“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

intense (74) soigné (74) groovy (68) Doux-amer (59) ludique (59) poignant (59) entraînant (53) envoûtant (53) original (52) communicatif (47) sombre (47) lyrique (46) onirique (46) pénétrant (44) sensible (44) élégant (43) apaisé (42) audacieux (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (38) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Expérimental (28) Romantique (27) frais (27) intimiste (27) orchestral (26) rugueux (26) efficace (25) fait main (25) spontané (25) contemplatif (23) varié (23) funky (21) nocturne (20) puissant (20) extravagant (19) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 30 mars 2015

DEATH GRIPS - The Powers That B (Jenny Death) (2015)




OO
intense, pénétrant
Expérimental, Hip-hop, Noise rock

The Powers That Be est un livre de David Halberstam qui décrit l'ascension des médias modernes comme instrument de pouvoir politique. La porosité de Death Grips aux termes de 'média' 'moderne' et de 'pouvoir politique' attendait simplement qu'un tel rapprochement soit fait. C'est aussi le nom d'une chanson de cet album (apparu sur le net sous le nom de Jenny Death parfois) qui en contient dix - et vient compléter la somme incroyablement cohérente constituée par les huit titres présents sur Niggas on the Moon (2014), le premier volet de cette opération de destruction/pénétration massive du stream des consciences. C'est bien d'avoir créé un buzz qui a culminé avec The Money Store, leur disque de 2012, pas le plus réussi pourtant. L'attention serait-elle retombée ? Ou plutôt, pendant combien de temps la folie turgescente de Death Grips allait pouvoir s'introduire dans les rouages du rock, de l'élecro, les musiques extrêmes ? Voyons maintenant si cet album, dont l'inespoir, la détestation, de la misanthropie placent la barre à un niveau séduisant - va triompher des rétifs. A écouter au casque d'abord, pour saisir le travail si précis et fou de Zack Hill, le Batteur du chaos. La prépondérance de riffs de guitare et de vraie batterie sur ce volet du double disque est un contre pied idéal à l'habillage de voix de Björk concassées du précédent. 

The Powers That B n'est pas simplement un double album, c'est une performance basée sur l’excitation du public avide d'en découvrir un peu plus sur ce trio de bruitisme - Hip hop surgit de nulle part en 2011. Un rempart à l'épreuve de toute la spéculation qui l'a précédé, et dans l'univers de Death Grips spéculation rime avec un autre mot qui décrit bien toute la jouissance, pour les convertis, à tenir enfin entre leurs mains un artefact à l'effigie de death Grips, plutôt que simplement les fichiers partagés gratuitement par le groupe lui-même jusqu'ici. Ceux qui connaissent la pochette de No Love Deep Web comprendront. 

Si I Break Mirrors With My Face in the United States puis Inanimate Sensation mettent la barre de la frénésie si haut, c'est pour faire mieux accepter le reste, qui se déploie sans reprise de souffle superflue. La virtuosité de tenir plus de cinq minutes à une telle intensité est répétée encore et encore, avec au cœur la chanson titre et Beyond Alive, avant que On GP annonce une reculade en rappelant les premières chansons du groupe sur ex Military. Dans ce maelstrom propre au recyclage souverain de certains de leurs morceaux passés, il retrouvent l'abrasion que Niggas on the Moon avait un peu éludée. Leur déclaration définitive. Où pourront t-ils aller après ça ? 

THE MOUNTAIN GOATS - Beat the Champ (2015)


contemplatif, lucide
songwriter, indie rock, piano rock

Même quand on les découvre tardivement, les Mountain Goats de John Darnielle nous ont déjà régalé de quatre ou cinq albums. Et c'est beaucoup plus si on les suit depuis les années 1990. Chacun subtilement différents, et bénéficiant de constructions de plus en plus abouties, autour de fils narratifs dont Beat the Champ restera un bel exemple. Beat the Champ, c'est "battre le champion'. Le fil est ici la lutte, sport underground dans l’Amérique des années 1980. C'est cette narration riche qui fait qu'on revient à leurs albums. 

On se rend compte avec surprise que 3 ans se sont écoulés depuis Trancendental Youth, l'un des meilleurs disques du groupe peut-être, qui cristallisait les sentiments de Darnielle et sa philosophie de vie. Comme le black métal, une autre passion de Darnielle (si menaçant sur Werewolf Gimmick !), a été défait par les clichés sans perdre, pour les vrais amoureux de musique, son intégrité, la lutte a ses puristes, qui vantent l'honnêteté du corps à corps et la grande âme de certaines de ces figures. A hauteur d'adolescent, celle que prend souvent Darnielle, sous couvert de paroles biaisées et surchargées, la lutte c'était une vraie source d'excitation, et de rêves pas encore frelatés. La musique des Mountain Goats contient une énorme quantité de jeunesse, d'incertitude nocturne, de contradiction, D'abord le paradoxe d'avoir, dans une musique née du dépouillement et faite avant tout pour donner chair aux textes, une variété d'instruments surprenants. Ils ponctuent et donne la tension nécessaire. Stabbed to Death Outside San Juan le prouve. 


Darnielle dresse  des stratégies alternatives pour vivre chaque seconde avec exultation. Ecoutez Heels Turn 2 ou Unmasked! pour s'en convaincre. Cet album contient à la fois la chanson la plus longue des Mountain Goats (Heels Turn 2, 6 minutes) et des coups de semonce comme Chocked Out. Darnielle aborde le sujet de la lutte et de ces vrais/faux champions avec une affection si particulière que vous pourriez bien la chercher longtemps ailleurs en songwriting. Il y a la volonté de croquer des portraits sur le vif (The Ballad of Bull Ramos) mais bien plus de décrire un environnement, un isolement, une atmosphère d'amertume, d'ennui, jusqu'à monter sur scène pour prendre toutes les revanches contre la vie (toujours Heel Turn 2, le sommet de ce disque). Les touches piano ou jazz (sur Fire Editorial) suscitent une touche contemplative, voire la sensation d'assister à la chronique chantée d'un journaliste nous racontant des faits divers dans l'ambiance d'un club. 

ALLISON MOORER - Down to Believing (2015)





OO
efficace, soigné, touchant
Pop, Country rock

Un album très soigné, de la musique jusqu'à la pochette et au titre, parfaitement ajusté pour frapper les esprits sensibles. Un disque rutilant enregistré à Nashville, avec une foule d'amis et même l'ancien compagnon, Steve Earle, dont la séparation nourrit ce disque. Et l'autisme de son fils n'est pas en reste pour lui faire briser les fatalités de la voyance injuste. Une oeuvre en équilibre entre la pop commerciale et la gravité cathartique de refrains tel que Thunderstorm/Hurricane, ou à la limite de la dépersonnalisation, sur le blues  Mama let The Wolf In. 

Touchant de voir comment on peut se battre et gagner pour remplir de façon crédible le vide des choses qu'on nous a retirées; ces chansons ressemblent à des after thoughts, des pensées non sur le vif, mais pour se donner du courage après cette tornade émotionnelle à la banale évidence. Comment ça, on devrait subir les aléas de l'existence ? S'agit t-il au moins d'aléas, quand on en sort une collection si ruisselante de sentiments, de guitares, de banjos et de mandolines. If i Were Stronger pourrait être dans la B.O. du Cendrillon nouvelle mouture, et ce n'est probablement pas la seule. "I guess i'not your Cinderella", chante t-elle d'ailleurs ensuite sur Wish I. La tenue dramatique, comme les arrangements, sont irréprochables. Allison Moorer sait si bien porter sur elle ce qu'elle enregistre, comme une parure qu'il est plus facile d'admirer, même si au fond, elle révèle la vérité. La voix puissante, on la découvrait le mieux sur un album de reprises renversant, Mockingbird (2008).


dimanche 22 mars 2015

SCOTT MATTHEW - This Here Defeat (2015)






O
contemplatif, lucide
songwriter, pop, indie rock

Effigy évoque la collaboration de Nick Cave et Warren Ellis sur une B.O. de film. Déjà, la maison et la carcasse de l'australien Matthew brûlent d'un amour perdu. Et plus loin, Constant en ajoute une couche avec une lenteur solennelle. Il faut dire qu'on habite loin du rock avec lui : pour la première fois cependant, il utilise une guitare électrique. Soul to Save, quand à elle, ressemble à une de ces pépites cathartiques du grand maître en la matière, Marc Huyghens, le chanteur de Venus/Joy. Matthew chante à merveille comme quelqu'un qui sent ses sentiments s'évaporer et les conjure pour les retenir. Attention, c'est grave, voire carrément lugubre, quand des violoncelles s'entrecroisent, mais cette aspect 'défait' complète à merveille la voix mélodramatique de Scott Matthew. Qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher de celle de David Bowie, et parfois c'est la solitude exprimée par les instrumentaux de sa trilogie berlinoise que l'on entend. Matthew n'a nulle part les audaces du Thin White Duke, mais peut être sa force est t-elle ce manque d'audace, ou son minimalisme, qui le pousse à creuser, pendant de longues minutes, le même sillon, jusqu'à épuiser toute tension et évacuer tout sentiment. 33 minutes et 10 chansons exactement. Il construit un arc narratif parfois basé, comme chez James Vincent Mcmorrow, sur des silences, par exemple avec Ruined Heart, un point culminant en termes de délicatesse. “Come on the disaffected, believe what we need matters, I’ve had a premonition, a place where we can grieve” L'album est une quête pour cet endroit où l'on peut se lamenter en toute quiétude. 

NITE FIELDS - Depersonalisation (2015)


O
hypnotique, inquiétant, nocturne
indie rock, post punk

Pour notre bonheur, ils zombiefient l'indie rock déjà de plus en plus en perfusion du liquide froid du post punk, Un air de manchester'79, gris et mécanique, plane. Prescription, jusque dans le nom évoque Joy Division et invite 'to dance, dance, dance' dans une effervescence mélodique et mélancolique. On pense un peu au nocturne de A A Bondy sur Believers, dans l'intimité de Pay For Strangers par exemple ; ou encore à une B.O. de série B des années 70. On sent que le chanteur Danny Venzin va où il veut - il a son propre label - , et si Depersonalisation est le premier album de Nite Fields, ils est un objet abouti, et encore plus aliénant pour cette raison. Animées par des effluves froids et métalliques, ces méditations illustrent une déconnexion de plus en plus grande, avec des chansons qui se terminent en se dissipant et naissent dans l'angoisse de la suggestion. You I Never Knew est cette étape nécessaire où l'esprit abandonne le corps, dans des boucles pleines de réverb fiévreuse, qui ne cherche pas qu'à nous remplir de vide mais à nous secouer aussi, un peu. 

lundi 16 mars 2015

SELECTION TRIP TIPS - mars 2015


BRANDI CARLILE - The Firewatcher's Daughter (2015)





OO
Communicatif, spontané
americana, rock

L'un des grands espoirs du country rock moderne revient avec un album studio ! Penser à Brandi Carlile, c'est penser aussi aux frères Tim et Phil Hanseroth, surnommés, 'les jumeaux', ce qu'il sont effectivement. Ils sont là depuis le début, et le son n'a donc beaucoup évolué, mais s'est consolidé. Sur scène, voir ces trois là se dévouer à leur musique hyper confiante est spectaculaire et très communicatif. 
La voix éclatante de Carlile brille encore plus sous l'énergie féroce The Things of Regret ou de Mainstream Kid. Elle sait accrocher par ses mélodies. C'est du rock and roll ! Mais c'est sur l'entêtante Wherever is Your heart qu'elle a misé pour éclater le billboard.  Carlile n'est pas du genre à s’encroûter dans des tournures ou des productions pro-Nashville. Sa musique est un americana qui couvre des centaines de miles, naturelle et spontanée - car c'est une série de premières prises. 
Les ballades, en particulier Beginning to Feel the Years ou I Belong to You, apportent une une balance qui endort l'aspect plus cavalier de l'album, mais semblent nécessaires à une intégrité toujours plus large.  Et la participation spontanée des frères aux harmonies fait des merveilles. Sur le pont de Alibi, déjà : mais surtout sur Wilder (We're Chained) en fait la ballade consumée dont Carlile avait besoin pour tenter de capitaliser sur l'énorme promesse qu'avait provoqué son apparition en 2005, avec l’album qui portait son nom et son portait si frappant. The Stranger at My Door finit de brûler les planches, dans une veine qui évoque un Johnny Cash, au niveau des paroles notamment mais dont les audaces  - le piano, la coda - en font une chanson éminemment personnelle. 

mardi 10 mars 2015

ASHER DEAVER - S./T. (2015)







O
poignant, frais
folk

Asher Deaver fait une musique qui parle d'elle même. Mais rien n'interdit d'essayer de trouver sur le web un peu de sa back story. Né en 1990, il a une histoire originale qui inclut des changements de région incessants dans l'ouest des Etats Unis, jusqu'à terminer presque à la frontière avec le Canada - ce qui est documenté dans Southern Bound et tout au long de l'album -, un partenariat avec une chanteuse folk plus précoce encore, Courtney Marie Andrews, que ceux qui l'on rencontrée en concert peuvent qualifier de grâce du folk. Et, le diagnostic d'une tumeur au cerveau dont il a été opéré en 2013, mais qui a entraîné des pertes de mémoire et des difficultés pour parler dont il a mis du temps à se remettre. Sans parler du temps perdu dans un lit d'hôpital. C'est l'histoire d'un esprit 'infesté' par le Blood on the Tracks de Bob Dylan et par la conscience de sa propre mortalité. Pas de fioritures sur ce deuxième album (le premier remonte à 2008, avant les ), loin d'être démonstratif, mais entraînant, mature et tourné vers les aventures à venir, même lorsqu'il rappelle le rock des années 1970 sur  Mercy surtout. On y trouve tout de même de la pedal steel en abondance (l'instrument de la fraîcheur matinale et du bonheur), du violon et de l'harmonica. La voix parfois un peu rauque de Deaver rappelle une jeune Steve Earle, et rejoint la manière poignante d'un Ryan Bingham sur Elko, en duo avec Courtney Marie Andrews. 

http://asherdeaver.bandcamp.com/

TOM BROSSEAU - Perfect Abandon (2015)


OO
vintage, fait main, poignant
folk, country

Tom Brosseau n'apporte pas seulement sa fragilité presque androgyne, ni même la puissance douce amère, voire ambiguë, de ses chansons bavardes, mais aussi l'impression de fabriquer à partir de vieilles rengaines. C'est le son d'un songwriter qui ne cherche pas à séduire, et dont la voix semble à la fois être la beauté et la malédiction. Elle hante parfaitement les vieilles mélopées, nous confinant sur Roll Along With Me, par exemple, à l'obsession. Le rythme en deux temps évoque les trains dans les chansons de Johnny Cash, mais il y a un flou. 'Perfect' n'est qu'un mot dans le titre de cet album, car c'est son imperfection qu'on apprend à aimer, sa façon dépouillée que l'on doit apprivoiser. Et que dire, par voie de vieux enregistrements de country de type Sun Records, de la guitare ondulante de Tell Me Lord, un de ces chansons subjuguant, dépoussièrent une magie que l'on croyait connaître, mais qui dans les pages de la musique populaire actuelle semble avoir été brûlée. Pareil pour la country rockabilly qui joue son numéro sur Take Fountain. Brossau semble évoluer dans un monde isolé, victime d'enregistrer sa musique dans une époque qui l'ignorera si facilement, par manque de temps. Bien plus long que son précédent album, le tout aussi intriguant Grass Punks (2014, sur lequel, après coup, je me suis aperçu que We Were Meant to Be Together était peut-être son coming out), Perfect Abandon nous plonge au coeur d'une rêverie toujours incomplète. C'est comme de se laver les mains d'une eau qui laisse une autre tâche de sorcellerie sur la peau, dont on ne peut
jamais se débarrasser complètement. C'est le prix à payer pour goûter à un passé aussi lointain. Même l'harmonica rêche sur Goodbye, Empire Builder ne sonne pas vraiment de ce monde. 

NORA JANE STRUTHERS - Wake (2015)


O
efficace
Pop, Country-rock

En écoutant Don't Care, une chanson annonçant le crépuscule de cet album en forme d'arc narratif, on ne peut s’empêcher de penser à toutes les cultures dans lesquelles le droit de regard des parents et /ou de votre entourage sur vos relations amoureuses et ce que vous faites de votre vie confine les femmes au malaise et au désespoir. Ce n'est pas dans la culture de Nora Jane Struthers que de s'occuper de ce que pense les autres de ses mœurs. Mais, tandis qu'elle nous en avertit en grande pompe tout au long de ces six minutes, on ne peut s'empêcher qu'elle continue de se défendre..
Quand il s'agit de s'autoproduire en réunissant toutes les conditions - bon groupe, enregistrement parfait - pour faire un disque marquant dans la veine pop et country. Tout est là pour faire fondre les coeurs dans une ambiance rustique : les mélodies, la steel guitar, les duos craquants - sur When I Wake, ces trois choses à la fois. Struthers peut être comparée à Jason Isbell. Dans son cas la mélancolie ne prend jamais le dessus sur l'énergie, le bonheur, la volonté de s'exprimer haut et fort et la sensation de vivre dans un sommeil où les rêves se réalisent les uns après les autres, par voie de banjos propulsifs, de refrains entêtants et de soli de guitare assez incisifs pour maintenir l'excitation. Elle est encore en plein développement, mais aussi déjà épanouie, comme en témoignent une l'assurance qui rend ses textes si agréables à écouter et ses concerts à regarder. Après Mistake et Loving You (un jeu de métaphores qui claquent serti d'harmoncas), elle revient à une touche plus tourmentée (The Wire, Let Go, qui fait un pont avec l'indie rock des années 90) et parvient à se surpasser continuellement, brûlant par les deux bouts la chandelle pop grâce à son merveilleux groupe. 

mercredi 4 mars 2015

LITTLE FREDDIE KING - Messin' Around Tha Living Room (2015)
















OO

groovy, intemporel
Mississippi blues

A cet âge-là, on ne peut plus dire qu'on attend des nouveaux albums avec certitude et régularité. Dès les première notes, ce qui se produit est énorme. Retour à la base du blues du delta de mississippi tel qu'il a été popularisé dans les années 1990 par les bluesmen du label Fat Possum, Junior Kimbrough ou R.L. Burnside. Un label avec lequel Little a travaillé lui aussi. 
Un style qui se démarque par une richesse musicale en embuscade qui peut voir jaillir un rythme syncopé caribéen d'un 4/4, et surtout n'hésite pas à répéter encore et encore les mêmes riffs rudes dans un mantra électrique. La guitare de Little Freddie King fait bouger, danser, taper des mains et des pieds, et elle raconte des histoires, avec l'humilité, l'élégance et l'honneur des grands bluesmen. Comme cette digression poignante sur un temps de sa jeunesse (Back at The Bucket of Blood) ou sa rencontre, à l'hôpital, avec Dr John. "J'ai été chercher Dr Bones, mais je n'ai trouvé que Dr John."  Les deux hommes ont le même âge, ilsl sont tous les deux nés en 1940. Déjà dans les années 50, l partageait les scènes avec John Lee Hooker,, Bo Diddley et jouait de la basse pour le guitariste texan Freddie King, dont il partage presque le patronyme. Il enregistra son premier album en 1970, puis revint presque trente ans plus tard avec Swamp Boogie (1997). Si des soucis de santé ralentissent la carrière de Little Freedie King, comme celle de 'pape de la nouvelle orléans vaudou' il n'en laisse rien paraître. Comme lui, Freddie King semble jouir d'un statut de parrain de la musique néo-orléanaise qu'illustrent ses fréquentes apparitions en festival ou dans la lounge où il est en résidence. La sélection, le timing, tout est parfait sur cet album. 

http://www.cdbaby.com/cd/littlefreddieking4

RYAN BINGHAM - Fear and Saturday Night (2015)





O
communicatif, rugueux
country rock, rock

Parfois, dans les vidéos ou sur les photos, Bingham apparaît un peu lisse, un paradoxe quand on connaît bien sa voix rocailleuse. C'est le cas de la vidéo tournée pour la chanson Radio, qui fait partie de la face B de Fear and Saturday Night. Une chanson qui démontre par ailleurs parfaitement comment Bingham sait donner, musicalement, à ses chansons, tout ce dont elles ont besoin pour faire perdurer des ambiances fortes - comme celles que permettrait un western indie.  Bingham, qui aura sans doute encore longtemps cette image de jeune premier de la chanson texane, a désormais perdu ses parents, et certaines de ces nouvelles chansons décrivent comment désormais il accepte la tendance autobiographique, semblant se réconcilier avec un statut plus petit. Il avait un peu souffert du succès du film Crazy Heart et la chanson qui y était associée.

Fear and Saturday night semble célébrer, dans un mouvement habile, à la fois sa passion des clubs, les chaudes ambiances du texas (le rock n' roll Adventures of You and Me) et la force nouvelles d'idées rassemblées, derrière les talents des nombreux musiciens qui jouent l'album. Quoi qu'il en soit, c'est sa vision, car, propriétaire de ses droits, il contrôle tout. Bingham est aussi né entre les clichés, entre ranchers et rodéos, des ambiances dans lesquelles il a donné ses premiers concerts. Comme musicien, sur scène, il faut chaque jour qu'il s'affirme un peu plus à l'écart du rôle d'outlaw ou de mauvais garçon. C'est un disque choral, communicatif en diable, qui donne parfois à voir les tubes californiens en version West Texas. Il arrive après deux albums plus déchirés, et qui manquaient sans doute de liant, Junky Star (2010) et Tomorrow Land (2012). Et ce n'est que trois des cinq albums publiés en huit ans. Si on qualifie volontiers son style de country-rock, ses influences lui permettent de reprendre les Beatles comme de donner un pastiche mexicain avec Boracho Station. En attendant l'album live que les fans attendent depuis longtemps, voici donc, peut-être, son meilleur recueil de chanson studio.

L'ambiance presque festive d'une chanson comme Island in The Sky, sur laquelle, déjà, point l'accordéon, est contrebalancée par une voix toujours emprunte de fatigue. Bien sur, pas mal de filles le préféreront pour la douce mélancolie dont il est capable sur Nobody Knows My Trouble ou My Diamond is Too Rough (l'une de ces chansons très simples et effectives comme il a le secret), sans parler de la chanson titre. Le moins qu'on puisse dire, c'et qu'il enfonce le clou de la fière culture texane auprès des jeunes.

lundi 2 mars 2015

JAMES MCMURTRY - Complicated Game (2015)






OOO
élégant, pénétrant
songwriter, folk-rock

Le premier album de James McMurtry est sorti en 1989. Depuis, il n'a cessé de se montrer à la hauteur de sa réputation 'd'un des meilleurs songwriters de sa génération', à laquelle même Stephen King souscrit. Mieux, entre son dernier disque et celui-ci, il a renouvelé ses thèmes et changé d'humeur. Exit le malaise suscité par le président d'avant 2008, et sans doute Just Us Kids avait t-il cet air de 'plus jamais' qui a poussé McMurtry à en prendre le contre-pied. Il disait lui-même qu'il est bien difficile de ne pas faire une protest song sans avoir l'impression de s'entendre chanter un sermon, et citait Steve Earle comme l'un des meilleurs contre-exemples. Complicated Game est un de ces albums qui glorifient le songwriting dans toute sa beauté, sa simplicité formelle et la fausse pudeur de ses études de caractère. Ce sont donc des personnages, souvent un peu perdus, que décrit McMurtry, sans l'effort et les mimiques que lui demandaient la colère politique et sociale. Un disque qui commence par 'Honey don't you be yelling at me when i'm cleaniing my gun', sur Copper Canteen, est déjà bien parti. La musique souligne les mots avec l'élégance tranquille des chansons que Bob Dylan signait vers le début de sa carrière : des mélodies aussi discrètes qu'entêtantes lorsqu'elles déploient de majestueux couplets sur 5 ou 6 minutes. Carlisle's Haul, grande balade en ce domaine, est peut-être la meilleure chanson de l'album. Si cela peut ravir tous ceux qui aiment Dylan, ça fait déjà beaucoup de monde... Le pouvoir de cette musique de l'ouest américain est sa capacité à capter cette force d'aller de l'avant qui existe dans la musique en particulier, agitant tout le pays, du Texas vigoureux à Long Island, New York. Sans jamais paraître affecté le moins du monde. 

Sa musique, en retour, semble apprendre des personnages dont elle s'empare, rendue toujours plus humaine. Peut importe l'époque, nous dit t-elle, peut importe le mystère qui l'entoure, et peut importe l'endroit d'où vous l'écoutez.
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