“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) entraînant (53) envoûtant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) nocturne (20) puissant (20) extravagant (19) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 26 février 2013

OLOF ARNALDS - Sudden Elevation (2013)


O
attachant, intimiste
folk


Cet album est le troisième de la chanteuse et multi-instrumentiste Islandaise Olöf Arnalds, celui par lequel ses chansons deviennent plus directes que jamais, même si le fait de les chanter toutes en anglais pour la première fois est anecdotique en ce sens. C'est plutôt dû à la façon dont elles sont mises en musique, la simplicité de leurs mélodies et la sécheresse de leur enregistrement – sauf pour les quelques plantureuses sections de cordes. Ce qui compte, plus encore qu'auparavant, c'est la voix d'Arnalds, qui est sa propre créature organique au sein d'un bijou brodé inachevé, comme une fleur de tissu ouverte encore gauchement à la lumière. 

Björk, qui a contribué au précédent album, disait cette voix appartenir aussi bien à une enfant qu'à une vieille femme. Les notes les plus hautes du timbre d'Arnalds sont les plus exotiques et uniques. Elle a sa façon de lanterner, de musarder, d'enrouler les syllabes autour du 'plink plonk' de sa guitare, pour reprendre l'expression péjorative d'un critique à l'égard du plus gros de la musique de cet album. Encore un qui a pris sa vivacité mutine, sa malice pour de l'inconstance, sa dévotion tranquille pour de l'insignifiance. Appréciation faussée par laquelle la plus enjouée Treat Her Kindly ne serait qu'une fronde inutile en comparaison avec la délicatesse céleste de Return Again, de son refrain frémissant, de sa section de cordes brève et magnifique. Quelque part au Moyen-Age, cette lamentation touchante pour un amant toujours absent, avec les violons en contrepoint, aurait ému un prince. Mais tous ces roucoulements, ces entortillages ne sont pas en dévotion au passé ; le regard clair, tourné vers le haut, Arnalds explore les profondeurs émotionnelles avec une fierté vivace. Des moment tels le multi-tracking de sa voix sur A Little Grim deviennent plus sensuels encore par leur présence au milieu d'un peu trop d'évidence. « I know it may sound familiar/I find myself in your place”.

Le naturel échevelé, en comparaison, d'Innundir Skinni, a fait place à une grande discipline, Olöf Arnalds assumant sa préférence pour le classicisme. Arnalds ne cherche pas tant à pénétrer qu'à effleurer. « Quelle jeune fille n'est pas passée par une phase où elle écoutait Joni Mitchell ? » s'interrogeait l'américaine Tift Merritt en interview. Arnalds a eu la sienne, à moins que ce soit son utilisation artisane d'une guitare 12 cordes qui donne cette impression. La palette d'instruments est large mais d'une discrétion maladive. Les vents, presque insoupçonnables sur Call it What You Want n'empêchent pas qu'il s'agisse d'un moment spécial dès la deuxième seconde, lorsque la voix d'Arnalds s'élève si haut, avec un frisson qui n'est pas sans rappeler l’afféterie de Joanna Newsom sur Have One On Me. «Easy/My man and me » chantait celle-ci, et cela reflète l'attitude ici : un album à prendre parfaitement détendu, afin que sa solennité comme son humeur joueuse fourbisse les flèches de la romance en provoquant le plus de satisfaction.

lundi 25 février 2013

TIFT MERRITT - Travelling Alone (2012)


OO
naturel/lucide
folk-rock/pop 

 
 
« Je voulais m’investir entièrement dans les choses qui sont importantes pour moi, et laisser tout le reste de côté. Le temps peut diluer votre détermination et c’est entièrement votre décision d’empêcher ça. » Travelling Alone est l’album de folk-rock le plus naturel d’une chanteuse américaine reconnue notamment pour la clarté et la pureté de sa voix. C'est sa mise au point à l’approche de la quarantaine. Plus que jamais, elle descend le chemin d’un folk-rock d’auteur révérencieux dans la veine de Joni Mitchell, Dan Penn, Lucinda Williams ou Carole King. 
 
On voudrait croire que le thème de la solitude a été battu et rebattu en chansons, mais c’est avant de se rendre compte que la solitude est souvent vécue comme un état de fait, un sentiment subi et dramatisé. Au contraire, la solitude qu’évoque Tift Merritt c’est une solitude productive. Etre seul est un engagement, le fruit d’une réflexion sur ce qui importe à ses yeux, les chansons. Les chansons ne sont pas la somme d’une certaine quantité de solitude, mais des pensées vives et profondes, des personnages qui attendaient de trouver leur histoire vraie. « Les choses superficielles me dépriment. Ce n’est pas forcément lié à la vie moderne. Je pense qu’à chaque époque, il y a toujours eut des distractions. » Une nouvelle chanson, Small Talk Relations, parle de cela : toutes les petites rencontres sans profondeur qui empêchent de véritables interactions d’exister. « Avec la distraction arrive ce vide, cette solitude inhérents. Certaines personnes multiplient ces rencontres sans conséquence qui leur procurent un regain d’énergie, mais dans mon expérience personnelle ces relations sont vaines. » 
 
Travelling Alone est aussi la somme de moments de félicité en studio, enregistrés par Tucker Martine (Laura Veirs, Abigail Washburn, The Decemberists). Merritt a décidé de s’entourer de musiciens brillants (Marc Ribot…) mais capables de s’effacer pour mettre en avant sa voix – un peu moins travaillée qu’auparavant. «Je me suis dit qu’il fallait que je devienne l’artiste que j’ai toujours voulu être, et la personne que je souhaitais devenir étant petite fille », confie-t-elle pour expliquer sa volonté de faire une musique empreinte de la simplicité du quotidien. Sweet Spot est l’une des chansons les plus accrocheuses de l’album, et raconte cette envie de devenir d’habiter ses propres aspirations avec la plus grande sérénité : «I'm just looking for that sweet spot/Where I can live the way that I want." « Cette chanson décrit la sensation d’investir ce que vous faites de mieux, sans plus chercher à forcer les choses. » La langueur pop la moins affectée du monde, ici ou sur Too Soon to Go, c’est ce qui rend Tift Merritt le plus satisfaisante. Et chaque musicien y donne le maximum de tendresse et de tripes. « Nous voulions ce son dense, chaleureux, profond, riche, comme si vous vous trouviez dans la même pièce que nous. » Ces chansons peuvent paraître trop classiques à cause de la simplicité de leur approche, mais à travers chacune d’entre elles Tift Merritt partage une passion des plus authentiques, une humeur diffuse et engageante en même temps. Drifted Apart, en duo avec le Andrew Bird, représente incarne parfaitement l’esprit de l’album. « Je voulais que cette chanson se débarrasse de tout dramatisme – juste un homme et une femme, très naturels, comme des amants sur le retour, qui ont fini de se battre. »

jeudi 21 février 2013

ATOMS FOR PEACE - AMOK (2013)

  
 

O
ludique/détaché
électronique

Depuis son premier album hors de Radiohead, sept ans ont encore passé pour Thom Yorke : c’est autant qu’entre Ok Computer (1999) et The Eraser (2006). Un album déroutant (mais excellent), dépourvu de la beauté des chansons les plus ouatées de Radiohead – Nude, Fake Plastic Trees, How to Disappear Completely. Une collection de moments à la beauté mutique, mais pourtant sensuels, tels Black Swan et Skip Divided. A la sortie de The Eraser, Thom Yorke devait encore justifier cette émergence d’un univers parallèle à Radiohead. C’était un décryptage consciencieux, sa vision du monde, mâtinée d’une poésie de la dérive, illuminée d’une malice toute anglo-saxone. Aujourd’hui, Atoms For Peace est un projet dont il tire sa fierté, et ce serait presque Radiohead qui éprouverait le désir d’échapper au regard du public, de se retrancher presque honteusement dans un coin.  

Ce qui différencie The Eraser et AMOK, surtout ? La confiance d’éxécution. Atoms for Peace n’est plus l’expérimentation d’un duo – Yorke avec Nigel Godrich  – mais le produit d’un groupe transcontinental qui a fusionné dans l’excitation des premiers concerts, dans la fébrilité. Les improvisations initiales avec des beats programmés et des synthétiseurs ont rapidement, sous l’impulsion de Godrich, été découpées, raffinées, ‘distillées’. Il savait d’expérience, et en une seconde, trouver ce qu’il fallait garder de ces improvisations, ce qui pouvait s’affilier à une mélodie. Bassiste (Flea, connu pour être une partie des Red Hot Chili Peppers), batteur (Joey Waronker, qui a enregistré avec Beck) et percussionniste ont ensuite posé sur papier les ‘chansons’ ainsi obtenues afin d’entrer dans les détails de leur composition - d’ajouter, parfois seulement sur les dernières mesures, un complément de batterie, ou des sons insolites tel cet instrument brésilien qui fait whiiip sur Dropped. C’est transformer, comme par magie, les joies du DJeeing en trames qui rendent capable de citer la musique nigérienne et Fela Kuti.  Les synthétiseurs gardent finalement la part belle, de façon assez étrange puisqu’il s’agit souvent de sons – ou d’imitations de sons -  analogiques comme ceux qui peuvent s’échapper d’un Arp Odyssey. Unless, Ingenue ou surtout Stuck Together Pieces sont affectés de ces sonorités.

Thom Yorke raconte dans une interview donnée pour la National Public Radio américaine le processus d’enregistrement de AMOK. Il raconte l’importance ‘s’échauffer’ au début des sessions d’enregistrement, en se familiarisant aux pulsations avant de construire peu à peu. Et plusieurs morceaux confirment cette impression : d’abord un tour de chauffe, le temps que les beats s’installent, et que Yorke commence à faire sa chose : chanter de façon psychique. De The Eraser à AMOK, les pochettes de Stanley Downwood ne laissent aucun doute quant à l’importance du psychique dans cette musique fabriquée d’excitation rythmique, de frémissements, de signaux. Et dans ce monde crypté et intime, Yorke semble avoir assez peu progressé, finalement, depuis The Eraser ou Ok Computer. Il attaque de biais, à travers le prisme des sensations, sa voix toujours plus étonnante délivrant peu de messages compréhensibles. Before Your Very Eyes et Default ont joué sur la séduction,  se centrant sur les beats et sur des refrains entêtants : dans Dropped, une étrange souveraineté se dégage de l'interprétation de Yorke, comme étirée, ralentie : « I don’t want to stop ».

Lotus Flower et son clip ont peut-être contribué à l’image du nouveau Yorke : celui qui danse au son de sa propre musique, balayant le fait établi comme quoi l’amour du public pour Radiohead viendrait de cette sublime séquence de cordes ou des attaques de la guitare de Greenwood sur une vieille chanson. Etre spectateur de la relation de Yorke à Radiohead nous incite à tisser de nouveaux liens avec la musique qu’il crée. Le chanteur semble prendre le plus de plaisir lorsque la source musicale s’articule entre un ADN électronique et une spontanéité live qui est comme un acte de naissance perpétuel, et vaguement déconcertant en tant que tel. Avec AMOK, il achève même notre désir de pouvoir reprendre les refrains des chansons en concert.


lundi 18 février 2013

Morceau # 14 - SIGUR ROS - Kveikur (2013)



Trois nouveau morceaux ont été joués lors des récents concerts de Sigur Ros. Kveikur est un morceau court par les standards du groupe, avec une basse qui groove, et bénéficiant d'un refrain aux harmonies toujours magiques.

Un autre nouveau morceau:

samedi 16 février 2013

THE LONE BELLOW - The Lone Bellow (2013)




OO
intense, efficace, commuicatif
country, folk rock

Une œuvre dont le thème central est l’amour peut être assez convaincante pour vous procurer deux sensations ; d’abord le simple bonheur à l’idée d’exacerber sa loyauté et sa tendresse, ensuite le sentiment que ce bonheur doit être quotidien, l’amour la plus belle des nécessités à satisfaire, bête que l’on attaque avec la bravoure et l’optimiste des vagabonds. Un grand cœur, quelques instruments de musique et une voix pour sa propre âme suffisent. Sur le premier album de l’extraordinaire nouveau groupe The Lone Bellow, la ballade Tree to Grow est un hymne à la loyauté, et l’enthousiasme débordant du reste des chansons donne envie d’aimer et de voyager à chaque fois. A chaque fois qu’une nouvelle marque d’affection et d’amour est romancée par le chanteur Zach Williams. 

Williams s’est retrouvé soudain propulsé par les sentiments à une place où il aurait aimé ne pas être : à la suite d’une chute de cheval, sa femme s’est retrouvée paralysée– et a par chance retrouvé sa mobilité depuis. Les paroles de l’album ont été écrites à cette période. Inutile de fantasmer une musique traditionnelle qui s’échapperait du plus soul des studios de la campagne américaine : tout est là, pour de vrai, sur les trottoirs de Brooklyn, où s’est installé ce groupe qui met avec fougue la country au tableau des scènes musicales New-Yorkaises. Une country moderne ou l’honnêteté émotionnelle prime sur la drague pop, dans des termes désormais suffisamment à la mode pour cumuler – et c’est révélateur - 3 500 000 fans sur Facebook, dans les deux phénomènes que sont Mumford and Sons (« nous ne sommes pas des pop stars ») et The Lumineers. 

Un album riche en émotions que le trio scande souvent en se lançant dans des harmonies vocales à l’intensité rare. Kanene Pipkin (mandoline), Brian Elmquist (guitare) et Williams en leur centre, tous trois coude à coude en concert, ne sont que le cœur énergique de The Lone Bellow. Sur scène, le groupe se démultiplie autour d’une batterie qui martèle et galope; plusieurs mandolines, un banjo, violon, piano, accordéon, seconde guitare, slide-guitar et bien sûr basse, donnant le plus propulsif des écheveaux de cordes. Quinze personnes ont contribué à l’album. Green Eyes and a Heart of Gold entre en matière dès la première seconde, et par le chorus ; la chanson amalgame amour et espoir de meilleurs lendemains. “Green eyes and a heart of gold/All the money’s gone and the house is cold/And it’s alright”. Les oh-oh-oh de Pipkin à la fin du morceau sont particulièrement bien sentis. 

Les chansons tournoient, se déroulent sans temps mort, ne démarrent pas toujours de façon triomphante mais laissant présager de leur verve dès leurs prémices à la guitare acoustique. Leur énergie se répand graduellement, avec le timing parfait pour qu’on s’en imprègne complètement. Le niveau de confidence du groupe est tel que le premier single de l’album n’arrive que dans sa deuxième moitié, c’est Bleeding Out. On pourrait une impression de déjà entendu si Williams n’était pas aussi possédé par ses mots, si les chœurs et les arrangements n’était pas aussi parfaitement en place, laissant hébété celui qui s’attendait aux imperfections généralement associées aux premiers albums. Le sentiment de puissance dégagé est total sur le pont du morceau : « Nothing we need ever dies ». A la fin The One You Should’ve Let Go termine l’album sur une notre franchement libératrice et rock n’ roll.

jeudi 14 février 2013

SILVIA PEREZ CRUZ et YASMIN LEVY - L'Alhambra le 7/2/2013



Yasmin Lévy

Silvia Perez Cruz

Venue défendre son cinquième album baptisé tout simplement Libertad (militant pour la liberté des femmes du monde, un message qui n’est pas du tout anodin quand on pense aux atrocités commises dans certains pays), Yasmin Levy aurait dû être triomphante. Son échec à conquérir une partie du public, et la fatigue peut-être, la rendront  étrangement bouleversante. Sa voix pleine d’accents d’affliction est mise au service de chansons qui débordent délibérément de romantisme égaré, de la nostalgie de ces voyages autour des reflets du soleil sur la mer, loin d’une communauté, d’une famille, d’une mère, d’un homme. Il n’y a pas d’endroit plus voluptueux pour le vague à l’âme que les chansons abruptes de Yasmin Levy. Abrupte, la chanteuse d’origine Israélienne l’est aussi avec elle-même. Elle s’excusera de ne pas être à la hauteur ce soir, de donner là son plus mauvais concert, avant de d’insuffler à la chanson suivante toute l’assurance et la langueur qui lui reste, manquant de justesse, et avec une grâce inattendue, de se retrouver complètement démunie face au public.
La voix de Yasmin Levy est parfois affectée, mais c’est une affection naturelle et non une parodie qui remettrait  en cause son honnêteté. La première chanson de son nouvel album est baptisée La Ultima Cancion, ‘la dernière chanson’ : « Adieu je dois partir/La solitude m‘attend/Je suis simplement venue dire au revoir/Je ne peux rester plus longtemps ». Une idée intéressante que de commencer par la fin. Levy est par excellence la chanteuse des fins de route, quand la nostalgie accumulée se mélange d’une allégresse à peine perceptible, provoquée par les résidus intacts de la passion éternellement renaissante. J’ai décidé d’acheter son album pour prolonger -  après avoir profité de sa présence un peu tragique sur scène - cette sensation que le tragique avait également une force capable de perdurer.   
L’orchestre de cordes d’Istanbul ajoute une emphase et infuse une chanson telle que Firuze des mystères de l’orient. En concert, piano, clarinette, violon ou contrebasse suggèrent un groupe klezmer qui aurait échoué sur la côte ouest européenne, absorbé dans son désir de conclure un voyage et la sensualité qui découle de ce sentiment. Les très beaux solos de clarinette de Amir Shahsar souligneront ces aspirations nostalgiques pour un retour aux gens que l’on aime. La magie du Ladino en chanson, c’est que cette langue cousine de l’Espagnol n’est pas tant une barrière à la compréhension que le récipient de sentiments suggestifs, qui paraîtront universels à qui est un tant soit peu sentimental.
J’avais assimilé Silvia Perez Cruz aux musiciens du parc Guell, ceux qui depuis les arcades organiques de ces jardins Barcelonais extraordinaires, vous plongent dans une rêverie. A Paris pour la première fois, en concert dans le cadre du festival de musiques du monde Au Fil des Voix, la jeune catalane a été spectaculaire, produisant une expérience qu’aucune religion ni spiritualité ne peut battre : devenant de toute la catalogne, de toute l’Espagne, celle qui à force de travail et de passion s’est relevée en princesse de l’émotion. Les inflexions de sa voix sont sans équivalent possible et son insistance à pousser ses chansons au-delà de l’imaginable – même lorsqu’elle nous demande d’imaginer l’exode républicain des espagnol vers la France, en 1939.
Elle avait dédié 11 de Noviembre, son disque, à son père musicien, récemment disparu, et avec qui elle entrainait de forts liens artistiques et spirituels. Ce disque constitué de ses propres compositions comme de reprises réarrangées d’airs Catalans qui l’ont hantée, prend la mesure de son ambition sans jamais atteindre la puissance  dont cette grande chanteuse, est capable en concert. « Je veux chanter ! » s’exclame t-elle avec humour, en français alors que les gens ne cessent de se bousculer pour trouver une place dans la salle au début du concert. Mais son impatience n'est pas aussi grande que la notre. Le fait qu’elle ait inventé des chansons pour une version espagnole et muette du conte Blanche Neige, Blancanieves (2012 ), et puisse les chanter ce soir a cappella de faon à laisse tout le monde bouche bée, donne une idée de ce qu’en termes d’audace artistique, elle est capable de supporter.  Les exemplaires de 11 de Noviembre présents sur le stand se vendront en cinq minutes.

mercredi 13 février 2013

HAYES CARLL - KMAG YOYO (And other American stories) (Lost HIghway, 2011)

 
OO
Doux-amer, romantique, ludique
country, rock, americana

Hayes Carll semble faire partie de ces quelques êtres sensibles et agaçants, de ceux qui se comportent comme des orphelins élevés par une tante détestable qui aurait essayé de s’en débarrasser en les envoyant à l’armée (l’adage Kiss My Ass Guy You’re On Your Own qui donne son nom à l’album est un code de soldat). De ceux qui en fuient le conflit en un temps record parce qu’ils ont de prétendus mal de dos, et qui décident ensuite de multiplier les petites mesquineries à l’égard des femmes qu’ils fréquentent, afin de se venger de l’éducation qu’ils ont reçue, avant de leur écrire en secret des lettres d’amour déchirantes, à demi-sincères seulement, sans les envoyer. L’avantage avec Hayes Carll, c’est que l’imaginer ainsi, au vu de ses chansons, le rend encore plus crédible. Le natif d’Austin, Texas, est parti pour rester un songwriter doué mais d’apparence erratique, qui cultive les vengeances dans un coin de la pièce, réussissant à tourner par poésie interposée les vraies injustices en absurdités avec un talent fourbe, tout en se fendant régulièrement de chansons romantiques presque nobles, telles Chances Are ou Bye Bye Baby sur le nouvel album : « Now the drunks have turned to strangers and the stars are out of tune, as I think about the one who might have saved me. I know you’re out there somewhere between the highway and the moon. Oh, bye-bye, bye-bye, baby. » On a qualifié Carll de « Charles Bukowski de l’ère des anti-dépresseurs ». A l’appui de la thèse, dans l’excellente Hard Out There, la dérision du musicien dans la bouche d’un de ses personnages : « You ain’t a poet, just a drunk with a pen."

Ma chronique en entier sur le blog Faust Sceptik

jeudi 7 février 2013

WIDOWSPEAK - Almanac (2013)



O
envoûtant/élégant
folk-rock/psychédélique

Fantaisie de rock nostalgique d'un duo de Brooklyn, Almanac serait complexe si on décidait de l'attaquer en évocant ses influences. L'évidence de celles-ci donne à voir leurs qualités atemporelles – de Fleetwood Mac à Mazzy Star, des Pretenders à Echo and the Bunnymen, en passant par le psychédélisme électrique de l'UFO londonien des années 60. En se concentrant sur le mystère et la duplicité, entre sensualité et envoûtement, de certaines de ces influences, Widowspeak permet à tout le reste de couler de source ; des structures classiques mais des sonorités qui suscitent un flottement incertain, des guitares aux échos enveloppants, enflammées dans des solos qui perçent à travers la production ouatée, et une voix non pas de 'singer' mais de 'chanteuse', avec l'aura mystique de Stevie Nicks. Avec des noms tels que Molly Hamilton et Robert Earl Thomas, ils semblent sortir d'un livre d'images. Dans ses visuels et ses costumes, le duo se permet une extravagance presque superflue : leur musique dégage charme et singularité.

Un lac de guitares et une mélodie chevaleresque nous saisit dès Perennials, ou l'on se rend compte pour la première fois qu'Hamilton va briller par le manque d'urgence de son timbre, répétant “nothing last long / nothing last long enough”à la manière d'une princesse plongée dans son miroir, plus intéressée par les turpitudes qui départagent sa vie adolescente et adulte que par le sentiment de désarroi profond lié à ce qu'elle chante. C'est du college rock, avec sa tendresse, sa perception un peu stéréotypée du mal, sa romance, mais dont l'agression, l'appréhension, aurait été pervertie par la tentative de rattraper un temps perdu – Ballad of the Golden Hour. 'Ashes to ashes to ashes' chante Hamilton sur Sore Eyes, comme pour signifier le constant recommencement émotionnel auquel s'emploie Widowspeak. Hamilton entrevoit la mort, et même la fin des temps, en délivrant une vision particulièrement désincarnée de celle-ci. Des cycles constitués d'attente et d'absence, la narration d'émotions manquées se constituent, se solidifient avec The Dark Age, troisième chanson sur laquelle les ambitons mélodiques de Widowspeak les affilient aux plus rêveurs et aux plus utopiques des groupes de rock des années 80.
 
C'est en fuyant toute esthétique affirmée que Widowspeak trouve son identité et défie notre imagination. Evitant tout acte de confrontation avec l'auditeur, même dans les chansons les plus imagées, Devil Knows, Locusts ou Storm King, ils nous laissent avec l'impression d'avoir vécu les plaisirs d'un voyage mais sans en éprouver la fatigue, et prêts à recommencer à nouveau cette étrange quête.
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