“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) extravagant (20) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

samedi 29 octobre 2011

REAL ESTATE - Days (2011)




O
soigné, doux-amer
indie rock
A écouter : Green Aisles, Out of Tune, All the Same

La dernière fois que j’ai entendu quelqu’un me dire qu’il trouvait le disque que j’écoutais mou c’était avec Ok Computer (1997) de Radiohead. La comparaison avec le trio américain Real Estate tourne court rapidement pourtant : tandis que le quintet anglais décrit l’aliénation et la paranoïa, nous sommes avec Real Estate en territoire plus confortable. Martin Courtney, guitariste et vocaliste de ce groupe de rock spacieux et un peu psychédélique, expliquait que le contenu de Days est inspiré par des personnes et des atmosphères rencontrées pêle-mêle dans leur ville du New Jersey, Ridgewood. Nous sommes donc, auditeurs, intégrés dans le quotidien de ce groupe (nombreux) des personnes qui vivent en banlieue de New York ; nous pénétrons leurs résidences, leurs immeubles. A l’écoute de l’album, on a bien envie de garder à l’esprit le nom de Ridgewood, comme d’autres se gardent Fall Creek, Wisconsin (Bon Iver) ou Aberdeen, Washington DC (c’est une devinette facile) quelque part. C’est l’exploration de l’âme d’une banlieue par trois jeunes hommes en chemises à rayures (= milieu plutôt aisé), d’une campagne en marge, où le regard fuyant de rencontre qu’un horizon de petits immeubles blancs. Ce n’est pas extrapoler que de trouver le visuel de pochette parfait pour ce que le groupe nous raconte, lors de belles narrations douces-amères comme Three Blocks ou Out of Tune, ou avec leurs seuls instruments, dans la langueur automnale du surf rock east coast instrumental de Kinder Blumen.

C’est le projet indie parfait, dont l’imaginaire prend sa source dans l’étalement des grandes villes, sans une once du glamour qui caractérise celles-ci. Leur patronyme même, « immobilier » littéralement, renforce cette idée qu’il s’agit de la musique des banlieues pavillonnaires, le genre de futur à priori peu excitant qui peut devenir poésie, comme il y avait eu pour Radiohead la poésie des embouteillages. Et ce que suggère le titre de leur album, Days, ce sont ces journées qui s’étirent à l’envi, avant que n’arrive le crépuscule, que le temps ne se compresse. Ce sont les histoires laissées de côté par ceux qui quittent leur foyer le matin et ne le retrouvent que le soir. D’autres pensaient qu’il ne se passait rien dans ces résidences presque vides ; Real Estate donne un sens à ces maisons-témoin pendant que les gens les quittent et les réintègrent, un sens au temps passé dans l’attente et la distance. Comment trouver une proximité, une chaleur humaine dans “All those wasted miles/All those aimless drives” ? La réponse, dans la même chanson, Green Aisles : « The phone lines/The street lights/Led me to you/And if you just sit tight i’ll be there soon » La morale slacker d’anthologie: “Our careless lifestyle/it was not so unwise” Et lorsque les foyers sont abandonnés à la nuit, les errements de Real Estate se réitèrent : “The night is just another day”, sur All the Same, la chanson qui boucle un cycle quotidien émotionellement fascinant.

La musique de Real Estate peut sembler manquer de dynamique. Ils sont seulement paisibles, c’est ce qui en fait un groupe à part. All the Same termine un album idyllique, et montre bien quelle utilisation ils font de cette tranquillité ; la batterie marque le tempo de façon entêtante, les guitares produisent un groove ondulant, puis se mettent à ralentir jusqu'à l’accord final. On retrouve ce que Real Estate véhicule par leurs mots dans la subtilité de leur jeu : les lignes de basse et les entrecroisements fluides des guitares qui se marient avec allant à la rythmique pour produire un effet lancinant, exploratoire et finalement réparateur. Ils gardent toutes leurs qualités dans les sursauts plus enlevés de Easy, It’s Real ou Municipality. Les refrains astucieux et entraînants comme l’absence, parfois, de tout changement de direction durant plusieurs minutes (tel un long travelling) tout cela dans ce qui dénote d’un goût prononcé pour les mélodies classiques et engageantes, démontre une habileté de construction qu’on ne leur reconnaîtra sans doute pas assez. La comparaison avec les Feelies, groupe du New Jersey démembré en 1992 dont le Crazy Rythms (1980) a laissé une marque dans l’histoire rock des marges, est pleinement méritée. Chemises et paires de lunettes inclues.



jeudi 27 octobre 2011

Candye Kane & Laura Chavez


Actualité novembre 2012 : j'ai pu interviewer Candye Kane lors de son passage à Verneuil sur seine dans le cadre du festival Blues sur Seine. Je publierai cette interview prochainement, ainsi qu'un live report du concert. L'ensemble devrait paraître dans le fanzine Trip Tips n°21

Laura Chavez, Candye Kane.

Nous sommes au moment de Superhero, l’album de Candye Kane paru en 2009. Candye Kane, native de Los Angeles, 44 ans, interprète son propre rôle dans une pièce de théâtre, « The toughtest girl alive », ce qui pourrait être traduit par : « la plus rude des filles ». Elle y joue sa propre musique – mélange de surf, de rockabilly, de rock à la Chuck Berry, d’americana, de pop classique et bien sûr de blues. La chanson du même nom, depuis qu’elle est apparue dans son répertoire il y a une dizaine d’années, semble lui coller à la peau. Mais Kane préfère largement cela que la manière dont elle est perçue dans le milieu du blues, un milieu auquel elle confère sa vision sexy, intelligente et passionnée et sa voix exceptionnelle depuis son adolescence au milieu des années 80. « Je ne suis pas ‘la plus rude des filles' » mais quand je chante cette chanson 250 jours par an, quand je chante que je suis une superhéro, j’ai l’impression que je peux tout accomplir. Et c’est 80% du combat. Si tu sens que tu peux gagner, alors tu le peux. » Kane sait de quoi elle parle ; elle a pour l’instant échappé à un cancer du pancréas qui aurait facilement pu être sa sentence de mort, et chanté, une fois le mal provisoirement passé : « Il n’y a pas moyen que je sois couchée en train de mourir ». Le danger n’est pas complètement écarté, mais cette maladie semble avoir redoublé l’énergie de Kane. Sur ses deux albums pour le label Delta Blues, Superhero (2009) et le dernier Sister Vagabond (2011), elle combine la sensibilité bravache qui lui a valu d’être adoptée par toute les minorités – des « grosses femmes » aux homosexuels – et la vitalité de celle à qui la vie joue des prolongations inattendues et qui est bien déterminée à en profiter le plus.

La pièce de théâtre raconte sa vie, dans le désordre, au sein d’un foyer chaotique. Une mère l’obligeant à voler dans les magasins quand elle avait neuf ans, le désintérêt de ses proches pour sa carrière musicale naissante. Un enfant attendu alors qu’elle avait 17 ans la mit en difficulté, l’obligeant à accumuler les petits boulots. Elle se laissa convaincre de devenir pin-up, fit la couverture de 150 magazines entre 1983 et 1985 et apparut dans des vidéos pornographiques. Elle ne put par la suite plus se débarrasser de cette image sulfureuse, qui lui fit perdre un contrat après son premier disque solo. « J’écrivais sur la musique dans ma colonne [dans le magazine hard Gent], aussi bien que de donner des conseils en matière sexuelle. Je n’ai pas voulu changer de nom, car je m’étais déjà établi une base de fans avec mes enregistrements précoces et ma colonne. C’est le prix que j’ai payé. En étant candide et honnête vis à vis de mon passé, j’ai été marginalisée et mésestimée par certains segments de la communauté blues. Mais c’est OK, car pour être honnête, j’ai gagné l’admiration et le support d’autres communautés » Pendant que certains perdent leur temps à la laisser de côté, elle a déjà lancé une carrière musicale tumultueuse dans un tour de force et partagé la scène avec Black Flag, Social Distorsion, James Harman, The Circle Jerks, The Blasters, Lone Justice ou Los Lobos – lesquels sortent un bon album roots encore en 2010, Tin Can trust.

En 1986, elle déménage de Los Angeles à San Diego et découvre accidentellement le blues impétueux de Big Maybelle, Ruth Brown, Big Mama Thornton, Etta James ou Bessie Smith. Le discours de certains ‘puristes’ blues lui parut particulièrement décalé. « Je pense qu’il ignorent l’évidence, c’est que le blues est l’un des seuls genres ou les femmes étaient émancipées. Dès 1920, vous aviez Bessie Smith chantant, ‘I need a little sugar in my bowl’. Et Memphis Minnie écrivit des chansons sur la prostitution. Il y a une riche histoire de travail du sexe dans le blues en particulier. ” Ecoutez Bessie Smith et voyez que le blues ne parle pas que de sexe, mais de pouvoir. Smith renverse l’ordre établi ; elle fut d’ailleurs dénommée l’ « impératrice du blues».

Enfoncer le clou

Par son simple personnage, Kane a mis en lumière l’hypocrisie de toute une frange de ‘puristes’ prêt à l’humilier pour n’être pas plus ‘authentique’. C’est ce qu’elle raconte dans Guitar’d and Feathered (Tarred and feathered’, c’est se faire passer le goudron et les plumes). «C'est à cause de mon passé. Je suis sûre que beaucoup me jugent sans même m'avoir écoutée. Ils se disent : Ah oui, c'est celle qui joue du piano avec ses nichons, celle qui a fait du porno ! Ce ne sont que des présomptions et des raccourcis qui ne tiennent pas compte de ce que je suis vraiment. Mais malheureusement, beaucoup de ceux qui ont ces opinions ont aussi beaucoup de pouvoir dans le monde du blues. C'est difficile pour moi d'obtenir un minimum de respect. Je veux dire que c'est dur, après avoir fait huit disques, travaillé avec des grands noms du blues sans une seule nomination aux Blues Awards, de voir Ana Popovic, qui est une amie et que j'adore, être nominée après son premier disque. J'ai envie de crier : Eh, je suis là depuis quelques années ! C'est clair que ça a un effet sur ma carrière. Quand j'ai contacté Bob Margolin pour faire ce disque, il ne savait pas grand-chose sur moi et quand il se renseignait, on lui disait toujours : C'est une ancienne actrice de porno. C'est tout ce qu'ils retiennent de moi, après autant d'années à sortir des disques et à parcourir le monde. Je lis souvent : L'ancienne actrice de porno passée au blues . Comme si je m'étais dit, au milieu d'une scène hard : Tiens, et si je me mettais à chanter du blues ? C'est le contraire : je chante depuis que je suis gosse. Simplement, je ne viens pas d'un milieu où ce genre de vocation est encouragée. » Son combat pour une légitimité musicale lui attire le succès auprès des gens plus progressistes. Cependant, Kane met aussi en garde contre « le lien entre violence et travail du sexe », et que même si cette expérience lui a permis de préparer sa carrière, elle s’est mise dans de « situations dangereuses ».

Candye Kane est l’une des plus importantes figures du blues contemporain, et non seulement parce qu’elle sait chanter toutes les saveurs du blues. Chaque album enfonce le clou du précédent : Sister Vagabond est ainsi acclamé absolument partout, comme le grand disque blues de cette année. Confortée par ce qu’elle a entendu même dans le blues le plus ancien, elle une galerie de personnages de fantasme, fait se rencontrer extravagance et réalités de la vie dans une écriture travaillée avec persévérance, à tel point qu’il est aujourd’hui impossible de démêler une reprise suggestive de Johnny ‘Guitar’ Watson d’une composition originale. D’autant plus qu’elle est capable de transformer ces reprises de pied en cap, profitant de sa collaboration avec une guitare d’exception. « Laura (Chavez) et moi sommes toutes deux fan de Guitar Watson », commente Kane dans les notes de pochette de Sister Vagabond. Depuis le début de leur collaboration il y a quelques années, les deux femmes se sont ainsi trouvé tant de points communs que leur travail s’effectue aujourd’hui en symbiose. « J’ai pensé à tous les fantômes de mes anciens amants vivant à l’intérieur de mon cœur hanté. Laura avant cette mélodie cool pour aller avec mes mots languissants et cette chanson surréaliste est née. » Ensemble, elles transforment le Sweet Nothin’ de Brenda Lee ou le Everybody’s Gonna Love Somebody Tonight de Glenn Frey et Jack Tempchin, remplaçant l’ironie par un enthousiasme suffisant pour faire des désirs de Kane dans la chanson une réalité. Elle ne pourrait être plus loin, dans un tel moment de générosité, de la marginalité auto-consentie. Et ce n’est que les reprises, les originaux nous amenant nécessairement plus loin et plus profond dans les personnalités combinées des deux artistes musiciennes. Le tout lié de manière élégante et cohérente.


« La meilleure fille guitariste… »

Si Laura Chavez brille de technique, d’invention et de réinvention sur Sister Vagabond, une vision de concert permet de prendre toute la mesure de son talent. Si Kane s’inspire des impératrices, Chavez s’intéresse aux rois autoproclamés. « Faisant le dessin d’influences musicales telles Freddy King, Albert King, BB King et Clarence ‘Gatemouth’ Brown, les coups de langue écorchée sur la guitare de Laura Chavez complètent parfaitement la voix sèche et puissante de Kane. A un moment de la performance, après que Ms. Chavez ait donné un terrible solo de blues, Ms. Kane partage avec le public certains des compliments que sa guitariste remarquablement talentueuse a l’habitude de recevoir : ‘ Tu es la meilleure fille guitariste que j’ai jamais vue » et « Tu joues très bien…pour une fille ‘. Aussi bien que Kane a été méprisée plus tôt dans sa carrière, c’était l’occasion de montrer quelle lutte incessante c’est que d’être sous le coup de l’acceptation par les autres. En même temps, Kane réinvestissait son message toujours présent de croire en soi, d’avoir de l’amour propre, peut importe de ce que les autres perçoivent chez nous comme défauts. » Le fait que Laura Chavez soit une femme a pourtant son importance. A l’instar d’autres guitaristes féminines sans doute, la voir signe dans l’esprit du sceptique la fin d’une époque de la guitare comme un instrument masculin. « Quand vous pensez à vos musiciennes de blues favorites, ce sont toujours des chanteuses », remarque Chavez. L’école de musique ne l’encouragea pas beaucoup, hésitant à l’idée d’une fille jouant de cet instrument viril. Cela n’empêcha pas Chavez de passer rapidement des standards rocks style Led Zeppelin et Hendrix au puits sans fond des classiques blues.

A 21 ans, elle est déjà parfaitement intégrée à la scène de la baie de San Francisco et joue avec Lara Price. Elle co-écrit et enregistre avec elle l’album Face of the Blues (2002). Huit ans plus tard, sa maîtrise musicale est si bien assortie à celle de sa nouvelle partenaire qu’elle co-écrit et co-produit Superhero et Sister Vagabond avec Candye Kane. Sur disque ou en concert, ses qualités sautent aux oreilles ; cette façon qu’on les notes de produire un flow continu mais concis, comme une déclamation pleine d’âme, à l’intensité allant crescendo. « Il y a beaucoup de place pour votre propre improvisation et créativité, remarque t-elle. « Mais ça doit s’écouler naturellement avec la chanson. Je ne surcharge pas la musique. Il y a un sentiment tellement cru, primal dans la musique blues, que je ne trouve pas dans les autres genres.”

















mercredi 26 octobre 2011

Björk - Universal Applicant : Compilation 2001-2011


Pochette du simple Who is It.

01 - Cosmogony

Avec ses voix cosmiques et son thème cinématique, c’est un beau morceau pour entrer dans l’œuvre de Björk. L’impression qu’il s’agit d’une introduction à son univers est renforcée par les paroles teintées d’une nouvelle naïveté, d’un plaisir de découverte : « Heaven, heaven's bodies/Whirl around me/Make me wonder ». Les histoires orales de la création du monde s’écrivent en chanson, lorsqu’il est question d’un œuf noir, d’un dieu enfermé brisant sa coquille, et d’un renard d’argent à l’origine du monde, et enfin du big-bang. A ne pas négliger : quand le renard fabrique le monde en chantant et dansant dans les paroles de Cosmogony, il met la musique au centre de la création.

02 - Mouth’s Cradle

Le berceau de la bouche, littéralement. La bouche de Razhel (du groupe The Roots), par exemple, qui enchante les programmations d’une pincée de hip-hop tribal. Une chanson astucieuse, délirante et entêtante, avec l’appui remarquable de l’Icelandic Choir. Le sens de cette chanson reste obscur et cela fait partie de son charme. « Habituellement, je retravaille les paroles, mais cette fois j’ai décidé de les laisser comme ça. »

03 - Hollow

Une expérience particulièrement riche et importante au sein de Biophilia. Musicalement, on se rapproche de la musique contemporaine ou jazz, avec un orgue dramatique, « le plus grand et le plus puissant des instruments acoustiques ». Björk reconnaît par ailleurs avoir beaucoup écouté les œuvres pour orgue de Messiaen (compositeur contemporain français, 1908-1992). En couplant l’instrument aux chants entrecoupés d’une chorale, c’est un trame fantomatique, aux rythmes étranges, qui sert de fond sonore à une valse de molécules. C’est l’exploration de l’héritage génétique en chacun de nous. Grâce à la proposition de National Geographic d’analyser son ADN, la chanteuse nous dit précisément d’où elle vient (http://www.bjork.fr/Hollow), et continue ainsi se définir dans ses moindres détails sous nos yeux, au fil des albums et des chansons.

04 – Pagan Poetry (live)

Une chanson accrocheuse, notamment grâce à sa ligne de basse. Les chœurs sont mis en valeur sur cette version live, présente sur le disque Voltaïc (2008) qui capturait la tournée de Volta. C’est l’occasion pour Björk de travailler une composition autour d’une boite à musique, ce qui donne au morceau son cachet et le rend pareil à nul autre. Ne pas oublier que la chanteuse répugne de refaire deux fois la même chose, et elle le prouve. La chanson se finit par un mantra haletant : « I love him ».

05 - Who Is It

Deuxième extrait tiré de Medulla. Morceau d’abord prévu pour figurer sur Vespertine. Le chanteur Razhel se démarque par ses rythmes vocaux, qu’il a enregistrés en une seule prise. Une chanson simple en apparence, avec son refrain enjoué, et pourtant les sentiments qu’elle véhicule sont complexes, Björk tiraillée entre ses déconvenues émotionnelles et l’appel de plus de légèreté chanson. Pour tous les musiciens et les programmeurs – le duo Matmos, Mark Bell (ex Soft Cell) - c’est un tour de force qui traduit le grand talent de Bjork pour la mise en son.

06 - Desired Constellation

Une chanson très épurée et reposante, l’une des plus chargées d’émotion dans le répertoire de Björk. Le Islandic Choir ajoute une majesté discrète à cette humble interrogation : « How I’m gonna make it right ? »

07 – Earth Intruders (live)

Une capture du morceau en live, plus ramassée et concise que la version studio. Une belle performance vocale de la chanteuse, et un refrain martial, voire tribal, parfait pour ouvrir Volta, ce disque qui se réclame fenêtre des tribus du monde. Elle est issue d’un rêve chaotique et le résultat final n’est pas de tout repos, ne fait sens que du rêve agité dans lequel un tsunami de vaudous haïtiens engloutit le transatlantique sur lequel se trouve la chanteuse et les côtes américaines. L’heure est à l’urgence, à l’impatience, et les sonorités déployées en barrage par une formation congolaise, Konono n°1, sont tout à fait impressionnantes.

08 – It’s Not Up to You

Un morceau qui mêle beats électroniques et envolées de cordes de façon parfaite, structuré autour d’un refrain fédérateur, très méticuleusement construit. Ou y trouve entre autres Zeena Parkins, la talentueuse harpiste qui appliqua sur Vespertine des méthodes de collaboration propres à l’univers inventif du jazz. « Ce n’est pas difficile du tout d’entrer dans son univers, car il est très accueillant, parfaitement hospitalier. », remarquera Parkins de son travail avec Björk. Le ton est optimiste et le refrain un peu comédie musicale prête la chanteuse à esquisser un sourire de contentement lorsqu’elle l’interprète en concert.

09 - Oceania

Une quatrième extrait de Medulla. Titre spécialement composé pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de 2004. Björk y a fait appel à un chœur anglais composé de 16 femmes pour reproduire le son charmeur et strident des sirènes. On y entend Robert Wyatt et Shlomo, un chanteur de beat-boxing, que Björk décrivit comme nouvel espoir de la scène hip-hop. Ceux-ci, et d’autres intervenants comme la chanteuse Kelis, qui « prit le rôle de l’océan » dans ses propres couplets, font d’Oceania une expérience résolument neuve et excitante.

10 - Crystalline

On y entend le gameleste, mélange de gamelan (percussions javanaises) et de célesta, et le refrain est entêtant. Mais ce sont les paroles qui se démarquent. Lorsque Björk évoque l’aspect géométrique de son écriture, elle pense à des volumes, à des pierre précieuses aux multiples facettes. Dans son œuvre, l’émotion est toujours visuelle et tactile, et faire rimer hearts avec quartz a quelque chose d’enchanteur et de profondément personnel. Plus loin, en un couplet, elle semble résumer ses préoccupations avec Biophilia : « Octagon, polygon/Pipes up an organ/Sonic branches/Murmuring drone/Crystallizing galaxies/Spread out like my fingers ».

11 – Undo

Amené par ses chœurs répétant « Ca ne doit pas être une lutte», Björk nous invite à s’ouvrir, à donner, à se défaire de ses tourments avec délicatesse, dans une ambiance riche d’atmosphères. « Je prie pour rester généreuse/la gentillesse même », chante t-elle. Les arrangements de cordes de Vince Mendoza, ainsi que les chœurs sur la deuxième partie du morceau, sont parmi les plus beaux du répertoire de Björk.

12 – Innocence

Un titre compressé, nerveux, ou l’on se sent comme recraché par un souffle humain trituré par le producteur Timbaland. La collaboration entre le producteur hip-hop du moment et Björk n’est pas passée inaperçue. Ou comment placer dans la lignée des Nelly Furtado, Missy Elliott et autres Justin Timberlake une chanson bien « macho » (selon ses propres mots) de Björk. La formation Konono n°1 est de retour, propulsant le morceau à un niveau d’assurance et de tension qui répond à ce que Björk appelle les « délices de la peur ». On bascule un temps dans la torpeur avant de revenir à l’exagération, à la brutalité. « J’étais innocente/je le suis toujours/Mais dans des endroits différents.”

13 – All is Full of Love (Bonus track)

Une version live. L’une des chansons qui définissent les contours du répertoire de Björk. Comme une rédemption, un soulagement, en fin d’album dans sa version d’origine, après le morbide Pluto sur Homogenic. « Dans la mythologie islandaise, vous avez cette saga où les dieux deviennent agressifs et le monde explose et tout meurt, puis le soleil réapparaît et la vie recommence. » Le refrain qui explose soudain provoque un feu d’artifice d’émotion, sans équivalent dans le répertoire de la chanteuse. Le morceau est parfois introduit par l’orchestre Islandais lui-même.

samedi 22 octobre 2011

Sélection : Tom Waits



01 - Small Change (1976)

L’un des plus beaux disques de Tom Waits capture l’atmosphère de ses premières tournées, ou la mélancolie de ballades magnifiques était encore peu contrebalancée par le Waits plein de contenance que l’on connaîtra ensuite. Tom Traubert’s Blues, The Piano had Been Drinking et Invitation to the Blues sont des classiques qui transcendent largement leur étiquette de chansons alcooliques.

02 – Rain Dogs (1985)

L’autre classique de Waits, celui où il se métamorphose en raconteur d’histoires, contes universels servis par une instrumentation qui a beaucoup progressé ; sonorités européennes et instruments inédits dont Waits dira avoir l’idée en fouillant des décharges. Poésie dramatique soignée, humouristique et toujours un peu excentrique. Downtown Train reste l’un des morceaux les plus populaires de Waits.

03 - Mule variations (1999)

Un condensé du génie de l’un des artistes les plus intègres de la musique populaire, dans un domaine à deux voix qui lui appartient ; l’une grasse et pleine d’invectives qui moquent l’artiste lui-même – Big in Japan – l’autre douce et attendrie – Take it With Me. Entre les deux, nombre de coquetteries d’un monde souterrain : Black Market Baby, Eyeball Kid, What is He Building ? Il obtint un Grammy Award de meilleur album de folk contemporain - le morceau Hold On y est sûrement pour quelque chose.

04 - Swordfishtrombones (1983)

C’est le premier album que Waits produit lui-même, et le disque décisif de sa prise de liberté par rapport aux codes de la musique populaire. Il fabrique des instruments et crée un section orchestrale sans pareille. Le songwriting devient abstrait. Considéré comme un chef-d’oeuvre, ce disque contient des titres décalés et inoubliables comme Shore Leave ou 16 Shells from a Thirty-Ought Six.

05 - Bone Machine (1992)

Disque long et dense, au paysage désolé. Conscient que la musique est avant tout une affaire de texture, Waits agrandit son aura d’imprécateur de la fin du monde, ne se privant pas de donner aux sons du disque un écho solitaire dans un écrin de décrépitude. Dirt in the Ground est l’un des morceaux les plus intenses de Waits. Earth Died Screaming est radical et indispensable. De nombreux morceaux sont utilisés dans des films - c’est reconnaître leur pouvoir cinématique - ou repris par d’autres artistes, comme Going out West qui figure dans Fight Club et au répertoire de covers de Queens of the Stone Age. Keith Richards fait une apparition au détour de That Feel. Bone Machine remporte un l’Award de meilleur album de musique alternative.

06 – Orphans (2006)

Gargantuesque collection de trois disques où Waits semble pour l’essentiel avoir ratissé son grenier, ramassé le résidu et dispersé poussière et intonations avec une générosité inégalée dans sa discographie. Le résultat est pourtant particulièrement soigné et cohérent. Chaque disque apporte ses moments classiques et ses surprises – nombre d’entre elles sont concentrées sur Bastards ; monologues et moments de folie

07 - Blue Valentine (1978)

Un disque très élégant, qui voit Waits se débarrasser de son image de pilier de bar pour emprunter une voie plus romantique mais toujours barrée. On retrouve son obsession pour les chaussures sur Red Shoes, et d’autres moments (Wrong Side of the Road) où le crooner quitte son nuage vaporeux pour entrer dans le vif du sujet ; sa propre étrangeté. Un côté jazzy bien présent qui disparaitra dans les années 80.

08 – Real Gone (2004)

Waits ajoute, mine de rien, de nouveaux elements à sa musique, comme le prouve le morceau d’ouverture, Top of the Hill. Des titres comme Hoist That Rag ou Make it Rain vont exploser lors des futurs concerts. Day After Tomorrow ou Trampled Rose renouvellent le répertoire de ballades de l’artiste ; enfin, Clang Boom Steam, Metropolitan Glide ou Shake It montrent Waits recherchant une contenance toujours plus importante, pour rester, malgré les années, impressionnant.

09 – Alice (2002)

Un album extrêmement personnel, qui montre un artiste sur lequel le temps ne semble pas avoir d’autre effet que de le bonifier. Les chansons y gagnent en finesse ce qu’elles perdent en efficacité.

Et aussi ...

The Black Rider (1993)

Plus que jamais ici, la musique de Waits est un théatre musical, dans lequel les actes sont dessinés de coups de peinture subtils.

Heartattack and Wine (1980)

A la frontière de la première période de Waits et sa prise de percussions bizarres dans les années 80, ce disque alterne ballades de boisson inspirées et amuse gueules bondissants, tout en révélant un peu ce qui va être mis complètement nu sur Sworfishtrombones ; une abstraction bienvenue.

Beautilful Maladies (1998)

Un tour d’horizon du travail de Waits pendant les années 1980, et de ses albums Sworfishtrombones, Rain Dogs ou Franck’s Wild Years. Toute la douce étrangeté et la musicalité débridée de l’artiste qui se découvre une nouvelle voix pleine de contenance résumées dans ce disque fleuve.






Tom Waits - Bad as Me (2011)





Parution
octobre 2011
LabelAnti-
Genre
Blues, Folk-rock, Auteur
A écouterTalking at the Same Time, Put me Back in the Crowd, Last Leaf
°
Qualités
poignant, varié, romantique, doux-amer

Dans ses concerts en 2007, quelques chanceux ont pu voir Tom Waits réinterpréter des chansons qu’on croyait bannies à jamais de son répertoire : Wish i Was in New Orleans, Invitation to the Blues, Whistlin’ Past the Graveyard, Blues Valentines ou Heartattack and Wine, datant de sa première période jazz/sentimentale/éthylique et des albums Small Change (1976) Blue Valentine (1978) et Heartattack and Wine (1980), ce dernier un chapitre charnière de la discographie de Waits. Il devint ensuite l’original et l’excentrique que nous croyons connaître, capable de lever une petite armée d’instruments enchantés, conçus de pièces de décharge, obéissant occasionnellement au ballet des balais maniaques de Fantasia et son Apprenti Sorcier, tout en penchant au moment de Rain Dogs (1985) davantage du côté de la comédie musicale type les Aristochats. On s’attachait à ce Waits-là, celui qui enregistrait Somewhere pour West Side Story (1961), ou qui entonnait la chansonnette en duo avec Crystal Gayle dans le film de Francis Ford Coppola, One From the Heart (Coup de Cœur en français, 1982), perdu quelque part entre les comédies classiques et le revival rétro qui arriva quinze ans plus tard.


L’histoire désuète de deux amoureux à Las Vegas qui décident de partir chacun de leur côté le jour de leur cinq ans de rencontre et se retrouve à la fin de la nuit, après avoir fait chacun une rencontre. C’est un peu celui que l’on retrouve dans Kiss Me, l’une des quelques chansons miraculeuses sur Bad as Me où un piano bastringue, une guitare élégante jouent sur la transparence d’un personnage. Maintenant débarrassé de la boisson et toujours capable de fendre notre cœur. « Kiss me/I want you to kiss me/Like a stranger once again » chante t-il sur Kiss Me, et on veut y croire, se plonger dans cette relation qui n’est peut être pas aussi factice que cela – car Waits connaît le grand amour, durable, avec sa muse d’après les excès et Ricky Lee Jones (une relation artistique et amoureuse entre 1977 et 1979, avant Pirates), une autre artiste, Kathleen Brennan, justement rencontrée sur le plateau de One From the Heart. La vie de Waits est souvent digne d’un film, alors d’une chanson…


Sept ans après que son dernier album solo, Real Gone (2004), Waits veut sur Bad as Me se reposer ses points forts, et c’est un succès tant qu’il ne redevient pas un gosse turbulent. Il y signe plusieurs de belles ballades, dans lesquelles il sait le mieux faire sens de mots qui cherchent à vous protéger, à vous serrer dans leurs bras chaleureusement. Mais il est parfois plus agité qu’habité, ne pouvant empêcher de temps à autre à un travers cacophonique de prendre le dessus tandis qu’il se met à éructer des paroles un peu caricaturales – sur Satisfied, Raised Right Men surtout. La chanson Bad as Me gagne quant à elle par le panache et le personnage : « No good you say/Well that’s good enough for me », grommelle Waits avant de reprendre son blues aux amphètes. Des titres un peu over-the top donc, et sans doute lassant après quelques écoutes. Le travail du guitariste Marc Ribot, un invité constant du disque, est pourtant remarquable, pleins d’interjections. On notera la participation de son vieil ami Keith Richards, que l’on préfère d’ailleurs sur Last Leaf, une ballade immémoriale. « I’m the last leaf on the tree/The autumn took the rest but they wont take me.” Elle n’a pas déjà été enregistrée avant ? C’est un comble. C’est quand Bad as Me semble vouloir adoucir le temps passé – Back in The Crowd, Last Leaf – qu’il est le meilleur.


Waits s’est toujours attaché à faire émerger différentes formes de conscience sociale dans ses chansons. Pendant tout un pan de sa carrière, il s’est surtout engagé derrière les vies brisées, chantant son blues urbain pour les laissés pour conte et les marginaux de campagne. Avec le phénoménal Bone Machine (1992) il s’est attaqué aux questions environnementales et globales, nous gratifiant entre autres, dans un falsetto lugubre et mémorable, d’une de ses tirades les plus réalistes : « We're chained to the world /And we all gotta pull/And we're all gonna be/...just dirt in the ground » (Dirt in the Ground). La voix est la même la même à l’endroit de Talking at the Same Time, l’une des meilleures chansons de Bad as Me. La peine lui convient au moins aussi bien que les fanfaronnades, en témoigne Face to The Highway. Il décrit un pays où l’information omniprésente prend le pas sur les actes de reconstruction, ne semant que davantage de confusion. Sur Hell Broke Luce : « How is it that the only ones responsible for making this mess/Got their sorry asses stapled to a goddamn desk”. C’est sur cette note joyeusement insultante que nous terminerons, laissant en suspends la carrière d’un homme qui a dépassé, à moins de surprise majeure, le point d’orgue de sa carrière.

mercredi 19 octobre 2011

Björk - Universal Applicant (1)


« Tied up in a boat and kicked off to sea
In tight baby binding technique
My arm chews through the swaddling slings
There's a flare gun in my hand
I point it straight and point it high
To the universe it applies”

Bill Callahan, Universal Applicant

Face à l’industrie musicale monolithique, l’icône populaire d’origine islandaise Björk a voulu son propre monolithe de connaissance. L’énigmatique bloc rectangulaire noir du chef-d’oeuvre de Kubrick, 2001, l’Odyssee de l’Espace donnait aux hommes qui l’approchaient de soudaines vagues de savoir, et les projetaient dans un avenir de plus en plus intense.
Le tout aussi tactile Biophilia synthétise les dimensions qui font de la chanteuse d’origine islandaise une artiste hors du commun ; sincérité, capacité de se fier à son instinct, démarche participative plus jazz que rock dans un univers mélodique proche de la pop. Sa musique penche entre deux dimensions modulables à l’infini ; l’intérieur, l’intimité et l’extérieur, les individus. Et il semble que plus Björk étudie ces dimensions, et plus elles se confondent au sein de la nature, une force omnipotente qu’elle n’a jamais besoin de mystifier.
Ces dix dernières années, Björk a écrit et enregistré quatre albums, parus régulièrement : Vespertine (2001), Medúlla (2004), Volta (2007) et Biophilia (2011). C’est donc pour les dix ans de l’excellent Vespertine qu’apparaît Biophilia, un nouveau disque subtil, largement commenté, qui se veut projet interactif, média autonome, ensemble d’applications pour l’ipad. Une expérience pourtant moins surprenante quand l’on se rend compte que les principes qui la sous-tendent sont les mêmes qui parcourent l’œuvre de Björk depuis le début du XXIème siècle.

Après un Homogenic (1997) cathartique et son rôle tout en émotion dans Dancer in the Dark (1999), de Lars Von Trier, c’est sans surprise que le nouveau disque de Björk sera une rupture de ton. S’il est difficile de dire le travail de Björk influencé par l’industrie musicale, c’est encore plus vrai avec Vespertine, cajoleur et feutré, composé du bout du doigt, et Medúlla, un disque fait presque uniquement de voix – mais quelles voix!. C’est en 2000 que commence pour elle une nouvelle ère, dans une « année intéressante », selon ses mots. De nouvelles dimensions, sonores, visuelles et humaines, se mettent alors en place, qui lient entre eux les quatre albums de la nouvelle décennie dans un grand mouvement commun. Björk dirait cosmique.


Mots


UNE PHRASE, DANS MUTUAL CORE (BIOPHILIA) : “Can you hear the effort of the mutual strife ?” sonne superbement. On trouvait déjà ‘strife’, lutte, répété en mantra par un cœur inuit sur Undo: « It’s not meant to be a strife ». Björk s’approprie tous les mots, leur donne relief et rugosité. Son accent islandais lui fait rouler les r, parfois exagérément, comme dans un élan de compassion pour sa langue maternelle. « J’ai très vite compris que je pouvais être à la fois islandaise et internationale, se souvient Bjork en évoquant son déménagement à Londres en 1993. En fait, je fais en deux jours à Londres ce qui me prendrait des mois en Islande. C’est pour cette raison que je préfère de loin rester à Londres, avec des amis chers ». Medúlla contenait quelques chansons en islandais, qui est une langue parfaite pour ce que Björk souhaite exprimer de fierté, de différence ; mais, passant de plus en plus de temps à New York ou à Londres, elle a de son propre aveu laissé le pays de côté. « J’ai réalisé que ma fille [Isadora, née en 2002] ne connaissait pas certaines chansons pour enfants Islandaises », confiera t-elle à la fin du long processus créatif pour Biophilia à Puerto Rico.


D’autres évènements la rappelèrent chez elle auparavant : la crise environnementale suscitée par la construction d’un barrage pour alimenter une usine d’aluminium (un barrage que l’on voit bien dans le documentaire de Sigur Ros, Heima, 2008) qui risquait d’ouvrir la voie à de futures chantiers propres à défigurer l’île, petite et fragile. « Je n’ai jamais cru que je deviendrais environnementaliste », remarquera t-elle. Mais à la suite de cet affront de l’industrie, elle travailla pendant trois ans pour protéger son territoire. Puis il y eut la crise financière, terrible en Islande. A ce moment, Björk veut faire de Biophilia, sur lequel elle travaille déjà, un projet réparateur.


Voix


EN AOÛT 2010, BJORK REMPORTE le Polar Music Prize, après Paul McCartney ou Pierre Boulez. Pourtant, derrière la scène, la carrière de Björk est dans l’impasse. « Quand j’ai découvert que j’avais des nodules dans la voix », dit t-elle, « Je ne savais pas si j’allais pouvoir chanter de nouveau, ou du moins, comme j’avais l’habitude le faire. Je ne voulais pas être opérée, alors j’ai vu tous ces experts et j’ai commencé un processus, des exercices qui font lentement travailler les cordes vocales. » Sa profusion vocale scénique aura-t-elle eu raison de son instrument favori ? Biophilia, une étude par voie de science et d’histoire naturelle des traditions orales, prouve que non.
« Plusieurs choses m’ont forcée à tout mettre sur la table et à me demander : « Ok, qu’est-ce qui marche, et qu’est-ce qui ne marche pas ? » Parmi les composantes les plus remarquables que Björk a choisies de garder et de valoriser avec toujours plus de finesse sur Biophilia sont les voix. Medúlla était l’expérience d’utiliser toutes sortes de voix, de sons élastiques ; des ouuh, des aaah des grrr, des wiiizzzz, des rythmes de beat-boxing mis en musique, en s’affranchissant des thèmes répétitifs de la pop pour multiplier les nuances. Pleasure is All Mine, Vokuro ou Submarine sont l’impression qu’en donnant une musique faire de chair et de sang, de gorges déployées, on brise les derniers remparts d’intimité d’une artiste qui semble avoir déjà tout donné. Au moment de Medúlla, il nous semble connaître de la chanteuse dans ses moindres détails. Qu’elle a des poumons plus grands que la moyenne, par exemple.
C’est cela, sa véritable force ; ne jamais s’en remettre à ce qu’elle peut évoquer, par ses origines, par son sexe – on peut oublier les sagas nordiques et les reines glaciales des contes de fée – pour tout ramener à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques. Plus les voix seront audacieuses et vivaces, plus Björk s’incarnera dans sa musique.


Elle ne s’en remet jamais à ce qu’elle peut évoquer, ramène tout à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques.

Thèmes


SUR BIOPHILIA, MUTUAL CORE EST UNE CHANSON militante, comme Declare Independance (« Don’t let them do that to you ») l’était sur Volta – un album que Björk a qualifié de travail pour les « tribus de la planète ». L’ouverture aux autres et le repli sur soi sont un grand thème de Vespertine. Volta affiche les couleurs du mélange, jusque dans le maquillage et les costumes extravagants et bigarrés de l’artiste. Elle y interroge l’identité et la protection de nos libertés. Plutôt que de se battre frontalement, cependant, Björk (que le féminisme agace) préfère redonner à l’amour ou à la solidarité toute leur légitimité naturelle, à travers l’observation d’évènements intimes.
Sur Biophilia, le thème de l’identité s’élargit davantage, avec l’évocation de nos origines et de notre place à l’échelle du cosmos. Les phénomènes microscopiques et macroscopiques se superposent, les caractères humains y sont brossés, laissés à l’état du simple jeu des gènes et des protéines. L’homme est une créature animée par l’électricité, il n’est pas maître de ses origines ni de ses besoins, mais il est force d’action, un instrument naturel pour entretenir les équilibres. Un chaînon dans une symphonie rationnelle.
« Je vois mes chansons comme une expérience spatiale, géométrique ».
Björk entend Biophilia comme un antidote d’humilité à Volta et à la tournée qui s’ensuivit. « Tout ce que je voulais faire c’était planter une petite graine totalement pure et la regarder grandir », se rappelle t-elle de sa situation après les concerts éprouvants. La même humilité que l’on trouve dans Desired Constellation (Medúlla), une invitation nocturne à regarder les étoiles en se questionnant : « How i’m i gonna make it right ? ».





dimanche 16 octobre 2011

Paroles : Bjork - Biophilia (2011)


Moon




As the lukewarm hands of the gods
Came down and gently picked my adrenalin pearls
Placed them in their mouths and rinsed all the fear out
Nourished them with their saliva

All rested

As if the healthiest pastime
Is being in life-threatening circumstances
And once again be reborn
All birthed and happy (all birthed and happy)
All birthed and happy (all birthed and happy)
All birthed and happy (all birthed and happy)

Best way to start-a-new is to fail miserably
Fail at loving and fail at giving
Fail at creating a flow then realign the whole
And kick into the starthole.

And kick into the starthole
And kick into the starthole

To risk all is the end all and the beginning all
To risk all is the end all and the beginning all


Thunderbolt


Stirring at water's edge,
Cold froth on my twig,
My mind in whirls
Wanders around desire.

May I, can I, or have I too often?
Craving miracles…
May I, can I, or have I too often now?
Craving miracles…
Craving miracles…

No one imagines the light shock I need,
And I'll never know
From who's hands, deeply humble,
Dangerous gifts as such to mine come.

May I, should I, or have I too often?
Craving miracles…
May I, can I, or have I too often?
Craving miracles…
Craving miracles..

My romantic gene is dominant
And it hungers for union,
Universal intimacy,
All embracing.

May I, should I or have I too often
Craved miracles?
May I, can I or have I too often
Craved miracles?
Crave…

Waves irregularly striking,
Wind stern in my face.
Thunderstorm, come,
Scrape those barnacles off me!

May I, may I or should I too often
Crave miracles?
May I or should I or have I too often

All my body parts are one
As lightning hits my spine,
Sparkling
Prime runs through me,
Revive my wish
Inviolable.

May I, can I, or have I too often?
Craving miracles…
May I, can I, should I, or have I too often?
Craving miracles…


Cristalline


Underneath our feet
Crystals grow like plants (listen how they grow)
I'm blinded by the lights (listen how they grow)
In the core of the earth (listen how they grow)

Crystalline, internal nebula
Crystalline, rocks growing slowmo
Crystalline, I conquer claustrophobia
Crystalline, and demand the light

We mimic the openness of the ones we love
Dovetail our generosity, equalize the flow
With our hearts we chisel quartz to reach love

Crystalline, internal nebula
Crystalline, rocks growing slowmo
Crystalline, I conquer claustrophobia
Crystalline, and demand the light

Octagon, polygon, pipes of and organ
Sonic branches, murmuring drone
Crystallizing galaxies, spread out like my fingers

Crystalline, internal nebula
Crystalline, rocks growing slowmo
Crystalline, I conquer claustrophobia
Crystalline, and demand the light

Crystalline, internal nebula
Crystalline, rocks growing slowmo
Crystalline, I conquer claustrophobia
Crystalline, and demand the light

It's the sparkle you become when you conquer anxiety
It's the sparkle you become when you conquer anxiety


Cosmogony

Heaven, heaven’s bodies
Whirl around me, make me wonder

And they say back then our universe
Was an empty sea, until a silver fox
And her cunning mate began to sing
A song that became the world we know

Heaven, heaven’s bodies
Whirl around me, make me wonder

And they say back then our universe
Was a coal black egg until the god inside
Burst out and from its shattered shell
He made what became the world we know

Heaven, heaven’s bodies
Whirl around me, make me wonder

And they say back then our universe
Was an endless land until our ancestors
Woke up and before they went back to sleep
They carved it up into the world we know

Heaven, heaven’s bodies
Whirl around me, make me wonder

And they say back then our universe
Wasn’t even there until a sudden bang
And then there was light, was sound, was matter
And it all became the world we know

Heaven, heaven’s bodies
Whirl around me, dance eternal


Hollow

Hollow, my ancestors have access
Hollow, I'm falling down the abyss
Hollow, looking for some answers

Generations of mothers sailing in
Somehow they all were shipfolks

Hollow, the ground is opening up
Swallows, me up
The trunk of DNA

Trunk of DNA, trunk.

Now come forth
All species
Come forth
Hollow.

Like a bead in necklace
Thread me upon this chain
I'm part of it
The everlasting necklace

Jewels after jewels after jewels after
Jewels after jewels after jewels
Breathe out
I yearn to belong, let me belong, let me belong


Virus

Like a virus needs a body and soft tissue feeds on blood
Someday I'll find you, the urge is here, ohh-ohh
Like a mushroom on a tree trunk as a protein transmutates
I knock on your skin and I am in, ohh-ohh

The perfect match, you and me, I adapt, contagious
You open up, saying welcome

Like a flame that seeks explosives as gun powder needs a war
I feast inside you, my host is you, ohh-ohh

The perfect match, you and I, you fail to resist
My crystalline charm, you do

Like a virus, patient hunter
I'm waiting for you, I'm starving for you, ohh-ohh
My sweet adversary, ohh, my sweet adversary, ahh
My sweet adversary


Sacrifice


 
Why can't you give her room?
Respect her spatial needs.
I feel you compress her
Into a small space.

With clairvoyance,
She knew what you needed,
And gave it to you.
Now her desires are repressed;
Arrows in the flesh

When she found your love,
Her nature bowed her head;
She surrendered,
She renounced the world for you,
Now she's poisoned by demands
You cannot answer.

Why this sacrifice?
Now she regrets the whole thing,
A delayed reaction
When she left her craft voluntarily
For your nest, for your love.
Did you understand?

Appreciate,
Build a bridge to her.
Initiate a touch
Before it's too late,
Say the words to her
That will make her shine.
Tell her that you love her

Your generosity will show
In the volume of her glow.


Mutual Core



I shuffle around the tectonic plates in my chest
You know I gave it all try to match our continents
To change seasonal shift to form a mutual core
As fast as your fingernail grows the Atlantic ridge drifts
To counteract distance, you know I gave it all
Can you hear the effort of the magnetic strife?
Shuffling of columns to form a mutual core

This eruption undoes stagnation
You didn't know I had it in me
Withheld your love, an unspent capsule
I didn't know you had it in you
You hid the key to our continuity
I didn't know you had it in you
This eruption undoes stagnation
You didn't know, you didn't know


What you resist persists, nuance makes heat
To counteract distance, I know you gave it all
Offered me harmony if things were done your way
My Eurasian plate subsumed forming a mutual core

This eruption undoes stagnation
You didn't know I had it in me
Withheld your love, an unspent capsule
I didn't know you had it in you
You hid the key to our continuity
I didn't know you had it in you
This eruption undoes stagnation
You didn't know, you didn't know


Solstice


When your eyes
Pause on the ball
That hangs on the third branch from the star
You remember why it is dark and why it gets light again

The earth (like the heart) slopes in its seat
And like that it travels along an eliptical path
Drawn into the darkness

An unpolished pearl in sky-black palm of hand
Flickering sun-flame

And then you remember
That you yourself
You are a light-bearer, a light-bearer
Receiving radiance from others

Flickering sun-flake
Unpolished earth in the palm of hand

jeudi 13 octobre 2011

Recevoir CD

Envoyer 2 euros à :

Bertrand Redon
73, bis rue des Fontaines
31300 Toulouse

CD N°1: Cd acid folk

13 morceaux d'acid folk sélectionnés. Les artistes sont détaillés dans le dossier du Trip Tips n°15.
Note : La plupart des morceaux sur cet album sont difficiles à trouver, même sur Internet.

John Lee Hooker (1917-2001)


LE BLUESMAN ORIGINAIRE DES ENVIRONS DE CLARKDALE, Mississippi, rencontra le succès dès 1948 avec Boogie Chilun, et resta à peut près le même pendant un demi-siècle, ne déviant jamais beaucoup de son boogie utilisé comme une signature. Sa propension à enregistrer des hits imparables, tels I’m in the Mood, Crawling Kingsnake ou Boom Boom, et à sauter d’un label à l’autre, de Modern à Savoy, de Impulse à Riverside, 27 labels si l’on en croit les meilleures rétrospectives, en fait peut-être le musicien blues le plus compilé.
Ces compilations vont d’un seul disque qui épargne le budget à la plus complète, allant chercher au fond du baril plus d’alcool, de larmes, de sexe et de sang. Dans la première catégorie, The Definitive Collection (Hip-O, 2006) est ce qu’il y a de mieux. Le coffret simplement dénommé Hooker (Shout !Factory, 2006) est le meilleur moyen d’entrer dans son oeuvre qui court sur quatre disques. 84 chansons qui font l’essence du musicien, de sa couleur, de son grain, ajoutant toute la profondeur nécessaire à l’exercice du best-of. Crawlin’ King Snake, Dimples, It Serves me Right to Suffer, One Bourbon, One Scotch, One Beer (qui a inspiré la chanson de Ry Cooder), I’m in The Mood, The Healer, on traverse les différentes ères de sa carrière, un changement subtil des formes sur lequel ses simples monolithiques et vitaux font de l’ombre. On découvre ainsi la quantité et la qualité de son travail en duos. Pour 42 dollars, cette compilation fait donc sens de sa carrière en plus d’en permettre d’écouter la plupart des points forts.

COMME BEAUCOUP D’ARTISTES DES ANNÉES 40 ET 50, Hooker a longtemps enregistré des simples avant de mettre en boîte de véritables albums. Mais ensuite, pour donner une idée, l’année 1960 seule en a vu paraître six! Et constitue sans doute un point d’orgue de sa carrière, avec House of the Blues (MCA/Chess), I’m John Lee Hooker (Shout ! Factory), That’s my Story (Original Blues classics), Travelin’ (Collectables). L’extraordinaire moisson de blues continua en 1961 et 1962 : John Lee Hooker Plays and Sings the Blues (MCA/Chess), The Blues (Disky Communications), Burnin’ (Collectables), Drifting the Blues (United Recordings), Tupelo Blues (Riverside Records). IL fut très productif jusqu’à la fin des années 80, avec toutefois un passage à vide dans les années 70. Dans la chanson John Lee Hooker for President, Cooder laisse entendre une carrière menée tambour battant, comme une campagne présidentielle. « Every time you hear Boom Boom, that’s a dollar change. I don’t need yo money cause I finance my own campaign.”
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