“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) entraînant (53) envoûtant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) nocturne (20) puissant (20) extravagant (19) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

vendredi 30 novembre 2012

A quiet revolution (2) Imagho - Interview réalisée en novembre 2012





http://www.imagho.fr/


Voir le lyonnais Jean-Louis Prades interpréter en concert un morceau comme Bienvenue est une expérience étonnante d’intimité, d’apaisement, produisant une émotion chaleureuse et dégageant une intensité quasi-dramatique. Les notes se prolongent sous l’effet d’un gadget électronique et de la voûte de cette église toulousaine réhabilitée. On est subjugué par son jeu de guitare, inspiré de Bill Frisell et du jazz, on ne peut s’empêcher d’être happé au cœur des mélodies, de vouloir remonter à leur source, tout en se laissant aller à leur enveloppement.
Depuis plus de dix ans, Imagho c’est aussi des albums en forme de plongée vertigineuse dans l’imaginaire du compositeur lyonnais. Inside Looking Out est tour à tour inquiétant et rassurant, le plus souvent réconfortant, obsédant et fantasmagorique. Les mystères de cet album se lovent dans nos oreilles, même dans la distance, comme lorsqu’il s’agit d’une fanfare s’exerçant dans une école de musique, enregistrée depuis la rue à Silves, au Portugal (dans Silves) ou des syllabes envoûtantes d'un poème suédois sur Septentrion. Il faut  accepter d’être transporté, dérouté, et finalement rassuré par les mélodies de guitare contemplatives que l’on découvre au détour d’une curieuse lamentation.  
Avec Imagho, Jean-Louis Prades enregistre une musique libérée.  Une musique au sein de laquelle se perdre, comme une escapade nocturne, aux destinations multiples, dont la trajectoire sonore embrasse l’art du field recording,  l’improvisation, la matière progressive du folk le plus inédit. Elle semble laisser entendre les origines de la révolution calme que j’ai recherchée en proposant cet article. Elle contient tout l’appel intérieur, toute l’introversion  qui rapprocherait Imagho et Lunt ou encore Half Asleep.  Je n’ai pas posé à Jean-Louis Prades la question concernant le best-seller américain, Quiet : The Power of Introverts in a World that Can't Stop Talking. Au vu de l’enthousiasme qu’il a mis à répondre à ces quelques questions, la réponse à cette question serait sûrement longue - même s’il s’avérait qu’Imagho était le projet d’un artiste introverti.
Inside Looking Out, qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
Il s'agit d'appréhender l'extérieur en le regardant depuis un endroit fermé, comme derrière une fenêtre, ou dans une bulle. Le premier artwork pour cet album était une photo de l'océan prise depuis la meurtrière d'un bunker: beaucoup de noir et un trait horizontal dans lequel on voyait le bleu de l'océan et, plus clair, le bleu du ciel. A l'époque de cet album j'étais passionné par les field recordings, ces enregistrements faits « sur le terrain ». En mêlant la musique et les field-recordings, j'espérais retrouver à l'écoute les sensations ressenties dans les lieux dans lesquels ils avaient été capturés, et j'espérais que les auditeurs se sentiraient transportés dans cet ailleurs: dans mon esprit, l'écoute de ces morceaux devait permettre de « voir » ces lieux aussi clairement qu'en les regardant par une fenetre, sans bouger de chez eux ni même savoir où la musique les emmenait.
Imagho se définit comme un projet ouvert. Cette ouverture semble s’effectuer d’abord du point de vue musical : tu explores différents genres musicaux…C’est aussi une ouverte vers l’extérieur, vers les collaborations. Dirais-tu cette possibilité de collaborer est primordiale pour Imagho, et pourquoi ?
Imagho a toujours été mon projet solo, et j'y tiens car je veux avancer à mon rythme, sans rendre de comptes à personne. Je suis parfois boulimique de travail, d'autres fois pas du tout. J'ai participé à beaucoup de groupes au fil des années, et c'est toujours beau de partager un projet avec de gens, mais il y a fatalement un moment où il faut composer avec les disponibilités et les envies des uns et des autres, et ça coince quasiment toujours. Malgré tout, j'adore jouer avec d'autres gens, d'où mon besoin de collaborations sur mes disques. Je sollicite les musiciens qui jouent sur mes albums quand je pense qu'ils pourront apporter quelque chose, un son, un savoir-faire. Il s'agit la plupart du temps d'amis qui sauront jouer d'un instrument que je ne maitrise pas (le saxo de Daniel Palomo Vinuesa, les rythmiques electro de Cyclyk), ou qui apporteront une couleur qui ne me viendrait pas (la voix et le ukulelé de David Fenech). Dans ces cas-là, je propose mon morceau et les laisse libres de faire ce qu'ils souhaitent, je ne dirige pas du tout leur intervention. Il arrive aussi que j'aie envie de collaborer sur plus qu'un titre: dans ce cas, il ne s'agit pas d'inviter quelqu'un sur ma musique mais de créer quelque chose ensemble. Nous baptisons ces collaborations de nos noms respectifs, comme Fragile_imagho, Ultramilkmaids/imagho, FrzImagho. Une collaboration de ce type est en cours avec un excellent musicien, mais c'est un secret pour l'instant.
Et cependant, tu composes enregistres et mixes l’album seul. Sans aide extérieure ?
Oui je me débrouille tout seul, pour avoir la maîtrise du processus, et puis par facilité aussi. J'ai pensé à une époque qu'avec plus de moyens je ferais des prises ou du mixage en studio, mais en fait je préfère faire tout tout seul. Au fil du temps j'ai développé des compétences, j'ai acquis du matériel, j'ai maintenant mon propre studio... Je m'appuie, quand je suis sur le point de finir un album, sur deux paires d'oreilles critiques auxquelles je fais toute confiance, celle de Franck Lafay (ma moitié dans Baka!) et celle de Gilles Deles (aka Lunt), qui écoutent mon travail et m'aident à voir ce qui reste à accomplir... mais les décisions finales m'appartiennent toujours.
Comment s’est passée la rencontre avec We are Unique records ? T’ont t-ils fait des suggestions pour l’enregistrement de l’album ?
Je suis sur Unique records depuis l'album de Baka! sorti en 2003. Imagho n'était pas sur Unique car j'étais à l'époque chez FBWL, mais Baka! n'avait pas de label et Gérald Guibaud et Gilles Deles avaient accroché sur cet album, alors nous les avons rejoints. Gérald est un grand, grand fan de Nocturnes, le second disque d'Imagho. Quand j'ai terminé Inside Looking Out, FBWL avait mis la clé sous la porte, alors j'ai demandé naturellement à Unique s'ils étaient intéressés, et c'était le cas. We Are Unique ne fait pas de suggestions aux musiciens, nous sommes entièrement libres sur le plan artistique. De toute façon l'album était fini quand je le leur ai proposé.
Tu as sorti des albums sur plusieurs labels, et tu joues dans de nombreux groupes. Pourquoi se partager autant et ne pas se consacrer avec plus d’exclusivité à un projet ?
Parce que j'aime écouter toutes sortes de musiques et que, par voie de conséquence, j'aime jouer différentes choses. Je ne veux pas me priver. Mais depuis 2010 je ne joue plus dans aucun des groupes dont j'étais membre auparavant: FrzImagho a arrêté en 2008, Blinke (un duo de guitares) a été dissous en 2010, Sketches of Pain et Secret Name c'est de l'histoire ancienne aussi. Il ne reste que Baka!, qui se réunit sporadiquement et produit quelques morceaux, comme celui pour la compilation des 10 ans de We Are Unique, ou plus récemment pour le tribute à l'album Beaster de Sugar sorti chez A Découvrir Absolument. Dès que j'en ai l'occasion, je sors dehors et je joue avec d'autres gens, sur des projets à court durée de vie, comme le We Are Unique Ensemble qui a été une expérience extraordinaire, ou je participe à des projets autres, comme des musiques de théatre ou des spectacles avec des comédiens. Mais Imagho est le seul projet qui soit inscrit dans la durée.

"En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World  m'a servi de référence"

Peux-tu citer des albums qui ont pu influencer ta façon de composer et de jouer, concernant Imagho?
Je pense que « step across the border », la BO du film du même nom consacré à Fred Frith, m'a énormément influencé. Je l'ai découverte à sa sortie et c'était nouveau pour moi, l'absence de hiérarchisation entre sons, notes, « bruits », musique... Gastr del Sol a été une influence certaine aussi pour la musique d'imagho. En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World  m'a servi de référence tout au long de la conception de mon nouvel album. Mon jeu est passé par plusieurs phases, qui ont toutes laissé quelques traces: Robert Fripp m'a influencé, son travail avec Eno, dans King Crimson ou en solo, Adrian Belew aux débuts, notamment avec Talking Heads, la paire Ranaldo-Moore aussi, Justin Broadrick (dans Final), Fennesz aussi, Nick Drake... Il y en a beaucoup...
Comment se déroule l’enregistrement d’un album d’Imagho ? Est-ce que ça demande un certain état d’esprit pour enregistrer ?
Je différencie l'enregistrement d'un morceau et l'enregistrement d'un album. En ce qui concerne les morceaux, tous ne se font pas de la même façon : il y a ceux qui sont écrits, et répétés, et pour lesquels l'enregistrement est une façon de leur donner une forme définitive, et puis il y a ceux qui viennent sur le moment, inspirés par un son, un effet, une boucle que je crée, ou une improvisation. Ceux-ci sont impossibles à reprendre plus tard. C'est là que le fait d'avoir un studio à disposition est un vrai plus: quand je sens qu'une idée débouchera sur un morceau, je n'ai qu'à brancher les micros et le morceau est enregistré. L'état d'esprit est vraiment important pour ces morceaux créés en une session, d'ailleurs je sens quand ils arrivent avant même de jouer, c'est comme si je captais une énergie particulière, une sensation de devoir aller jouer parce que quelque chose est là que je ne veux pas laisser filer. Pour les morceaux écrits et qu'il faut bien, au bout d'un moment, coucher sur bandes, la problématique n'est pas la même, cependant je veux absolument éviter les manipulations de studio comme les re-re (le fait de refaire une partie mal jouée sans reprendre la totalité du morceau, en rejouant juste un passage que l'on colle ensuite par-dessus l'erreur): je veux jouer mes parties en entier, sans les trafiquer, pour que l'émotion soit la plus sincère possible, et pour ça il faut que je sois dans un « bon jour » quand je fais les prises; de toute façon ça ne trompe pas, ça se sent en jouant si c'est bon ou pas, tant qu'on sent qu'on est en train de jouer un truc en vue d'un enregistrement, ça ne marche pas parce qu'on s'applique. C'est quand on se laisse porter par le morceau, qu'on oublie qu'on enregistre, qu'on joue vraiment de la musique.

Pour l'enregistrement d'un album, il ne suffit pas de compiler des morceaux, il faut que le tout ait un sens, une atmosphère. Et là, clairement, quand je travaille sur un album, c'est un moment particulier, mais sur le long terme: je fais le tour des compositions dont je dispose, je garde celles qui ont des affinités, et j'écris au fur et à mesure les morceaux qui permettront de faire un « tout » - Je vis alors avec l'album et ne suis capable de rien faire d'autre tant qu'il n'est pas terminé.
Quelles sont les différentes émotions que tu voulais faire passer avec cet album ?
De la douceur, de la beauté: je disais ça déjà à l'époque de  Nocturnes, pour l'artwork, j'avais demandé à Yann Jaffiol qui faisait la pochette qu'elle fasse le même effet que lorsqu'on est en terrasse, dans un lieu calme et agréable, un soir d'été... Je crois que c'est ça que je cherche à retrouver aussi dans Inside Looking Out, transporter les gens dans un sanctuaire, un endroit protégé et bienveillant.

"J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique"
Comment captures-tu et choisis-tu les sons qui figureront sur ton album ?
Si tu veux parler des sons « concrets », je les prends avec un minidisc data (qui enregistre au format CD) et un micro stéréo caché dans mes oreilles, ce qui me donne une belle image stéréo et me permet d'être discret car les gens autour de moi pensent que j'écoute un baladeur, alors que c'est eux que j'écoute! Je ne me souviens pas de tous les fields recordings qui sont sur ILO mais la plupart ont été faits au Portugal en été. J'avais fait pas mal d'enregistrements là-bas et j'avais sélectionné ceux qui me plaisaient le plus. Mais je me suis heurté à une limite: je cherchais à recréer l'atmosphère d'un lieu et d'un moment en intégrant un enregistrement à un morceau de musique. Mais c'était un peu «plaqué » , un peu factice. J'ai ensuite essayé d'écrire la musique en écoutant les field recordings, mais ça ne marchait pas vraiment non plus. J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique: j'ai donc placé les micros assez loin de la guitare pour qu'elle fasse partie du paysage sonore. Et pour que l'osmose soit totale entre la musique, le lieu et le moment, j'ai improvisé les morceaux en fonction de ce que je ressentais. Ces morceaux, enregistrés en sous-bois, au bord d'une source, dans une église, sous la pluie (protégé par un balcon) sont sortis sur le label allemand Fieldmuzick sous le titre « the travelling Guild » en 2009.
Peux-tu nous parler un peu des voix mystérieuses qui apparaissent sur l’album ?
Deux amis ont prêté leurs voix. La voix masculine que l'on entend sur « Lament » est celle de David Fenech, qui a improvisé un chant par-dessus ma guitare folk et son ukulélé. La voix féminine, que l'on entend sur « Septentrion », est celle de Vanessa Sarraf qui lit un poeme en suedois.
Comment penses-tu progresser sur le prochain album ?
C'est une question difficile, non pas parce que je ne sais pas, puisque le nouvel album est terminé et sortira début 2013, mais parce que je suis le plus mal placé pour critiquer et évaluer mon travail... Je peux parler des éléments techniques, de la « mécanique », mais pour l'artistique, je ne peux pas. Je dispose depuis 2 ans d'un studio, donc je pense que le son sera meilleur, plus travaillé. J'ai intégré des instruments que je ne possédais pas auparavant, comme la batterie et de vieux orgues des années 70. J'ai surtout choisi de travailler en direct le plus possible, sans utiliser les facilités de l'informatique: je n'ai jamais corrigé une erreur dans une partie et l'ai systématiquement rejouée en entier jusqu'à être satisfait du résultat. Ca a été surtout difficile à la batterie! J'ai limité les instruments virtuels, notamment en ce qui concerne les claviers, et ai donc utilisé le plus possible mes orgues, branchés dans des amplis, comme on le faisait à l'époque: il n'y a que comme ça que ça sonne naturel, réaliste. J'ai aussi fait passer les instruments virtuels (pianos électriques surtout) par les amplis pour leur ôter leur coté aseptisé. Je ne possède pas de piano, de vibraphone ni de contrebasse, donc les quelques fois où ces instruments apparaissent je les ai joués à l'ordinateur, mais pour le reste tout est fait à l'ancienne, à la main, note après note. La tonalité générale de l'album est peut-être un peu plus jazz que les anciens, il y a plus de rythmes, l'instrumentation est plus riche et les arrangements sont plus fouillés, mais je l'ai voulu aéré et mélodique et, comme toujours, mélancolique.

"Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché."


Quel est ton meilleur souvenir concernant Imagho ?
Il y en a beaucoup, depuis 1997, et heureusement, tout ce temps passé à faire Imagho aurait paru long sans bon moments. Le meilleur est probablement la fois où, après avoir vu Fragile en concert, je me suis laissé convaincre par ma chérie d'envoyer une K7 de démo à Hervé Thomas. Nous étions grands fans de Hint, et j'avais trouvé Fragile tout aussi excellent. Il ne s'est rien passé pendant quelques semaines, et puis un jour un message m'attendait sur mon répondeur, c'était Hervé qui me disait qu'il avait aimé Imagho et qu'il me rappellerait pour faire « quelque chose » ensemble. C'était tellement inattendu, et j'étais (et suis toujours) tellement impressionné par son talent que ça m'a marqué au point d'enregistrer son message sur un minisdisc, que je dois toujours avoir quelque part! Le « quelque chose ensemble » devait être un morceau en commun, nous avons finalement fait tout un album (« ombresombre »). J'ai eu beaucoup d'autres très bons moments, et je citerai récemment les premiers concerts d'Imagho en 2011, où je me suis rendu compte que ce projet était viable en live, et aussi celui de juin 2012 à Lyon où j'ai joué pour la première fois simplement de la guitare folk, seul, sans effets ni boucles, dans le plus simple appareil. L'écoute du public était telle qu'une personne s'est levée pour éteindre un ventilateur dont le bourdonnement le gènait. Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché.
Je prévois d'intégrer cette interview à un article appelé 'a quiet revolution'. Quel serait ton slogan pour une révolution musicale ?
Je n'aime pas les slogans, je trouve ça réducteur, c'est juste bon pour les manifestations et la publicité. Je préfère proposer un précepte : « ne perdez jamais le contact avec l'enfant que vous étiez ».

lundi 26 novembre 2012

Concert - Beth Orton à la Gaieté Lyrique - 15/11/2012



Concrete Sky by Beth Orton on Grooveshark


Le public est silencieux et souriant, mais suffisamment impressionnant pour la jauge de timidité de Beth Orton. Elle a pourtant récemment fait le show de David Letterman en solitaire, et avec une belle assurance. Ce soir à la Gaieté Lyrique, elle a fini par trouver ‘intéressant’ le ‘niveau d’inconfort’ qu’elle éprouvait, riant de sa propre gaucherie. Peut-être la gaucherie est t-elle bénéfique lorsqu'on transmet l'héritage de Nick Drake, lorsqu'on recherche la défiance, tirée dans l'hésitation, qui produit le frisson et la magie de ce genre de folk introspectif. La prochaine fois, cependant, Orton se promet de revenir avec un groupe.
C’est vrai qu’on se serait attendu à ce qu’elle soit accompagnée d’un violoncelle, tant les chansons de son dernier album, l’exquis Sugaring Season s’y sont prêtées à merveille. Quatre arrangeurs, dont le génial Nico Muhly avaient participé, à New York, à leur enregistrement. Beth Orton n'a ce soir que l’intimité de deux guitares, un banjo - et un piano Rhodes qui rappelle à quel point sa musique peut être séduisante, aussi, sous l’angle de ses inspirations soul et jazz. Le batteur Brian Blade, présent sur l'album, n'était pas là pour attester complètement de ces dernières.
Sam Amidon, un mari de onze ans son cadet, reprend, décontracté, quelques chansons issues d’une autre face cachée du folk. Sa mission, c’est de nous faire redécouvrir Bessie Jones, de nous faire chanter le mot ‘sometimes’ sur la reprise d’une chanson pour enfants, Way Go Lily, de dynamiter la gravité nécessaire de ses belles interprétations par de stupides jeux vocaux qui finiront par le faire pouffer de rire, et le public aussi. Dans ses meilleurs moments, sa voix est agile autant que posée, dormante autant que chantante ; dans ses autres meilleurs moments, c’est un cri rauque ou un gloussement.
C’est avant que les réminiscences d’une tradition très anglaise ne gagnent la scène, après un peu d’attente, en la personne de Beth Orton. L’après-midi, les interviews planifiées (dont la mienne) ont été annulées, ce qui lui a laissé le temps de préparer la soirée. L’accent compris, impossible de prendre la chanteuse installée à New-York pour une américaine. C’est une anglaise jusqu’au bout des ongles.
Les deux derniers doigts de sa main droite semblent ancrés dans le bois de sa guitare tandis que les trois autres se livrent à cet exercice du picking qu’elle connaît à la perfection pour l’avoir appris avec le plus grand des musiciens folk anglais : Bert Jansch. La meilleure partie de Sugaring Season constituera grosso modo la première moitié, parfaite, du concert ; State Of Grace d’abord, Something More Beautiful ou Candles ensuite. Magpie, dont les arpèges ont une superbe assurance, envoûte, fait naître dans nos oreilles la même vibration qu’à l’écoute de l’album : une tension électrique, la plus forte à émaner d'une chanson de Beth Orton. La voix devient parfois un peu rauque (elle a seulement récemment arrêté de fumer), prend des intonations puissantes et variées. On sait qu'il s'agira d'un moment spécial dès les premiers vers de la première chanson : « Put my stake into the ground/ Made my claim this time around. » De façon plus brute et intense que sur l'album, se mélangent une joie timide et une puissante mélancolie. Pas de doute, c'est bien la même personne, avec ses projections de solitude et de tragédie - si proches des limites de l'existence qu'elle semble humer déjà comment ce sera de l'autre côté – la même qui avait si largement et profondément bouleversé avec Trailer Park en 1996.
Elle joue aussi quelques-unes de ses chansons préférées provenant de ses autres albums : Sugar Boy, Touch Me With Your love, Safe in Your Arms. Les poignants arpèges qui remplacent leur enrobage électronique original rendent les chansons de Trailer Park ou Central Reservation (1999) plus transparentes et fragiles. L'humeur n'est pas entièrement introspective ; capable de faire la part des émotions, Beth Orton, montre, en filigrane, comment sa nouvelle vie de famille l'a comblée. Ce soir, elle a raconte une transition achevée, entamée en 2002 avec Daybreaker et continuée en 2006 avec Comfort With Strangers. C'est évident sur Concrete Sky, en duo avec Sam Amidon : un moment engageant qui célèbre l'harmonie et la plénitude de l'existence.


Paroles Concrete Sky :

Faith has a good side still everyone she ever loved they all turned bad
Constance his own way of breathing and you know
You couldn't will him to survive
Couldn't will him if you if you tried, and there's a concrete sky
Falling from the trees again and you know now why
It's not coming round too soon
It's harder than a heartbreak too

I've seen your good side but I still don't know just what it is
That you might want
See you've got your own way of moving
And you know you could save me
Save your soul, I'll save some of you
Save my soul, feel like I'm falling fell like I'm falling
And there's a concrete sky
Falling from the trees again and you know now why
It's not coming round too soon, it's harder than a heartbreak too
It's tough enough what love will do

So much time gets lost in my mind
But I know now what I must rely on
It's a sound and forgetting, ain't the worst thing
I've been out walking don't do too much talking
Wouldn't take too much time, wouldn't take all your time
Cos it's as precious as mine Save my soul, I'll save some for you
Save my soul feel like I'm falling feel like I'm falling
And there's a concrete sky
Falling from the trees again and you know now why
It's not coming round too soon, it's harder than a heartbreak too
It's tough enough what love will do
And you're as precious as mine
And you're as precious as mine...

samedi 24 novembre 2012

Chris Smither - Hundred Dollar Valentine (2012)



 
 
Parution : 2012
Genre : Blues, folk, rock
A écouter : On the edge, What Mght Have Been, I Feel the Same, What they Say
 
OO
Qualités : engagé, poignant, apaisé
 
Un album qui nous ramène à une ère où la musique était ressentie au fond du cœur, et dans des régions américaines où il n’y avait rien de tel que des genres musicaux, mais où les interprètes solitaires pouvaient tremper dans le blues de Lightning Hopkins et Mississippi John Hurt, s’inspirer de Randy Newman et reprendre en chemin Tulane de Chuck Berry, Rock and Roll Doctor de Little Feat ou Desolation Row de Bob Dylan, faisant preuve de foi, de sincérité et d’humilité. Hundred Dollar Valentine est pourtant un album moderne, enregistré avec une précision minutieuse. Il montre que ces leçons d’humilité et de patience ont payé, faisant aujourd’hui de Chris Smither, à 67 ans, un de ces musiciens pour lesquels on ne peut s’empêcher d’éprouver un profond respect.
C’est son douzième album et le premier qui soit constitué uniquement de chansons originales. Il montre toute l‘étendue de sa sensibilité, fait preuve à nouveau d’une envie de secouer les choses établies, s’insurge face aux catastrophes que traverse son pays, fustige la religion parce ce qu’elle provoque la passivité, exhorte à prendre les problèmes du présent avec cœur plutôt que l’angoisse au ventre. On the Edge, c’est le nom d’une chanson dont le titre résume le sentiment idéal que devrait dégager la musique blues et la musique en général. Chris Smither n’est pas exclusif mais accessible, vous invite à comprendre ce que c’est que d’être à son âge passionné de musique, et musicien talentueux lui-même, vous fait entendre le fond de sa pensée en l’agrémentant d’un humour délicat, vous demande de le situer lui-même à l’intérieur de la grande histoire des musiques américaines, et à l’intérieur de sa propre vie, dont il se rend bien compte que la plus grosse partie est derrière lui. Smither est de ceux qui se bonifient à travers l’expérience de leurs propres sujets existentiels, et dont les albums gagnent peu à peu une sagesse et une acuité différentes.
Chris Smither n’a pas besoin de rappeler constamment qu’il est en train de jouer le blues. Sa voix et son jeu de guitare en finger-picking, élégant et délicat sont les meilleures garanties de son inspiration. Emprunte de tranquillité et de bienveillance, ses chansons évitent pourtant la redite, certaines dégageant au prime abord une tristesse simple et intense – On the Edge, I Feel the Same, Feeling by Degrees –, mais avec, elle leur centre, le rythme marqué par un tapement de pied, comme un battement de cœur.  D’autres vous ravissant plus tard parce qu’elle sont entraînantes et et amusantes jusque dans leur gravité même : "They say the good die young, but it ain't for certain, / I been good all day, and I ain't hurtin', / Not in any way, I'm too old to die young." (What They Say).  Il y a aussi What Might Have Been, blues à l’évidence fascinante.  
Ce qui hisse Hundred Dollar Valentine au pinacle, c’est le choix des accompagnements : l’harmonica chaleureux de Jimmy Fitting, sur le morceau-titre par exemple, ou les contre-mélodies de Kris Delmhorst au violoncelle et Ian Kennedy au violon sur On the Edge. Tout l’album est méticuleuse arrangé.
 

mardi 20 novembre 2012

The Dreamy Dogs - A Road in the Woods (2012)




lundi 19 novembre 2012

Jullian Angel - Kamikaze Planning Holidays (2011)




Parution : février 2011
Label : Escape fantasy/Les disques normal
Genre : Folk,

Midget ! - Lumière d'en bas (2012)




 



Parution : novembre 2012
Label : We are Unique ! Records
Genre : Dream folk, Chanson
Mes préférées : Don't ever, Sleepwalker, Cet Air, Wheel the Real


Qualités : Doux-amer, soigné, onirique


La musique sur le premier album du tout jeune duo Midget ! serpente et se faufile à la cadence de ses guitares étouffées. C’est un animal rêveur, d’apparence modeste, mais qui recouvre peu à peu vos sens, à votre insu, ouvre ses pattes membranées pour vous inspirer des sensations. Selon les heures du jour, Lumière d’en bas peut apparaître comme un traitement plus ou moins insolite, toujours bénéfiques à vos sens de diverses façons. Je me réjouis toujours de nouvelles grâces, de nouveaux moments de langueur, de petites félicités harmoniques, pensant entendre peu à peu les mécanismes qui font l’irrévocable beauté de la musique toujours légère de Midget !. On se laisser porter par des instants fugaces : ce refrain par exemple, « Le serments se font à ciel ouvert/tu le sais, Amour, tu le sais. » Pour mériter leur étiquette de « meilleur duo/groupe dream-folk de l’année », ils n’ont qu’à nous confronter, ce qu’ils font, à des évocations de rêve pur : la parfaite Sleepwalker, et une ligne ça et là, sur Les Mailles par exemple : « C’est un tel éclat que l’on ne voit jamais/Au-delà des cercles d’ambre sous les paupières ».

On imagine combien il est difficile d’enregistrer un album aussi doux sans échouer. Claire Vailler et Mocke ont tiré ensemble tous les fils invisibles de ces chansons françaises ou anglaises, empruntant à la poésie de ces deux langues d’une façon vraiment personnelle. Inspirés par de délicates structures mélodiques jouées à la guitare, ils ont poussé les enveloppes et les ont embellies de claviers discrets et d’autres instruments servant de ponctuation et donnant des visions féériques à leur partition. Le résultat a une intimité, une douceur qui s’intensifie avec ses velléités progressives.

Claire décide de chanter de mille façons, court le danger de ne pas trouver  le ton juste. The Scottish Way ou Le Vert et le Gris semblent danser tant de mouvements simultanés et trouver dans ces mouvements apparemment disjoints une identité et une nouvelle assurance. « J’ai perdu mon cœur, j’ai perdu ma folie/contre ma peau/Avant de la laisser couler sur l’étendard ou la foule qui s’éloigne. » Midget !, c’est comme regarder ces danseurs flamands exécuter leurs interprétations contemporaines, oniriques et doucement sauvages d’une pièce de Ravel - version chanson folk.


Outre la richesse harmonique qui constitue la signature du duo, une gravité envoûtante fait surpasser aux chansons leur formes de comptines, lorsqu’on évoque un désir rejeté sur Don’t Ever ou l’arrivée de l’hiver sur Cet Air. Cette dernière est une petite gemme qui entrecroise les mélodies. Puis vient Wheel the Real. « Rip the bitter and sour/things that creep at your side. » On peut sentir ces choses rampantes gratter de leurs petites pattes espiègles et vous inculquer chacune une image, un mot, un son, une contribution précieuse et parfois amère. Le refrain est encore de ces moments chatoyants : « You reap what you sow but it’s not what you are/Until you decide you will never never never/Know who is to blame if you’re on the wrong side.” On se laisse porter et déposer ailleurs, par la seule poésie des mots.

Plus d'infos : http://www.uniquerecords.org/artists/midget-_27/lumiere-d-en-bas_74.html


vendredi 16 novembre 2012

jeudi 15 novembre 2012

Brome - La Crue (2012)

 




Parution : 15 novembre 2012
Label : Sosei Records
Genre : Chanson, Folk, Rock alternatif
A écouter : Après les Dunes, La Mer à Nantes, Je te Mangerai
 
Qualités : soigné, apaisé
 
Accompagné d’une dizaine d’amis musiciens, dont un trio de choristes baptisés avec un sourire les ‘bromettes’, Timothée Demoury s’approprie intelligemment la liberté de ton dont font preuve ses influences américaines, Low, Smog, Codéine. Il égrène les mots dans un temps qui semble tout d’abord incertain avant de gagner sa propre évidence. Les strophes se détachent par morceaux, se bousculent presque et font mine de plonger dans les méandres naturelles des chansons. Pas une qui ne pousse son enveloppe sans se saisir à mi-chemin de la fragilité des mots, chaque fois de façon un peu différente. La Mer à Nantes par exemple, en duo avec Claire Weidmann, combine mots et musique avec fraîcheur et mélancolie : « Un jour il y aura la mer la Nantes/nous entendrons les vagues rouler derrière les immeubles ». Entre guitare acoustique et électrique, le choix est fait au cas par cas.
 
Les chansons de La Crue sont souvent évanescentes et parfois un peu nerveuses, retenant juste ce qu’il faut de mélodie, d’intensité pour continuer d’aller et d’éclairer, comme un jour qui ne finit jamais de tomber complètement. Depuis Nantes ou Berlin, Demoury est attentif aux détails d’un monde qui change, ou à ceux d’un paysage qui était déjà là mais qu’on n’avait pas remarqué, pris qu’on était entre deux voyages ; l’album d’un regard qui se fixe enfin, d’un individu qui observe sa destination, cet extérieur confortable, et se laisse influencer doucement. On pense à Bill Callahan sur A River Ain’t To Much To Love (2005). Le tout s‘écoute pareil à une déambulation sur les chemins. Il y a aussi quelques sursauts d’humeur joueuse, avec Je Te Mangerai (sur laquelle Demoury est au banjo tandis que Clément Loisel fait du beat-boxing) ou La Triche.
 
 

lundi 12 novembre 2012

Trip Tips 20 disponible


Dispo chez les disuaires habituels et en cliquant sur le lien en haut du blog : 'télécharger Trip Trips'.

Au prix de 2 euros chez Vicious Circle à Toulouse. Gratuit ailleurs. Merci !

Sommaire

Neurosis
Cold Specks
Jon Cleary+Allen Toussaint+Lee Dorsey
Cat Power
Legendary Tigerman+Rita Redshoes
Stuck in the Sound
Diane Cluck
Sharon Van Etten
Matt Elliott
Lightning Bolt
Wintersleep


Cold Specks - CD Dédicacé

1) Répondre aux deux questions dans Trip Tips n° 20
Aide : les Trip Tips sont accessibles en ligne à partir de la barre 'télécharger le fanzine' en haut du blog
2) Répondre par un message à ce post, ou si vous préférez m'envoyer un message à mon adresse personnelle : redon@hotmail.fr avec les réponses.
3) En cas de bonnes réponses multiples, je ferai un tirage au sort.


Half Asleep - Subtitles for the Silent Versions (2011)





Label : We Are Unique ! records
http://www.uniquerecords.org/
Genre : Folk,
Mes préférées : Mars, The Grass Divides Wth a Comb, The Bell, For God's Sake
 





Une superbe soirée pour les dix ans du label We are Unique Records, m’ont révélé cette artiste belge à l’univers singulier et envoûtant. En concert, la confiance en elle de Valérie Leclercq m’a frappé ; comment elle parvenait à traverser au travers des différentes enveloppes que contiennent ses chansons. Car les interpréter n’est pas un exercice qui fait aller d’un point A à un point B, mais bien celui qui la fait prendre quantité de directions parfois ardues dont la somme produit un tableau noir et saisissant.  Subtiles for the Silent Versions est long (une heure), plein de nervures, de branches dénudées par la froidure. Valérie Leclercq a travaillé sans se presser pendant cinq ans sur ce troisième album minutieux, finalement enregistré avec l’aide et le support  d’amis et de l’équipe du label toulousain We are Unique ! Records.  « Il y a des fois où je suis trop heureuse pour penser à m’enfermer chez moi avec mes instruments », avance Valérie pour expliquer le temps écoulé depuis son dernier album.
On évoque l’acid folk de Comus aussi bien que Nico pour décrire les méandres envoûtants de ces chansons souvent interprétées au piano, ou sinon à la guitare, avec une confiance qui fait de l’accent anglais pour le moins européen de Valérie une singularité, de la façon dont elle prononce les mots une force. Ses doigts semblent porter une inspiration qui dégivre lentement et laisser l’instrument saisi, s’échangeant souvent contre des voix chorales – notamment celle de sa sœur Oriane et de son ami musicien Jullian Angel – et des instruments à vent : clarinette, trompette, trombone ou flute. Ce que la musicienne aimerait, c’est se perfectionner à la clarinette et jouer un jour de la clarinette basse, son instrument favori.
 Avec un titre tel que celui-ci, Subtiles..., pas étonnant que les textes prennent une telle prépondérance. Les narrations complexes de The Fith Stage of Sleep, For God’s Sake Let Them Go ! ou de The Grass Divides As With a Comb illustrent  la construction par paliers de l’album, sa répartition en plusieurs niveaux de perception dans lesquelles un différent jeu est joué. For God's Sake... se démarque par une deuxième partie plus intense qu’à l’accoutumée, chantée avec urgence, dont voici un bref extrait : « our muscles to quiver/Our hearts topound louder in our ears/we run in all right and wrong directions.” The Bell décrit un monde clos et dur. Mars ne contient que quelques mots d’une violence avérée. La fascination de Valérie pour les poétesses anglo-saxonnes (elle a lu par exemple l’autobiographie d’Anne Carson) l’a amenée à emprunter quelques vers à Emily Dickinson   
« Je pense être particulièrement fière du « tronçon du milieu » du disque, de cet enchaînement entre les chansons « Mars », « The Grass Divides as with a Comb » et « Sea of Roofs ». Ces titres sont l’apparition de l’étrange et ils annoncent déjà le prochain disque, ce vers quoi je veux aller. Ceci dit, je crois que « the grass » aura toujours une place particulière dans mon imaginaire auto-musical… C’est le titre parfait, dans le sens où il contient toutes mes aspirations du moment : la menace, la complexité mélodique, le polymorphisme de structure, l’instrumentation riche, l’explosion rapide et le chœur de voix humaines. Oui, je suis très très fière de ce titre. Je pourrais en faire une carte de visite. »
 
"Le monde de la musique est essentiellement un monde de camaraderies masculines, duquel il est facile de se sentir exclue. Entre les techniciens du son, les musiciens, les chroniqueurs, les passionnés, les historiens du « rock » (au sens large), - tous des mecs – il y a beaucoup de clins d’œil qui s’échangent, beaucoup de l’histoire des grands génies qui s’écrit, pendant que les femmes, en périphérie, continuent à être louées pour leur sensualité, leur sensibilité, leurs talents vocaux, ou leur beauté. Et pas pour les mondes qu’elles créent, ni pour leur vision, leur savoir-faire, leur intelligence (y compris émotionnelle). Si Pj Harvey est une des seules références qui vient à l’esprit des chroniqueurs depuis 15 ans à l’écoute d’à peu près n’importe quelle nouvelle artiste féminine, c’est parce qu’elle est une des seules à qui l’on a octroyé cette individualité, cette vision, cette intelligence autonome. Toutes les autres flottent dans l’histoire, non arrimées. »
Les extraits d'inerview proviennent de Cutureaupoing

vendredi 9 novembre 2012

The Mountain Goats - Transcendental Youth (2012)





Parution : octobre 2012
Label : Merge
Genre : Folk rock, auteur
A écouter : Cry For Judas, White Cedar, The Diaz Brothers

OO
Qualmités : Doux-amer, soigné

Quand j’ai entendu pour la première fois The Life in the World to Come (2009), mon introduction auprès du trio folk-rock The Mountain Goats, ce sont les mots du chanteur John Darnielle qui m’ont frappés en premier – ce que je n’aurais pas cru possible étant donné la barrière de la langue - et la façon dont il les chantait, avec cette voix tendue, intense. Darnielle articule ses chansons à la perfection, et les phrases se font incisives, participant pour beaucoup à l’appel de ce groupe « auteur » ; bien sûr, il est aussi réputé pour écrire des chansons hors du commun.


Genre de héros du folk-rock originaire de Bloomington, Indiana, John Darnielle rappelle un peu le cas de Pete Townshend, le sincère chanteur de The Who : comme lui, il a été victime de violences étant petit (de la part de son beau père), et a trouvé sa propre manière de recycler cette expérience dans ses disques, notamment sur le très autobiographique The Sunset Tree (2005). A ma connaissance, il ne s’est pas engagé auprès d’associations combattant la maltraitance comme Townshend, mais une ligne comme « Do every stupid thing that makes you feel alive/Do every stupid thing to try to drive the dark away », sur la première chanson de Transcendental Youth, révèle une empathie pour l’état d’adolescence. Ses chansons évoquent souvent la construction de l’individu, les forces – une part d’ombre, une responsabilité, une place dans l’univers, l’acceptation de ses propres fautes, la confrontation à une spiritualité ou une religion – qui vont faire de lui un adulte. Et même si The Sunset Tree est l’un des albums les plus marquants des Mountain Goats, Danielle est plus enclin à reprendre des personnages aux traits mythologiques ou bibliques plutôt que d’étaler sa propre existence, créant une galerie gothico-comique et construisant peu à peu sa propre géographie à l’échelle planétaire. « Tout endroit sur Terre a sa propre fréquence. Elle n’est pas bonne ou mauvaise, elle est juste là, et si vous pouvez vous y accorder, vous pouvez y trouver un confort. »


IL a trouvé le moyen d’écrire des histoires sensibles et parfois menaçantes, qui pourraient se résumer, en utilisant ses mots, en des ‘stratégies de survie’. Soit à chaque fois le moyen de faire preuve d’un sens inouï de la persévérance. « Les personnes de mon entourage s’amusent de mon incapacité à la lassitude », reconnaît t-il. C’est pourquoi même après 20 ans ses chansons restent de petites triomphes pleins d’inspirations.


Comme sur Amy (Aka Spent Gladiator 1), «Fais n’importe quoi pour garder l’ombre loin de toi », ce pourrait même être son leitmotiv depuis 20 ans et 14 albums d’une constance inégalée dans la musique populaire américaine d’aujourd’hui. C’est 200 chansons, toutes très bonnes ou excellentes. Transcendental Youth s’enfonce plus loin que ces prédécesseurs dans l’évocation d’une obscurité cryptique comme seuls les groupes de black-metal, pensait t-on, avaient le secret, avec l’imagier de serpents et de traîtres, de métaphores guerrières, de peuples ou de personnes opprimées. Ca tombe bien, John Darnielle est un amateur du genre, et, lyriquement comme musicalement, il en joue avec les codes. All Eternals Decks (2011) était déjà plus noir qu’auparavant, et Darnielle continue dans cette veine, créant des personnages dont les expériences semblent s’approcher de plus en plus des limites de l’existence, résultant d’une poésie pleine de feu, d’hallucinations et de lumière sacrée, d’images bibliques ? Les Mountain Goats, après tout, ont un album appelé The Heretic Pride (2008), et un autre qui s’inspire d’extraits du nouveau testament. Darnielle en tire une modernité propre, dans sa façon de traiter différentes psychologies et de les diriger vers la rédemption.


Ici, les chansons s’appellent Cry For Judas, White Cedar ou In Memory of Satan. Dans cette dernière : “Make some scratches on my floor/Crawled out on my hands and knees/In old movies people scream/Choking on their fists when they see shadows like this”. Avant qu’avec la dérision réjouissante qui est la marque du groupe, Darnielle continue : « But not one screams cuz it's just me. » Until I Am Whole aurait pu être chantée par Neurosis : « Burn the tree line down/Hold my hopes underwater/Stand there and watch them drown.” Night Light continue dans une atmosphere doom-folk somptueuse.


Musicalement parlant , un album des Mountain Goats est toujours quelque chose d’un peu raide. Darnielle a joué pourtant régulièrement de la plénitude d’un piano, un instrument qu’il semble affectionner pour ses possibilités mélodiques comme percussives, complémentaires d’une batterie très efficace. Sur une bonne moitié des chansons de Transcendental Youth, des arrangements de cordes arrondissement les angles et permettent aux chansons de se déposer avec une grâce nouvelle. On retrouve aussi l’étonnante contradiction entre la guitare acoustique que charpente la plupart des chansons et la vaste instrumentation qui y est greffée. Autour du trio jouent une dizaine d’invités. Sur In Memory of Satan le groupe fait de l’auro persuasion en tentant de se plonger dans une sorte de torpeur, ce qui est une bonne chose puisque leurs mélodies sont habituelles hyper changeantes. D’un autre côté, certaines de ces chansons sont les plus entraînantes dans le récent répertoire du groupe : Cry For Judas ou The Diaz Brothers, un numéro de rock au piano, bien serré. La basse fretless est plus bondissante que jamais. Certaines notes de piano, Sur Spent Gladiator, dont les mots ‘stay alive’ se répètent comme un mantra, ou Until I Am Whole, les notes de piano égrenées semblent s’échapper des tréfonds d’une cathédrale. En final, la chanson titre est celle ou les trompettes, tubas et cors se manifestent dans l’esprit d’une marche funéraire de la Nouvelle-Orléans, avec la dose qu’il faut d’impertinence et de liberté.


Quand à la pochette, elle représente la notion d’ambivalence chère au groupe : « Il s’agit de gens échappant à quelque chose, mais s’élevant vers un monde hanté de démons. Elle représente l’apprentissage des choses obscures qui vous procurent du plaisir et semblent menaçantes mais vous appartiennent, en un sens. »

mercredi 7 novembre 2012

Bombino - Agadez (2011)

Superbe blues touareg pour ceux qui aiment déjà Tinariwen !

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