“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) entraînant (53) envoûtant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) nocturne (20) puissant (20) extravagant (19) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 31 janvier 2013

BUKE AND GASE - General Dome (2013)

O
intense/ludique
noise rock/avant-pop
 





 
Bjork a fait appel à de prestigieux artisans pour concevoir le Gameleste et d’autres instruments originaux et très imposants pour enregistrer son album Biophilia. Arone Dyer et Aron Sanchez, le duo américain derrière Buke and Gase, a fabriqué ses propres bâtards - un ukélélé baryton à six cordes et un hybride de guitare et de basse, appelés respectivement le buke ‘se prononce biouke’ et le gass ‘gace’.
Animé d’une solide passion pour les techniques appliquées à la création musicale, Aaron Sanchez a travaillé par le passé à la conception d’instruments pour le Blue Man Group. Arone Dyer évoque sans doute Merrill Garbus (TuneYards ) ou Annie Clark (St Vincent) mais aussi la Bjork punk-pop des débuts. Malgré leur recherche de nouvelles limitations musicales afin de créer un langage propice à la création, c’est la voix de Dyer qui permet à Buke and Gase de vraiment s'épanouir.  Elle en contrôle parfaitement tous les timbres, surtout lorsqu’elle atteint ses limites dans les aigus ; elle enroule tous les différents tons de ses cordes vocales autour d’un bouquet de règles musicales raides mais ludiques déterminées à la conception de l’album, et dont Buke and Gase ne va pas s’écarter tout au long des treize morceaux de General Dome. Déconstruction et reconstruction, symétrie, architecture ; leur musique en staccatos est très physique, répond d’abord à une nécessité mécanique – Houdini Crush est la formidable mise en route d’une machine atonale, vaguement métallique -  avant que naisse un échange rythmique à base de syllabes nerveuses et souvent surprenantes dans la voix de Arone Duyer.  Et finalement provoquer  l’épiphanie mélodique.
Function Falls, un EP enregistré en une semaine, alors que l’album était déjà terminé, comme un test de spontanéité et une étude sur le ‘contraste des textures’, agit comme un révélateur du son de Buke and Gase. On y trouve une reprise du tube club de New Order, Blue Monday, qui témoigne de leur énorme rigueur, de leur recherche d’une articulation originale, primaire, qui permettrait de reproduire les vibrations charnelles de la musique pop. Issus d’improvisations touffues, les morceaux du duo sont comme des joutes qui s’engagent entre  la harangue de Dyer, les deux instruments à cordes tout en tension rythmique et l’important résidu : percussions jouées au pied, gadjets électroniques, pédales d’effets et vocoder découvert avec l’enregistrement de General Dome.
Le buke et le gass semblent être un ingénieux prétexte médiatique pour embrasser le feeling propre aux albums enregistrés dans des périodes de transition et d’apprentissage de nouvelles façons de jouer. « Nous ne pouvons pas céder à la complaisance, car les instruments sont difficiles à jouer, ils nous limitent, et souvent nous avons moins de contrôle [que si c’était des instruments traditionnels] ». .  En réponse au challenge que constitue leur discipline particulière, ils avouent devoir travailler tous les jours à leur musique. Le buke et le gass peuvent s’ériger en blog rugissant, produire un son intimidant, qui ne fait rien pour départager l’un et l’autre des musiciens. Les voir en concert – ils jouent, c’est assez rare pour être remarqué, assis sur une chaise – permet de mieux saisir les dynamiques qui appartiennent à l’un et à l’autre, au-delà des contraintes dynamiques qu’ils se sont imposées.

mercredi 30 janvier 2013

GRAYSON CAPPS - The Lost Cause Minstrels (2011)





OO
rugueux, élégant
blues, country, rock

Grayson Capps est un homme capable de changer votre vision de la musique populaire, ou de réaffirmer votre désir de rester hors des sentiers battus. The Lost Cause Minstrels renforcera votre goût pour une musique américaine typée autant que pour des chansons fuyant tout cliché - Capps avoue ne pas se fier au genre « garçon rencontre fille et l’emmène danser », préférant se consacrer avec justesse aux tragédies et aux ironies de vies menées dans une flamboyante discrétion par tous ces personnages qui sont le malt de la poésie de bohème.

La musique de cet album, conçue en osmose avec sa compagne Trina Shoemaker (productrice chez Brandi Carlile, les Throwing Muses, James Otto, les Indigo Girls…) et son groupe totalement reconstitué pour l’occasion, a cette capacité à déborder des genres dans laquelle elle est établie – le blues, la country, le Dixieland et de façon plus singulière le classic rock des années 70 – pour se rendre accessible au plus large nombre. Et ce en dépit d’une attitude évoquant les rebelles chevelus Charlie Daniels, Lynyrd Skynyrd, Waylon Jennings ou David Allan Coe, dont on ne sait jamais si ils vont vous mettre un couteau sous la gorge ou vous chanter une chanson. Peut-être le fait de vivre à parts égales entre deux territoires, la Louisiane et l’Alabama, sa terre natale, ainsi que des études de philosophie ont pourvu Grayson Capps d’une capacité de réflexion qui s’illustre bien en interview.
C'est cette ambivalence qui fait de Grayson Capps l’un des musiciens roots américains les plus intéressants aujourd’hui. D’autant plus que The Lost Cause Minstrels est son meilleur album, celui sur lequel joue de ses forces avec un discernement renouvelé, et assemble un set d’une grande cohérence. C’est un album de guitare avant tout, dépeignant successivement, et avec subtilité les humeurs habituellement associées à ceux qui se jouent des ténèbres ; on pense au troubadour Townes Van Zandt, au blues du bayou de Howlin’Wolf, on y trouve les échos de la quiétude ténébreuse des chansons d’Hank Williams ou de Robert Johnson. Un sens du danger, une tension enivrante traversent HIghway 42 ou John The Dagger. C’est comme lorsqu’on se retrouve, au saloon, face à cet étranger couvert de poussière, sans savoir s’il va dégainer ou vous raconter sa vie pathétique et vous transmettre sa passion et sa sagesse d’homme itinérant. Avant que l’émotion ne nous rattrape avec Yes You Are, une belle leçon qui nous demande d’accepter ce que la vie ne nous a pas donné.
The Lost Cause Minstrels n’est pas un album trop rude : Capps se souvient de l’idéalisme de certaines de ses influences, des plaisirs imprévus et des expériences charnelles venues contrebalancer le fond spirituel que mérite toute chanson et qu’il a, pour sa part, hérité d’un père pasteur. No Depression enchaîne les improvisations torrides et évoque… Foxy Lady, de Jimi Hendrix.
On mélange saveurs amères et sucrées, comme dans un gumbo, ce mélange culinaire typique de la Nouvelle-Orléans, que l’on aurait transformé en frustration et en fantasme. La Nouvelle-Orléans est bien présente à travers les rythmes de second line et quelques floraisons de cuivres authentiques. L’apparition régulière d’harmonies vocales féminines d’une grande élégance renforce l’esprit de cohérence.
La chanson Coconut Moonshine évoque un certain Mr. Jim, qui est là chaque fois que Capps joue au club The Shad à Ocean Springs. C’est l’âme du lieu, toujours en train de siroter un cocktail maison qui ‘brûle les entrailles’. La musique abat la moitié du travail, avec le concours de cuivres inattendus, la voix un bon tiers, et cette histoire un peu indulgente de pilier de comptoir sur fond de lune évoquant une grosse noix de coco fait écho aux accents hobo de Blue Valentine (1978), l’album de Tom Waits, dans une ambiance transposée. De quoi éprouver une profonde satisfaction.


samedi 26 janvier 2013

En Images : BRANDI CARLILE - Bear Creek (2012)



OO
communicatif/frais/soigné
country/folk-rock/pop
A peine entrée dans la trentaine, Brandi Carlile dégage une aura particulière. L’assurance de ses chansons, sa voix puissante ainsi qu’une attitude très chaleureuse à l’égard de son public, que son statut de star montante aurait pu mettre à mal, forcent l’admiration et l’amitié chez ceux qui la découvrent, cette amitié devrait-elle demeurer virtuelle. Lorsqu’elle écume les Etats-Unis en support de Bear Creek, elle voyage avec une traînée de fans dans ses bagages, incarnant littéralement l’estampillage d’ « artiste à suivre » qui lui fut adressé par Rolling Stone Magazine à la sortie de son premier album, plus inspiré par Jeff Buckley, en 2005. Les producteurs T-Bone Burnett et Rick Rudin ont depuis tous deux enregistré un album avec elle. Plus de 200 000 personnes ont levé le pouce en son honneur sur Facebook.

Beaucoup s’identifient à elle. Cela donne envie aux gens de s’attacher, quand on provient d’un coin perdu à 50 miles de Seattle, un endroit où l’on occupe sa jeunesse à déambuler dans les bois et à se donner des leçons de chant à soi-même. Quand on est de surcroit jeune, jolie, élégante – les jeans n’ont jamais été mieux portés que par Carlile, et elle en fera les frais, après publication d’une photo la montrant de dos en concert. A en juger par les commentaires, affectueux, on n’a pu détacher le regard de son ravissant derrière. En 2005, en portrait sur la pochette de son album éponyme, elle semblait incarner le fantasme de l’Amérique de Terence Malik, de la Ballade Sauvage et des Moissons du Ciel, faisant fondre les cœurs à tel point que certains craignaient qu’elle ne soit qu’une construction médiatique.

Dans ces conditions, cela semble presque superflu pour elle que d’enregistrer au studio de Bear Creek, ce lieu de ressource pour groupes et musiciens parmi les plus attachants aujourd’hui : les Fleet Foxes (en mettant de côté leur succès, il reste une bande de potes que tout le monde voudrait compter dans ses amis), les Walkmen, les Lumineers, les Foo Fighters, Les Savy Fav, Stephen Malkmus and the Jicks… Chacun de ces groupes a un je-ne-sais quoi chaleureux qui les rend indispensables, et qui se manifeste en grandes quantités chez Brandi Carlile. Elle semble de surcroît entretenir une touche de romantisme mature. Un EP paru en 2010 et dont les chansons tournaient autour du thème de la Saint Valentin. Elle ajoute à cette projection de romantisme, le sien, une forme directe et plus rustique qu’auparavant avec Bear Creek.

En bonne country matinée de pop-rock, la musique dégage une énergie scénique sensuelle, tour à tour tragique et goguenarde. Bear Creek est l’album d’une artiste et d’un groupe complètement à l’aise avec l’exercice du live, cela se ressent à leur façon à la fois décontractée et très efficace de sonner sur l’album. L’écoute de l’énergique Rise Again donne tout simplement envie de se précipiter à leur prochain concert. Au-delà de leur professionnalisme, l’originalité de la formation réside dans la présence des élégants jumeaux Tim et Phil Hanseroth, tous deux multi instrumentistes surdoués. Comme Carlile l’est avec sa voix. Prenez Raise Hell, une chanson qui n’est de bout en bout, jamais tendre : le ton est tout de suite féroce comme une chanson intimidante de Johnny Cash, et le refrain indompté. Et ce n’est qu’une nuance, qu’un style parmi tant d’autres. Des influences gospel et des chœurs discrets mais très effectifs font aussi mouche ça et là.

Brandi Carlile ayant fêté ses trente ans en 2011, il n’est pas surprenant que ses pensées l’aient conduite à réfléchir à sa place dans le monde et à ses envies, entre nostalgie et nouveau départ dans ses relations aux autres. On commence avec Hard Way Home, en souvenir du chemin difficile qu’elle a emprunté durant son adolescence, caractérisées par la solitude et la crainte de se tromper, de perdre son temps. « Oooh, follow my tracks / See all the times I should have turned back / Oooh, I wept alone / I know what it means to be on my own”. Save Part of Yourself est aussi frappante. « I remember you and me / Lost and young dumb and free / Unaware of years to come / Just a whisper in the dark / On the pavement in the park / You taught me how to love someone / Save part of yourself for me / Won’t you save part of yourself for me”. Tout l’album est emprunt de la même humilité. La chanson 100 est un point culminant de ce parcours qui épingle aussi la vanité juvénile, et révèle les fêlures et les doutes d’une jeune femme en apparence très assurée.







avec l'orchestre symphonique de Seattle
  

Sources des images

Le Facebook de Brandi Carlile

http://www.bearcreekstudio.com/


http://chickswithguitars.com/

http://www.saltlakemagazine.com/blog/2012/12/brandi-carlile-brings-some-holiday-spirit-to-the-state-room/

http://aftertheshow.wordpress.com/2012/05/30/brandi-carliles-new-album/



vendredi 25 janvier 2013

GRAYSON CAPPS - Interview


Interview traduite depuis le site Dirty Impound. Très intéressante à mon avis, elle permet bien de cerner l'Américain très roots Grayson Capps.

Il y a une forme de responsabilité dans ta musique. On est loin du genre “garçon rencontre fille et l’invite à danser.”

En grandissant et en m’épanouissant dans le Sud-Est, dans une région très conservatrice [l’Alabama], j’ai développé des pensées en décalage. Mon cousin a l’habitude de dire, « Grayson, Jésus est la seule voie », ce qui m’irrite grandement. Je peux m’identifier à cette mentalité, mais allons, il y a tout un monde qui nous attend ! J’aime essayer de toucher les gens mais aussi de les entraîner, de leur porter des coups. Je me désintéresse lorsque le mot ‘politique’ ou économie’ ou ‘religion’ apparaît trop ostensiblement dans une chanson.

C’est souvent trop explicite, comme chez Toby Keith. Il n’est pas mauvais mais il est devenu ma référence en termes de pensée bling bling.

C’est très facile d’utiliser la carte du patriotisme. J’ai gagné une élection de représentants d’élèves à l’université car j’étais un acteur à ce moment, je leur ai dit : « Je suis américain et je suis au service de chacun d’entre vous ! » J’étais facétieux mais j’ai gagné car ces gens ne l’ont pas compris. C’est comme Born in The USA, la chanson de Bruce Springsteen qui est devenue un hymne national alors que si vous l’écoutez bien ce n’est vraiment pas cela. [Une énorme méprise conduisit Ronald Reagan à tenter de s’en approprier les paroles, et George Bush Senior à l’utiliser pendant sa campagne en 1988 alors que cette chanson décrivait en réalité le malaise américain dans le contexte de la guerre au Viet Nam]

Votre méfiance envers les pensées trop générales aide à comprendre votre état d’esprit dans les chansons. Vous écrivez à propos de gens isolés – ceux qui font les sandwichs, ceux qu’on n’écoute pas, les solitaires.

Ce sont les personnes qui comptent. Je viens de jeter un œil à un Rolling Stone [presse musicale américaine] et on aurait cru le livre d’or universitaire de qui sort avec qui, etc. Je suppose que certains doivent aimer ça. C’est étrange mais je n’ai jamais eu cette sensibilité.

The Lost Cause Minstrels est un super nom de groupe, mais en même temps, je ne veux pas te voir mettre ‘cause perdue’ sur une pochette d’album alors que ce n’est que ton 5ème disque.

J’ai observé Jack White apparaître avec les White Stripes alors qu’il n’était rien, et devenir une superstar, et maintenant il est comme un vieux à la retraite. [Cette interview a été faite en 2011, avant la sortie de Blunderbuss, l’album solo de White en 2012]. J’ai été témoin de ça, et j’ai continué ma route. J’ai vu des carrières naître et mourir, quant à moi, je continue.

C’est le genre de persévérance que montrent ceux qui ont besoin de continuer.

J’ai quelques fans, pas énormément mais ils sont très intenses. Par exemple, le mari de cette femme est mort et c’était un fan et elle souhaite que je joue une chanson précise quand il sera enterré. J’ai cette épouse qui vient presque partout où je joue. Son mari est mort il y a presque deux ans et elle a trouvé une façon de sauver son âme en venant à mes concerts. J’ai une poignée de fans un peu fous. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais c’est beaucoup pour moi, que je fasse de l’argent ou non.

Ca dépasse le métier lorsque cela signifie tant des deux côtés.

Pour moi ce n’est pas un travail. J’ai été paysagiste jardinier presque 20 ans, tout en faisant de la musique, et j’en suis arrivé à ce croisement symbolique où je devais choisir entre la musique et le paysage. Prenant de l’âge, la musique a sans débat pris le dessus ; tout ce que je veux dire c’est que je suis venu à la musique pour en faire ma raison de vivre, sans chercher à plaire à personne. Même aujourd’hui, si je me trouve dans une situation où je ne suis pas satisfait de la musique que je fais, je vais travailler avec les plantes, car ça me plaît. Si je ne trouve pas mon compte en faisant de la musique, pourquoi continuer ? Je dois payer un loyer et acheter du gaz jusqu’au prochain concert, mais après avoir assuré ses arrières, c’est vraiment le rêve de jouer de la musique et de pouvoir en vivre.

Il y a eu une évolution constante depuis votre premier album. La musique continue de se développer de façon très naturelle.

Je l’espère car ma seule assurance en tant que musicien, c’est de pouvoir m’améliorer. Il faut que je progresse ! Quand je serai vieux, je veux être très bon. Ca ne m’intéresse pas un parcours comme les Eagles qui ne sortent plus que des Greatest-Hits. Surtout parce que je n’ai pas de hit. [rire] J’espère que j’en écrirai un à cet âge là.

Le nouvel album est très cohérent, et cela peut servir à attirer des gens qui n’ont jamais entendu ta musique auparavant.

Trina Shoemaker, ma partenaire qui a mixé et produit l’album, est au-delà du professionnalisme. Nous faisons des disques ensemble depuis longtemps, et je pense que nous avons trouvé une zone de confort, ou du moins, nous savons désormais comment parvenir à ce que nous recherchons. J’ai aussi renouvelé tout le groupe à l’exception du batteur, et l’effet est positif là aussi.

Les musiciens sont vraiment au service des chansons sur Lost Cause Minstrels, et je pense, c’est la clef – l’humanité, le sang et le muscle parfaitement accordés.

Tout à fait. Beaucoup d’artistes se fient à l’Auto-Tune, mais je n’en ai pas besoin car Trina me rappelle toujours combien elle aime quand un chanteur entame une chanson sur une fausse note avant de s’accorder. On n’a pas ça avec beaucoup d’artistes, leur musique est homogène parce qu’ils recherchent le succès avant tout.

Des gens essaient de me parler d’Arcade Fire et je leur dis, « As-tu écouté les deux derniers albums de Levon Helm ? » Et ils répondent « Qui ? Quoi ? »

Nous n’aurions pas eu ces classiques Soul dans les années 60 avec l’Auto Tune. Aretha [Franklin] et Otis [Redding], leur truc c’était de pousser la voix dans le rouge, surtout avec les micros qu’ils avaient à l’époque. Je l’ai dit dans le passé, à ton propos, mais ça vaut le coup de le répéter : tu as beaucoup plus en commun avec des artistes classiques comme eux plutôt qu’avec la plupart de tes contemporains. Ca fait bien plus sens de te comparer à Kristofferson, Prine et Lowell George.

Ce sont mes héros. Ce sera peut-être une raison de ma perte, mais je n’ai jamais été un fan de pop. Ca a toujours été Tom T. Hall et John Prine. Des gens essaient de me parler d’Arcade Fire et je leur dis, « As-tu écouté les deux derniers albums de Levon Helm ? » Et ils répondent « Qui ? Quoi ? » Pour qui te prends tu quand tu me prétends connaître le meilleur groupe du monde alors que tu ne sais même pas qui est Levon ?

Amen!

Les gens ne connaissent tout simplement pas l’histoire de la musique. L’un de mes disques préférés entre tous, c’est Carney de Léon Russell. Il est court – quelque chose comme 38 minutes – mais il devient plus intéressant d’une écoute à l’autre. C’est là que Trina et moi nous connectons, car elle est férue du rock seventies. Elle adore Bad Company et se demande sans cesse comment ils sont arrivés à ce qu’ils ont fait.

Il y a toute une mythologie lorsqu’on parle de classic rock mais c’est de la musique qui ne vieillit pas. C’est tellement bien produit, écrit et joué, surtout en comparant à ce qui sort aujourd’hui. On pourrait toujours passer ces morceaux à la radio et ils tiendraient la route. Ca démontre des compétences et un artisanat qui est en train de quitter le business.

IL y avait de la profondeur aussi. Quand ils utilisent ces grosses caisses – wow ! Certains de ces disques par The Band [groupe dont Levon Helm était batteur] sont parmi les meilleurs de tous les temps.

Ca doit être frustrant, d’une certaine façon, de rechercher cette profondeur et de réaliser que le plus gros de la profession ne s’y intéresse même plus en ces termes.

Je ne généraliserai pas, même si je suis d’accord en ce qui concerne la musique mainstream. Quelqu’un a fini par me faire écouter My Morning Jacket, et c’est assez intense. Je les ai vus live quelque part et je n’ai pas tout saisi, puis j’ai écouté un de leurs disques et j’ai aimé. C’est comme PInk Floyd mélangé à autre chose. [rire] C’est engageant, ça sonne bien. Il y a pas mal de bonne musique tout de même, les Black Keys par exemple. Trina connaît Tchad Blake, qui s’est occupé de leur album Brothers, et ça me fait chier que dans les interviews ils puissent dire « Ce n’était que nous deux à Muscle Shoals enregistrant nos pistes de guitare et de batterie. » Trina a parlé à Tchad, qui s’est retrouvé avec ces pistes nues et ils lui ont dit, « Fais ton truc sur celles-là ». Il y a de la basse et des claviers en plus. Ca me rend très jaloux car ils se font plein d’argent, mais pas Tchad. [rire] Ce sont de grands songwriters, et je pense que Dan est un bon chanteur. Junior Kimbrough habite son jeu de guitare. Ca se voit du premier coup [rire]

 
Tu bien l’un des seuls que je connaisse à mettre Junior en relation avec le jeu de Dan Auerbach, ce qui en dit beaucoup sur l’ignorance générale des journalistes musicaux à leur sujet. Je voulais te parler de ton déménagement depuis la Nouvelle Orléans, où tu as passé de longues années de ta carrière. Cette ville a servi de fabrique à tes chansons pendant longtemps.

Je suis revenu à Fairhope, Alabama, qui est à deux heures et demie environ de la Nouvelle-Orléans. J’ai commencé à jouer de façon régulière au Chicki Wah Wah à NOLA, ce qui est cool mais je suis encore le mouton noir de cette communauté. Comme Anders Osborne arrive, embrasse cette culture et se met à parler comme s’il était de là bas. IL devient ce qu’il aime, et je ne le critique pas pour cela - il est super – mais je ne me suis jamais vraiment senti chez moi à la Nouvelle Orléans même si j’avais ma niche là bas. Je suis à moitié d’ici, et à moitié de là bas. Ce n’est pas un mélange évident. Je suis ce gars qui joue une musique un peu funky, mais c’est de la country, et il est blanc et chevelu. Quelque chose ne colle pas dans le personnage. [rires]

Mon groupe n’est pas fait pour danser, et ce n’est pas ce que je veux. Mes parents étaient tous deux professeurs d’école, et mon père était prêtre pendant un temps. J’ai lu beaucoup de philosophie, et j’ai étudié le théâtre. Je sais que si les gens dansent c’est une musique de l’âme, ce que je recherche c’est davantage une épiphanie, une révélation. Les gens peuvent danser avec frénésie, c’est super mais je ne sais utiliser la frénésie qu’avec les mots. J’ai l’impression d’en apprendre un peu plus chaque année tandis que la musique devient plus forte et meilleure.

jeudi 24 janvier 2013

VILLAGERS - {Awayland} (2013)


OO
envoûtant/inquiétant/audacieux
indie rock/folk/électronica


Conor o’Brien, qui chante et joue de la guitare chez Villagers, projetait déjà auparavant dans ses chansons des humeurs diffuses et intangibles, assez peu rassurantes..
O’Brien usait déjà auparavant d’un large panel d’arrangements et de rythmes, même s’ils n’étaient pas encore électroniques, comme sur ce nouvel album. Sur “Becoming a Jackal” (2010), on suspectait déjà qu’O'Brien d’avoir une idée précise de ce qu’il souhaitait voir Villagers dégager en termes de sensations, même s’il n’il atteignait pas toujours son but. Ici on se laisse immerger.
C’est un groupe aux chansons conçues pour dégager une atmosphère particulière, littéraires et introspectives mais parsemées de phrases étrangement séductrices. Coiffé de son déguisement contemplatif, voire évanescent, Villagers est pourtant un groupe ancré dans une réalité sensuelle, avec les inquiétudes du corps comme plaque tournante de son imaginaire.

Voir ma chronique intégrale sur INDIE POP ROCK

mercredi 23 janvier 2013

CONOR OBERST AND THE MYSTIC VALLEY BAND - One of My Kind (2012)







O
attachant/poignant
indie rock

Pour ceux qui ne connaissent pas Conor Oberst ni le dernier acte de sa saga collaborative, ceci n’est pas un authentique nouvel album mais ça vaut le détour. Le country-indie-rock n’roll à la sauce mexicaine du groupe y est particulièrement débraillé, ce qui leur réussit assez bien. On aime tant la voix si caractéristique d’Oberst, et c’est étonnant qu’il ait laissé interpréter tant de chansons par ses camarades… One of My Kind reste cependant son projet. Ceci grâce à trois moments hors du commun :One Of My Kind, Gentleman’s Pact et Breezy, qui constituèrent en 2008 un EP. Le reste de l’album sert de prolongation agréable à ces pépites inspirées par les régions qui surplombent l’Eldorado, enregistrées pour la première fois juste avant que Conor Oberst ne gagne El Paso, au Texas, pour enregistrer Outer South, l’un des disques les plus généreux, enjoués, et même engagés de l’année 2009. Ces chansons sont ici recyclées pour servir de bande-son à l’un des films musicaux les plus improbables de 2012, un documentaire imprévu sur la fondation fortuite du groupe d’Oberst, The Mystic Valley Band (5 personnes). Ils ont réinventé la bohème américaine exilée au Mexique, sans que les soupçons quant à l’utilisation de cocaïne ne puissent être vérifiés.

Voir ma chronique intégrale sur FAUST SCEPTIK

mardi 22 janvier 2013

EILEN JEWEL - Queen of the Minor Key (2011)

 





OO
varié/vintage/nocturne
blues/country/rockabilly

« Je suis curieuse de savoir ce que les gens vont penser de la chanson Santa Fe. J’aime l’image qui y est dépeinte, de l’un de mes endroits préférés au monde. » Pas étonnant qu’il s’agisse d’un de ses endroits préférés : injectez-y un peu de nostalgie et la jeune Eilen Jewel y est comme chez elle. Ce sont les souvenirs de sa scolarité qui refont surface, les expériences à ses débuts de guitariste et de chanteuse, alors qu’elle jouait dans les marchés pour se faire un peu d’argent de poche. Puis elle commence à déménager, quittant le Nouveau-Mexique pour la Californie. Enfin, à 24 ans, elle gagne la Nouvelle-Angleterre afin d’établir à Boston sa carrière. « Santa Fe est une chanson à la fois obscure et lumineuse, c’est une chose que j’ai tendance à rechercher dans mon écriture. » 

Queen of The Minor Key est un album parfois bravache, qui se défend de ses blessures et de sa rudesse par son côté ludique, enjoué, et sa dérision. Il s’agit de chansons de minuit, à la violence cotonneuse, faites pour les longues marches nocturnes et les gueules de bois au whisky. 

La formule s’est lentement maturée au fil des années. Son groupe tient autant du rockabilly (contrebasse incluse), du blues, voire du rock n’ roll, que de la country, et Eilen Jewel n’est parfois pas loin d’avoir un bagout d’enfer – sur la chanson titre -  mais ailleurs elle nuance son style vocal tandis que le groupe, lui aussi, se glisse à pas de velours (noir) dans la veine de la ballade mélancolique. Et les guitares restent excitantes. Si les chansons vont et viennent avec abandon et simplicité, comme autant de bouffées d’énergie électrique étoffées par, entre autres, l’orgue de Tom West, I Remember You, Over Again ou Only One recueillent l’huile des briquets et laissent éprouver de la tendresse. 

Jewel allume une flamme pour Loretta Lynn, très grande dame de la country qui est plus souvent évoquée pour le tempérament de sa country que pour la qualité de ses chansons ; hors Jewel nous dit tout leur mérite. C’est à elle qu’elle se fie pour mêler d’excellentes histoires à l’écriture exigeante, sans cesse renouvelée, et une musique aussi charnelle, parfois rutilante. « Les chansons de Loretta ont une profondeur aussi bien qu’un grand sens du fun. » Eilen Jewel s’inspire de cette discipline qui fait que ses chansons dégagent sans effort apparent une magie trépidante. « Chaque chanson a son propre caractère, sa propre volonté individuelle. Je ne peux pas forcer la chanson à prendre une direction, pas plus qu’une mère ne peut forcer son enfant à prendre une certaine personnalité »
 


dimanche 20 janvier 2013

En images : HONEYHONEY - Billy Jack (2011)




OO
soigné/élégant
country/folk/pop

En 2011, Billy Jack laisse entendre l'incroyable épanouissement, dans leurs propres termes, d'un duo natif de l'Ohio qui se démarque par sa clairvoyance et son talent à combiner ballades poignantes dans la tradition bluegrass, et séduction entêtante. Les mélodies sont toujours habiles, vives et charnelles. La musique, banjo, guitare, violon, est formidablement sûre d'elle, se débat et triomphe sans mal de toute accusation de traditionalisme, pour placer Honeyhoney parmi les 'modernes' aux premières loges de ceux qui vivent pleinement leur passion des valeurs musicales de l'arrière pays, et qui par leur cœur en extraient générosité et douleur voluptueuse. Suzanne Santo a une voix presque soul, et un don pour écrre des chansons aux sentiments rudes et intenses, que les images d’Épinal, loin de les banaliser, enrichissent. Santo est aussi une violoniste qui, après un solo parfaitement mené dans Angel of Death, sait donner à la chanson un nouveau tour, faire planer une menace. “Yes, I guess there have been many others / Yes, I’ve treated them the same as you / And quick I’d let them die, and I’d lick the salty tears they cry / Many went from many to a few.”

L'histoire du groupe en 2011 pourrait se raconter en images, sans qu'il soit utile de se replonger dans leur genèse et First Rodeo (2008), un premier album moins homogène. Hank Williams et les Everly Brothers ne sont que des influences bien lointaines tant Billy Jack célèbre l'instant d'un groupe qui devrait donner aux Civil Wars du fil à retordre.







Sources :

http://www.nodepression.com/photo/suzanne-santo-of-honeyhoney-2
http://www.mrmedia.com/2011/10/honeyhoney-gets-some-sugar-performing-at-the-acropolis-in-st-petersburg-video-interview/
http://www.zimbio.com/photos/Suzanne+Santo/VH1+Save+Music+Foundation+Fundraiser+Esquire/eo5qbIVjgr5
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