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Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 11 juillet 2016

MARISSA NADLER - Strangers (2016)




OOO
lyrique, pénétrant
Folk rock

Extrait provisoire de l'article sur Marissa Nadler à paraître dans Trip Tips 28.



La musique est un formidable moyen d'imputer des éléments personnels, de les formuler, de les façonner, et c'est exactement ce que fait Marissa Nadler en décidant d'animer elle-même la vidéo pour Janie in Love, la chanson la plus entêtante de Strangers, son septième album. Elle donne une forme physique au ressenti, insuffle la vie dans les corps obtus, en pâte à modeler, en éléments de papier, animés par la magie du cinéma. Malgré le soin apporté, cet art de la mise en scène paraît bien creux en comparaison de la musique, qui tient du romantisme pleinement assouvi, produisant un jeu d'ombres et de lumières très évocateur, emprunté à la soul orchestrée de Nina Simone, Billie Holiday, Sam Cooke, Roy Orbison qu'on aurait plongée dans une torpeur dont Opal et Mazzy Star reste les meilleurs représentants. Comme parfois lorsqu'on veut représenter une scène trop dure au cinéma, elle donne corps en projetant un jeu d'ombres, le plus doux possible, sur les murs qui délimitent son entité.

Les artistes qui sont perçus comme nébuleux, élusifs, sont ceux qui ont le plus fort rapport à la silhouette, à la forme que leur musique. Ils émergent convaincus par leur hésitation même, par leur timidité (Marissa Nadler reconnaît, qu'à ses débuts, elle n'osait dévisager les gens dans la rue) pour se donner les moyens de tout définir ; la façon dont cette musique sera vêtue, son odeur, son visage, sa couleur, son appartenance à une culture ou à une autre. Pour ces artistes là, la musique est d'abord l'entité de leurs rêves, et ils ne seront toujours qu'à travers elle. Elle concrétise leurs désirs intérieurs.

Le trait le plus évident de la musique de Marissa Nadler, c'est sa couleur : le noir. C'est si évident qu'on n'y prête plus attention, on sait que la pochette de son nouvel album devait être aussi noire que celle du précédent. Sur Strangers, elle apparaît comme une statue, en élément en regard de sa musique, en réceptacle, plutôt qu’instigateur de ces mélodies profondes. Peut-être le noir est t-il là parce qu'avec ces deux disques, July (2014) puis Strangers, elle est entrée dans une phase plus lourde, pus sourde, se fondant mieux que jamais avec son entité, se permettant d'entrer osmose et de parler d'elle dans ses chansons, un changement qui a été largement remarqué par les fans de July. Son travail avec Randall Dunn (Sunn O))), Björk, Black Mountain), a aussi encouragé cette projection musicale à se faire plus totale, les synthétiseurs contribuant beaucoup à l'évolution des ambiances, surtout sur les chansons Skyscraper et Hungry is the Ghost.

Dans le noir, les mouvements sont invisibles, gratuits. C'est la couleur d'une fluidité, d'une mouvance, parfaite illustration d'une musique d'apparence statique mais qui, en réalité, est sans cesse en évolution, ne se repose par sur un rythme ou un schéma d'accords figés mais sur une progression continue. Prenez par exemple Katie I Know. C'est la meilleure forme de chanson s'il s'agit de développer une tension, Nadler donnant encore l'impression, à la première écoute, qu'elle se contente de poursuivre sur le même ton qu'avec son précédent disque, alors qu'on devine, après plusieurs écoutes, une ouverture progressive qui ouvre la voie aux plus grandes chansons de l'album, Skyscraper, Hungry is the Ghost, All the Colors of the Dark. Puis vient la chanson titre, le moment le plus engourdi.

Elle ne doit pas retenir d'aller chercher les pépites en fin d'album, et en particulier Dissolve, qui fait songer, étrangement, au songwriter britannique Richard Hawley. Lui introduit toujours un sens du lieu dans ses chansons ; et au début de son album le plus crépusculaire, Truelove's Gutter (2009), il emprunte le langage de l'ombre et de la lumière commun à ceux qui observent depuis l'ombre et veulent définir leurs ressentiment avant de s'avancer. « As the light creeps over the houses/and the slates are darked by rain». Aidé du crystal bachet et de l'harmonica de verre du français Thomas Bloch, Hawley paraît cependant avancer plus en lumière, se permettant d'être davantage lui-même. «In this morning search for meaning/ I hear a songbird melody/And she's singing just for me. » Marissa Nadler ne chante pas seulement pour vous, comme dans la chanson de Richard Hawley, mais pour un entremonde.

Le noir, c'est la couleur du mouvement, du frémissement, du trouble, de la peur. Toutes choses que, de façon générale, l'artiste peut décider de révéler ou de cacher, mais seulement à condition de les trouver, de les reconnaître, et de les projeter. Les possibilités sont dès lors infinies, et des chansons ressemblantes en apparence cachent mille formes d'avancement et dessinent le parcours d'audaces intérieures.

Le noir a ainsi de multiples fonctions, et Nadler les maîtrise parfaitement. Même une pochette entièrement noire, en apparence, resterait la preuve que rien n'est laissé au hasard. Les devenirs et les désastres intimes ne se forment t-ils pas à la faveur de la nuit ? Comme dans un conte d'ETA Hoffman, les situations les plus concrètes naissent de commencements ambigus, d'états indescriptibles. Ces positionnements intelligents permettent à Nadler d'atteindre le plus haut niveau d'abandon sur ce beau moment qu'est Janie In Love.

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