“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 28 juillet 2015

JORMA KAUKONEN - Ain't in No Hurry (2015)




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O
apaisé, intemporel
country, folk, blues acoustique



Irrésistible est un terme sans doute trop rarement utilisé pour décrire la musique d’un mec de 74 ans sur un album de chansons country acoustiques. Mais sans dire qu’il a saisi là toute l’essence de cette tradition musicale, ce qui est sans doute vrai, il a enregistré avec Ain’t no Hurry un album qui fait du bien. C’est la musique d’un capitaine pragmatique, depuis son passé dans un immense groupe, Jefferson Airplaine, puis avec Hot Tuna, dans une veine de blues acoustique, sans parler de toutes les fois où il a joué pour son propre compte, du bluegrass (qui dit bluegrass dit duos homme/femme, et il y en a sur cet album), du folk, du blues dans les clubs de la Californie et de l’état de Washington. Même terre à terre, on l’a vu, les cheveux orange, en punk rocker dans les années 1980, puis fonder le Fur Peace Ranch dans l’Ohio, une sorte de nirvana pour guitaristes, dans lequel se déroulèrent des concerts et des ateliers de musique. 


Les milliers de choses qui font la vie d’un tel homme laissent forcément un goût de poussière quand on prend sa carrière au cours de la 74ème année. Il n’a plus rien à prouver. Ain’t in No Hurry est plein du plaisir de jouer avec des amis, sans chercher à faire dans la pédagogie, et s’il y a de la nostalgie, elle est légère. Comment ne pas être rattrapé par le souvenir de Janis Joplin en 1964 quand il joue Nobody Knows Whe, You’re Down and Out ? La qualité d’enregistrement est bien meilleure que la demo d’alors, mais le feeling est, et c’est magique, inchangé. Kaukonen est resté exactement le même. Les collaborations – comme sur les presque huit minutes de Bar Room Crystal Ball – alternent avec les compositions poignantes. Seasons in the Field, avec ses paroles hypnotiques, est une belle façon de finir. Les thèmes sont forts et récurrents, comme rassemblés dans une force d’évocation qui donne tout son sens au terme de composition originale : c’est rassembler encore une fois, dans un tour de force toujours inédit, les inspirations d’une vie à écouter jouer le monde alentour. La si reposante steel guitar a beaucoup résonné.

CITIZEN - Everybody is Going To Heaven (2015)



O
sombre, intense
Rock, indus, hardcore, émo

Les choses ne sont plus les mêmes. C’est ce que ce quintet semble vouloir signifier partout sur cet album dramatique. Un changement a eu lieu, entre le premier et le deuxième album, le point A et le point B. Même si pour l’essentiel on continue d’écouter une musique pleine d’émanations rock émo qui évoquent Marilyn Manson (la pièce centrale My Favorite Color, « Stay quiet for me » hurlé à la façon de Brian Warner, et le riff martelé comme du rock indus). Les guitares sont caverneuses à souhait. Lorsque la basse gonfle, le néo métal de Korn vient à l’esprit (sur Ten par exemple). Mais pourquoi ne pas se sentir un peu nostalgique de ce désespoir mal dégrossi, cette façade pour conjurer des drames existentiels. La plus grande force de Citizen, dirait t-on, c’est de tant miser sur la forme de l’album, de faire en sorte que les morceaux se renforcent entre eux, alternant les ambiances et les dynamiques de façon hypnotique.  Les deux ballades, Yellow Love et Heaviside, par exemple bâtissent vraiment une oeuvre qui les dépasse. Des cycles émotionnels se font écho Les sentiments sont à fleur de peau, mal définis comme cette voix qu’on ne saisit pas bien. 

Run for the Covers Records, un label à suivre. 

lundi 20 juillet 2015

JACK BROADBENT - Along the Trail of Tears (2015)










O
Intimiste, fait main
Blues, acoustique, folk 


Si vous écoutez Jack Broadbent sur You Tube, il a fort à parier que vous tomberez sur un vidéo (sa reprise rutilante à la guitare slide de On the Road Gain, par exemple) où il est musicien de rue, vagabond, et ou son blues si précis et entêtant est rythmé par le bruit des pièces que les gens laissent tomber dans son étui à guitare, de plus en plus enthousiastes au fil des minutes. On the Road Again est clairement l'un des morceaux qu'il a le plus joués, jusqu'à l'extase et jusqu'au délire, et musicalement ça s'entend, dans une version pourtant bien plus courte sur le disque. 

La voix de Broadbent, un hobo britannique, n'a pas la puissance qui conviendrait, mais au fil de cet album il porte sans trop en faire la chanson blues à un certain paroxysme, son propre nirvana. Au milieu de l'album, l'endurante Don't Be Lonesome, la fragile Without You et l'austère People Live in Hell démontrent sa force d'évocation au delà de la révérence. 

Toutes les chansons sont de lui à l'exception de la reprise citée en premier lieu. C'est un blues souvent acoustique, délié mais pas égaré. Un blues qui a l'intelligence existentielle et la foi profonde qui convainc de plus en plus au fil de l'album, quand la pochette pouvait sembler composée. Avec Making my Way, on entre dans la dernière partie de l'album, où plus rien n'est à prouver, où les schémas auraient pu devenir répétitifs, mais ce n'est pas le cas. Parce que Making my Way est chantée avec une résolution irrésistible et qu'on apprécie une bonne fois pour toutes la façon qu'a Broadbent d'utiliser sa guitare aussi comme percussion. Puis vient The Plane Overhead, qui parle de son expérience intérieure avec une musique pleine de souffle, jouée dehors. Quelques harmonies inattendues viennent couronner cette performance enregistrée avec trois fois rien et pourtant hantée. Lorsqu'il l'enregistra, dans un bel été 2014 au coeur du Lincolnshire en Angleterre, il décrivit l'expérience comme un 'heureux accident'. "Ce qui a commencé comme une pièce improvisée a 'décollé' pour ainsi dire, quand un avion est passé au dessus de nous pendant l'enregistrement, donnant à la chanson son identité." Cet aspect improvisé n'est pas sans rappeler Riley Walker, dans un genre plus dépouillé. 
Une artiste très prometteur ! 

JOHNNY SANSONE - Lady on The Levee (2015)







OO

Pénétrant, puissant, nocturne
Blues rock, cajun

The Lord is Waiting, The Devil Too (2011) a relancé la carrière de cet ogre de la Nouvelle-Orléans. Il s'agissait juste des prémices de son nouvel engagement. 

Once it Gets Started était placé très haut dans le classement de Trip Tips l'an dernier, grâce à des chansons telles que In My Dreams, qui nous transportaient là bas et nous et y laissaient toujours traîner une part de nous. Son nouvel album, Lady on the Levee a été l'un des mieux vendus au Jazz Fest 2015, le grand festival Néo-Orléanais fort de 460 000 spectateurs.

Sansone semble de plus en plus visible dans son rôle de grand représentant du blues sudiste, avec des histoires dans ses chansons - Gertrude Property Line ou One of Us - qui le relient puissamment à l'âme de la Nouvelle Orléans. Avec son producteur Andy Osborne et l'excellent John Fohl à la guitare, ils obtiennent un son vaste, riche, habité, libre et incantatoire, avec un harmonica très présent et particulièrement déchirant - avec I'm Still Here comme point de non-retour. Ici, Sansone produit des moments irrésistiblement cajuns (Hey La La), ou mystiques comme un rassemblement d'indiens la nuit tombée (Tomato Vine), de grands moments de confrontation physique par K.O. (O.Z. Radio, et surtout Unnecessary Pain, gargantuesque). Tant de variété, de coeur, de chair sur cet album qu'on n'en revient pas complètement. Mention spéciale à Ivan Neville (The Meters), présent aux claviers.

IKE REILLY - Born on Fire (2015)




O
Entraînant, groovy
Rock, blues rock

Son titre et sa pochette lorgnent vers Bruce Springsteen, mais le 8ème album d'Ike Reilly c'est comme le punk rock mélodique des Replacements croisé avec le Bob Dylan le plus hargneux, un blues rock moite, des histoires de prolétaire imprévisible, une musique joviale et tendancieuse taillée pour les petites salles et les publics jeunes, d'autant plus survoltés dans son état natal, l'Illinois. La voix se fait traînante, caverneuse, nasillarde, ou au contraire perçante. Son phrasé est précis, incite la foule à le reprendre sur les refrains, tandis que les couplets nous portent de surprise en surprise, sur les routes pétaradantes en compagnie d'un loser magnifique. 

Comme c'est du blues rock, l'harmonica est bien présent - Do the Death Slide, Two-Weeks a Work, One Night a Love - soulignant mieux le contenu existentialiste un peu dément de ces chansons. Les oooh-oooh rappellent les Stones aussi. Am i Still the One for You et Notes for the Denver International Airport se rapprochent le plus de la façon de faire de Dylan sur Highway 61 Revisited. Dans ce maelström d'américanité authentique et propice à danser (Hangin' Round), les guitares sont souvent tellement bonnes, à fois rythmiques et fluides, qu'on ne les remarque plus. Il y a ce lien avec le sud, qui empêche toujours d'identifier complètement d'ou vient Reilly et où il va. Une ambiance psychédélique plane sur Upper Mississippi River Valley Girl.  

mardi 14 juillet 2015

THE BOOM BAND - S./T. (2015)





O
groovy, communicatif
Rock, rythm and blues, soul


Le groupe de blues rock de l'été, avec une dose de soul. Le premier album de ce combo intergénérationnel démarre et se referme avec un hymne chanté à l'unisson, des harmonies que l'on retrouve sur le single Sweet Alberta, tandis que Under the Skin ou Monty's Theme alignent des riffs faits pour ressusciter le triomphe du rock des années 70. We Can Work Together, en ouverture, avait déjà tout donné, il n'y a pas une chanson qui n'approfondisse l'entrechat électrique, avec une mention spéciale pour Paddy Milner, aux claviers. On est bringuebalé entre le sud et l'ouest américain... sauf que nous sommes en Angleterre, et que The Boom band perpétue une tradition de 'supergroupes' tels que Cream. Moonshine puis Waste My Time, mais c'est le travail sur les parties de guitare, successivement jouées par quatre guitaristes distincts, qui est vraiment libérateur et nous transporte jusqu'au bout de l'album. On pense à la façon dont le sudiste Warren Haynes et surtout le californien Robben Ford ont détourné le Rythm and Blues, gonflant la prod' et bodybuildant la joie de jouer au point de la rendre palpable à chaque seconde. 

JENNY HVAL - Apocalypse Girl (2015)








OO
audacieux, onirique
Expérimental, pop

Capable de jouer le global, quasiment l'universel avec quelques sonorités bien étranges, des structures de chansons éclatées, une voix d'une autre planète, et une envie de rébellion prise à bras le corps, exposant le combat entre la chair et l'esprit. La norvégienne Hval intrigue, intéresse au point que de longues interviews sont publiées sur internet, exposant ses visions de la féminité et de l’hypocrisie, comme des choses solaires et forcément paradoxales. Hval fait du post-pornographisme musical, elle se voit amère, ressusciter les batailles de Lydia Lovelace, repassant les réalités poisseuses de la perversité, la révélation existentielle par la monétisation des corps, ajoutant des mantra oniriques là où il n'y avait qu'un souterrain glauque et puant les humeurs. Et il y ce cocon de constante invention musicale, cette gangue d'audace qui à elle seule suffit pour mettre de côté le message et écouter cette voix dans le tunnel, encore plus fascinantes depuis Meshes of Voice (2014). La chanson Heaven est le grand triomphe de cet album, qui se dresse face à la société comme The Eraser (Thom Yorke) en son temps, mais avec des armes certes différentes et autrement plus castratrices. Est-ce de la harpe, ici ? L'homme est un Dieu pour l'homme, là haut dans les cieux, et c'est pour cela qu'il est urgent de s'occuper de toutes ses contradictions les plus animales. Jenny Hval a beaucoup de choses à dire avec cet album. Quelques suggestions de sensations, de parties de corps ou de doutes vertigineux semblent comme les portes d'un psychédélisme sans cesse rénové. La Fille de l'Apocalypse, c'est celle qui apporte les révélations en soulignant les contradictions de l'être humain.

HONEYHONEY - 3 (2015)


O
doux-amer
americana 




Déjà sur le précédent Billy Jack, la musique et les paroles de HoneyHoney se démarquaient par leur pessimisme classieux et émotionnellement vraisemblable. Avec des notes graves, des instruments country qui parfois grondent, comme arc boutés sur eux mêmes, et la voix en nuances de Suzanne Santo (qui joue aussi du banjo et du violon) justifiant que l'album ait été enregistré une deuxième fois (la première n'était pas satisfaisante). Santo utilise son tempérament revanchard pour maintenir une tension sentimentale tout au long de l'album. Les résultats sont contrastés. Parfois, on a le sentiment de compositions resserrées, dans lesquelles se répondent intelligemment la country, la soul, le blues rock (Sweet Thing...). Les tonalités mineures sont présentes pour maximiser les coups de griffes, les paroles acerbes se mariant bien avec cette americana gothique pour laquelle le duo s'éprend instinctivement. Ailleurs, le résultat semble écrasé  sous le pied d'une production pop ou les guitares deviennent soudain trop réverbérées et où les cordes suintent. Le pic dramatique de l'affaire est atteint quelque part entre l'éloquente Bad People et Burned Me Out (Oh babe i gotta say/I learned the hard way with you...). 
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