-Suzanne

I saw your name, baby
In a telephone booth
And it told all about you, mama
Boy, I hope it was the truth
I took down your number
Looked up your address, Sue
And I was hoping that maybe
You could love me, too
I’m gonna wait in the shadows
For you to come by
I’m gonna wait in the shadows
For you to come by
And then I’ll jump from the shadows
To try and catch your eye
Gonna run my fingers through your hair
Now I don’t want to get too romantic
That’s just not my way
But when I get my arms around you
I’m gonna rock you all the night
Gonna rock you all the day
Suzanne, you won’t know it but I’ll be behind you
Don’t try and run away from me, little girl
Wherever you go I’ll find you
And when you go to the pictures
And I know you do
Don’t take no one with you
’Cause I’ll be there, too
Suzanne


 4-The Girls in my Life

Was a little girl
Maybe five-foot-two
Had the cutest little feet
Made my heart go tweet-tweet
Quite a pleasant disposition
Then came a pretty young French girl, mmm
Whom I met in Las Vegas
When I was there with my parents
Oh my
Had a real nice conversation
Met a girl at the bakery
She wanted to borrow my car from me
I said, “Take it, baby”
She took it down To Mexico
Ran over a man named Juan
Then I went to college
Met a college girl
She lived in the sorority house
Across from school
Got a real fine education
Had seven women on my mind
Now I’m married
Have a very lovely wife
Three cute little boys
It’s so nice
And that’s just half the story
Of the girls in my life


5-Kingfish


There’s a hundred-thousand Frenchmen in New Orleans
In New Orleans there are Frenchmen everywhere
But your house could fall down
Your baby could drown
Wouldn’t none of those Frenchmen care
Everybody gather ’round
Loosen up your suspenders
Hunker down on the ground
I’m a cracker
And you’re one too
But don’t I take good care of you
Who built the highway to Baton Rouge?
Who put up the hospital and built your schools?
Who looks after shit-kickers like you?
The Kingfish do
Who gave a party at the Roosevelt Hotel?
And invited the whole north half of the state down there for free
The people in the city
Had their eyes bugging out
‘Cause everyone looked just like me
It’s the Kingfish, the Kingfish
Everybody sing
It’s the Kingfish, the Kingfish
Every man a king
Who took on the Standard Oilmen
And whipped their ass
Just like he promised he’d do?
Ain’t no Standard Oilmen gonna run this state
Gonna be run by little folks like me and you
It’s the Kingfish, the Kingfish
Friend of the working man
It’s the Kingfish, the Kingfish
The Kingfish gonna save this land


6-Losing You


Was a fool with my money
And I lost every dime
And the sun stopped shining
And it rained all the time
It did set me back some
But I made it through
But I’ll never get over losing you
Do you know how much you mean to me?
Should’ve told you ’cause it’s true
I’d get over losing anything
But I’ll never get over losing you
When you’re young
And there’s time
You forget the past
You don’t think that you will
But you do
But I know right now I don’t have time enough
And I’ll never get over losing you
I’ve been cold
I’ve been hungry
But not for awhile
I guess most of my dreams have come true
With it all here around me
No peace do I find
’Cause I’ll never get over losing you
No, I’ll never get over losing you


7-Sandman's Coming


Close your eyes now little girl
They don’t want to hear you cryin’
You never had a chance
You never had a chance
It’s a great big dirty world
If they say it ain’t they’re lyin’
Sandman’s comin’ soon
You know he’s comin’ soon
Close your eyes and dream
A little dream for you and me
Dream yourself a place where we can go
Baby you never know
Close your eyes now little girl
Go to sleep my little baby
Sandman’s comin’ soon
You know he’s comin’ soon
Sandman’s comin’ soon
You know he’s comin’ soon

8-My Life is Good

A couple of weeks ago
My wife and I
Took a little trip down to Mexico
Met this young girl there
We brought her back with us
Now she lives with us
In our home
She cleans the hallway
She cleans the stair
She cleans the living room
She wipes the baby’s ass
She drives the kids to school
She does the laundry too
She wrote this song for me
Listen
Yeah
The other afternoon
My wife and I
Took a little ride into
Beverly Hills
Went to the private school
Our oldest child attends
Many famous people send their children there
This teacher says to us
“We have a problem here
This child just will not do
A thing I tell him to
And he’s such a big old thing
He hurts the other children
All the games they play,
he plays too rough –”
Hold it teacher
Wait a minute
Maybe my ears are clogged or something
Maybe I’m not understanding
The English language
Dear, you don’t seem to realize
My life is good
My life is good, you old bat
My life is good
My life
Just this evening
Some young associates of ours
Are flying in to see us from
New York City
They’re gonna stay with us
Oh, a couple of weeks or so
I’m gonna take ’em to
Restaurants and everything
Gonna get ’em some
Real good cocaine
They don’t get much
Where they come from
And this one guy’s wife Is such a pretty little brown thing
That I’m liable to give her a poke or two
Whaddaya think of that?
Teacher, let me tell you a little story
Just this morning
My wife and I
Went to this big hotel in the hills
Where a very good friend of ours
Happens to be staying
And the name of this young man
Is Mr. Bruce Springsteen
Yeah, we talked about some kind of
Woodblock or something
And this new guitar we like
And you know what he said to me
I’ll tell you what he said to me
He said, “Rand, I’m tired
How would you like to be the Boss for awhile?”
Well, yeah
My life is good
My life is good

9-Birmingham

Got a wife, got a family
Earn my livin’ with my hand
I’m a roller in a steel mill
In downtown Birmingham
My daddy was a barber
And a most unsightly man
He was born in Tuscaloosa
But he died right here in Birmingham
Birmingham, Birmingham
The greatest city in Alabam’
You can travel ’cross this entire land
But there ain’t no place like Birmingham
My wife’s named Mary
But she’s called Marie
We live in a three-room house
With a pepper tree
I work all day in the factory
That’s all right with me
Got a big black dog
Whose name is Dan
Lives in my backyard in Birmingham
He is the meanest dog in Alabam’
Get ’em Dan
Birmingham, Birmingham
The greatest city in Alabam’
You can travel ’cross this entire land
But there ain’t no place like Birmingham


10-Last Night I had a Dream

You were in it, and I was in it with you
Everyone that I know
And everyone that you know was in my dream
I saw a vampire
I saw a ghost
Everybody scared me but you scared me the most
In the dream I had last night
In the dream I had last night
In my dream
It started out in a barnyard at sundown
And everyone was laughing and you were lying on the ground
You said, “Honey, can you tell me what your name is?”
“Honey, can you tell me what your name is?”
I said, “You know what my name is”
Last night I had a dream
You were in it, and I was in it with you
Everyone that I know
And everyone that you know was in my dream
I saw a vampire
I saw a ghost
Everybody scared me but you scared me the most
In the dream I had last night
In the dream I had last night
In my dream



11-Same Girl

You’re still the same girl you always were
You’re still the same girl
A few more nights on the street, that’s all
A few more holes in your arm
A few more years with me, that’s all
You’re still the same girl
With the same sweet smile that you always had
And the same blue eyes like the sun
And the same clear voice
You’re still the same girl
That I love



12-Baltimore


Beat-up little seagull
On a marble stair
Tryin’ to find the ocean
Lookin’ everywhere
Hard times in the city
In a hard town by the sea
Ain’t nowhere to run to
There ain’t nothin’ here for free
Hooker on the corner
Waitin’ for a train
Drunk lyin’ on the sidewalk
Sleepin’ in the rain
And they hide their faces
And they hide their eyes
’Cause the city’s dyin’
And they don’t know why
Oh, Baltimore
Man, it’s hard just to live
Oh, Baltimore
Man, it’s hard just to live, just to live
Get my sister Sandy
And my little brother Ray
Gonna buy a big old wagon
To haul us all away
Live out in the country
Where the mountain’s high
Never comin’ back here
’Til the day I die
Oh, Baltimore
Man, it’s hard just to live
Oh, Baltimore
Man, it’s hard just to live, just to live



12-Laugh and be Happy

I know what’s going on here
Ain’t no great mystery
Y’all have lost faith in yourselves
It’s as clear as it can be
You can whine all you want to
Drown in your misery
Or you can listen to me
Listen to me
Laugh and be happy
Don’t you ever wear a frown
Don’t let the bastards grind you down
Laugh and be happy
It’s a simple thing to do
Believe in your dreams
And your dreams will come true for you
There’ll be a red sun shining in a sky so blue
Blackbirds singing in the trees
There’ll be a real silver lining
Up there for me and you
Listen to me
Listen to me
Now the country that we’re living in
You mean the good ol’ USA?
That’s right!
It’s never been about keeping you out
It’s about inviting you in and letting you play
So laugh and be happy
Smile right in their face
’Cause pretty soon
You’re gonna take their place
You’ll come a-whack whack whackin’ like old man trouble
Whacking on their front door
They want to send you packin’ on the double
But you ain’t going away no more
Laugh and be happy
Don’t you ever wear a frown
Get right back on your feet
Whenever they knock you down
You’ve got to laugh and be happy
Believe me when I say
Everything’s going to go your way
You’ll be on top of the world



13 - Lucinda

We met one summer evening
As the sun was going down
She was lying on the beach
In her graduation gown
She was wrapped up in a blanket
(I could tell she knew her way around)
And as I lay down beside her
You know she never made a sound
On down the beach came the beach-cleaning man
Scoopin’ up the papers and flattening down the sand
“Lucinda, Lucinda, Lucinda — we’ve got to run away
That big white truck is closin’ in
And we’ll get wounded if we stay”
Now Lucinda lies buried ’neath the California sand
Put under by the beach-cleaning man
Lucinda, Lucinda, Lucinda — why’d you have to go?
They sent her to high school
They sent her to low school
She just wouldn’t go no further


14-Dayton-Ohio 1903

Sing a song of long ago
When things were green and movin’ slow
And people’d stop to say hello
Or they’d say “hi” to you
“Would you like to come over for tea
With the missus and me?”
It’s a real nice way
To spend the day
In Dayton, Ohio
On a lazy Sunday afternoon in 1903
Sing a song of long ago
When trees could grow
And days flowed quietly
The air was clean and you could see
And folks were nice to you
“Would you like to come over for tea
With the missus and me?”
It’s a real nice way
To spend the day
In Dayton, Ohio
On a lazy Sunday afternoon in 1903

16-Cowboy

Cold gray buildings where a hill should be
Steel and concrete closin’ in on me
City faces haunt the places
I rode alone
Cowboy, cowboy — can’t run, can’t hide
Too late to fight now — too tired to try
Wind that once blew free
Now scatters dust to the sky
Cowboy, cowboy — can’t run, can’t hide
Too late to fight now — too tired to try




Paroles : Neil Young - A Treasure (2011)


1-Amber Jean



Every morning got sun to shine
Every day got plenty of time
Every night
there's a moon so fine
There for you, my Amber Jean.
Still some lines
that should get crossed
Still some coins
that might be tossed
Still some love
that hasn't been lost
There for you, my Amber Jean.
Amber Jean, oh, Amber Jean,
Prettiest eyes I've ever seen.
Every morning got sun to shine
Every day got plenty of time
Every night
there's a moon so fine
There for you, my Amber Jean.


2-Are you ready for the country


Slipping and sliding
and playing domino
Lefting and then Righting,
it's not a crime you know.
You gotta tell your story boy,
before it's time to go.
Are you ready for the country
because it's time to go?
Are you ready for the country
because it's time to go?
I was talkin' to the preacher,
said God was on my side
Then I ran into the hangman,
he said it's time to die
You gotta tell your story boy,
you know the reason why.
Are you ready for the country
because it's time to go?
Are you ready for the country
because it's time to go?


3-It might have beenThe saddest words
Of tongue or pen
Are these four words
It might have been
We had big dreams
We made big plans
How could they slip
Right through our hands
Instead of tearing
Our own hands to pieces
Why don't we try
To right what we've done wrong
It's not too late
To set things straight
Let's never say
It might have been
Instead of tearing
Our own hands to pieces
Why don't we try
To right what we've done wrong
It's not too late
To set things straight
Let's never say
It might have been



4-Bound for Glory


Out on the trans-Canada highway
There was a girl
hitchhiking with her dog
Fireflies buzzin' round her head
Like candles in the fog.
He was three miles down the road
Tryin' to stay up,
but he knew that he couldn't
She was looking
for a ride through the night
But out there, who wouldn't.
They were bound for glory
Bound for living on the edge
They were bound for each other
Like two comets heading for a bed.
She had a new way of living
New way of looking at life
He had an
'84 International and two kids
He left back home with his wife.
He was tired of
writin' letters to himself
And living in the dark
She was open to suggestions
And some say
she had a broken heart.
He had everything he wanted
'Til it all
turned out to be a job
One fallen asleep trucker
And a girl
hitchhiking with her dog.
They were bound for glory
Bound for living on the edge
They were bound for each other
Like two comets heading for a bed.
She had a new way of living
New way of looking at life
He had an
'84 International and two kids
He left back home with his wife.
Out on the trans-Canada highway
The sun came climbing up the cab
By the time it hit the window
they were wakin' up
From what little sleep they had.
When that heat hit the blankets
They were looking
for love at second sight
Just starin' in each others' eyes
Findin' it in the mornin' light.
They were bound for glory
Bound for living on the edge
They were bound for each other
Like two blankets layin' on a bed.
She had a new way of living
New way of looking atlife
He had an
'84 International and two kids
He left back home with his wife.


5-Let your Fingers do the Walking

Back in the days of covered wagons
A man had his own way
Whether talkin' to a woman
Or crossing the U.S.A.
No telephones were ringing
No angry words exchanged.
I wish I was back in the saddle now
Riding on the range.
Let your fingers do the walking
Call me up some time
I'm listed under Broken Hearts
Looking for a good time.
I can't reach out and touch you
You're hung up on the line
I'm your disconnected number now
And you're a private line.
Well, I used to be so happy,
When you gave good 'phone.
I could call you up from anywhere
For a little bit of home
But now my heart is aching
After every call
By the way you talk you'd think
You never gave good 'phone at all.
Let your fingers do the walking
Call me up some time
I'm listed under Broken Hearts
Looking for a good time.
I can't reach out and touch you
You're hung up on the line
I'm your disconnected number now
And you're a private line.
Let your fingers do the walking
Call me up some time
I'm listed under Broken Hearts.
Looking for a good time.
I can't reach out and touch you
You're hung up on the line
I'm your disconnected number now
And you're a private line.



6-Flying on the Ground


Is my world not falling down
I'm in pieces on the ground
And my eyes aren't open
And I'm standing on my knees
But if crying and holding on
And flying on the ground is wrong
Then I'm sorry to let you down,
But you're from my side of town
And I miss you.
Turn me up or turn me down
Turn me off or turn me round
I wish I could have
met you in a place
Where we both belong
But if crying and holding on
And flying on the ground is wrong
Then I'm sorry to let you down,
But you're from my side of town
And I miss you.
Sometimes I feel
like I'm just a helpless child
Sometimes I feel like a kid.
But baby, since I have changed
I can't take nothing home.
City lights at a country fair
Never shine but always glare
If I'm bright enough to see you,
You're just too dark to care.
But if crying and holding on
And flying on the ground is wrong
Then I'm sorry to let you down,
But you're from my side of town
And I miss you.



7-Motor City


My old car keeps breaking down
My new car ain't from Japan
There's already too many Datsuns
In this town.
Another thing that's bugging me
Is this commercial on TV
Says that Detroit
can't make good cars any more.
Motor City.
Who's driving my car?
Who's driving my car now?
Who?
My army jeep is still alive
Got locking hubs and four wheel drive
Ain't got no radio,
ain't got no mag wheels
Ain't got no digital clock
Ain't got no clock.
The paint job is lookin' blue
The white walls are missing too
But I guess until I get my car back
This will do.
Who's driving my car now?
Who's driving my car now?
Who?
Who's driving my car now?



8-Soul of a Woman


You can't help nobody,
until you help yourself
You can't help nobody,
until you help yourself
Nobody's going to help you
better than somebody else.
You know a man needs a woman
right by his side.
A man needs a woman
right by his side.
She keeps him warm at night,
he keeps her satisfied.
Soul of a woman, soul of a man
A perfect combination
ever since the world began.
Soul of a woman
Soul of a woman, soul of a man.
You can't help nobody,
until you help yourself
You can't help nobody,
until you help yourself
Nobody's going to help you
better than somebody else.
You know a man needs a woman
right by his side.
A man needs a woman
right by his side.
She keeps him warm at night,
he keeps her satisfied.
Soul of a woman, soul of a man
A perfect combination
ever since the world began.
Soul of a woman
Soul of a woman, soul of a man.



9-Get back to the Country


When I was a younger man
Got lucky with
a rock 'n' roll band
Struck gold in Hollywood
All that time I knew I would
Get back to the country
Back where it all began
Get back to the country
Back in the barn again.
Now when we hit the road
Big buses and trucks unload
After the curtain falls
Load up and then we all
Get back to the country
Back where it all began
Get back to the country
Back on the road again.
When I was a younger man
Got lucky with
a rock 'n' roll band
Struck gold in Hollywood
All that time I knew I would
Get back to the country
Back where it all began
Get back to the country
Back in the barn again.



10 - Southern pacific


Down the mountainside
To the coastline
Past the angry tide
The mighty diesel whines.
And the tunnel comes
And the tunnel goes
Round another bend
The giant drivers roll.
I rode the Highball
I fired the Daylight
When I turned sixty-five
I couldn't see right.
It was Mr. Jones,
We've got to let you go
It's company policy
You've got a pension though.
Roll on, Southern Pacific
On your silver rails
On your silver rails
Roll on, Southern Pacific
On your silver rails
Through the moonlight.
I put in my time
I put in my time
Now I'm left to roll
Down the long decline.
I ain't no brake man
Ain't no conductor
But I would be though
If I was younger.
Roll on, Southern Pacific
On your silver rails
On your silver rails
Roll on, Southern Pacific
Roll on, on your silver rails.



11-Nothing is Perfect


There's plenty of food
on the table
Lots of love in the house
The children all do what
they're able to do
We got so much to be happy about.
I got a woman standing beside me
She really knows
how to stand by her man
She's strong and she's soft
and she's honest to me
She really helps me
to be a good man.
But nothing is perfect
in God's perfect plan
Look in the shadow to see
He only gave us the good things
so we'd understand
What life without them would be.
There's plenty of wheat
on the prairies
Lots of coal in the mines
We got soldiers so strong
They can bury their dead
And still not go back
shooting blind.
There's women and men
on the workforce
Doing forty hours
plus overtime
So the hostages
held at the airport
Can come home
to something worthwhile.
But nothing is perfect
in God's perfect plan
Look in the shadow to see
He only gave us the good things
so we'd understand
What life without them would be.
And there's plenty of food
on the table
Lots of love in the house
The children all do
what they're able to do
We got so much to be happy about.
I got a woman standing beside me
She really knows
how to stand by her man
She's strong and she's soft
and she's honest to me
It really helps me
to be a good man.
But nothing is perfect
in God's perfect plan
He only gave us the good things
so we'd understand.
No, nothing is perfect
in God's perfect plan.


12-Grey Riders


The night was cold
And the wind was howling
I was awaken by the sound
Of hoof beats pounding.
Outside the window,
on the ground
Our hound dog was growling
Grey Riders flew across my lawn
I looked again
and they all were gone.
That voice was calling
And it cut through the night
Come on boys, let her go.
Up on a hill
They rode in one long column
They were freezing with the chills
Of the new day dawning.
Their hair long and grey
They heard just one voice calling
Grey Riders on the morning sky,
The sun made diamonds
of their road-weary eyes.
That voice is calling
And it cut through the night
Come on boys, let her go.
The night was cold
And the wind was howling
I was awaken by the sound
Of hoof beats pounding.
Outside the window, on the ground
Our hound dog was growling
Grey Riders flew across my lawn
I looked again
and they all were gone.
That voice was calling
And it cut through the night
Come on boys, let her go


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