“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) extravagant (20) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 2 décembre 2013

Groupe de l'année 2013 : LOS CAMPESINOS (1)


L’urgence d’Arcade Fire, alors qu’ils semblent comme eux célébrer une amitié triomphante, est moins amère, moins du type Shakespeare transformé en feuilleton, avec sa reine folle et les héros de jeunesse rendus ivres de victoires et d’honneur par leurs sorcières de copines. Los Campesinos n’ont pas changé le monde du rock indépendant comme Arcade Fire avec leur album-concept évoquant la banlieue de leur enfance, The Suburbs (2010) – ils ont énergiquement commencé par envenimer leurs relations avec leurs amis d’université, ceux qui se sont reconnus, mais trop tard, dans leurs chansons.
Il y a sans doute eu ceux qu’elles ont persuadé qu’il ne fallait pas s’en faire, qu’elles n’étaient qu’un feu de paille, et ceux qu’elles ont transformé de manière positive, durablement. Gareth ‘Campesinos’ - le nom du groupe, les ‘paysans’ en espagnol, leur sert de patronyme à tous – est de ceux là, du côté de ceux qui voient les chansons suggestives comme une thérapie de longue durée – six ans déjà qu’il a commencé. Chanteur d’un groupe qui démarre en 2007 à 7 membres, il est l’animateur du jeu télévisé qu’aurait pu susciter Los Campesinos avec certaines de leur chansons. On imagine bien Gareth convier les filles dont il a coutume de trahir l’intimité, pour qu’elles puissent défendre leur version des faits face à leur auditeurs.
Basé sur ce que tu dis sur Tweeter, on dirait que tu regardes l’émission Britain’s Got Talent 20 heures par semaine.
Oui, c’est assez vrai. Nous sommes des gens très simples. En particulier en Angleterre, je pense que les gens cherchaient à nous mettre dans une niche, à cause des tee shirts que nous portions, à l’effigie de certains groupes et des choses enflammées que j’ai dites en interview, et on a rapidement fait de nous des snobs, qui s’enfermaient dans une certaine classe.
Los Campesinos sont pétris d’enthousiasme, le groupe le plus entraînant voire infantilisant au monde à leurs débuts. Dans cette foule, regardez maintenant Gareth. Il adore les émissions de divertissement, le football, les relations et internet. Ce n’est peut-être plus un étudiant, mais il travaille dur au véritable sport du groupe : l’antisnobisme. Faire allusion à d’autres artistes sans s’en emparer, ne juger personne en parlant de tout le monde, jouer devant les fans sans créer une hiérarchie entre eux et le public. Pour compenser l’énergie de Gareth à amener ses chansons, à raconter l’histoire de son entourage, il faudrait qu’un autre garçon de l’université de Cardiff conçoive dans son studette une contre-paysannerie carburant à l’humiliation et à la frustration que Los Campesinos ont provoquées quand Gareth dérape. Quelqu’un le déteste forcément, ou le détestait avant que son groupe ne sorte pour de bon du carcan des relations pour prendre une dimension plus globale avec No Blues en 2013. A la lumière de ce nouvel album, les précédents, Hold on Now, Youngster (2008) et Romance is Boring (2010), en particulier, prennent de la valeur, paraissent essentiels à une certaine école de vie où l’on apprend la subtilité.
Contrer Los Campesinos efficacement voudrait dire avoir la main aussi heureuse qu’eux quant au choix du producteur : Dave Newfeld a travaillé avec un autre groupe Canadien nombreux, Broken Social Scene, et il le fallait pour éviter que le mélange des voix, des instruments, de l’énergie et des mélodies ne fasse de Hold on Now, Youngster un désastre. Au lieu de quoi, la combinaison d’énergie punk, de la verve de Gareth, de l’émotion juvénile et du son abrasif du rock ‘garage’ a trouvé son équilibre ici, dès les débuts du groupe. Avec ses voix plus diverses et incontrôlées, son instrumentation plus sèche et entraînante et sa progression plus chaotique que ce que le groupe fera par la suite, Hold On Now, Youngster est le parfait album de jeunesse. Pour expliquer sa singularité, il faudrait raconter que deux des trois filles du groupe l’ont quitté depuis pour poursuivre leurs études, pendant les six ans qui séparent cet album de No Blues. Don’t Tell Me To Do The Maths contient la meilleure performance d’Aleksandra Campesinos, et un condensé de ce que le groupe a délaissé au fil des années. Aleks, mais aussi : la prédominance d’un instrument de percussion qui va nécessiter une petite explication de Gareth, et une fougue qui sera remplacée par un déroulement plus imposant des couplets et des refrains. L’ambiance générale, enfantine, sera conservée. Aleksandra quitte le groupe peu après l’enregistrement de Hold On Now, Youngster au profit de Kim, la sœur de Gareth.
Six ans, c’est environ l’âge des enfants devant lesquels le groupe a joué l’une de leurs premières et de leurs plus mémorables chansons, celle qui commence par un simple accord de guitare avant d’accélérer doucement, en une longue intro, et d’exploser sur la mélodie entêtante de son refrain. C’était à l’occasion d’une initiative étonnante, Kidrockers, des concerts filmés, organisés dans plusieurs grandes villes des Etats Unis, qui sont « conçus pour faire venir les familles au complet, et assister aux performances d’artistes parmi les plus engageants et vitaux de la musique indie. Les artistes jouent des chansons originales (et pas spécifiquement conçues pour des enfants) d’une façon qui est à la fois authentique et adaptée aux plus petits ». Los Campesinos devaient s’y produire. Il a paru naturel à Gareth de commencer la performance de You ! Me ! Dancing par expliquer la différence entre un xylophone et un glokenspiel (l’un en bois, l’autre en métal). L’instrument et des paroles un peu plus timides que ce que l’on connaîtra par la suite positionnent You ! Me ! Dancing loin des chansons plus récentes, amples et douloureuses de Gareth. Mais ce que le groupe n’a pas transformé, il a su toujours le ramener au frisson originel produit par cette chanson. Un moment de leur carrière où une petite fille dans la salle pouvait leur demander « et pourquoi vous n’aimez pas danser ? » puisqu’on avait demandé aux enfants de reprendre en coeur « One Thing that i could never confess/is that i could’nt dance a single step. »
The Hobbies
Ne pas savoir danser est le point commun de tous ceux qui passent trop de temps à regarder les autres vivre dans un écran, par exemple. Mais la remise en question de ses capacités, que ce soit à maintenir une relation, à danser, etc. est l’un des aspects évoqués habituellement dans les chansons et chez les groupes indie surtout. Si c’est pour passer une partie de sa vie à énumérer des relations ratées en portant les cartons de sa collection de disques, comme John Cusack dans l’adaptation du livre de Nick Hornby, Haute Fidélité, il vaut mieux s’en amuser.
Sur le premier album toujours, My Year in Lists est une chanson de 266 mots et d’un peu moins de deux minutes. Il y est question de résolutions prises pour le nouvel an, une liste qui va jusqu’à cinq comme lorsque Cusack classe avec obsession ses disques préférés. Et cette phrase sur Knee Deep at ATP : «Well, I need new hobbies, that’s one thing for certain », comme si ces nouvelles passions allaient le transformer. Gareth sait chanter : mais il le fait comme on n’imagine qu’il danserait, donnant la sensation que même les relations infructueuses font partie de ces nouveaux hobbies après lesquels il court. Le football et internet remplissent le reste de son existence.
On peut dire de Los Campesinos qu’ils sont un avatar de la culture en ligne, d’une façon très personnelle, comme s’il s’agissait d’entretenir un hobby.
G.C. : «Oui, bien sûr. Internet est fait de quiconque l’utilise au moment où il l’utilise. Vous avez le siège conducteur. Ca sonne comme un spot de publicité pour Microsoft, mais quand vous êtes sur Internet, internet c’est vous. Vous créez votre propre univers. J’aime penser que nous sommes une partie de l’univers de beaucoup d’autres personnes et qu’ils sentent qu’ils font partie du vôtre.
Heureusement que des outils comme Tweeter et Tumblr n’existaient pas quand j’étais un adolescent, car mon empreinte sur internet serait bien plus humiliante qu’elle ne l’est déjà. J’ai le réflexe de ne pas faire des réflexions complètement stupides à tout bout de champ, mais si j’avais 17 ans, rentrant de l’école à la maison chaque jour et ayant un compte Tweeter et un blog, ce serait terrible. J’ essaierais d’attirer l’attention compulsivement, d’embobiner des filles en échouant misérablement, et de tout faire pour paraître incompris et artiste. Tu sais – exactement comme je m’en sors dans mes chansons (rires).»
 
Avec toutes ces tares de jeunesse, Los Campesinos peuvent sembler du genre à déambuler sans autre but que le plaisir de se produire jusqu’à ce qu’une guerre des amis les fasse abandonner, confus, pour se trouver un vrai travail. A l’écoute de Hold on Now, Youngster pourtant, on admire en réalité leur engagement prometteur, leur volonté d’enregistrer méticuleusement chaque instrument, de contrôler les crescendos, les mouvements, les détours de phrases, les éclats de voix, retombant toujours en place dans un timing serré, recréant le son alternatif anglais différemment. Même si ce premier jet sera trop épuisant pour certains, par manque de ballades, de respirations, la satisfaction d’avoir une chanson aussi bonne que Sweet Dreams, Sweet Cheeks à la fin de l’album est un nouveau triomphe. «One blink for yes, two blinks for no!» C’est la déclaration d’un groupe plein d’assurance, pour qui l’université est en train de perdre son intérêt comme carrière alternative tant ils ont réussi de moments générateurs de vie en 12 chansons. Et une dernière fois, qui voudrait contrer Les Campesinos par vengeance personnelle contre Gareth devra enregistrer jusqu’à une heure de musique sans céder à la chanson reposante que certains pouvaient demander.
à suivre

jeudi 28 novembre 2013

SPEEDY ORTIZ - Major Arcana (2013)

 
O
rugueux, ambigu
Garage rock, grunge

Son modèle le plus évident, Stephen Malkmus, a touché le sublime en groupe, avec Pavement, pendant la décennie brutale des 90's. Puis quand ç'a été fini, il a formé un autre groupe, appelant ce qui ressemble à de vieux amis à jouer les chefs scouts de l'indie rock. Jusqu'à un Mirror Traffic (2011) faisant rimer déconne avec élégance. Un groupe qui devrait le faire parvenir à ses 50 ans, en 2016, sans que le canoë ne soit percé. Quand on voit Sadie Dupuis jouer les démos de chansons qui s'appellent Shine Theory ou Um Are (“I'm gonna get old and weird”) sur You Tube, on imagine qu'il est encore encore loin le temps où elle affirmera son talent en montant seule sur scène. C'est pourtant dans ces versions introverties d'elle-même que germe la singularité de ses groupes à venir : Quilty puis Speedy Ortiz. Sa voix s'enroule autour de la guitare, unique, toujours en recherche d'un mot différent, jamais entendu ailleurs.

Pourquoi as-tu décidé de passer de la carrière solo au travail en groupe ? Comment s'est faite la transition ?

Sadie Dupuis : Je suis très anxieuse quand je joue en solo, ainsi j'ai demandé à quelques amis – Mat, Mike et Darl – de m'aider à jouer les chansons de mon projet solo tandis que Quilty, le groupe qui occupait tout mon temps jusque-là, s'est mis en pause. Nous nous sommes sentis bien ensemble, avons commencé à travailler les chansons, et maintenant tous son investis autant que moi. Ca n'a pas été une 'transition', car j'étais déjà habituée aux groupes. Je suis vraiment nulle quand je suis seule, c'est pourquoi je refuse quasiment toujours de jouer de cette façon, et je n'ai jamais joué solo sous le nom de Speedy Ortiz, à part sur les premières démos.

Lorsqu'un chanteur capable d'écrire des paroles percutantes et sincères se met à les interpréter dans un style aride, sans fioritures, une vague d'engouement souterrain peut avoir envie de s'aliéner et d'en faire un porte-parole. Encore à l'heure où on fête les 20 ans du MTV Unplugged (Nirvana, concert clef de 1993). Cheveux noirs, nez aquilin, yeux étranges et clairs, piercing dans la narine et sourire timide facile à interpréter de travers, Dupuis est de ces fragiles qui, quoi qu'ils fassent, donnent l'impression de se moquer superbement des conformités. Et séduisent contre le gré. C'est presque malheureux qu'elle ait trouvé Darl Ferm à la basse, Matt Robidoux à la guitare et Mike Falcone à la batterie – de faux glandeurs dans le plus pur style grunge, à l'air post-adolescent inoffensif mais en réalité assez destructeurs et lourdingues pour surprendre lors des concerts. Sous la coupe de Dupuis, les différences entre ces concerts et l'album accrocheur qui les affirmera on parfaitement été comprises - la production et les mélodies.

Votre son est neuf, mais aussi familier, évoquant les années 90. Comment avez vous trouvé l'équilibre entre les deux, gardé votre originalité ?

S.D : Je ne pense pas à une décennie particulière quand j'écris les chansons, c'est seulement des mélodies et les arrangements qui me viennent en tête. Je pense que la production que nous favorisons – la voix sèche, l'alternance de guitares calmes et puissantes – peut ressembler à un plongeon dans le passé, par rapport à ce que les gens ont l'habitude d'entendre aujourd'hui, avec toute cette réverb, et où la guitare et les voix ne se distinguent plus. Très peu pour moi. Il fallait un son qui me corresponde.”

Les paroles viennent de l'association de mots en désordre qui sonnent bien. Une confusion complaisante qui se reflète dans ce qu'elles racontent : ces relations d'université qui traînent comme sur un accord tacite, ces ex qui continuent de vous jeter des regards durs, à se raccrocher à des sentiments fugueurs, qui d'une phrase à l'autre suscite la détestation comme la complicité. Cette façon de prolonger l'âge des premières frustrations est la meilleure façon de ne pas le remplacer par une vie d'adulte moins ambigüe. “Kids keep trading spectre stories just to keep each other horny” Sadie Dupuis pousse sa voix dans ses meilleurs retranchements, avec l'aide de la puissance nonchalante de son groupe. Elle sait paraître simultanément fragile et condescendante, reproduisant l'enfermement de l'adolescente abandonnée par la seule personne de l'école qui la comprenait, comme dans No Below : “Freezing alone with my thoughts”. Cela fait froid dans le dos d'imaginer que dans ces chansons, il y a un remerciement derrière chaque reproche.

Extraits d'interview traduites depuis http://thefiddleback.com/issue-items/an-interview-with-speedy-ortiz#sthash.lFmoVPb3.dpuf

lundi 25 novembre 2013

LANTERNS ON THE LAKE - Until The Colours Run (2013)


 

 
 
contemplatif, doux-amer
Indie-rock, orchestral, pop
OO
 
“Quand on a commencé, je vivais comme un animal”, chante Hazel Wilde dans le deuxième album de ce groupe apparu en 2011. C’est dire leur pouvoir évocateur, leur exigence dans leur façon de connecter les ressentis de la vie réelle et l’art de concevoir des chansons.
« Pendant que nous enregistrions le disque, plusieurs de nos amis ont perdu leur emploi » commente Wilde pour expliquer l’adversité qui s’exprime dans les plages de rock orchestral voluptueuses de Until the Colors Run. Vu la situation financière et morale des membres du groupe au moment de l’enregistrement de ce disque, leur façon de combattre la morosité ambiante est au moins sincère, voire triomphante.
C’est comme si en signant avec le l’excellent label Bella Union, ils avaient fait le pacte de s’investir sans possibilité de retour à leurs carrières respectives, et en décidant d’enregistrer mieux : de faire vivre pour la postérité cette rencontre entre le piano, ou le violon, et la batterie, sur fond de guitare électrique, visiblement non plus jouée avec les doigts mais à l’archet, comme chez Sigur Ros. Alternant avec les moments de pure tendresse tells Green and Gold, il y a une urgence, montrant un groupe qui a trop à exprimer pour vouloir encore passer aperçu. Cette envie d’atteindre leur cible suscite une émotion vive et donne envie de prêter l’oreille, de plus en plus, au contenu des chansons écrites par Wilde. Ils semblent élargir leurs thèmes à la vie toute entière, tirant d’un monde où l’inspiration est en récession des explosions, des brûlures et surtout de la beauté.
Le groupe résiste, cherchant à englober le monde concret dans des hymnes aussi bruts qu’irréels, aussi lumineux que mélancoliques, euphoriques que statiques. Comme s’il ne fallait rien abandonner, Lanterns on the Lake parvient à recréer l’optimisme. La voix de Wilde ne laisse personne sombrer dans la mélancolie avant d’avoir éprouvé un plaisir intense.  On pense à Marissa Nadler.  
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Nous nous sommes retrouvé dans un vieux hall d’école à Durham et nous nous sommes installés dans une petite auberge à côté, nous y sommes restés pour un mois, et nous avons enregistré les chansons tous ensemble, aussi « live » que possible. Nous voulions que ce disque soit plus naturel que le précédent (Gracious Tide, Take Me Home). Ce dernier album avait été enregistré chez nous, et nous l’avons conçu de façon assez fragmentée, en enregistrant nos quatre contributions séparément – seulement parce que, logistiquement, c’était impossible de nous aménager un espace pour le groupe au complet chez nous – et nous tentions aussi d’adapter le rythme de l’enregistrement à notre travail en dehors du groupe, faisant ce que nous pouvions quand nous le pouvions. Changer de méthode s’est avéré très bénéfique à la création, nous quatre jouant ensemble et enregistrant de cette manière. Nous avons ajouté quelques overdubs une fois rentrés, et Paul l’a mixé et l’a produit dans son appartement.
Interview traduite de http://www.leedsmusicscene.net/article/17964/

mardi 12 novembre 2013

JOE LOCKE - Lay Down my Heart (2013)

 
 
O
frais, ludique, lyrique
jazz

Joe Locke reprend des standards, dans un album parfait pour écouter autour des fêtes de fin d’année. Et pourtant, derrière les mélodies apaisantes, il y a la volonté créer de nouvelles émotions, avec cet instrument trop peu répandu comme fenêtre de ses envies d’introspection et de légèreté.  

Joe, tu ne fais pas seulement de belles notes et de belles phrases mélodiques, mais il y a aussi beaucoup d’élégance dans ta performance. C’est un concert avec beaucoup de personnalité, non seulement dans ton jeu, mais dans ton langage corporel et la façon dont tu interagis avec le public.

 La « performance », ce n’est pas une intention de ma part. L’aspect physique de ma façon de jouer vient qu’il faut essayer de faire ressortir les meilleures notes possibles du vibraphone. Je joue avec quatre maillets à la fois. Cela demande beaucoup de force, c’est très physique. Afin de jouer les phrases je joue avec toute l’énergie dont j’ai besoin à l’instant où je dois la fournir. Si cette façon naturelle d’obtenir les notes apparait comme une chose préméditée, et bien tant mieux.

Quant à ma personnalité, je suis une créature très sociable. J’ai l’habitude d’aller vers les autres, même s’il y a une part de moi qui exprime de profonds doutes. C’est sans doute pourquoi j’ai besoin d’être heureux en public. J’ai besoin d’éprouver cette joie car je passe une partie de mon temps à m’égarer dans des réflexions peu sûres, dans des endroits sombres. Le terme de performance, finalement, me paraît péjoratif. Il dissimule ce que vous exprimez vraiment lorsque vous jouez.

Pourquoi graviter dans l’univers du jazz ? Aurais-tu pu jouer du classique ? 

J’ai toujours créé mes propres trucs. J’ai commencé à écrire mes propres chansons très tôt, pêchant des choses que j’entendais sur les disques et à la radio, m’appropriant des mélodies. J’ai été attiré par l’improvisation presque depuis le début de ma carrière.

Qu’est-ce que tu écoutais à ce moment-là ?

Quand j’étais enfant j’écoutais du rock n’roll. De 12 à 16 ans j’ai joué de la batterie dans un groupe de rock n’ roll avec des musiciens plus âgés, et j’écrivais de la musique. Puis, comme la plupart des gens de mon âge, je me suis mis au jazz en écoutant de la musique qui fusionnait les genres, Weather Report et Chick Corea, Return to Forever, Herbie Hancock, Headhunters, puis en replongeant dans du plus ancien pour trouver ce saxophoniste, Wayne Shorter, et m’apercevoir qu’il jouait avec Art Blakey et qu’il avait des disques sur le label Blue Note. J’ai continué de chercher, j’ai abouti dans le monde du jazz acoustique.  


{archive} LOU REED - Magic and Loss (1992)




OO
poignant
Rock, songwriter

Cet album contient certaines des chansons les plus décontractées de Lou Reed, et pourtant intenses – même sans tenir compte du phrasé extraordinaire du chanteur. A voir la façon dont le légendaire Little Jimmy Scott, chanteur de early rythm and blues devenu prince des ballades jazz, double Reed sur la chanson Power and Glory, on se dit qu'il y a quelque chose de spécial, presque obséquieux, à l’œuvre. Little Jimmy Scott, né en 1925, a survécu à Lou Reed, même s'il ne chante plus.
Les sous-titres des chansons de Magic and Loss – 'la thèse, 'la situation', puis le développement jusqu'au 'résumé' constitué par la chanson-titre, la plus étonnante, à la fin – montrent avec un certain académisme qu'il s'agit d'un concept album. Au-delà de sa jaquette morbide qui évoque aussi bien la route descendue que la tombe et le linceul de Lou Reed.
Le principal pouvoir d’attraction de cet album, c'est le tandem constitué par Magician et Sword of Damocles, deux chansons qui depuis la mort de Lou Reed semblent capables d'en jouer l'épitaphe éternellement. Un diabète doublé d'une allergie à l'insuline, c'est une épée de Damoclès à la hauteur de celle de la chanson : «They're trying a new treatment to get you out of bed/But radiation kills both bad and good. » Le cancer. « Inside i'm alive please take me away/So many things to do – it's too early/For my ife to be ending/For this body to simply rot away. » C'est poignant d'entendre Lou Reed poétiser la pourriture des chairs au moment précis où il est en train d'en faire l'expérience. Et si ses proches ont opté pour les cendres, la divinement léthargique Goodby Mass et Cremation développent plus loin, avec la même teneur poétique, les chemins parallèles de la mort, comme s'il s'agissait simplement d'étudier la carte du quartier de Southampton et de choisir une ruelle plutôt qu'une autre. On assiste à une certaine beauté, une envie de songe et de liberté positive, qui atténue cette sensation que pendant leur maladie, et jusqu'à leurs leurs obsèques, tout est décidé à la place des mourants. Dans un rêve éveillé poignant, ils semblent toujours présents, capables de demeurer maîtres de leur destin, ils valent qu'on continue de s'adresser à eux en les tutoyant.
Dreaming referme la parenthèse des dernières années d'une vie et d'une amitié complice, parle de de la mort encore fraîche, et clôture un cycle de chansons parmi les plus émotionnelles que Reed ait jamais accomplies. No Chance (Regret) ouvre un autre voie, davantage comme les pensées que l'on pourrait avoir avec le recul, quand le temps s'est écoulé.
Reed est peut être encore trop révérencieux, il n'a plus besoin d'une chanson telle que Dirty Boulevard pour évoquer subtilement New York. « Ce mélange de morphine et de dexedrine/qu'on utilise dans la rue/ça tue la douleur et te maintient éveillé ». Les choses se sont déportées, doucement, depuis la Halloween Parade sur New York. La drogue est désormais un moyen de lutter contre la douleur provoquée par la maladie, une source d'apaisement, une façon de prolonger l'existence, tandis que s'aiguise la tristesse et l'amertume de votre entourage. Cette prolongation, comme l'album lui même, n'est pas vaine. Reed a longtemps été le plus grand pour ce qui est de l'amertume. Le voir l'utiliser d'une façon aussi subtile, dans le filtre d'un chagrin réel, est fascinant.
Si on le compare à New York, on peut aussi rapprocher cet album du portrait hommage à Andy Warhol, intense, étonnant, irrévérencieux, brossé par Reed et son ami John Cale sur Songs For Drella (1990). Magic and Loss serait en quelque sorte le dernier maillon d'une nouvelle trilogie.
Magic and Loss reste l'album de ceux qui voudront continuer de dire au revoir à Lou Reed en douceur, pas celui de ceux qui préféreront en retrouver les excès. La grâce minimaliste des guitares de Mike Rathke, la façon de raconter, sans fioritures, à à l'opposé des tendances de Reed au sabotage, tout aussi sublimes. Ici, il faut se plonger dans la longue histoire des chimiothérapies, des traitements d’hôpital, de l'érosion physique non pas causées par son propre comportement cynique mais par la maladie des autres. Savoir se contenter des détails simples, de l'honnêteté de sa confusion, et presque de ses remords. Harry's Circumcision est encore le temps d'une histoire, dans laquelle Reed évoque le souvenir d'un ami qu'il avait dans les années 60, perdu en route en proie à la schizophrénie et à des pulsions régressives. Pire que la mort, c'est peut-être la peur de perdre ses moyens, qui fera qu'après s'être intéressé aussi intensément au monde passé, Reed se consacrera, jusqu'à sa mort, à de nouveaux projets. Mais quelque chose nous y fait toujours revenir, d'une manière ou d'une autre, à ce passé. Car pire que la peur de régresser, c'était celle de ne pas voir les choses qu'il aimait être réhabilitées qui a poussé Lou Reed à en valoriser les traces (on se souvient de sa tournée pour l'album Berlin).


lundi 11 novembre 2013

CASS MCCOMBS - Big Wheel and Others (2013)

 


 
O
sensible, audacieux
folk-rock

LOS CAMPESINOS - No Blues (2013)

 
 
OO
attachant, ludique, intense
indie rock


La musique, c’est beaucoup d’émotions et peu de mots. Ecrire dessus est comme danser sur son architecture. Mais Heureusement, Gareth lâche toujours au cours d’un album suffisamment de phrases pour construire un pendant solide à une chronique verbeuse.
Gareth, le chanteur et parolier de Los Campesinos a fait part de son « admiration » pour une chanson comme Sex on Fire, de King of Leon. « C'est super de pouvoir écrire des paroles aussi simplistes, qui peuvent être chantées après une seule écoute. Même si je n'ai aucune idée de ce que ça raconte. » La chanson des Kings of Leon, démonstration d'urgence émotionnelle et sexuelle pour stades, n'a pas d'intérêt. Celles de Los Campesinos, réputées pour leur richesse mélodique et verbale, y arrivent bien mieux. Le groupe de gallois n'a pas le genre de crise d'identité qui semble frapper la majorité des groupes Britanniques après deux albums. Ils ont tenu la ligne, guidés par un précepte : toujours rechercher la rédemption amoureuse et y aller avec le cœur, même s'il passent encore pour des étudiants qui ont décidé de faire carrière dans la musique. Gareth sait que le rock, c'est raconter des histoires, en filigrane, non sur une chanson, mais dans le cours du temps. 
 
La chanson est un rite de recommencement éternel, encapsuler le plus possible d’énergie vitale, faire souffler le chaud et le froid, se fondre dans le quotidien, montrer habilement combien il est absurde, voire futile, de le chanter, tout en étant forcé de reconnaître que c'est ce qu'on fait. Gareth y parvient à merveille. Il sait faire venir au souvenir les choses entreprises et jamais terminées. L’album est un rite architecturé, une construction qui nous permet de reprendre les choses abandonnées là où les avait laissées. Dans le cas des Campesinos, à peine cinq ans se sont écoulés entre leurs premières chansons, sur l'album 'jeune' Hold on Youngster' et celui ci. On a la sensation que les 'choses' ne sont jamais laissées de côté : entre Romance is Boring (2010) et celui-ci, c'est à peine si l'écume d'une vague a pu se retirer de la plage. Gareth n'a encore que 27 ans, et il décrit dans Let it Spill sa vie comme une boule de neige qui se transformera en avalanche.
On pourrait penser qu'une bonne chanson ne nous permet jamais de reprendre notre état d'esprit d'avant. Mais Gareth chante «toi et moi nous sommes de la tautologie », c'est à dire le 'caractère redondant d'une proposition dont la conclusion énonce une vérité déjà contenue dans le point de départ'.
Les chances d'évolution existent pourtant. Los Campesinos, c'est avant tout continuer à dispenser l'énergie et l'urgence, améliorer la relation entre la musique puissante, riche et astucieuse et les mots qui tiennent l'ensemble. Hello Sadness (2011), manquait un peu de cette énergie qui donne à leurs albums, aussi produits soient t-ils, une fraîcheur et une respiration qui nous encouragent à y revenir et à y déceler les jeux d'esprit, fougueux comme la vie, placés partout par Gareth. Il a ses règles : qu'il y ait toujours une « fille » pour réévaluer sa position, l'état de son désir, sa place au sein d'une génération dans laquelle c'est difficile d'être un artiste sans ne faire que chroniquer son impression de décalage. « Chérie j'ai envie d'apprendre/on m'a regardé comme une grappe de raisin pourrie quand vous autres buviez du sauternes. »
Boire, manger, se retrouver avec ses amis, les plaisirs du quotidien semblent toujours décrits dans les chansons de Los Campesinos pour faire ressortir une mélancolie, une envie de changement, ce que Gareth décrit en 2013 comme une lueur d'espoir permanente dans toutes les chansons du groupe, même si quand on les 'étudie' – c'est à cette fin que No Blues a été pensé, soigneusement – elles paraissent désespérées. Gareth et le groupe s’amusent avec la mélancolie frivole, donc subtile. Autre règle : à chaque chaque fois que la fille de la chanson fait un geste significatif, le chanteur en fait deux. C'est pourquoi l'album est aussi alerte.
Légèrement plus intense et, n'ayons pas peur des mots, plus épique que es autres – ce caractère étant donné par un choeur de cheerleaders, Avocado Baby (facilement l'une des meilleures chansons du groupe jusque ici) relance l'album, mais il s'en fallait de peu pour que toutes les chansons aient chacune à leur tour le rôle de Wake Up sur le premier album d'Arcade Fire ; celui de culminer, avec une sens de la grandeur et la finalité d'une déclaration d'intention. Celui de provoquer cette poussée émotionnelle particulière qui les démarque au sein d'un album.
 
 
What Death Leaves Behind le fait avec ses images de crémation et de barbecue, rejoignant l'adage scout 'il n'y a pas de fumée sans feu' ; Cemetery Gaits le fait en se proposant comme le parfait embrasement de concert ; Glue Me, plus calme, en faisant mijoter l'art du jeu de mots à un point encore jamais atteint par Gareth jusqu'ici. Elle rappelle que la raison d'être de No Blues c'est le langage et l'humour. Le final Selling Rope (Swan Dive to the Estuary) montre aussi qu'avec un peu moins de mots, mais des mots faits pour emporter chez soi, Los Campesinos prennent pour nous le sens qu'ils eut successivement pour Aleksandra, Ellen, Gareth, Harriet, Neil, Ollie et Tom dans leurs vies.


jeudi 17 octobre 2013

{archive} TOWNES VAN ZANDT - S/T. (1970)



OOOO
doux amer, pénétrant, romantique
folk
Cet album de Townes Van Zandt fait par instinct écho à certaines des propres réalités de l’auditeur, qu’il soit anglo-saxon, français ou de n’importe quelle partie du monde, pour peu qu’il écoute vraiment. Bien plus que ses excursions country rock, le folk de Van Zandt est confiant et pénétrant, trois chansons de cet album en particulier – For the Sake of the Song, Waitin’ Around To Die et I'll Be Here In The Morning - étant des versions retravaillées, plus frappantes que dans leur version d'origine. La mélancolie (les Tindersticks ne s’y sont pas trompés), l’honnêteté et la clarté prouve qu’entre les mains d’un grand compositeur et parolier la chanson folk est le meilleur moyen musical possible à l’échelle d’un seul homme : des chansons qui, paradoxalement, ne vous laissent jamais seul, mais plein d’histoires, et ne laissent jamais votre humeur au repos : Van Zandt, disparu en 1997, avait la capacité de vous abattre pour vous relever au détour d’une palabre romantique et humoristique.

L’accompagnement est relativement minimaliste sur cet album. Guitare en picking parfaitement enregistrée, percussion traditionnelle (tambourin…), harmonica désertique, violon ou flûte, rarement plus d’un instrument supplémentaire par chanson. Lorsqu’il ne reste que la guitare et la voix, comme sur Colorado Girl, le résultat a enthousiasmé Steve Earle au point qu’il qualifie Van Zandt de plus grand songwriter de tous les temps – il était prêt à sauter à pieds joints sur la table de cuisine de Dylan pour le dire, avant de se rendre compte que Dylan était déjà presque convaincu – , avant de reprendre la chanson sur un album entièrement consacré au Texan disparu. Encore inspiré par le mordant de Van Zandt, qui lui-même avait admiré Hank Williams, Earle appellera son album suivant ‘I’ll will never get out of this world alive ». Townes Van Zandt accoudé à sa propre table de cuisine, semble avoir consigné dans le tiroir un héritage qui sera toujours à redécouvrir dans trois cent ans.

lundi 14 octobre 2013

JONATHAN WILSON - Fanfare (2013)

 
OO
soigné, épique, vintage
rock, rock progressif
 
 
Les musiciens de la trempe de Jonathan Wilson sont des voyageurs qui savent pourtant très bien où ils sont chez eux. Chez lui, c’est le studio à Echo Park (Los Angeles), où Wilson a déménagé en 2009. Il y reviendra toujours jouer un accord sur son piano à queue pour produire le son qu’il préfère entre tous, et reprendre contact aussi bien avec des membres des Black Crowes, avec Josh Tillman (ex Fleet Foxes), Will Oldham (Bonnie Prince Billy) et d’autres. On dit qu’avec sa façon d’inviter ses amis David Crosby et Graham Nash chanter sur quelques compositions, et son habitude d’émuler Neil Young (Illumination, sur le nouvel album, ressemble beaucoup à Danger Bird sur Zuma !), il est le renouveau de la scène de Laurel Canyon.
Sa musique, douce, caressante, c’est celle d’esprits bienveillants, ceux qui, après 1973, auraient voulu repartir doucement, du bon pied. Jonathan Wilson est né en 1974, l’année de On the Beach, l’album que Neil Young enregistrait alors qu’il peinait à digérer une rupture amoureuse et la mort de son ami Danny Whitten. Whitten un symbole de comment l’esprit rêveur d’un musicien peut se briser, soudain rattrapé par les angoisses et en proie aux drogues dures. Longtemps musicien de session, Wilson, lorsqu’il se met à écrire des chansons, ne se contente pas de revisiter une époque, il apaise, soigne les blessures, ressemble à ses côtés les cœurs demeurés tendres et ceux, parmi les rêveurs, qui ont tiré les meilleures leçons de l’époque. Les chansons Gentle Spirit et Can We Really Party Today rendaient impossible l’hypothèse d’une replongée factice dans le passé. Gentle Spirit gagnait sur l’auditeur, même s’il abolissait les lois du temps comme les doubles LP de l’époque. Il le faisait avec une absence de prétention et une ouverture qui permettaient à faire de Wilson l’Artiste de l’Année pour le magazine Uncut, alors qu’il fêtait ses 37 ans.
Jackson Browne, avec qui il a joué. Les Heartbreakers. Crosby, Stills et Nash. Le Grateful Dead. Dennis Wilson. Et la façon dont il mélange le folk, le funk, le jazz évoque les innovations de Tim Buckley. Derrière Jonathan est à redécouvrir un certain catalogue musical de l’Amérique. Mais ses influences ne s’arrêtent pas là. Des passages sur Fanfare, nouvel album de chansons progressives, nouveau panel de presque 80 minutes, nous font même songer à Ok Computer. Même si on n’en reste à la façon dont chaque partie des chansons sonne, Fanfare est très divertissant : on y verra s’y refléter Roy Harper, par exemple. Le musicien folk et poète anglais a écrit les paroles pour New Mexico ; il a aussi travaillé à son album Man and Myth (2013) avec Wilson. Les deux partagent un répertoire commun de tons, de saveurs sonores. On pense aussi souvent à Pink Floyd, au cours de Lovestrong, l’une des chansons les plus évidentes de l’album. Le seul à jouer (de la plupart des instruments) sur tous les morceaux de son album, Wilson traite toujours ainsi son héritage musical : il ne le pirate pas mais l’enveloppe élégamment et le fait devenir après une minute un idéal d’authenticité.  
Sur Gentle Spirit c’était Natural Rhapsody, Rolling Universe, Magic Everywhere… Wilson enferme les prétentions épiques et omnipotentes de certaines des images qui naissent dans son esprit, en parant les chansons d’arrangements généralement simples et naturels. Seul le morceau-titre qui introduit Fanfare délaisse ce désir de composition ‘au naturel’ pour quelque chose de plus pompeux, de moins intéressant. Il s’agit d’un instrumental, et la raison qui explique sans doute l’équilibre particulier qui existe ailleurs sur cet album comme sur le précédent, c’est que Wilson n’a pas une voix qui porte beaucoup. Il est obligé de baisser le volume lorsqu’il se met à chanter. Dès lors, même si les orgues, les guitares électriques et la batterie particulièrement ample peuvent donner l’impression que l’on se trouve au beau milieu du studio pendant l’enregistrement, les meilleurs moments sont ceux où les participations aux harmonies vocales de Crosby et Nash (sur Cecil Taylor) ou de Josh Tillman (sur Desert Trip) triomphent. Le mentor Jackson Browne fait une apparition à la fin de cette chanson. Etant donné la patte musicale de Jonathan Wilson, s’inquiéter de voir se multiplier les invités était vain : il a naturellement trouvé comment les intégrer au canevas de ces nouvelles ‘visions’ faussement prétentieuses. Il loue en réalité la simplicité, la paix, la méditation, jamais bien loin du désert et des fantômes amicaux.  La richesse musicale attendue pour un album voulant se mesurer aux meilleures expériences de studio est mise en valeur au fil des écoutes alors que se révèle un album intelligent, sachant provoquer l’affection.
 
 
 

dimanche 6 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (2)


Why does he smile for the first time in 23 years ?
Listen While You read !


OO
(suite)

Les tempêtes déclenchées par Matt Kinsey, le principal artisan du récent son de Bill Callahan, font écho aux versions de concert de la tournée qui a suivi la parution Apocalypse. On pense aux développement lancinants de Drover, cette fuite incroyable avec les troupeaux qui signifiait aussi bien que Callahan était parvenu à l'amplitude et au recul qu'il recherchait, en même temps que d'ouvrir une nouvelle ère.
 
Une ère que la photo promotionnelle de Dream River a consommée : pour la première fois, Callahan, dont l'apparence impénétrable pouvait autrefois se résumer à des regards frustrés et affamés ressemblant même en concert aux chanteurs de country d'antan, capturés à leur insu par les premiers appareils bon marché, pour la première fois Bill Callahan sourit. Et toute l'histoire de cette photo de nous éclairer : s'il y a un sujet que le chanteur a toujours éludé, rendu insaisissable, c'est celui de sa relation avec les femmes. Chez Callahan, la vie est ainsi, faite davantage de petites situations que de grandes idées, l'amour et le mariage faisant partie de la seconde catégorie. Celle envers laquelle le chanteur semble parfois frileux ; comme un oiseau transi par l'hiver dans les prémices de A River Ain't Too Much Too Love (2005), son album charnière, plus sobre et émouvant que tout ce qui l'a précédé. Quand à Winter Road, sur Dream River, impossible de dire si c'est une déclaration d'engagement ou une démission pour profiter des seuls petits bonheurs du quotidien. “I have learned when things are beautiful/To just keep on”
 
Callahan nous a appris que ses chansons n'étaient jamais vraiment autobiographiques, même s'il est convaincant pour donner cette impression. Quoi qu'il en soit, Callahan se marrie. Avec une vidéaste qui l'a contacté un jour en allant droit au but : elle voulait réaliser un film sur la tournée de l'album Apocalypse. Etant donné la romance qui s'est ensuivie, Callahan ne pouvait pas faire autrement que de signer certaines de ces chansons les plus évocatrices, les plus intenses sur la relation de couple, des chansons qui reflètent la tension animale qui existe dans la confiance qu'éprouvent deux êtres l'un pour l'autre. The Spring explicite cela comme jamais : “Tout ce que je veux c'est faire l'amour avec toi/dans la terre fertile/Avec l'esprit insouciant” Il faut entendre la puissance avec laquelle il énonce ces mots, dans la déflagration finale d'une chanson tendue de bout en bout. Avec cet album, il sublime cette manière romantique de tout faire redevenir absolument humain, et de garder, de façon subtile et parfois incongrue, cette sensation de ne pas s'appartenir complètement, mais d'être voué à l'abandon, et à réaliser la petitesse des sentiments humains face à l'intransigeance des éléments. La superstition n'est plus la seule motivation humaine digne d'être combattue au profit des choses naturelles, même si elle existe encore dans Summer Painter (ou les gens croient à une sorte de mage des eaux).
 
Callahan a le don, à travers son art, d'apaiser les consciences de leur méfiance. Car tandis que des voix s'élèvent de plus en plus nombreuses autour de nous pour énoncer des vérités contradictoires, Callahan se fait plus laconique à chaque fois, et tandis que chacun vie de plus en plus connecté aux autres, ses disques se réconcilient de mieux en mieux avec le sentiment d'isolation, comme une chose positive qui n'exclut pas la tendresse et l'amour.
 
A ceux qui l'avaient cru replié sur lui-même, Callahan semble s'exposer dans une certaine lumière, en des nuances nouvelles et des personnages légèrement décalés, insolites, des observateurs passés maîtres dans l'art de l'ellipse et de la déambulation. “La vie n'est pas confidentielle”, lâche t-il dans Ride My Arrow, comme s'il réalisait que son rôle était de toucher le cœur de certaines choses de la vie, et qu'il ne pouvait éviter d'être intime. Le film Apocalypse, projeté en avant première au Lincoln Center de New York, le voit lentement tomber amoureux, alterne morceaux joués en live et confidences inédites. A l'issue de cette expérience, le chanteur devait naturellement justifier la raison d'une telle floraison d'émotions, et Dream River apparaît comme une justification. Il pourrait être comparé en cela à Woke Up on a Whaleheart (2007), pendant l'enregistrement duquel Callahan était déjà transporté aux côtés de Joanna Newsom ; ou aux expériences amoureuses qui traversent Supper (2003). Avec Small Plane, la chanson la plus épurée de Dream River, Callahan trouve la juste distance avec toutes ses considérations. Le personnage qu'il décrit semble se trouver dans une situation plus sage et durable qu'il ne l'a jamais été par le passé, ce qui contribue ou fort pouvoir apaisant que cette chanson exerce sur l'auditeur. Le couple dans cet avion, difficile de ne pas croire qu'il s'agit de lui avec sa promise, Hanly Banks. “Je suis vraiment un homme heureux/quand je vole dans ce coucou.” Mais Small Plane ne s'arrête pas là : elle évoque les sensations de partir, de revenir, de ne plus vouloir atterrir, de prendre le contrôle et de laisser à l'autre le contrôle des commandes. Un leçon de vie malicieuse et pourtant limpide.

samedi 5 octobre 2013

TAMIKREST - Chatma (2013)





O
engagé, hypnotique, intense
rock, tribal

Certains codes nous échappent, à nous autres occidentaux. Cette femme fière, qui se protège des tempêtes du désert et de la morsure du soleil comme elle peut, sur la pochette de Chatma : pour nous, son regard est plutôt un appel à l’aide. Elle a besoin d’entraide, bien sûr, et Tamikrest, comme d’autres groupes de Kidal, dans le nord Mali, sont de solides gardiens.  L’exceptionnel parolier Ousmane Ag Mossa a rendu, à travers de brillants écrits, la situation due son peuple égale à celle de beaucoup d’hommes dans le monde, se battant pour les droits élémentaires, souffrant d’être laissés derrière lors des conflits. Les personnes âgées et les femmes, particulièrement, ont à souffrir de cette insanité, et c’est à ces dernières (‘les sœurs’) que Mossa a dédié ce nouvel album : du blues touareg, hypnotique comme à l‘accoutumée mais plus électrique et incisif, avec une guitare plus présente, un son plus élastique, capable de donner un nouveau relief aux mêmes bases traditionnelles. 

DR. DOG - B-Room (2013)

 
 
O
communicatif, groovy, ludique
pop, indie rock
 
It's impossible for me to wrap my arms, at the time I am writing this, around the few legends who made the Philly sound, the authentic sound from Philadelphia. There was brass, a groove, and it was about Soul music. I don’t know if it has ever sounded like on B-Room (‘broom’ for sure means something  if it is used to clean the dust there was before).
 
After height years spent recording in the same studio, Dr Dog built a new room from the ground, and nothing else seems to be more important  : this album is made to eat the miles from this new start, unrestrained, of course, a collection of pop songs going in every way possible, finally for one taste to dominate, by a few distance : the American bitter Soul upon the sun of the Beatles. This is Dr Dog Vs. Mr Kite, a trampoline and a brass section in the spirit of indie rock. It makes you wanting to listen again, if you ever did, to the Beatles album remixed for the Cirque du Soleil, Love – from which a version of For the Benefit of Mr. Kite is taken, with a hyper-sugared chorus and the so-British lines “I went to London/Down to the dungeon”. 
 
It’s time to rehabilitate Dr Dog, in the category of the experimented  indie bands who have never really made it, and who, preserved from success , are free of inhibitions, of most of the artistic hesitations that make most of the well know bands unable to enjoy it the way it should. To start, which sane band would have believed that it’s enough to rebuilt a studio to make everything different, to start anew? Who could go around like the famous quatuor from Liverpool never existed, while stealing the heavy vocal harmonies from them… This to resemble, on Humble Passenger, a kind of spacecraft shaped like a hot dog. This album shows a band whose only motive is to stay true to his roots, and who, for our greatest pleasure, don’t really want to know what these roots are. 
 
Thinking of it, it’s not necessarily the sound itself that fascinates but the energy burned by the band to stay unpredictable, or at least to engage with the listener a track race and make enough illusions to amaze. A production full of textures and surprises, drawn with an out-of-the-time optimism, even if it also means that some of the energy is misspent (they gathered the Afrobeat geniuses of Antibalas to play on pop tracks !) Harmonies, shorts but crazy synth breaks and heart-rending guitar notes, are ready to step on the same level than the voice of the man who plays them, Scott McKicken, and of bassist Toby Leaman, great on the ballad Too Weak To Ramble and in the choruses of Broken Heart and Minding the Usher, which repeats ‘on and on and on’. We owe to Leaman to be half responsible for the rhythmic section, that reveals to be the true driving and inspirational force of the band, leading to freak outs and psychedelic material. While the fourteenth track goes by, we have to surrender to their enthusiasm.
 
Aproximately traduced by the author.
Impossible de remettre la main quand j’écris sur les quelques légendes qui ont fait le ‘Philly’ sound, l’authentique son de Philadelphie. Il y avait des cuivres, du groove, et il s’agissait de soul. Je ne sais pas si ça a jamais sonné comme sur B-Room ('broom', le balai en anglais, ici sans doute pour faire penser à un coup de balai). 
Après huit ans passés à enregistrer dans le même studio, Dr Dog en a construit un nouveau, et rien d’autre ne semble compter : cet album est voué à consommer ce nouveau départ, forcément débridé, une collection de chansons pop partant dans tous les sens avant de faire finalement dominer, mais de peu, la bitter soul américaine sur le soleil des Beatles. C’est Dr Dog versus Mister Kite, un trampoline pop et une section de cuivres dans un esprit de rock indépendant. Ca donne envie d’aller réécouter l’album des Beatles remixé pour le cirque du soleil, Love – dont est tirée une version de For the Benefit of Mister Kite. Une chanson porte le même nom, Love, la plus directe de B-Room, avec un refrain hyper sucré contenant les lignes « i went to London/Down to the Dongeon. »
 Il serait temps de réhabiliter Dr Dog, dans la catégorie des groupes indés expérimentés qui n’ont jamais vraiment percé, et qui préservés du succès sont aussi protégés de toute inhibition, de tout doute artistique. Quel groupe sensé aurait pu croire qu’en reconstruisant un studio tout allait être différent, que tout allait recommencer ? Qui pourrait se comporter comme si le célèbre quatuor de Liverpool n’avait jamais existé, tout en leur piquant l’idée des cœurs lourdingues... Cela pour ressembler, dans Humble Passenger, à un espèce de vaisseau spatial aux formes de hot-dog. L’album montre un groupe qui a comme seul motif de rester fidèle à ses racines et qui, pour notre plus grand bonheur, n’a pas envie de savoir quelles étaient vraiment les racines en question.
Avec le recul, ce n’est pas nécessairement le son lui-même qui fascine mais l’énergie que dépense le groupe pour rester imprévisible, ou du moins engager avec l’auditeur une course-poursuite et lui produire suffisamment d’illusions pour toujours surprendre.  Une production pleines de textures et de surprises, amenée avec un optimisme hors du temps, même si ça signifie aussi qu’une partie de l’énergie est gâchée (ils ont convoqué les génies Afrobeat d’Antibalas pour jouer sur des morceaux pop !) Des harmonies, des soli de claviers brefs mais déviants et des notes de guitare déchirantes, à la mesure de la voix de celui qui les joue, Scott McKicken et du bassiste Toby Leaman, brillant sur la balade écorchée Too Weak to Ramble et dans les refrains de Broken Heart et Minding the Usher, qui répète « on and on and on ». On doit aussi à Leaman d’être à moitié responsable d’une section rythmique basse batterie qui se révèle comme le véritable moteur d’inspiration du groupe, responsable devrais freak-outs, et générateur d’une impressionnante matière psychédélique. Au cours du quatorzième morceau, on doit reconnaître que leur enthousiasme les a encore remis en selle.


vendredi 4 octobre 2013

Les 10 chansons les plus sexy de BILL CALLAHAN

Sous la forme d'une compilation.

01 - Let's Move to The Country (Knock Knock)
02 - Small Plane (Dream River)
03 - Dress Sexy At My Funeral (Dongs of Sevotion)
04 - Choosen One (Julius Caesar)
05 - Faith/Void (Sometimes i Wish We Were an Eagle)
06 - Feather by Feather (Supper)
07 - Riding for The Feeling (Apocalypse)
08 - Our Anniversary (Supper)
09 - In the Pines (A River Ain't Too Much to Love)
10 - Winter Road (Dream River)

jeudi 3 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (1)

 
listen while you read !


 
OO
lucide, romantique, élégant
folk, folk-rock
 
Sur Dream River, Bill Callahan continue à étudier la condition de l'homme occidental, qui sans intervention divine en vue (depuis que dieu a été 'mis de côté' sur la chanson Faith/Void) doit continuer à mener son existence. Mais comme il existe toujours une évolution quasi-naturelle dans l'existentialisme du grand songwriter américain, il s'attache avec ce nouvel album à décrire les vies des hommes en général, du point de vue romantique, même si cela doit le mener à un peu de naîveté.
Apocalypse donnait en perpective un portrait de l'artiste lui même, face à la quantité de ses chansons, ses perceptions déjà détaillées et enregistrées au cours d'un riche passé musical – il a désormais plus de 20 ans de carrière. Plus que jamais, chacune des sept chansons de l'album était faite pour marquer un temps, une saison, ou un jour de la semaine. Le lundi, avec Drover, il partait se confronter, avec une intensité que le peintre Paul Ryan avait bien imaginée pour son tableau Apocalypse at Mule Eears Peak, la 'montagne aux oreilles de mule', aux réalités du Dehors, remarquant que cela le faisait redevenir complètement lucide et pertinent. “J'ai remis ma montre à l'heure du clocher/il était grand temps !” C'est comme si c'était la première fois que Callahan trouvait autant de sens dans des mots simples et des comportements de plus en plus instinctifs. Il préparait le terrain pour son album le plus cohérent. Le jeudi, sur Universal Applicant, il démontrait enfin une bonne fois pour toutes qu'il ne souhaitait être que lui-même, fusionner tout les personnages qu'il avait été auparavant. Kidnappé, soumis au jugement des animaux sauvages, il tient tête et donne encore une leçon d'affirmation de soi. Le samedi, Riding For the Feeling faisait intelligemment miroiter l'effet de sa propre oeuvre passée, aussi disparate soi-t-elle, lui donnant sa limpidité à travers un sacre de printemps qui en faisait son 'apocalypse.' Une façon de l'assimiler, en même temps que lui, à la nature envirronnante.

Les thèmes d'Apocalypse auraient pu faire l'objet de toute l'oeuvre d'un artiste, mais Callahan a trouvé le moyen d'aller plus loin. Et comme il s'agit de musique, il a d'abord humé l'avenir et cet album, Dream River, de ce point de vue. Il le voyait comme un retour à plus d'étoffe sonore après avoir qualifié Apocalypse d'album 'squelette'. Ce qui dans le jargon de Callahan signifie des chansons telles que la belle dérive au piano One Fine Morning, et qui pour le folk en général est un adjectif de très bon augure. Les squelettes sont toujours faits pour servir de treilles à de nouveaux fruits. Mais de toute façon, Dream River ne s'étoffe pas de façon conventionnelle. Plus que jamais maintenant que le groupe – le guitariste Matt Kinsey en tête - sait exactement comment expérimenter, Callahan y peint les sons.
Sometimes i Wish we Were an Eagle profitait de beaux arrangements de cordes, qui, avec un jeu de guitare sous-estimé pleinement mis en valeur et la voix triomphant plus que jamais dans sa gravité et dans sa nuance, aurait du élargir le public de Bill Callahan. Dans un monde ou les thèmes de communion avec la nature, les mots simples évoquant la sensualité ou le vol d'un oiseau et l'humour batifolant auraient eu plus de poids que les grandes productions filmiques érigeant les catastrophes planétaires comme seule issue possible, cet album aurait du être le produit culturel de l'année. Dans la société, Bill Callahan sait se maintenir à l'écart de ce qui semble artificiel et qui n'est pas essentiel, comme il le fait des termes trop difficiles. Il a le bon goût de remplacer la trivialité populaire par l'humour, par la candeur forcée et par des mots qui réduisent l'action à une seule scène. Dans Summer Painter, sans doute la chanson la plus en phase avec la fougue électrique de Kinsey, un peintre (la peinture est, encore plus que le cinéma, l'art qui inspire Callahan à ce point de sa carrière) passe l'été à former les lettres des noms de bateaux, tandis que 'les castors construisent des barrages autour de moi'. D'une façon absurde, quand l'automne vient et que le peintre doit s'arrêter, il réalise qu'il ne peut vraiment faire autre chose, comme les castors et leurs barrages ; et la superstition locale voudra qu'on le soupçonne d'être à l'origine de l'ouragan qui se déclenche dès le moment où il lâche son pinceau, car l'ordre des choses était qu'il continue à rester en osmose avec l'eau qui l'environne. Callahan compare les habitudes des hommes à des données naturelles, et la société ne fonctionne qu'en symbiose avec son environnement. Il a été comparé pour cela à l'écrivain Raymond Carver.

à suivre
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