“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (76) intense (75) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) lyrique (48) communicatif (47) onirique (47) sombre (47) sensible (45) audacieux (44) pénétrant (44) élégant (44) apaisé (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (39) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Romantique (29) Expérimental (28) efficace (28) frais (27) intimiste (27) orchestral (27) spontané (27) fait main (26) rugueux (26) contemplatif (24) funky (23) varié (23) extravagant (21) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 30 janvier 2014

BIG HEAD TODD & THE MONSTERS - Black Beehive (2014)


 
 

 
O
Groovy, efficace
Rock, blues rock
 
Todd Park Mohr et son groupe ont 25 ans de carrière, réalisé une douzaine d'albums, ont fait le Fillmore East et les stades, en particulier dans certaines régions des Etats Unis. Le chanteur d'origine germano-coréenne est une force de la nature, qui, en plus d'écrire, de chanter, sait jouer de la guitare, des claviers, du saxophone et de l'harmonica. A la recherche de toujours plus de subtilité, il enregistre avec Black Beehive un album qui réconcilie la dignité à l'arraché de Springsteen et la noblesse de Ry Cooder dans ses derniers albums, en l'espace de quelques chansons merveilleuses, telles que la chanson-titre (écrite pour Amy Winehouse), Josephina ou We Won't Go Back. Le groupe de 'Big Head Todd' n'a pas besoin de se chercher une identité de pacotille. Il est le plus mémorable en restant à la croisée des routes de l’Amérique. Quand à la pochette, elle rappelle les belles illustrations de celles de Steve Earle, un autre héros.

lundi 27 janvier 2014

SELECTION TRIP TIPS - Janvier 2014

Chaque mois, 9 albums et 10 morceaux remarqués
(1 album à l'honneur avec 2 morceaux).
Idéal pour imprimer et garder avec soi.
 
 



THE NEW MENDICANTS - Australia 2013 EP (2014)

 
 


O
romantique, apaisé
folk-rock, indie rock

Je n'ai pas l'habitude d'acheter des EPS, mais celui ci joue le rôle de souvenir pour un concert des New Mendicants à Saint Ouen le 26 janvier (hier), où tout le public s'est rendu à leur indie rock 'gentil'. Une musique sentimentale, avec harmonies vocales dans l'esprit Californien et glokenspiel à l'appui. Des chansons à la simplicité touchante et qui plongent dans un état de bien être profond. Sans prétention de la part d'un ex-Teenage Fanclub, Norman Blake, pour qui le seul plaisir de jouer et de chanter des mélodies 'pop' est le moteur de la collaboration. Les chansons au cœur de cet EP, Follow You Down, High on the Skyline, étaient parmi les plus beaux moments du concert. I Don't Want Control Of You, écrite par Blake, a été présentée comme 'l'une des plus belles chansons pop de notre génération' par son acolyte Joe Pernice.

Le groupe partageait sa loge avec Cass Mc Combs, et pouvoir échanger trois mots et se faire dédicacer les albums par l'un et les autres était un point fort de la soirée !

samedi 25 janvier 2014

HARD WORKING AMERICANS - Hard Working Americans (2014)







O
vintage, frais, rugueux
rock, americana

Un album qui reprend des standards, peut-être, mais avec une approche qui montre combien ces musiciens réunis sur le vif sont à l'aise, entre engagement et satire poignante. C'est très agréable de retrouver, au chant, Todd Snider, l'inaliénable prophète des déshérités et des failles d'un système politique, bancaire et religieux américain en mal de spiritualité. La simplicité conjuguée du patronyme et du concept de l'album (des chansons pour les déclassés et ceux qui s'usent dans l'alcool et l'attente d'une vie meilleure) représente un tour de force. Une vraie 'tarte au citron', pour reprendre Shemekia Copeland qui disait dans une chanson que c'est tout ce qu'il y avait pour les pauvres, avec  Randy Newman et ses paroles géniales en cerise. Cela comporte des faiblesses, étant donné le potentiel et la gouaille de Snider, mais l'album décolle vraiment après la reprise de Stomp and Holler, une chanson de son ami Hayes Carll dans laquelle Snider a su retrouver l'héritage de ce que les Rolling Stones faisaient de social. Avec les écoutes, toute la deuxième moitié de l'album devient très savoureuse. On attend déjà le prochain chapitre de la saga ouvrière de Todd Snider, qui est en train d'écrire au fil des chansons, des concerts et des prises de parole humanistes une nouvelle page de la musique américaine.

mercredi 22 janvier 2014

JAMES VINCENT MCMORROW - Post Tropical (2014)




)



 OO
sensible, apaisé, fait main
pop


L'irlandais McMorrow semble pouvoir rester suspendu entre les genres musicaux et les états naturels avec si peu de choses - un falsetto impressionnant qui dépasse ceux chez Wild Beasts et Bon Iver, quelques cordes, des chœurs, des boîtes à rythmes.
C'est ce qui se produit lorsqu'un artiste veut rendre un hommage à la musique qu'il aime (le hip hop), et échoue magnifiquement en créant quelque chose de différent. Gold par exemple, c'est l'alliance d'une simplicité futuriste et d'une envie de célébration qui s'autorise juste ce qu'il faut de cuivres. Un disque où l'instinct prédomine.
Et la pochette est superbe ! Elle rappelle la naïveté de celles de Michael Hurley.

DOUG PAISLEY - Strong Feelings (2014)




OO
intimiste, frais
folk-rock

Certains avancent que l'art n'est pas une affaire d'équilibre, mais reflète au contraire un dérangement, un dérèglement... Pourtant cet album entre traditionnel et moderne, est un exercice d'équilibre parfait. C'est le genre d'album dont on a besoin lorsqu'on écoute de la musique tous les jours. Paisley nous laisse encore une fois en suspens, subjugués par sa justesse, comme avec l'album éponyme paru en 2008. Les instrumentations minimalistes ont plus de palette, la voix est bien plus assurée, mais les mêmes teintes mélancoliques et amoureuses se détachent du résultat.

jeudi 16 janvier 2014

ANGEL OLSEN - Burn Your Fire For No Witness (2014)




OO
intimiste, frais
 rock alternatif


Elle a beau paraître très sure d’elle sur ce disque, Angel Olsen n’a rien forcé pour passer en deux ans de la discrète vocaliste derrière Bonnie Prince Billy à celle qui propulse désormais des chansons plus solides à la force de sa guitare électrique. Pourtant, c’est une remarquable apparition que de jaillir d’un disque aussi clair-obscur que Wolfroy Goes to Town (2011). On se dit qu’elle est là pour graviter autour de la lumière, sans jamais quitter les tristesses que projette Will Oldham.

Burn That Fire For No Witness un album naturel : elle a toujours préféré l’électricité et les lumières de la ville, où elle est arrivée pour poursuivre sa carrière : Chicago. Sharon Van Etten, également chez Jagjaguwar, a suivi un peu la même trajectoire vers New York.  Là, elle a rencontré le batteur Josh Jaeger qui n’a eu de cesse de peaufine on plan : travailler avec elle, l’introduire à un autre ami avec qui il formait déjà un tandem solide pour la composition. Les chansons se sont formées avant et après la tournée exténuante. On se demande toujours ce qui pousse des artistes comme Olsen à prendre la route plutôt que de travailler tranquillement sur leur prochain album. Pourquoi un album à la gestation aussi organique, qui appelle la joyeuse solitude d’une petite famille de musiciens, doit t-il être entrecoupé d’obligations promotionnelles ? Heureusement, Jaeger n’a même pas eu besoin de l’avoir toujours sous la main pour tracer les lignes franches de cet album avant de les soumettre à sa validation. Les fondations folk-rock tâtonnantes reproduisent l’intimité, jamais vraiment dévoilée, des chansons, leur esprit encore énigmatique, hésitant à libérer complètement les envies de légèreté et de vitalité. Celles qui se dissimulent dans toutes les vies tiraillées entre la culpabilité d’être heureux face à soi-même et la peine de devoir devenir de plus en plus public. Ce sont ses limites qui semblent donner l’impression qu’il est plus qu’un pas en avant pour Olsen, mais une œuvre à part, qui se suffit à elle-même. 

mardi 7 janvier 2014

Les voeux 2014 d'ARIANE MOUCHKINE

 
 « Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens, À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur. Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ? Je m’explique :Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier. D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires. Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur. Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers. Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“ Je crois que j’ose parler de la démocratie. Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout. Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance. L’Etat, en l’occurrence, c’est nous. Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence. Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres. Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif. Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent. Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs. Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants. Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère. Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient. Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici.
PS : Les deux poètes cités sont évidemment Pablo Neruda et Victor Hugo »

lundi 6 janvier 2014

MUTUAL BENEFIT - Love's Crushing Diamond (2013)



O
apaisant, fait main, intimiste
alt folk 

"my favorite album of the year so far. Unbelievable. Out of nowhere" 
- You Tube

STEPHEN MALKMUS & THE JICKS - Wig Out At Jagbags (2014)




 O
entraînant, attachant
indie rock

Dans les trois premiers morceaux de leur nouveau disque, Stephen Malkmus déploie les trois pattes de son équilibre : non-sens global, gravité embusquée, et déconne, avec une musique articulée pour donner de petites révélations en toute évidence. Le sens mélodique inépuisable de Malmkus a encore produit le genre d'album soigné dont il est coutumier, battant la nostalgie tout en utilisant les mêmes recettes que les aïeux et fourmillant de plein de petits détails qui demandent d'y revenir encore et encore. Comme Brighten the Corners, on dirait bien que les membres du groupe ont pris leur place définitive, bien que Malkmus reste le vrai maître à bord – comme dans Pavement, tout compte fait. (Ca ne veut pas dire que les autres, Bob Nastanovich en tête, n'étaient pas utiles au son du groupe.) 

Mais alors que Brighten the Corners, le premier album de Pavement dont la conception plus démocratique n'a pas été dominée par Malkmus, avait été méticuleusement préparé, Wig Out at Jagbags a été présenté comme un disque facile à enregistrer, découlant naturellement de sessions fun qui ont eu lieu en Belgique. Le mythe du cool ouest-américain est mis à mal depuis que le chanteur-parolier a déménagé en Allemagne. Il se raccroche a son passé sans avoir vraiment l'air de vieillir : « I was so messed up/ You were drunk and high/ We grew up listening to the music from the best decade ever », susurre t-il sur Lariat. Malkmus a réussi en interview a rendre hommage aux « hipsters » qui constituaient à l'époque le public clairsemé de Pavement : avec une fraîcheur toujours démente et des paroles à la cohérence fluctuante, il va ravir ceux là. Tous ceux qui auraient aimé être ados dans les années 90. (Quelque part, il y aussi la sensation que les années 90 sont en train de perdre leur goût réellement novateur pour devenir de l'histoire...) La force mélodique ramassée autour d'une authentique guitare 90's, les cuivres de Chartjunk et les clips décalés et les noms des chansons - Cinnamon and Lesbians fait figure de double traitement, avec 'vidéo de groupe' pris au sens littéral - vont en séduire beaucoup d'autres. De quoi donner envie de remonter toute l'aventure de Malkmus depuis 25 ans et s'intéresser pour de bon à sa carrière 'solo'.

jeudi 2 janvier 2014

Artiste de l'année 2013 - WILLIS EARL BEAL (1)




  


The Black Rider

Dans un studio noir, ou bien sur scène, Willis Earl envoie souvent son micro en révolution, d’un tour de poignet. Un geste qui pourrait mal finir pour le micro. Mais Beal le maîtrise à la perfection. Que cherche t-il à maintenir à distance avec ce geste intimidant ? Que contient le cercle ainsi formé ? Quand un chanteur devient à ce point une énigme pour les autres, qu’il semble aussi déterminé, cela suscite la critique, des réactions. Les lunettes noires ?
Elles protègent ce ‘narcissique’, selon ses propres mots, des reflets de l’extérieur. Les gants noirs sont aussi là pour l’isoler des sources parasitaires. Il semble nous dire que si on veut s’inspirer de son art, c’est sa manière de faire qu’il faudra regarder, pas la musique. Il pourrait aussi facilement brancher un transistor sur lequel seraient enregistrées ses chansons.

Certains ont cru que Beal s’était fabriqué une armure de toutes pièces, un personnage juste bon pour la scène. Ce qui donne cette impression, c’est qu’il est un authentique paradoxal, et que les seuls comportements dont il puisse satisfaire son public, au premier abord, semblent caricaturaux. Il a réalisé après avoir enregistré Acousmatic Sorcery (2012) qu’on en a fait ‘un Noir de Chicago, honnête et sincère’. Pas très satisfaisant pour l’égo. Mais à ce stade, il a à peine mis la machine en route. Ce premier album est davantage le tableau de morceaux rassemblés pendant les dernières années qu’une œuvre focalisée. On le jauge pourtant déjà, on le met face à ses références, on est à l’écoute de ses relations, et beaucoup d’histoires invraisemblables mais souvent vraies se mettent à circuler à son sujet. C’est un vagabond. On croit l’avoir cerné, sans savoir qu’il n’a pas encore sacrifié son intégrité ; c’est une arme à retardement. Un peu comme pour Antony Hegarty, dans un autre genre.

La matière des rêves

Beal ne veut garder que le message, se moque des styles musicaux comme des classes de la société. Dans ces conditions, Nobody Knows est un album au raffinement inattendu, peut-être le dernier avant longtemps où Beal accepte de chanter une chanson telle que Everything Unwinds. Au moins y a t-il fixé l’errance – un paradoxe, encore. Il y a marqué les ornières de sa présence de fantôme. Cette chanson vous donne l’idée que la voix de Beal, étonnante de variété depuis Acousmatic Sorcery, est un murmure capable d’arrêter le temps. Comme Sambo Joe From the Rainbow, Monotony ou Evening Kiss sur Acousmatic Sorcery, Everything Unwinds est la matière des rêves. Pour le précédent album, elles auraient été enregistrées en pleine nuit, entre deux songes, avant que l’inspiration propre aux imprécisions nocturnes ne se dissipe, et recueillies ensuite, plus tard. Ici, la trame est une texture ondulante et séduisante, dépeignant une mélancolie qui inclut le dehors. La lune, les larmes, la douce étrangeté qui donnent à Beal la sensation d’être entendu, non seulement par nous qui l’écoutons mais aussi par une présence réparatrice/maléfique au-delà de nous. Réparatrice lorsqu’elle permet de recueillir une lamentation : maléfique parce qu’elle ne répond pas. 

Et pour se convaincre qu’il n’a pas besoin de réponses, Beal fait un provocation de sa poésie étrange et apocalyptique. Peut-être ne veut t-il se rendre qu’à elle. Ne se livrer qu’aux trois choses qui l’inspirent : venir seul ; la nuit la plus noire ; l’ange lui caressant l’âme.

Au delà de l’insurrection qui consiste à ne rien représenter, une poésie prend corps dans Nobody Knows. Elle est le mieux représentée par la relation ingénue de Beal à Chan Marshall, ou Cat Power, que les amoureux de musique rock indépendante intimiste connaissent bien. L’album s’ouvre sur des performances qui semblent mettre le chanteur dans une position plutôt inconfortable pour lui, comme s’il faisait la révérence à Marvin Gaye, la cour à sa bonne amie et, à travers elle, à l’auditeur qui trouvera absurdement que Wavering Lines est une chanson trop léchée. De son passé à Chicago, on retrouve la patte des productions de Motown sur le morceau suivant, Coming Through. Cette humilité et cette fraîcheur lui sied mieux que jamais sur la quatrième chanson, Burning Bridges, une chanson qui se termine lorsque Beal prend une voix de falsetto pour répéter « elle et moi, toi et moi, elle et moi. »

Passer la frontière

Puis vient Disintegrating. Elle se termine dans une noirceur sexuelle qui semble faire renaître pour de bon l’alter-égo féroce de Beal, affamé de vie, celui que certains accusent de construire un mur factice pour ensuite avoir la gloire de passer au travers. Mais le mur le protège des expériences les plus folles qu’il risque encore de vivre. Il va pénétrer dans les fentes du mur comme une araignée recherche une mouche pour se nourrir. « Tu ne réalises pas que je me sens à l’étroit. Je vais te montrer la douleur que je ressens. Je vais te pénétrer, pour que tu ressentes la même chose. Je me désintègre au-dessus de toi. Mais il y a ce mur qui nous sépare. Je le traverse. » Cat Power, elle, est comme ‘Neal Cassady dans Sur la Route, de Jack Kerouac : fragile mais impénétrable, et sans artifice. »

Même lorsqu’il se retrouve enfin auprès d’elle, il réalise qu’il ne doit la prendre que pour une sorte de guide spirituel. Il a joué dans un petit film pour l’une de ses chansons une fois, en plein désert Californien. « A la fin, j’en avais tellement marre que je me suis mis à marcher deux heures en plein désert. Quand vous êtes là, vous vous mettez à sentir votre conscience tout envahir : les interstices du passé, du présent et du futur. Tout ce que vous avez fait devient diffus, vos erreurs, vos succès. Vous commencez à vous persuader qu’il n’y a pas de raison de faire demi-tour. Mais la logique revient : j’ai fait demi-tour parce que la première vie que j’ai vue dans le désert c’était un nuage de mouches qui n’arrêtaient pas de voler autour de moi. » 

C’est comme si en le traversant il pourrait donner un sens à ses désillusions. « Elles dépassent mon talent de loin, dit t-il de celles-ci. Et ce sera toujours ainsi, car si ce n’est plus le cas, il n’y a pas de raison de vivre. » On peut remplacer « vivre » par créer. Remplacer les mots sur la langue d’un parolier par d’autres, drôle d’idée. Comme si remplacer un mot pouvait faire passer la frontière à Beal : passer de personne à quelqu’un, de réel à irréel, d’insignifiant à important.
Willis Earl Beal manipule ces mots, les phrases, cherchant malgré tout à rester le maître de sa destinée. L’envie de vivre, dépasse la désillusion.

mercredi 1 janvier 2014

KING KRULE - 6 Feet Beneath The Moon (2013)


OO
varié, pénétrant
indie rock


La voix de Marshall est celle d’un voyou, un timbre égal, un récitatif de sang-froid, son apparence celle d’un Poulbot diaphane qui paraîtra inoffensif même un couteau ensanglanté à la main. Du point de vue des textes déjà, malgré les rimes insistantes (Cementaly…) on ressent de la teneur, une volonté d’exprimer des sentiments non complexes, mais qui s’enchevêtrent peu à peu sur des plages intrigantes et dépouillées. Des intrusions de pop ou de jazz fusion diversifient un parcours déjà réfléchi

Marshall est né entre quelques accords jazz et le son d’une guitare à moitié cassée. Il y a ajouté les trames électroniques cotonneuses, une façon de mettre sa voix au premier plan. Il l’a fait sans prendre nécessairement le temps d’admirer le travail des autres avant de se lancer. 

Une compilation aussi riche (14 morceaux) de ses premiers émois fait pourtant le portrait d’un jeune homme qui doit encore s’affirmer au-delà de ses fragilités. Il triomphe pour l’instant sur la brèche entre l’éclosion palpable d’un art et l’expression de sentiments qu’à 19 ans il est encore en train de comprendre.

 
 

DAUGHTER - If You Leave (2013)



OO

sombre, romantique, soigné
indie rock

Ce qu’il y a de plus magique avec le premier album du trio Daughter, c’est qu’il vous faudra bien quelques minutes pour passer l’euphorie du premier contact pour réaliser à quel point les chansons sont désespérées. If You Leave est l’un de ces albums aussitôt confortables, ceux pour lesquels on sait, avant même de les comprendre, qu’on les écoutera en entier. Il n’y en a pas beaucoup, et c’est un attribut de la musique du groupe que de se distinguer par sa franche excellence – la précision avec laquelle le guitariste Igor Haefeli et le percussionniste Remi Aguilella sont parvenus à produire une orchestration, des thèmes musicaux pour accompagner, voire précéder la voix d’Elena Tonra. Le son est vaste, profond et riche au point qu’il serait vain de le rattacher à un style. Les sons trouvent peut-être une référence quelque part, mais Haefeli les joue avec un état d’esprit tellement transi qu’il fait percer l’émotion avant de donner la sensation de d’être affilié à une école musicale. Quelques notes de guitare tempérées transforment Winter, la chanson d’ouverture, en lui insufflant une sorte d’aspect dramatique. C’est comme si des sons glacés se réchauffaient à travers lui et le groupe pour trouver leur beauté originale, leur indépendance. Les anglais de The XX n’en sont que les ombres projetées et mornes. 

Elena Tonra n’avait pas l’intention de faire un grand disque. Elle voulait une musique confortable, dans laquelle elle se sentit en voix et en confiance, dont elle fit l’expérience aussi bien que des sentiments qu’elle décrit. Dès Winter, les ambiances sont autant faites pour saisir les sentiments que pour les émanciper. La chanson s’arrête, le temps de libérer plus d’espace, de se polir, de trouver son chemin avec une hésitation que la pop ne pourrait pas se permettre. C’est cette osmose entre la chanteuse et son environnement sonore qui définit le mieux Daughter, et qui peut parfois rappeler Portishead. 

A cause de ce qu’elle chante, certains ont vu dans If You Leave presque une menace : comme ces fantôme japonais qui émergent d’un puits et se dirigent sur vous pendant que vous demeurez médusé. C’est qu’avec « Ne te projette pas à demain car je sais déjà que je vais te perdre », sur Tomorrow, par exemple, elle est incapacitante, nous laissant entre deux saisons, inaptes à décider ce que nous ferons, sur le plan sentimental, pendant les prochaines semaines. L’amertume et le sentiment d’une rupture non seulement amoureuse, mais avec l’âme de chaque homme en particulier, semble totale lorsque Tonra écrit et chante. If You Leave décrit dans une gaze enivrante l’effet que peuvent produire les anti-dépresseurs et la nécessité de reproduire et de changer une émotion en art seulement pour se persuader que l’on en ressent encore. C’est pour cette raison que la musique est si caressante : parce que Tonra en recherche les effets réconfortants bien davantage que nous.

Groupe de l'année 2013 : LOS CAMPESINOS (2)

 
 
The fellowship of Boring

Dans Los Campesinos, il y a aussi Ellen, Harriet, Neil, Ollie et Tom. De façon très anglaise (pensez à Radiohead), ils demeurent excessivement discrets derrière leur leader, et semblent remplir de façon pragmatique leur rôle d’artistes. A côté de l’équipe de football avec laquelle il continue de jouer des matchs, c’est le clan des artistes, qui contrebalance l’ «environnement social» de Gareth. « Mon rôle dans l’équipe de foot, c’est celui du mec qui a les cheveux un tout petits peu plus longs qu’ils ne devraient l’être. Ils sont super. C’est juste que je ne peux pas passer tout mon temps avec ces gars qui aiment le rock à guitares. C’est trop restreint. » On le voit sur Romance is Boring, leur troisième album, le groupe développe beaucoup d’idées – arrangement de cordes, synthétiseurs - hors de ce ‘rock à guitares’ – Oasis ? Beady Eye? Noël Gallagher ? - que les amis non-musiciens de Gareth affectionnent. On aurait peut-être pensé qu’une des filles du groupe montrerait la même énergie que leur chanteur et parolier pour développer Los Campesinos et leur servir de porte-parole. Mais ça n’est pas arrivé : Gareth s’affirme comme leur seule figure de proue, et c’est ce qui caractérise cet album de consolidation.
 
Il a tout l’espace pour développer, au fil de tournées en première partie de groupes noise et de brainstorming effréné, son sentiment vis-à-vis de leur musique. La situation du groupe commence à changer : leur public s’élargit. Il ne s’agit plus seulement de chanter pour ses amis, mais pour des auditeurs qui ne comprendront pas les paroles. Les métaphores filées sur des couplets entiers ne sont plus faites pour tromper les amis mais pour signifier un groupe en quête de sens. Les gestes, toujours accompagnés de mots, prennent une autre dimension plus réflexive.

D’une certaine façon, écrire à propos de quelqu’un en particulier peut être une arme puissante puisque tu chantes les chansons à des milliers de personnes régulièrement.

G.C. : Peut-être que la différence, sur Romance is Boring, c’est que plutôt que d’être consacré à une personne en particulier, c’est un agrégé de beaucoup d’amis, de relations distillées en une seule entité. Ainsi il peut y avoir des phrases de certaines chansons qui sont inspirées par une personne en particulier, mais on ne peut plus écouter une chanson et dire « Ca parle de moi ». La plupart de mes amis n’écoutent pas notre musique, de toute façon – je pense qu’ils évitent de l’écouter parce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ce qu’on raconte à propos d’eux.»
 
La tautologie de l’année

Gareth a un jour fait part de son « admiration » pour une chanson comme Sex on Fire, de Kings of Leon. « C’est super de pouvoir écrire des paroles aussi simplistes, qui peuvent être chantées après une seule écoute. » La chanson des Kings of Leon, démonstration d’urgence émotionnelle et sexuelle, a révélé un groupe à la recherche d’une raison d’écrire, menaçant d’imploser à tout moment à cause des excès, et obligé après un concert désastreux en 2011 de s’arrêter pour réfléchir à l’avenir de leur carrière. N’ayant jamais – pour de bonnes raisons – rencontré un tel succès, Los Campesinos poursuivent leur trajectoire sans subir de crise. Un légère remise en question après Hello Sadness (2011), cependant, explique le caractère plus vivant, plus accrocheur et mémorable de No Blues à côté de son prédécesseur, pas indispensable. Pour le reste, Los Campesinos ont tenu la ligne, guidés par un précepte : toujours rechercher – ensemble, finalement - la rédemption amoureuse et y aller avec le cœur, même s’il passent encore pour des étudiants qui ont décidé de faire carrière dans la musique.

La chanson est un rite de recommencement éternel, encapsuler le plus possible d’énergie vitale, faire souffler le chaud et le froid, se fondre dans le quotidien, montrer habilement combien il est absurde, voire futile, de le chanter, tout en étant forcé de reconnaître que c’est ce qu’on fait. Gareth y parvient toujours à merveille. Il n’a encore que 27 ans, et il décrit dans Let it Spill sa vie comme une boule de neige qui se transformera en avalanche.

On pourrait penser qu’une bonne chanson ne nous permet jamais de reprendre notre état d’esprit d’avant. Mais Gareth chante «toi et moi nous sommes de la tautologie » [c’est à dire le ‘caractère redondant d’une proposition dont la conclusion énonce une vérité déjà contenue dans le point de départ.’]

Les chances d’évolution existent pourtant. Ils doivent continuer à dispenser l’énergie et l’urgence, améliorer la relation entre la musique puissante, riche et astucieuse et les mots qui tiennent l’ensemble. Recréer cette fraîcheur et une respiration qui nous encouragent à revenir à eux et à y déceler les jeux d’esprit, fougueux comme la vie, placés partout par Gareth. Il a ses règles : qu’il y ait toujours une « fille » pour réévaluer sa position, l’état de son désir, sa place au sein d’une génération dans laquelle c’est difficile d’être un artiste sans ne faire que chroniquer son impression de décalage. « Chérie j’ai envie d’apprendre/on m’a regardé comme une grappe de raisin pourrie quand vous autres buviez du Sauternes. »

Boire, manger, se retrouver avec ses amis, les plaisirs du quotidien semblent toujours décrits pour faire ressortir une mélancolie, une envie de changement, ce que Gareth décrit en 2013 comme une lueur d’espoir permanente dans toutes les chansons de Los Campesinos, même si quand on les ‘étudie’ – c’est à cette fin que No Blues a été pensé, soigneusement – elles paraissent désespérées. Gareth et le groupe s’amusent avec la mélancolie frivole, mais (donc?) subtile. Autre règle : à chaque chaque fois que la fille de la chanson fait un geste significatif, le chanteur en fait deux. C’est pourquoi l’album est aussi alerte.

Légèrement plus intense et, n’ayons pas peur des mots, plus épique que les autres, Avocado Baby (l’une des meilleures chansons du groupe jusque ici) relance l’album, mais il s’en fallait de peu pour que toutes les chansons aient chacune à leur tour le rôle de Wake Up sur le premier album d’Arcade Fire ; celui de culminer, avec un sens de la grandeur et la finalité d’une déclaration d’intention. Celui de provoquer cette poussée émotionnelle particulière qui les démarque au sein d’un album. What Death Leaves Behind le fait avec ses images de crémation et de barbecue, rejoignant l’adage scout ‘il n’y a pas de fumée sans feu’ ; Cemetery Gaits en se proposant comme le parfait embrasement de concert ; Glue Me, plus calme, en faisant mijoter l’art du jeu de mots à un point encore jamais atteint par Gareth jusqu’ici. Elle rappelle que la raison d’être de No Blues c’est le langage et l’humour. Le final Selling Rope (Swan Dive to the Estuary) montre aussi qu’avec un peu moins de mots, mais des mots faits pour emporter chez soi, Los Campesinos prennent pour nous le sens qu’ils ont eut successivement pour Aleksandra, Ellen, Gareth, Harriet, Neil, Ollie et Tom dans leurs vies.

TRIP TIPS 23 - HIVER 2014

Il s'agit de la maquette, donc à lire en diagonale !
 
 










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