“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (76) soigné (76) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (55) entraînant (53) original (52) lyrique (48) sombre (48) communicatif (47) onirique (47) élégant (47) pénétrant (46) audacieux (45) sensible (45) apaisé (44) hypnotique (42) attachant (40) lucide (40) vintage (39) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (29) Romantique (29) orchestral (29) efficace (28) frais (28) intimiste (27) rugueux (27) spontané (27) fait main (26) varié (25) contemplatif (24) funky (23) extravagant (21) nocturne (21) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (16) lourd (16) épique (11) Ambigu (10) heureux (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 17 octobre 2013

{archive} TOWNES VAN ZANDT - S/T. (1970)



OOOO
doux amer, pénétrant, romantique
folk
Cet album de Townes Van Zandt fait par instinct écho à certaines des propres réalités de l’auditeur, qu’il soit anglo-saxon, français ou de n’importe quelle partie du monde, pour peu qu’il écoute vraiment. Bien plus que ses excursions country rock, le folk de Van Zandt est confiant et pénétrant, trois chansons de cet album en particulier – For the Sake of the Song, Waitin’ Around To Die et I'll Be Here In The Morning - étant des versions retravaillées, plus frappantes que dans leur version d'origine. La mélancolie (les Tindersticks ne s’y sont pas trompés), l’honnêteté et la clarté prouve qu’entre les mains d’un grand compositeur et parolier la chanson folk est le meilleur moyen musical possible à l’échelle d’un seul homme : des chansons qui, paradoxalement, ne vous laissent jamais seul, mais plein d’histoires, et ne laissent jamais votre humeur au repos : Van Zandt, disparu en 1997, avait la capacité de vous abattre pour vous relever au détour d’une palabre romantique et humoristique.

L’accompagnement est relativement minimaliste sur cet album. Guitare en picking parfaitement enregistrée, percussion traditionnelle (tambourin…), harmonica désertique, violon ou flûte, rarement plus d’un instrument supplémentaire par chanson. Lorsqu’il ne reste que la guitare et la voix, comme sur Colorado Girl, le résultat a enthousiasmé Steve Earle au point qu’il qualifie Van Zandt de plus grand songwriter de tous les temps – il était prêt à sauter à pieds joints sur la table de cuisine de Dylan pour le dire, avant de se rendre compte que Dylan était déjà presque convaincu – , avant de reprendre la chanson sur un album entièrement consacré au Texan disparu. Encore inspiré par le mordant de Van Zandt, qui lui-même avait admiré Hank Williams, Earle appellera son album suivant ‘I’ll will never get out of this world alive ». Townes Van Zandt accoudé à sa propre table de cuisine, semble avoir consigné dans le tiroir un héritage qui sera toujours à redécouvrir dans trois cent ans.

lundi 14 octobre 2013

JONATHAN WILSON - Fanfare (2013)

 
OO
soigné, épique, vintage
rock, rock progressif
 
 
Les musiciens de la trempe de Jonathan Wilson sont des voyageurs qui savent pourtant très bien où ils sont chez eux. Chez lui, c’est le studio à Echo Park (Los Angeles), où Wilson a déménagé en 2009. Il y reviendra toujours jouer un accord sur son piano à queue pour produire le son qu’il préfère entre tous, et reprendre contact aussi bien avec des membres des Black Crowes, avec Josh Tillman (ex Fleet Foxes), Will Oldham (Bonnie Prince Billy) et d’autres. On dit qu’avec sa façon d’inviter ses amis David Crosby et Graham Nash chanter sur quelques compositions, et son habitude d’émuler Neil Young (Illumination, sur le nouvel album, ressemble beaucoup à Danger Bird sur Zuma !), il est le renouveau de la scène de Laurel Canyon.
Sa musique, douce, caressante, c’est celle d’esprits bienveillants, ceux qui, après 1973, auraient voulu repartir doucement, du bon pied. Jonathan Wilson est né en 1974, l’année de On the Beach, l’album que Neil Young enregistrait alors qu’il peinait à digérer une rupture amoureuse et la mort de son ami Danny Whitten. Whitten un symbole de comment l’esprit rêveur d’un musicien peut se briser, soudain rattrapé par les angoisses et en proie aux drogues dures. Longtemps musicien de session, Wilson, lorsqu’il se met à écrire des chansons, ne se contente pas de revisiter une époque, il apaise, soigne les blessures, ressemble à ses côtés les cœurs demeurés tendres et ceux, parmi les rêveurs, qui ont tiré les meilleures leçons de l’époque. Les chansons Gentle Spirit et Can We Really Party Today rendaient impossible l’hypothèse d’une replongée factice dans le passé. Gentle Spirit gagnait sur l’auditeur, même s’il abolissait les lois du temps comme les doubles LP de l’époque. Il le faisait avec une absence de prétention et une ouverture qui permettaient à faire de Wilson l’Artiste de l’Année pour le magazine Uncut, alors qu’il fêtait ses 37 ans.
Jackson Browne, avec qui il a joué. Les Heartbreakers. Crosby, Stills et Nash. Le Grateful Dead. Dennis Wilson. Et la façon dont il mélange le folk, le funk, le jazz évoque les innovations de Tim Buckley. Derrière Jonathan est à redécouvrir un certain catalogue musical de l’Amérique. Mais ses influences ne s’arrêtent pas là. Des passages sur Fanfare, nouvel album de chansons progressives, nouveau panel de presque 80 minutes, nous font même songer à Ok Computer. Même si on n’en reste à la façon dont chaque partie des chansons sonne, Fanfare est très divertissant : on y verra s’y refléter Roy Harper, par exemple. Le musicien folk et poète anglais a écrit les paroles pour New Mexico ; il a aussi travaillé à son album Man and Myth (2013) avec Wilson. Les deux partagent un répertoire commun de tons, de saveurs sonores. On pense aussi souvent à Pink Floyd, au cours de Lovestrong, l’une des chansons les plus évidentes de l’album. Le seul à jouer (de la plupart des instruments) sur tous les morceaux de son album, Wilson traite toujours ainsi son héritage musical : il ne le pirate pas mais l’enveloppe élégamment et le fait devenir après une minute un idéal d’authenticité.  
Sur Gentle Spirit c’était Natural Rhapsody, Rolling Universe, Magic Everywhere… Wilson enferme les prétentions épiques et omnipotentes de certaines des images qui naissent dans son esprit, en parant les chansons d’arrangements généralement simples et naturels. Seul le morceau-titre qui introduit Fanfare délaisse ce désir de composition ‘au naturel’ pour quelque chose de plus pompeux, de moins intéressant. Il s’agit d’un instrumental, et la raison qui explique sans doute l’équilibre particulier qui existe ailleurs sur cet album comme sur le précédent, c’est que Wilson n’a pas une voix qui porte beaucoup. Il est obligé de baisser le volume lorsqu’il se met à chanter. Dès lors, même si les orgues, les guitares électriques et la batterie particulièrement ample peuvent donner l’impression que l’on se trouve au beau milieu du studio pendant l’enregistrement, les meilleurs moments sont ceux où les participations aux harmonies vocales de Crosby et Nash (sur Cecil Taylor) ou de Josh Tillman (sur Desert Trip) triomphent. Le mentor Jackson Browne fait une apparition à la fin de cette chanson. Etant donné la patte musicale de Jonathan Wilson, s’inquiéter de voir se multiplier les invités était vain : il a naturellement trouvé comment les intégrer au canevas de ces nouvelles ‘visions’ faussement prétentieuses. Il loue en réalité la simplicité, la paix, la méditation, jamais bien loin du désert et des fantômes amicaux.  La richesse musicale attendue pour un album voulant se mesurer aux meilleures expériences de studio est mise en valeur au fil des écoutes alors que se révèle un album intelligent, sachant provoquer l’affection.
 
 
 

dimanche 6 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (2)


Why does he smile for the first time in 23 years ?
Listen While You read !


OO
(suite)

Les tempêtes déclenchées par Matt Kinsey, le principal artisan du récent son de Bill Callahan, font écho aux versions de concert de la tournée qui a suivi la parution Apocalypse. On pense aux développement lancinants de Drover, cette fuite incroyable avec les troupeaux qui signifiait aussi bien que Callahan était parvenu à l'amplitude et au recul qu'il recherchait, en même temps que d'ouvrir une nouvelle ère.
 
Une ère que la photo promotionnelle de Dream River a consommée : pour la première fois, Callahan, dont l'apparence impénétrable pouvait autrefois se résumer à des regards frustrés et affamés ressemblant même en concert aux chanteurs de country d'antan, capturés à leur insu par les premiers appareils bon marché, pour la première fois Bill Callahan sourit. Et toute l'histoire de cette photo de nous éclairer : s'il y a un sujet que le chanteur a toujours éludé, rendu insaisissable, c'est celui de sa relation avec les femmes. Chez Callahan, la vie est ainsi, faite davantage de petites situations que de grandes idées, l'amour et le mariage faisant partie de la seconde catégorie. Celle envers laquelle le chanteur semble parfois frileux ; comme un oiseau transi par l'hiver dans les prémices de A River Ain't Too Much Too Love (2005), son album charnière, plus sobre et émouvant que tout ce qui l'a précédé. Quand à Winter Road, sur Dream River, impossible de dire si c'est une déclaration d'engagement ou une démission pour profiter des seuls petits bonheurs du quotidien. “I have learned when things are beautiful/To just keep on”
 
Callahan nous a appris que ses chansons n'étaient jamais vraiment autobiographiques, même s'il est convaincant pour donner cette impression. Quoi qu'il en soit, Callahan se marrie. Avec une vidéaste qui l'a contacté un jour en allant droit au but : elle voulait réaliser un film sur la tournée de l'album Apocalypse. Etant donné la romance qui s'est ensuivie, Callahan ne pouvait pas faire autrement que de signer certaines de ces chansons les plus évocatrices, les plus intenses sur la relation de couple, des chansons qui reflètent la tension animale qui existe dans la confiance qu'éprouvent deux êtres l'un pour l'autre. The Spring explicite cela comme jamais : “Tout ce que je veux c'est faire l'amour avec toi/dans la terre fertile/Avec l'esprit insouciant” Il faut entendre la puissance avec laquelle il énonce ces mots, dans la déflagration finale d'une chanson tendue de bout en bout. Avec cet album, il sublime cette manière romantique de tout faire redevenir absolument humain, et de garder, de façon subtile et parfois incongrue, cette sensation de ne pas s'appartenir complètement, mais d'être voué à l'abandon, et à réaliser la petitesse des sentiments humains face à l'intransigeance des éléments. La superstition n'est plus la seule motivation humaine digne d'être combattue au profit des choses naturelles, même si elle existe encore dans Summer Painter (ou les gens croient à une sorte de mage des eaux).
 
Callahan a le don, à travers son art, d'apaiser les consciences de leur méfiance. Car tandis que des voix s'élèvent de plus en plus nombreuses autour de nous pour énoncer des vérités contradictoires, Callahan se fait plus laconique à chaque fois, et tandis que chacun vie de plus en plus connecté aux autres, ses disques se réconcilient de mieux en mieux avec le sentiment d'isolation, comme une chose positive qui n'exclut pas la tendresse et l'amour.
 
A ceux qui l'avaient cru replié sur lui-même, Callahan semble s'exposer dans une certaine lumière, en des nuances nouvelles et des personnages légèrement décalés, insolites, des observateurs passés maîtres dans l'art de l'ellipse et de la déambulation. “La vie n'est pas confidentielle”, lâche t-il dans Ride My Arrow, comme s'il réalisait que son rôle était de toucher le cœur de certaines choses de la vie, et qu'il ne pouvait éviter d'être intime. Le film Apocalypse, projeté en avant première au Lincoln Center de New York, le voit lentement tomber amoureux, alterne morceaux joués en live et confidences inédites. A l'issue de cette expérience, le chanteur devait naturellement justifier la raison d'une telle floraison d'émotions, et Dream River apparaît comme une justification. Il pourrait être comparé en cela à Woke Up on a Whaleheart (2007), pendant l'enregistrement duquel Callahan était déjà transporté aux côtés de Joanna Newsom ; ou aux expériences amoureuses qui traversent Supper (2003). Avec Small Plane, la chanson la plus épurée de Dream River, Callahan trouve la juste distance avec toutes ses considérations. Le personnage qu'il décrit semble se trouver dans une situation plus sage et durable qu'il ne l'a jamais été par le passé, ce qui contribue ou fort pouvoir apaisant que cette chanson exerce sur l'auditeur. Le couple dans cet avion, difficile de ne pas croire qu'il s'agit de lui avec sa promise, Hanly Banks. “Je suis vraiment un homme heureux/quand je vole dans ce coucou.” Mais Small Plane ne s'arrête pas là : elle évoque les sensations de partir, de revenir, de ne plus vouloir atterrir, de prendre le contrôle et de laisser à l'autre le contrôle des commandes. Un leçon de vie malicieuse et pourtant limpide.

samedi 5 octobre 2013

TAMIKREST - Chatma (2013)





O
engagé, hypnotique, intense
rock, tribal

Certains codes nous échappent, à nous autres occidentaux. Cette femme fière, qui se protège des tempêtes du désert et de la morsure du soleil comme elle peut, sur la pochette de Chatma : pour nous, son regard est plutôt un appel à l’aide. Elle a besoin d’entraide, bien sûr, et Tamikrest, comme d’autres groupes de Kidal, dans le nord Mali, sont de solides gardiens.  L’exceptionnel parolier Ousmane Ag Mossa a rendu, à travers de brillants écrits, la situation due son peuple égale à celle de beaucoup d’hommes dans le monde, se battant pour les droits élémentaires, souffrant d’être laissés derrière lors des conflits. Les personnes âgées et les femmes, particulièrement, ont à souffrir de cette insanité, et c’est à ces dernières (‘les sœurs’) que Mossa a dédié ce nouvel album : du blues touareg, hypnotique comme à l‘accoutumée mais plus électrique et incisif, avec une guitare plus présente, un son plus élastique, capable de donner un nouveau relief aux mêmes bases traditionnelles. 

DR. DOG - B-Room (2013)

 
 
O
communicatif, groovy, ludique
pop, indie rock
 
It's impossible for me to wrap my arms, at the time I am writing this, around the few legends who made the Philly sound, the authentic sound from Philadelphia. There was brass, a groove, and it was about Soul music. I don’t know if it has ever sounded like on B-Room (‘broom’ for sure means something  if it is used to clean the dust there was before).
 
After height years spent recording in the same studio, Dr Dog built a new room from the ground, and nothing else seems to be more important  : this album is made to eat the miles from this new start, unrestrained, of course, a collection of pop songs going in every way possible, finally for one taste to dominate, by a few distance : the American bitter Soul upon the sun of the Beatles. This is Dr Dog Vs. Mr Kite, a trampoline and a brass section in the spirit of indie rock. It makes you wanting to listen again, if you ever did, to the Beatles album remixed for the Cirque du Soleil, Love – from which a version of For the Benefit of Mr. Kite is taken, with a hyper-sugared chorus and the so-British lines “I went to London/Down to the dungeon”. 
 
It’s time to rehabilitate Dr Dog, in the category of the experimented  indie bands who have never really made it, and who, preserved from success , are free of inhibitions, of most of the artistic hesitations that make most of the well know bands unable to enjoy it the way it should. To start, which sane band would have believed that it’s enough to rebuilt a studio to make everything different, to start anew? Who could go around like the famous quatuor from Liverpool never existed, while stealing the heavy vocal harmonies from them… This to resemble, on Humble Passenger, a kind of spacecraft shaped like a hot dog. This album shows a band whose only motive is to stay true to his roots, and who, for our greatest pleasure, don’t really want to know what these roots are. 
 
Thinking of it, it’s not necessarily the sound itself that fascinates but the energy burned by the band to stay unpredictable, or at least to engage with the listener a track race and make enough illusions to amaze. A production full of textures and surprises, drawn with an out-of-the-time optimism, even if it also means that some of the energy is misspent (they gathered the Afrobeat geniuses of Antibalas to play on pop tracks !) Harmonies, shorts but crazy synth breaks and heart-rending guitar notes, are ready to step on the same level than the voice of the man who plays them, Scott McKicken, and of bassist Toby Leaman, great on the ballad Too Weak To Ramble and in the choruses of Broken Heart and Minding the Usher, which repeats ‘on and on and on’. We owe to Leaman to be half responsible for the rhythmic section, that reveals to be the true driving and inspirational force of the band, leading to freak outs and psychedelic material. While the fourteenth track goes by, we have to surrender to their enthusiasm.
 
Aproximately traduced by the author.
Impossible de remettre la main quand j’écris sur les quelques légendes qui ont fait le ‘Philly’ sound, l’authentique son de Philadelphie. Il y avait des cuivres, du groove, et il s’agissait de soul. Je ne sais pas si ça a jamais sonné comme sur B-Room ('broom', le balai en anglais, ici sans doute pour faire penser à un coup de balai). 
Après huit ans passés à enregistrer dans le même studio, Dr Dog en a construit un nouveau, et rien d’autre ne semble compter : cet album est voué à consommer ce nouveau départ, forcément débridé, une collection de chansons pop partant dans tous les sens avant de faire finalement dominer, mais de peu, la bitter soul américaine sur le soleil des Beatles. C’est Dr Dog versus Mister Kite, un trampoline pop et une section de cuivres dans un esprit de rock indépendant. Ca donne envie d’aller réécouter l’album des Beatles remixé pour le cirque du soleil, Love – dont est tirée une version de For the Benefit of Mister Kite. Une chanson porte le même nom, Love, la plus directe de B-Room, avec un refrain hyper sucré contenant les lignes « i went to London/Down to the Dongeon. »
 Il serait temps de réhabiliter Dr Dog, dans la catégorie des groupes indés expérimentés qui n’ont jamais vraiment percé, et qui préservés du succès sont aussi protégés de toute inhibition, de tout doute artistique. Quel groupe sensé aurait pu croire qu’en reconstruisant un studio tout allait être différent, que tout allait recommencer ? Qui pourrait se comporter comme si le célèbre quatuor de Liverpool n’avait jamais existé, tout en leur piquant l’idée des cœurs lourdingues... Cela pour ressembler, dans Humble Passenger, à un espèce de vaisseau spatial aux formes de hot-dog. L’album montre un groupe qui a comme seul motif de rester fidèle à ses racines et qui, pour notre plus grand bonheur, n’a pas envie de savoir quelles étaient vraiment les racines en question.
Avec le recul, ce n’est pas nécessairement le son lui-même qui fascine mais l’énergie que dépense le groupe pour rester imprévisible, ou du moins engager avec l’auditeur une course-poursuite et lui produire suffisamment d’illusions pour toujours surprendre.  Une production pleines de textures et de surprises, amenée avec un optimisme hors du temps, même si ça signifie aussi qu’une partie de l’énergie est gâchée (ils ont convoqué les génies Afrobeat d’Antibalas pour jouer sur des morceaux pop !) Des harmonies, des soli de claviers brefs mais déviants et des notes de guitare déchirantes, à la mesure de la voix de celui qui les joue, Scott McKicken et du bassiste Toby Leaman, brillant sur la balade écorchée Too Weak to Ramble et dans les refrains de Broken Heart et Minding the Usher, qui répète « on and on and on ». On doit aussi à Leaman d’être à moitié responsable d’une section rythmique basse batterie qui se révèle comme le véritable moteur d’inspiration du groupe, responsable devrais freak-outs, et générateur d’une impressionnante matière psychédélique. Au cours du quatorzième morceau, on doit reconnaître que leur enthousiasme les a encore remis en selle.


vendredi 4 octobre 2013

Les 10 chansons les plus sexy de BILL CALLAHAN

Sous la forme d'une compilation.

01 - Let's Move to The Country (Knock Knock)
02 - Small Plane (Dream River)
03 - Dress Sexy At My Funeral (Dongs of Sevotion)
04 - Choosen One (Julius Caesar)
05 - Faith/Void (Sometimes i Wish We Were an Eagle)
06 - Feather by Feather (Supper)
07 - Riding for The Feeling (Apocalypse)
08 - Our Anniversary (Supper)
09 - In the Pines (A River Ain't Too Much to Love)
10 - Winter Road (Dream River)

jeudi 3 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (1)

 
listen while you read !


 
OO
lucide, romantique, élégant
folk, folk-rock
 
Sur Dream River, Bill Callahan continue à étudier la condition de l'homme occidental, qui sans intervention divine en vue (depuis que dieu a été 'mis de côté' sur la chanson Faith/Void) doit continuer à mener son existence. Mais comme il existe toujours une évolution quasi-naturelle dans l'existentialisme du grand songwriter américain, il s'attache avec ce nouvel album à décrire les vies des hommes en général, du point de vue romantique, même si cela doit le mener à un peu de naîveté.
Apocalypse donnait en perpective un portrait de l'artiste lui même, face à la quantité de ses chansons, ses perceptions déjà détaillées et enregistrées au cours d'un riche passé musical – il a désormais plus de 20 ans de carrière. Plus que jamais, chacune des sept chansons de l'album était faite pour marquer un temps, une saison, ou un jour de la semaine. Le lundi, avec Drover, il partait se confronter, avec une intensité que le peintre Paul Ryan avait bien imaginée pour son tableau Apocalypse at Mule Eears Peak, la 'montagne aux oreilles de mule', aux réalités du Dehors, remarquant que cela le faisait redevenir complètement lucide et pertinent. “J'ai remis ma montre à l'heure du clocher/il était grand temps !” C'est comme si c'était la première fois que Callahan trouvait autant de sens dans des mots simples et des comportements de plus en plus instinctifs. Il préparait le terrain pour son album le plus cohérent. Le jeudi, sur Universal Applicant, il démontrait enfin une bonne fois pour toutes qu'il ne souhaitait être que lui-même, fusionner tout les personnages qu'il avait été auparavant. Kidnappé, soumis au jugement des animaux sauvages, il tient tête et donne encore une leçon d'affirmation de soi. Le samedi, Riding For the Feeling faisait intelligemment miroiter l'effet de sa propre oeuvre passée, aussi disparate soi-t-elle, lui donnant sa limpidité à travers un sacre de printemps qui en faisait son 'apocalypse.' Une façon de l'assimiler, en même temps que lui, à la nature envirronnante.

Les thèmes d'Apocalypse auraient pu faire l'objet de toute l'oeuvre d'un artiste, mais Callahan a trouvé le moyen d'aller plus loin. Et comme il s'agit de musique, il a d'abord humé l'avenir et cet album, Dream River, de ce point de vue. Il le voyait comme un retour à plus d'étoffe sonore après avoir qualifié Apocalypse d'album 'squelette'. Ce qui dans le jargon de Callahan signifie des chansons telles que la belle dérive au piano One Fine Morning, et qui pour le folk en général est un adjectif de très bon augure. Les squelettes sont toujours faits pour servir de treilles à de nouveaux fruits. Mais de toute façon, Dream River ne s'étoffe pas de façon conventionnelle. Plus que jamais maintenant que le groupe – le guitariste Matt Kinsey en tête - sait exactement comment expérimenter, Callahan y peint les sons.
Sometimes i Wish we Were an Eagle profitait de beaux arrangements de cordes, qui, avec un jeu de guitare sous-estimé pleinement mis en valeur et la voix triomphant plus que jamais dans sa gravité et dans sa nuance, aurait du élargir le public de Bill Callahan. Dans un monde ou les thèmes de communion avec la nature, les mots simples évoquant la sensualité ou le vol d'un oiseau et l'humour batifolant auraient eu plus de poids que les grandes productions filmiques érigeant les catastrophes planétaires comme seule issue possible, cet album aurait du être le produit culturel de l'année. Dans la société, Bill Callahan sait se maintenir à l'écart de ce qui semble artificiel et qui n'est pas essentiel, comme il le fait des termes trop difficiles. Il a le bon goût de remplacer la trivialité populaire par l'humour, par la candeur forcée et par des mots qui réduisent l'action à une seule scène. Dans Summer Painter, sans doute la chanson la plus en phase avec la fougue électrique de Kinsey, un peintre (la peinture est, encore plus que le cinéma, l'art qui inspire Callahan à ce point de sa carrière) passe l'été à former les lettres des noms de bateaux, tandis que 'les castors construisent des barrages autour de moi'. D'une façon absurde, quand l'automne vient et que le peintre doit s'arrêter, il réalise qu'il ne peut vraiment faire autre chose, comme les castors et leurs barrages ; et la superstition locale voudra qu'on le soupçonne d'être à l'origine de l'ouragan qui se déclenche dès le moment où il lâche son pinceau, car l'ordre des choses était qu'il continue à rester en osmose avec l'eau qui l'environne. Callahan compare les habitudes des hommes à des données naturelles, et la société ne fonctionne qu'en symbiose avec son environnement. Il a été comparé pour cela à l'écrivain Raymond Carver.

à suivre
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