“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) envoûtant (60) ludique (60) poignant (60) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) orchestral (30) efficace (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) épique (11) Ambigu (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 30 septembre 2015

PATTY GRIFFIN - Servant of Love (2015)









OO
Doux-amer, sombre, puissant
Folk-rock


C’est au bras de fer que se joue cet album. La voix de la chanteuse, qu‘on a comparée à Ricky Lee Jones ou Nina Simone, s’élève en crescendo sur une trame au piano (la chanson titre), avec un cornet pour le douloureux versant jazz. Trouve son rythme sur un blues/rockabilly où chaque secodne semble payée (Gunpowder, There i’snt One Way). L’émotion est vécue comme une souffrance. Good and Gone ancre l’album plus profond dans ce monde alternatif ensorceleur, comme une fuite à la réalité insupportable pour laquelle Griffin paye un prix. Le kalimba de Ralph White, et la guitare insistante créent un mantra qui souligne les paroles impitoyables. Sa voix se fait blues sur Hurt a Little While. Il s’agit d’afficher dans les premières minutes la couleur. Des chansons d’amour décharné, qui réclame, en regrets, en besoin, en prière, en repentance. « One of these days, i’m gonna laugh again, one of these days i’m gonna smile ». Chaque parole semble extraite come de la poudre d’un chien de fusil.


Cet album sans refrains, sans concession, tient la distance en s’enfonçant, comme au cinéma, dans des séquences, puis dans des plans, statiques et tétanisants. Les ragas et le kalimba évoquent une expérience transcendantale. Ce n’est pas de désespoir qu’il s’agit, mais de choix faits dans une force ombrageuse et une clairvoyance déchirante – puis avec une certaine classe, quand on parvient dans la dernière partie de l’album (Noble Ground). On est dans l’attente d’une lumière, de Rider of Days ou Made of the Sun par exemple, avec cette imagine rétinienne du soleil se frayant un chemin vers Griffin, alors qu’avant, c’était les amants qui allaient le trouver. Seule la nostalgie de l’être aimé semble persister. Quelque chose de nouveau peut-il vraiment se développer à l‘ombre des souvenirs de chansons et de rires ? L’envoûtement est t-il la bonne façon de parvenir à un changement ? On y replonge avec Everything is Changed. On ne souhaite à aucune artiste plus jeune d’emprunter la même voix funèbre que Patty Griffin. Elle décrit avec limpidité des endroits où personne ne passera, et en ressort plus forte. 

dimanche 27 septembre 2015

RICHARD HAWLEY - Hollow Meadows (2015)







OO
vintage, romantique, lucide
Country anglaise, crooner



On a presque peur, avec Hawley, que la formule change. Au moment de sortir son huitième album, pourtant, il semble retourner, au contraire, aux vibrations les plus dépouillées et nourricières. On craint toujours qu'il veuille expérimenter et s'éloigner des sons si rétrospectifs qui habitent sa musique. Depuis l'utilisation d'un armonica de verre (sans 'h') sur As The Dawn Breaks, on recherche dans sa musique le pouvoir révélateur de cet oxyde de silicium, éclaté et éclairé de mille teintes comme ici. Hawley comme la libellule noire d'un livre qui sublime les couleurs de l'étang.


On veut le retrouver sans franchement être surpris, admirer sa collection de guitares (il en utilise une vingtaine sur cet album). Truelove's Gutter (2009) était son meilleur album. Sur Hollow Meadows, on croirait entendre parfois un Willie Nelson anglais, tant le crooner emprunte à une country posée à plat (la guitare slide de Martin Simpson sur Long Time Down...), tranquillisante et pourtant sombre.


Outre un beau cycle de ballades romantiques et nocturnes, le clou de l'album ce sont les arrangements, forts en torpeur omnisciente. ils illustrent exactement l'idée d'une traversée du territoire de Hollow Meadows - ou Auley Meadows, une terre aux environs de Sheffield à laquelle la famille Hawley est liée corps et âme, et a peut-être donné le nom - par ce parangon du crépuscule. Nothing Like a Friend et Welcome the Sun nous emportent loin. L'ampleur de la première est dosée par la basse Rhem Kee de Jarvis Cocker. L'mour pour les instruments de musique est parfaitement audible, encore une fois, et c'est pour cette raison que l'album fait bien de rester simple. Heart of Oak, la chanson la plus entêtante (et la mieux chantée ? ) placée en avant dernière position, permet de rester avec cet air protecteur dans la tête. "Can't be bough or sold this heart of oak"...

SELECTION - Septembre 2015

jeudi 24 septembre 2015

DAVE RAWLINGS MACHINE - Nashville Obsolete (2015)





OO
poignant, ludique, apaisé
Bluegrass, country, folk

Dave Rawlings est connu d’abord pour accompagner, sur disque et en tournée, l’inestimable (pour la musque bluegrass et country de son pays) Gillian Welch. Un trésor national de la génération suivante à celle de Neil Young. Rawlings est quant à lui un guitariste unique, passionné de soli acoustiques inventifs et doux à la fois. Tous deux ont sans doute gardé un bon souvenir de leur concert au Ryman Auditorium de Nashville en 2014, en compagnie de John Paul Jones (Led Zeppelin !) à la mandoline, Willie Watson (The Old Crow Medecine Show) à la guitare, et Paul Kowert (les Punch Brothers) à la contrebasse. Ces deux derniers font aussi leur apparition sur cet album original et plein de charme.

Welch comme Rawlings savent qu’il y a de la magie dans cette musique traditionnelle propre aux révérences, aux hommages mais aussi aux surprises. Dans Nashville Obsolete, les ambiances proposées par Rawlings, et jusqu’à sa façon de chanter, provoquent l’étonnement et le ravissement.


On pense intensément à Neil Young au début, dans sa période On The Beach/Tonight’s The Night (1974/1975). La première est faite pour déchirer les cœurs, bien transformée par son refrain d’une seule syllabe. Le solo démontre parfaitement le ‘style’ Rawlings, et ce qu’il avait peut-être encore plus développé sur son premier album, A Friend or a Friend (2009). La suivante, Short Haired Woman Blues, dont le titre est peut un clin d’œil à Dylan, démarre sur une mélodie familière, avant de surprendre encore et encore par sa lumière insoupçonnée. The Trip rappelle, par sa façon narrative et un peu sombre, et le ton employé par Rawlings, l’ouverture de l’album de Tom Brosseau, Hard Luck Boy, tant que les refrains, et donc Gillian Welch, n’apparaissent pas. Le tempo est lent, c’est le meilleur moyen qu’a trouvé ce compositeur de country pour donner à ses chansons leur valeur hypnotique. La présence de Gillian Welsch est encore bienvenue sur The Last Pharaoh, une train song un peu fantasque. Candy continue en terrain ludique et entêtant. 

Dommage de ne pas avoir mis leur reprise de Going To California dans l'album.

DESTROYER - Poison Season (2015)






O
romantique, élégant
rock alternatif, pop

Le chanteur de Destroyer est sans doute plus heureux à chaque fois qu’on le compare à Bowie, même si ce n’est pas son intention au moment d’enregistrer ses albums en forme de cycles de chansons pop – rock – (pour la base) jazzy (désormais). Ses intentions sont du domaine de l’indicible, pourtant il reste par l’élégance, par la poésie pas guindée mais passionnée, dans le giron d’un classicisme sans vanité.
Bejar reste incapable d’éprouver, à la sortie d’un nouvel album, aussi triomphant soit t-il, autre chose qu’une sourde insatisfaction. Poison Season a été enregistré à toute vitesse, car le groupe avait été rodé avec le charmeur Kaputt (considéré ici comme le premier grand album de la décennie 2010). Il a été départi de ‘ses deux plus grands tubes’, selon une interview récente. Mais servir le cycle des chansons ?! La référence au Song Cycle (1972) de Van Dyke Parks est dans le son, aussi. 

Pour ravir de nouvelles mentions de Bowie ici ou là, Dan Bejar sait y faire : il donne toujours une grave insouciance à ses ballades. Ce qui donne peut être un peu l’impression qu’il ne prend pas les choses au sérieux, détourne l’attention de sa prose cryptique et pourtant généralement exquise… Bangkok échappe à ce soupçon de légèreté pour toucher au romantisme juste. Juste beau. Girl in a Swing, coincée entre la chanson la plus maitrisée de l’album, The River, et Times Square, le lieu qui sert de métaphore à toutes les amours impossibles (un lieu décrit par Bejar comme le comble de l’atrocité), mérite une attention particulière. The River… Times Square… On pourrait être chez Lou Reed, comme s’il s’agissait de miettes de personnages laissés par le Maître. De nombreux détails édifiants restent à découvrir pour ceux qui aiment leur pop riche et passionnée. (‘Oh Shit ! Here Comes the sun’ sur un saxophone criard sur l’assourdissant Dream Lover…).


En bonus :















lundi 21 septembre 2015

THE BONES OF J.R. JONES - Dark Was The Yearling (2014)





O
élégant, frais
Country rock, blues acoustique


A découvrir d'urgence ! New Yorkais trentenaire d'origine 'ukrainienne aussi bien que galloise', Jonathon Linaberry a attiré sur bandcamp les aficionados de musique roots bien chantée. Avec une voix mélodique qui rappelle Doug Paisley, et sa fragilité capable de capter l'attention instantanément - surtout si Melaena Cadiz ou Lindsay Swartz Newman relèvent le niveau d'émotion en se proposant aux choeurs (sur The Dark, This Fire ou Hearts Racing, avec de surcroît l'harmonica pour achever de charmer l'auditeur.) De simples accords, à la guitare hollow body ou au banjo (Broken Land), et une vision musicale qui se nourrit des mouvements et des sons de la ville. des évocations de lieux (la Nouvelle-Orléans..) sur Ticket Home ou St James'Bed et de souvenirs, et une fascination pour les matinées qui démarrent au café, assis au comptoir, tandis que des hommes en bottes entrent et foulent de le sol, clomp, clomp, clomp. Ou le "changement d'ambiance", que les portes du métro s'ouvrent ou se referment. Rien d'aussi touchant encore que dans Si tard, il était si tard, le livre de James Kellman. Mais un rythme lancinant où les sons remplacent les 'sans dec', les 'putain' et les 'bordel'.

Légèrement misanthrope, (il le faut pour produire une musique affirmée comme celle-là) mais qui célèbre les gens et la vie avec cette patte matinale, simple, vagabonde, traditionnelle. Fury of the Light martèle le blues hypnotique d'un one-man band, mais ce n'était pas intentionnel. "J'aimerais être plus émotionnel et cru", avoue t-il comme pour montrer qu'il n'est pas de ces vaniteux qui brandissent simultanément guitare et frappent du pied leur kick drum.
http://thebonesofjrjones.bandcamp.com/album/dark-was-the-yearling

WILLIS EARL BEAL - Nocturnes (2015)




OO
pénétrant, lyrique, nocturne
Atmosphérique, soul


Choisir Willis Earl Beal comme artiste de l'année 2013, c'était vanter son originalité et sa vision inversée du music business américain. Dandy Noir au visage masqué, sa voix à l'expressivité rare servant de bouclier à sa personnalité, il démontrait dans des chansons intenses jusqu'à évoquer Howlin' Wolf, que ce qui compte, c'est la musique - le temps qu'elle crée pour elle même, déconnectée de tout, et surtout de toute gloire future pour l'artiste. Seul le temps présent comptait. Burroughs le travaillait encore. 

Avec Nocturnes, la vie mouvementée - et parfois violente - de Beal, désormais marié (!) s'explique par ses insomnies. Et ce qui paraissait brave semble aussi, simultanément, naïf. C'est ainsi que cet album à écouter au casque entame avec des chansons autobiographiques, monotones et déchirantes, puis se métamorphose sous le coup de plaidoiries faussement anodines, et si intimes, par le temps particulier dans lequel elles se déroulent. Ce temps de nuit, intangible. Ce sont Stay, Survive ou Start Over, en particulier. No Solution et Able to Wait, qui évoque même le crooner anglais Richard Hawley, sont les pépites qui portent cet album au delà de la simple tentative.  Des sonorités en forme de chinoiseries ajoutent au candide obscur de de ce Nocturnes. 

La présence de Wilis Earl Beal, par sa voix, donne encore l'impression tenace qu'il pourrait être à côté de nous, que rien ne nous sépare d'autre que nos différences de deux consciences, et non la distance. 

WILLIS EARL BEAL - Article (2013)


Article paru dans Trip Tips n°23 (hiver 2013-2014)





mardi 1 septembre 2015

La semaine psychédélique (4) - TREMBLING BELLS - The Sovereign Self (2015)








OO
envoûtant, lyrique
Psychédélique, folk-rock

Des roulements de tomes, des mélodies circulaires de guitare et de synthétiseurs fiévreux et chamaniques, des inventions sonores dans le magma électrique des guitares et la stridence du saxophone, des références à Lou Reed et aux tragédies grecques (c'est ce que promettait la pochette). Des chansons architecturées et envoûtantes comme une plongée baroque dans mille et une nuits britanniques. 

Ils évoquent parfois Yes et The Incredible Sring Band sans jamais approcher le stéréotype, gardant un panache décoiffant même dans leur numéro le plus pittoresque, The Singing Blood, quand même amené par une mélodie au piano immédiate et et parfaitement percutante. Mais c'est surtout la voix de Lavinia Blackwell qui donne sa valeur au groupe. Il faut écouter les sept minutes de Bells of Burford pour s'en convaincre. Elle a des capacités d'envoûtement qui ont amené des comparaisons avec Siouxie & the Banshees. Leur psychédélisme n'est pas enfermé dans une époque, mais reflète les modernités plus froides et ramassées de la new wave. Les duels de guitare sont puissants, pour se maintenir en ligne avec cette voix qui demande tant de force d'évocation en compensation de sa noirceur. 

BUBBLES BROWN - Mt Gilead (2015)




oo
romantique, fait main, intemporel
blues électrique 

Elles n'est pas belle, cette pochette ? Du blues rural avec guitare slide électrique et percussions diverses, dont la fameuse washboard, par un duo de l'Indiana, La plupart des chansons de ce premier album généreux onbeaucoup de charme (Mary's Anne's in Love...), celles qui restent sonabrasives et énivrantes (Bought  & Sold, Touch Me Don't Love Me, Sugar Bowl Blues). Leur forumle rappelle bien sûr Left Lane Cruiser et The Black Keys. Le prénommé Bubbles Brown, quand il quitte sa rude voix de fermier, a une voix haut perchée qui soudain peut rappeler celle d'un Father John Misty. Par contraste, Bloodshot Moon est  comme un serpnt à sonnette agonisant sous une botte en cuir de vache. Une musique de durs jouée par des cœurs sensibles.

http://bubblesbrown.bandcamp.com/album/mt-gilead
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