“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (76) intense (75) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) lyrique (48) communicatif (47) onirique (47) sombre (47) sensible (45) audacieux (44) pénétrant (44) élégant (44) apaisé (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (39) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Romantique (29) Expérimental (28) efficace (28) frais (27) intimiste (27) orchestral (27) spontané (27) fait main (26) rugueux (26) contemplatif (24) funky (23) varié (23) extravagant (21) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 28 mars 2013

VILLAGERS - Interview de Conor O'Brien le 22 février 2013

 


Ci dessus : le Village Underground, à Londres.
Un article sur l'album est à suivre.
Sur un coin de table à la Maroquinerie, un Conor O’Brien endormi fait le debriefing de sa soirée de la veille, à Londres : « C’était le meilleur concert de ma vie. » Et commente à froid les paroles du deuxième album passionné de Villagers.
J’aime la façon dont tu écris. Tu dis que les chansons ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles viennent complètement formées, mais tu utilises des mots qui sortent de l’ordinaire.

Co'B : J’avais l’impression de procéder à l’envers. Le truc c’était plutôt d’écrire ce qui me passait par la tête, et ensuite de nettoyer cette prose qui en résultait. C’est un travail laborieux. Mais j’aime beaucoup ce processus qui consiste à titiller un texte.
Récemment, l’un de mes albums favoris a été Sugaring Season, de l’anglaise Beth Orton. Sa musique m’a rappelé la tradition folk anglaise, elle jetait le sort déjà lancé auparavant par Bert Jansch ou Nick Drake. Le folk traditionnel t’a-t-il inspiré ?
J’aime les deux, Bert Jansch, Nick Drake. Mais j’écoute des musiques très diverses [le choix de  l’échantillonneur utilisé sur {Awayland} sera influencé par l’écoute de Four Tet]. Radiohead… [Il réfléchit une bonne minute en essayant de sortir des noms, mais finit simplement par s’excuser de sa fatigue]. Et je pense que cela apparaît sur l’album, qui est en quelque sorte un amalgame. Je ne sens pas que je fais partie d’une tradition ou d’une autre. Je copie beaucoup de gens, je vole beaucoup. Finalement, plus vous multipliez les sources et plus ce sera votre propre œuvre. 
J’ai passé plusieurs mois à Londres, et j’essayais d’écrire des chansons. J’avais acheté le livre qui réunissait toute les chansons de Bob Dylan et j’essayais de m’inspirer de ça. T’es-tu déjà exercé pour écrire des chansons ?
Quand j’écris j’ai un livre avec de paroles de Bob Dylan au coin de mon bureau aussi ! Ses chansons depuis 1964 jusqu’en 2000. J’y trouve certainement une inspiration, car son lyrisme est très inspirant.
Il ne parle pas tant de lui-même qu’il crée des personnages…
Je pense que lorsque vous créez des personnages dans des chansons vous leur insufflez  inévitablement des aspects de votre propre personnalité, mais en utilisant une mise en scène pour en transformer les sentiments et les émotions. 
_________________________________
La musique de Villagers semble beaucoup liée à des sensations, à une atmosphère. Tu savais ce que tu voulais avec le premier album mais étendre le son avec le groupe te permet de porter l’auditeur à un autre niveau.
Je pense que c’est la seule façon de justifier l’écriture d’un nouvel album, si tu n’as pas une nouvelle donne, différente de ce que tu as fait auparavant, cela n’a pas de sens de ressortir un autre disque. Je me suis procuré un synthétiseur, je n’en avais jamais possédé avant. C’était comme un nouveau jouet, et j’ai passé beaucoup de temps entre l’échantillonneur et le synthétiseur, commençant à produire des… sentiments, des textures, pour jouer avec les chansons, leur donner une approche différente. Tout n’était pas écrit d’avance cette fois-ci. Pour Becoming a Jackal, j’avais la plupart des paroles, les thèmes et tout le reste, et avant même d’écrire l’album, j’avais déjà le titre, j’avais l’idée de l’artwork avant d’avoir terminé la moitié des chansons. C’était plus académique, plus l’histoire d’assortir des chansons à un thème déjà existant, tandis que cette fois je n’avais rien d’autre que des sentiments que je voulais mettre en scène.
Comment as-tu formé les chansons ? Les arrangements sont très importants, comment avez-vous travaillé dessus avec le groupe ? Avez-vous procédé chansons par chanson ?
J’ai  enregistré toutes les démos, sur lesquelles j’ai joué tous les instruments. Certaines [Passing a Message, Judgement Call] ont beaucoup changé par la suite, d’autres [The Waves] non. Les démos m’ont pris presque un an ; nous avons ensuite joué les chansons ensemble, et les choses ont pris un nouveau tour. Ca n’a pas drastiquement changé musicalement, mais les sentiments, les grooves, la façon dont les chansons sont jouées ont un rendu beaucoup plus efficace en groupe. Nous nous sommes occupés des arrangements avec Cormac [Curran, le claviériste responsable en grande partie des arrangements de l’album]. C’était une grosse partie de l’album, qui contient beaucoup d’orchestrations. C’est une expérience plus collaborative qu’avant.
Je trouve particulièrement soignée la façon dont les morceaux commencent, et se terminent. The Bell, par exemple, est très impressionnante au début, avec le piano qui résonne, les cuivres, l’orgue…The Waves se distingue par son explosion sonore finale…
Oui, pour The Bell nous voulions une grosse instrumentation… Pour The Waves, je voulais parvenir à ce point culminant de violence, à cause du sujet de la chanson, la menace de vagues géantes. Cette chanson est née dans l’œil d’une tempête. J’ai vu les images du tsunami japonais à la télévision, et elles sont restées dans ma tête plusieurs semaines alors que j’écrivais la chanson. J’avais besoin que la musique évoque le pouvoir implacable de la nature.
Et cette façon de hurler comme un loup dans Pieces, sur Becoming a Jackal…
Ca m’a semblé cathartique, la musique n’est qu’un moyen d’exprimer des choses…
Comment se passent les concerts avec les nouveaux morceaux ?
C’est très excitant. Nous sommes meilleurs en tant que groupe…La nuit dernière [le 21 février 2013], c’était le meilleur concert de ma vie. La salle s’appelle le Village Underground, à Londres. Très belle salle, avec de hauts plafonds. Autrement, les nouvelles chansons sont plus expansives, nous jouons beaucoup plus de nos instruments. Il y avait beaucoup de moments dans les anciennes chansons où le groupe attendait pendant que je jouais tout seul.
__________

J’ai lu que les thèmes de l’album étaient liés au corps, au fait de grandir, de changer…

Oui, il y a probablement ces aspects de  bouleversements du corps, mais surtout cette confrontation avec le paysage et la façon dont l’individu gère son rapport à la société et s’adapte aux contradictions. Il est souvent question de tenter de garder la vue la plus large possible. Beaucoup de mes personnages sont amers ou bigots, comme c’est le cas lorsque les gens vieillissent. Une grande partie de l’album consiste à se défendre de la pensée raciste, sexiste, homophobe, parce qu’on finit tôt ou tard par rencontrer ce genre de personnes.

T’inspires –tu de l’Histoire ?

Le tsunami a été le gros évènement au moment où j’écrivais ces chansons. Dans Earthly Pleasures, il y a cette figure d’ancienne divinité. Mais c’est un voyage intérieur : l’action se déroule dans la pièce que décrit la première ligne : “Naked on the toilet and with a toothbrush in his mouth”. Tout le reste se passe dans la tête du personnage alors qu’il perd l’esprit, et il est affamé et frustré, il voyage dans le temps et se confronte à cette divinité, ce qui lui donne une épiphanie quant à sa place dans le monde, et le fait qu’il ne devrait pas placer ses espoirs dans autre chose que dans ses similarités avec les autres créatures de la terre. C’est un genre d’histoire humaniste.

As-tu pensé à des lieux en particulier ?

Des chansons sont inspirées de parties du Canada, mais surtout par des régions que nous survolions en tournée, comme Singapour ou l’océan indien.

Il est souvent question de sens dans tes chansons, d’un rituel auxquel manquerait un sens, d’un message qui ne signifie rien pour toi…

Le message dans Passing a Message, c’est en quelque sorte l’ADN. La chanson évoque une femme qui travaille dans un nighclub du Burj Khalifa à Dubaï, le plus haut gratte-ciel du monde, et elle n’est pas heureuse, elle commence à rêver à l’évolution des espèces et à son propre sort, tentant d’élargir son esprit pour échapper à ce boulot horrible. Au début elle est dans le nighclub, et elle regarde du base-ball à la télévision, quelque chose qui ne signifie plus rien pour elle tandis que les images d’un poisson spatule et d’une salamandre lui viennent en tête, des animaux qui n’ont presque pas évolué depuis des millénaires, et elle se dit qu’elle ne vaut pas mieux qu’eux. La démo de cette chanson devait faire dix minutes… Et on avait commencé par y utiliser l’échantillon d’un discours de Nixon ou moment du Watergate, mais on s’en est débarrassés avant d’avancer sur l’album.

Dans The Bell, il y a un ‘chien endormi’. Et dans Rythm Composer, un ‘chien ancien’. On croirait à des créatures mystiques qui marchent entre la réalité et un monde de rêves.

Dans Rythm Composer, le chien représente l’abysse, le point ou tout se perd. L’image du ‘chien noir’ est vraiment ancienne. Winston Churchill l’avait utilisée. ‘Le chien noir dans ton dos’, cela signifie la dépression. Le ‘chien endormi dans le dialogue’ se réfère plutôt aux choses qu’on ne peut exprimer. C’est une métaphore.

mercredi 20 mars 2013

SANS PARADE - Sans Parade (2013)


OOO
orchestral/pénétrant
indie rock/atmosphérique

Extrait provisoire d'une nouvelle en cours d'écriture. Le co-fondateur d'un 'nouvel ordre' touchant certaines grandes villes européennes écrit une lettre pour raconter l'influence de Sans Parade sur sa vision. J'ai découvert le groupe juste à temps pour ce passage qui se situe au début de la nouvelle.

« Si la Société était un groupe de musique, se serait Sans Parade. Ambitieux mais modestes, dévoués à leur progression future. Le rencontre de Jani Lehto et de Markus Perttula est survenue si naturellement... Ca me rappelle comment j'ai rencontré Klos. Jani recherchait un chanteur pour son nouveau projet, dans lequel il voulait mêler la délicatesse de la pop orchestrale avec le rock indépendant, plus affirmé, plus extraverti. Il s'est trouvé que Markus avait une belle voix, de très bonnes chansons et déjà le nom du groupe... Sans Parade. Leur nom signifie soudainement, sans avertissements, ce qui est un peu, je crois, la façon dont s'est installée la Société dans les villes où elle s'est le mieux ancrée.
 
Sans Parade s'est formé subitement, mais leur album a été une longue construction, qui continue encore en chacun de ceux qui l'écoutent. Les textes sont basés sur des histoires vraies, des témoignages, c'est donc une construction à partir de l'expérience empirique qu'on ces jeunes personnes de la société, et non une fabrication. Ils ont eu l'intelligence de faire appel à divers talents, comptant jusqu’à huit musiciens. Bien sûr, ils utilisent leur musicalité pour exprimer les sentiments intérieurs, et le sens qui se cache derrière ce qui semble romantique mais qui est existentiel et fonctionnel. Ils sont un exemple pour la Société en ce qu'ils partagent ces sentiments non seulement à travers leur musique, mais parce qu'ils ont détaillé longuement le processus de création de leur premier album dans un journal sur Internet. Ce que nous voulons c'est que les implications de l'art soient presque abusivement commentées, et que le sentiment vrai de ces commentaires élève les gens vers une meilleure perception de leur environnement social.
 
Ils se sont battus quant à la direction à prendre, mais finalement, c'était toujours dans l'intérêt commun, comme le résultat l'atteste. C'est Pekka Tuppurainen, un brillant musicien jazz de Stockholm, qui les a poussés à devenir vraiment une force unique, leur permettant de trouver l’équilibre idéal entre la fragilité, la surprise constante, tout en restant accessibles à tous. Finalement, le message du groupe est parfaitement clair et prêt à traverser le temps, et à rencontrer son public au delà des frontières de la Finlande, comme l'ont fait Arcade Fire au-delà des frontières du Canada. Et Arcade Fire aurait pu, aussi bien, inspirer le lancement d'un nouvel ordre social dans la jeunesse nord-américaine.
 
Il y a cette chanson, A Ballet At The Sea, qui est une communion avec la mer. C'est un récit touchant. Et la musique est si pure, atmosphérique, c'est ainsi que je définis notre art, prêt à offrir son flanc à l'interprétation. Cette chanson me rappelle aussi que le commerce de la mer, et les ressources que l'on tire des fonds marins de la Mer du Nord sont au centre de notre éthique d'indépendance alimentaire et d'indépendance énergétique. Je dis seulement éthique, car nous laissons les gouvernements entièrement maîtres de leurs décisions à ce sujet.
 
Sans Parade, c'est une voix claire qui s'élève à travers les eaux et à l'intérieur du continent. Nos pays scandinaves ne seraient rien sans es vôtres, même si vous avez longtemps cru que notre modèle pouvait s'entretenir de lui-même, que nous étions complètement indépendants, et vivions dans le meilleur des mondes. Nous ressentons pourtant une tristesse et une mélancolie, nous aussi, face à l'état du monde, nous nous sentons concernés par la situation de l'Europe et par celle de Moyen-Orient. La performance intuitive De Markus Perttula, sa façon de prononcer les mots fait de sa voix un instrument dont la beauté est propre à être décodée et à être vécue. La clarté, la cohérence et l'ampleur de leur vision musicale transcende les genres. Quand je suis arrivé à la chanson From Leytonstone to Canary Wharf, je me suis dit que c'était le plus bel album que j'avais jamais écouté.
 
Quant à la langue anglaise, je ne vais pas renier ma propre culture, surtout pas en conclusion de cet élan d'espoir et d'amour pour tous mes concitoyens. Je dis simplement que les barrières qui existent encore entre les langages ont besoin d'une passerelle aussi forte que le Millénium Bridge, qui est l'un de mes ouvrages préférés de tous les temps et qui se trouve à Londres, une ville que j'ai beaucoup visitée. La langue anglaise est au service de la Société mais nous ne sommes au service que de notre propre désir de culture, et c'est nos origines qui dictent ce désir. Ce n'est pas un hasard si j'ai choisi de parler d'un groupe Finlandais pour illustrer mes propos. »

mercredi 13 mars 2013

JOSH RITTER - The Beast in Its Tracks (2013)

 
OO
attachant/apaisé/lucide
folk contemporain
 
si vous aimez : The Tallest Man on Earth, Eels
 
La première chose qui a attiré mon attention avec le septième album du chanteur de country/folk contemporain Josh Ritter, dont, je pense, peu de monde a encore entendu parler en France : la pochette de The Beast on its Tracks. Le portrait y est excellent – il provoque une sensation qu’on ne parvient pas à définir et reste difficile, voire impossible à interpréter. Et ce faux air de Bill Callahan, l’icône du romantisme minimaliste américain de ces vingt dernière années, n’est pas pour me déplaire.
Ritter est un classique dans ses goûts et ses méthodes. Son deuxième album impeccable n’est pas réputé pour avoir provoqué, lors de sa parution en 2002, une surprise insurmontable auprès de ses futurs fans, mais le songwriter était capable d’évoquer Nick Drake (You’ve Got The Moon), le Bob Dylan le plus gracieux, Paul Simon (pour les arrangements) ou Leonard Cohen (pour le sens de la formule), et il s’est formé autour de lui une communauté qui l’admire pour la qualité marquante de ses textes, sa façon de les chanter d’une voix égale et parfaitement confiante. Sa passion pour l’histoire américaine et un talent de romancier surréaliste - que Stephen King, dans une chronique pour The New York Post, a associé à celui de Ray Bradbury (son premier roman, Bright’s Passage, est paru en 2010) - l’a peut-être aidé par le passé, notamment sur l’acclamé So Runs The World Away, mais The Beast in Its Tracks lui a demandé une autre sorte de distance. C’est le récit de son divorce et due son rebond sentimental inespéré vers une autre femme.
A la première écoute, The Beast in Its Tracks manque de surprises, ses chansons apparaissant modestes et dépourvues de grosses distinctions mélodiques – à titre d’exemple, l’une d’entre elles, In Your Arms Again, évoque Grace Kelly Blues de Eels. Le pouvoir de l’album est cependant de passer sans briser une forte continuité par toutes sortes de sentiments, la colère, le désespoir, l’humour, l’honnêteté, l’empathie et le petit désir de vengeance que tout amant blessé, de Cohen à Dylan, n’a pas manqué de faire valoir jusqu’à en faire, avec une retenue tout à fait amicale, un thème central de leurs chansons les plus célèbres. Le don de Ritter pour les mots est à ce point mordant qu’il peut porter des coups bas - assurer qu’avec sa nouvelle compagne il est plus heureux qu’il ne l’a jamais été avec l’autre, là - et rester un gentleman. “But if you’re sad and you are lonesome and you’ve got nobody true, / I’d be lying if I said that didn’t make me happy too”. Depuis ses débuts en 2000, Ritter a eu plus que le temps de jouer le rôle de l’amant découragé dans ses chansons : mais c’est seulement en perdant la chanteuse Dawn Landes qu’il a saisi que la véritable valeur de l’amour résidait dans la reconstruction et la réinterprétation constante des signes quotidiens chez l’autre, dans l’apparence d’une femme sous ses yeux et dans une pensée qu’il entretient pour celle qu’il ne voit pas. Tout cela opère comme un mouvement perpétuel, ce qui correspond parfaitement à la nature d’un album où les chansons sont conçues pour se fondre les unes dans les autres, indéfiniment. 
Ses chansons décrivent les situations et les sensations précises qu’il a traversées, agissent telles une collection d’images sur un mur, qui ne font vraiment sens que lorsque vous avez consacré un moment à les étudier. Sa façon de décrire son bonheur et de laisser entendre combien il est fragile et lié à des sentiments éphémères évoque la façon de Mark Everett sur Daisies of the Galaxies (album auquel j’ai déjà fait appel en évoquant Grace Kelly Blues). La pièce centrale de l’album est New Lover : “J’ai une nouvelle amante maintenant, et elle sait ce dont j’ai besoin/Quand je me réveille la nuit, elle peut lire mes derniers rêves/et elle les apprécie, même si elle ne dit jamais ce qu’ils signifient. » Malgré la nature ténue de sa joie, Ritter est persuadé qu’il n’a jamais été si heureux de sa vie, ce qui rend l’album comme parcouru d’une étincelle vitale, en comparaison avec ses anciens disques. L’éclat d’une lumière, même passagère, est l’un des thèmes les plus légers mais les plus intenses à animer un album, et lorsque cet éclat donne encore et encore, des preuves de sa raison d’être, c’est très gratifiant pour l’auditeur. Dans Lights : “I’ve got your light in my eyes.” Dans A Certain Light : “My new lover is really kind, / The kind of lover that one rarely finds / And I’m happy for the first time in a long time”.
Dans l'amour tout s'additionne, et on ne ressort jamais perdant, comme le raconte le petit tube Joy To You Baby en conclusion : « Si je ne t’avais jamais rencontrée/Tu ne serais pas partie/Mais je n’aurais pas pu te rencontrer/Nous n’aurions pas été ensemble/On dirait que tout concourt/à être heureux à la fin. »  

 

 
 
 

mardi 12 mars 2013

JOHN GRANT - Pale Green Ghosts (2013)


O
élégant/poignant/doux-amer
Electronique/folk-rock

Comment va l'album de confessions en 2013 ? Très bien, merci ! Et la façon grandiloquente et ludique de John Grant, compositeur et chanteur aux origines à la fois allemandes et américaines, place son deuxième album en tête du peloton. Les tests anti-dopage sont en cours. Cela paraît naturel que la chanteuse Irlandaise controversée Sinead O'Connor ait repris à son compte la chanson titre de Queen of Denmark, le premier album de Grant en 2010 (enregistré avec le groupe américain Midlake), et qu'elle participe ici aux backing vocals. O'Connor est une artiste qui mérite d'être réhabilitée d'urgence, ne serait-ce que parce qu'elle pose, à travers sa façon d'être, une question importante : le narcissisme est t-il l'élément ultime à l'écriture de chansons ? 
 
Queen of Denmark, cette chanson extraordinaire, imposait le lyrisme fou de Grant, un exercice de voltige qui consiste à garder toute l'élégance pour lui, même avec des lignes telles que « I casually mention that i pissed in your coffee » ou « I hope you know that all i want from you is sex ». Les phrases choc et le narcissisme ne sont que les ingrédients les plus scandaleux des créations de Grant, mais pas les plus significatifs peut-être. Sa brillance vient de la l'auto-dépréciation subtile (ou verbeuse diront certains) qui transcende chaque phrase, de la façon très factuelle qu'il a de transformer sa détestation envers les intolérances et son rejet du regard condescendant des autres sur sa sexualité et sa condition d'ancien junkie en belles évanescences, voire en délicatesse. On se demandait comment il allait pouvoir poursuivre après ce Queen of Denmark, premier jet mêlant fantasmes à base d'actrices de cinéma science-fictionnel et explosions sentimentales intimes, mesurables à l'aune d'un morceau d'ouverture, TC and Honeybear, unique dans sa façon décalée de nous toucher. La musique était alors terriblement douce, enveloppante, souvent surprenante, inspirée de soft rock des années 70 et bénie d'une interprétation et d'une instrumentation qui surpassait ce que Midlake avait fait sur leurs propres albums. La voix de John Grant y était aussi sensible que sensuelle, jamais théâtrale, emprunte d'une humilité un peu sourde. Grant a été gagné de gros doutes pendant l'enregistrement de Queen of Denmark – qui avait fait suite à une tentative de suicide – et ce jusqu'à ce qu'il le sorte enfin et qu'il se rende à l'évidence que tout le monde l'aimait. Allait t-il enfin gagner un peu de confiance en soi ? 
 
L'apparition de chansons plus électronique, voire de dance music sur Pale Green Ghosts ne signifie rien. Goodbye, le dernier album de son groupe maudit, les Czars, contenait déjà des éléments de ce type. C'était d'ailleurs déjà un album poignant et naturel, comme dans les tours magiques de Little Pink House. Sur I am The Man, Grant utilisait un vocoder, que l'on retrouve ici sur le faux tube pseudo-macho Black Belt. Cette chanson, radicale lorsqu'on se souvient de l'ambiance plutôt lounge et jazzy de Queen of Denmark, est astucieusement placée en deuxième position, entre les pulsations et les cordes contrites de la chanson titre, largement instrumentale, et GMF qui est une façon de renouer avec la cadence, le feeling et le personnage de TC dans la chanson d'ouverture du précédent album.
 
Difficile de reproduire le fleurissement lyrique existant partout sur Queen of Denmark. Si les chansons de cet album ne faisaient pas l'impasse sur l'aspect sombre et pessimiste de l'écriture de Grant, la relecture que Grant a de son passé est maintenant plus insistante et intense, un peu moins lumineuse et légèrement plus sarcastique. L'aspect irisé très pop années 60 de Outer Space ou Jesus Hates Faggots n'est plus nulle art ici. La musique est moins directe, stylisée dans une veine freudienne, que la pochette vintage ne dément pas. Dans son apparence engoncée, John Grant embrasse l'impasse du narcissisme que la psychologie de Freud a tant canonisée. Pale Green Ghosts est un album fragile qui mérite que l'on en apprécie les meilleurs moments – You Don't Have To, Ernest Borgnine (où Grant lâche, détaché, la vérité quant à la menace qui pèse sur sa vie, accompagné de claviers et séquenceurs sexy et, pour la première fois, d'un saxophone), Glacier et sa coda au piano inspirée de Rachmaninov. Il faut se laisser bercer par sa douce étrangeté et bouger son corps à l'arrivée de Sensitive New Guy. Mais le vrai secret est peut-être de s'amuser de l’existentialisme tour à tour relaxé et inquiétant de It Doesn't Matter To Him et Why Don't You love Me Anymore, comme s'il s'agissait d'une façon pour Grant de tromper la psychologie qui se respecte.

NICK CAVE - Murder Ballads (1995)

 
Vidéo : en concert à Paris en février 2013.
OOOO
intense, sombre, varié
rock, blues

La précipitation de la vie dans le périmètre d’une mort violente a toujours été un thème cher à Nick Cave, dérivé de son penchant pour l’auto-destruction. Et sans doute aussi car le punk-blues des Bad Seeds – qui atteint ici une perfection, une endurance et une subtilité ultimes – se prête si bien aux destins amphétaminés. Cependant jamais Cave ne s’est acharné aussi systématiquement sur la mort qu’avec Murder Ballads. 1 à 25 morts par chanson.
« C’est en quelque sorte mon ennui face au sujet du meurtre qui a suscité ces chansons, raconte t-il dans Mojo Magazine en 1997. Elles évoquent en réalité bien autre chose – l’utilisation d’un certain langage, l’utilisation de rimes. Le propos c’est aussi l’humour et le fait de raconter une histoire. Le point de vue du meurtre est une façon efficace de faire surgir un effet dramatique à l’échelle d’une chanson. Ce que j’aime, à propos de ces chansons, c’est qu’il n’y a jamais aucun motif pour les personnages à accomplir un meurtre. » Cave est désinhibé et destructeur, mais aussi tellement à l’aise qu’on le voit reprendre à son compte le fantasme du performer alcoolique Irlandais aux motivations opaques, et il parachève une accolade aux Pogues en invitant leur chanteur Shane Mc Gowan sur la dernière chanson, une reprise superflue de Bob Dylan, Death is Not The End.  Si l’album s’était terminé avec O’Malley’s Bar, c’aurait été différent. « And he looked at me as though I was crazy » y exulte un pervers assassin. O’Malley’s Bar porte à son apogée l’atmosphère onirique et terrifiante de l’album, troublée régulièrement, comme ici, par l’apparition in extremis de la police.
Ormis son titre, Song For Joy – écrite au moment de Let Love In et appelée alors Red Right Hand II -  est dépourvue du second degré qui apparaît presque partout ailleurs dans l’album, et en devient déstabilisante. Un homme dont la femme et les trois enfants se font assassiner se met à errer sans but dans l’existence. Musicalement, la grandiloquence dramatique de l’album est consommée, un terreau dans lequel viendront croître le délire aussi bien que la langueur et l’affection au cours de quelques moments plus empathiques comme la touchante The Kindness of Strangers. Le piano sera redoutablement bien utilisé tout au long de l’album, et jamais mieux que sur Stagger Lee – qui est une réinvention d’un vieux R&B américain.
Sans doute faut t-il se saisir de Murder Ballads par les histoires qu’il contient pour comprendre toute la substance des chansons et des hommes dépravés qui en sont les pantins. Comme le dit Nick Cave, « la substance divine n’a rien de commun avec celle des hommes. » Henry Lee raconte l’histoire d’une femme qui tue un homme pare qu’il refuse de l’aimer. Nick Cave et PJ Harvey, qui chante en duo avec lui, vivront une histoire sentimentale pendant l’année 1995. Where the Wild Roses Grow raconte l'histoire d'un homme qui fait la cour à une femme, puis qui la tue alors qu'ils sortent ensemble. The Curse of Millhaven est la pièce centrale de l’album. Loretta est une fille déséquilibrée, qui prend plaisir à décrire les morts sadiques des gens de son entourage, persuadée que c’est la volonté de Dieu. Mais la vérité est aussi prévisible que détestable. Le refrain insistant, qui se greffe sur une version pervertie de la mélodie de Henry Lee, résume bien l’album : « All God's creatures, they've all got to die ».
Chaque nouvelle histoire assoit l’intensité de la précédente, avec un soin particulier porté aux atmosphères, millimétrées et sanguinaires mais aussi triviales et, dans l’excellente interaction entre claviers, rythmiques et guitares, porteuses d’une forme d’extase. Quant au duo avec Killie Mnogue, Where The Wild Roses Grow, il ne semble même pas dépareiller dans cet album, dont la variété est un autre point fort. « Je l‘ai vue à la télévision, et je me suis dit, merde : j’aimerais tellement la voir chanter un truc lent et triste », parodie Cave.
Si le plus tardif The Boatman’s Call a été désigné comme l’album de rupture de Nick Cave, sa première réaction après son divorce est d’enregistrer Murder Ballads. « C’est ce que je trouve de plus facile : m’assoir à mon bureau et écrire des histoires sous formes de vers. Elles n’ont aucun rapport avec mon expérience. » Ecrire ces contes sordides permettait à Nick Cave de faire une trêve sur son tumulte intérieur, de cesser de façon radicale de parler de lui pour s’atteler à corps perdu et avec tout le dégout nécessaire aux travers de son écriture. « C’est ce qu’il y a de mauvais avec ma façon d’écrire, se saisir d’une idée et la pousser bien au-delà de ce qui est rationnel, bien trop loin. »
L’une de ces idées poussées dans leurs retranchements : la démission de Dieu dans les affaires humaines, et par conséquent chacun réduit à agir dans le plus grand dénuement affectif et chacun l’auteur d’un dialogue intérieur qui le met face à ses propres failles, et sur Murder Ballads en particulier face à sa propre violence. « Le meurtrier est aussi tragique que le sont les victimes », commente t-il, endossant un point de vue répandu parmi ceux qui réfléchissent à la nature humaine. Etudier la culpabilité et la folie, même avec cette euphorie qui se dégage souvent de ‘album, reste peut-être le meilleur moyen de sonder l’âme humaine.

lundi 11 mars 2013

Morceau #15 - DAVID BOWIE - I Took A Trip On A Gemini Spaceship (2002)





I took a trip
on a gemini spacecraft
And I thought about you
I passed through the shadow of Jupiter
And I thought about you
I shot my spacegun
And boy, I really felt blue

Two or three flying saucers
Parked under the stars
The winding stream
Moon shining down
On some little town
And with each beam
The same old dream

I took a trip
on a gemini spacecraft
And I thought about you
I shot my spacegun
And I thought about you
I pulled down my sun visor
Boy, I really felt blue

You jumped into your Gemini
I jumped into mine
We'll orbit the moon
For just one time
Tomorrow night
Tomorrow night
Will you hold hands
With me in the moonlight

I took a trip
in a gemini spacecraft
And I thought about you
I shot my spacegun
And I thought about you
I took
I took a walk in space
Boy, I really felt blue

Well, I peeked through the crack
And I looked way back
The stardust trail
Leading back to you
What did I do
What could I do
Yes what did I do

Well
I thought about you
I thought about you
Took a trip
on a gemini spacecraft
Thought about you
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