“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (76) intense (75) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) lyrique (48) communicatif (47) onirique (47) sombre (47) sensible (45) audacieux (44) pénétrant (44) élégant (44) apaisé (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (39) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Romantique (29) Expérimental (28) efficace (28) frais (27) intimiste (27) orchestral (27) spontané (27) fait main (26) rugueux (26) contemplatif (24) funky (23) varié (23) extravagant (21) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 31 janvier 2016

BOUKOU GROOVE - Let The Groove Ride (2016)








O

ludique, efficace, funky

Funk, new soul


Boukou Groove, un trio funky dont 'existence n'est pas cantonnée aux releases parties dont ils sont friands, car c'est un bon moyen de dire, hey, watcha, on est un groupe incroyablement talentueux, certes consensuel mais dont l'âme est ancrée avec conviction dans la terre de la Nouvelle Orléans. Le genre qui puisse nous faire sentir toujours un peu dignes, pourvus pour nous accompagner dans nos croisières pleines de tentations, partis dans le golfe du Mexique sur un yacht pour faire semblant d'oublier la misère du monde. 
Les interactions de Donnie Sundal et Derwin 'Big D' Perkins  méritent l'adjectif sexy de 'tight'. Ce qui correspond au contenu de cette chanson au milieu de l'album, I Can take You Further, « Imagine how it's gonna be/girl i hope you're ready. » Une ambiance positivement moite règne sur cet album pourtant loin d'être dépravé. Des interventions du guitariste qui moulent parfaitement la voix et l'approche et ses claviers nettement plus dans la tradition du rythm and blues néo Orlanais. Ils sont liés au pianiste Jon Cleary, l'un des musiciens locaux les plus talentueux, prêts à reprendre le flambeau d'ambassadeur après la disparition de Dr John. Les moments entêtants tels que Can't See Around Corners ou l'énorme End of the Bottle alternent avec des moments moins marquants, et on ne retrouve rien à la hauteur de la fracassante Stay Broke, sur l'album précédent. « It cost a lot of money just to stay broke. » Blame it on Me et surtout Can't Come Back, ont un potentiel déchirant dans leurs paroles jamais atteint musicalement, et c'est dans le fade-out de cette dernière que Sundal  choisit d'enfin chanter comme si sa vie en dépendait. Sa voix nasale est d'ailleurs un instrument fascinant, jouant sur plusieurs registres.  Il a la volonté de ne pas en faire trop, avec des paroles qui de toute façon  donnent l'impression d'avoir basculé au cœur d'un album de sentiments forts, convaincant comme tel.  

Aujourd’hui comme trois ans plus tôt, Boukou Groove est un bonbon funk amené par des musiciens que l'on brûlerait tant d'écouter live, et de partager avec le plus grand nombre.  

MARLON WILLIAMS - S./T. (2016)






O
envoûtant, élégant, lyrique
Folk-rock, country australienne, soul

Marlon Williams lance les paris sur l'étendue de son succès, basé sur sa voix impressionnante de maîtrise, capable de lui valoir des comparaisons élogieuses avec les Buckley, ou des voix distinctes comme celle de Hayden Thorpe (Wild Beasts) ou Peter Liddle (Dry the River) et le propulser en avant, quelles que soient ses dettes aux veilles formules, de Nina Simone à Roy Orbison. Il fallait qu'il s'émancipe de Delaney Davidson, son compatriote australien, connu pour ses sorties enfiévrées en one-man band - avec lequel il a enregistré trois albums. Il le fait avec la candeur d'un enfant de chœurs, et c'est son autre force, celle avec laquelle il finit de convaincre : sa capacité à habiller ses chansons, de les hanter d'arrangement subtils (Ondes Martenot sur Strange Things ?), cette volonté de créer un album se saisissant fermement de son thème de catharsis et ne le lâche plus avant de l'avoir laissé résonner en plusieurs personnages, de s'être abandonné un peu, et musicalement, d'en avoir exploré la candeur quasi religieuse. Vos sens vous intimaient encore de résister à la séduction trop évidente de ballades où la trace de l'école de chant reste présente – I'm Lost Without You ou When i Was a Young Girl, a chanson qui sert de culmination à ses concerts. 

En d'autres termes, cet album tiendra pour avoir réussi à articuler les lubies d'un élève idéal de la chorale religieuse (véridique) avec ses tentations de gamin fourbu à la recherche de liens sociaux et asociaux, finalement retapé au whisky, ce qui n'est pas, à la réflexion, sans danger pour sa voix. Sa face angélique lui vaudra d'autres rôles.

Le 18 février à la Maroquinerie. 

RACHEL DREW & THE BITTER ROOTS - Under The Sun (2016)





O

frais, vintage, soigné
Rythm & blues, soul, pop


Comme la pochette le laisse présager, il va y avoir très peu d'artifices sur cet album de soul et de ballades à la forte résonnante. Quelques musiciens très talentueux de Chicago entourent une jeune songwriter, trouvant l'énergie de les réunir après avoir eu celle d'écrire des centaines de chansons, depuis ses débuts en 2008. L'évidence, la vivacité, la langueur de leurs mélodies, basées sur une guitare discrète mais parfaite et un piano Rhodes évoquant les productions du label Stax, tout est fait pour porter l'attention sur ce que Rachel Drew véhicule comme originalité discrète, audaces mesurées qui donnent, au bout, un disque touchant, dynamique et frais. On assiste à une maturité acquise en milieu naturel, Rachel Drew étant issue d'une famille de musiciens. C'est l'album d'une jeune artiste dont les chansons à la fois graves et légères pourront être réinterprétées, à l'aune de ce qu'elle vivra maintenant que sa carrière musicale a irrévocablement gagné le cœur de son existence. Elles prennent à chaque écoute plus d'emphase, mais Drew ne devrait pas les laisser l'affecter : elle a déjà des douzaines d'autres textes à mettre en musique.



https://soundcloud.com/rachel-drew/sets/first-3-tracks-of-14-on-rachel

mardi 12 janvier 2016

VARIOUS - Remembering Mountains : Unheard Songs by Karen Dalton (2015)



O
Intimiste, poignant
Folk, dream folk

Il y a dans ces chansons un souvenir qu'on ne peut pas atteindre, et Marissa Nadler le touche de toute sa présence spectrale, avant de se retirer. Elle semble plus proche de l'attitude sépulcrale qu'elle ne l'a jamais été sur ses propres albums, un paradoxe doucereux quand on sait que c'est pour donner vie à l'un des textes jamais enregistrés en chanson par Karen Dalton. La chanteuse folk New-Yorkaise des années 60 fait partie de ces figures tragiques ayant laissé filer leur créativité devant le manque de réponse commerciale. Sa voix trop dévastée, sa timidité auraient trouvé plus d'écho dans le monde d'aujourd'hui, affamé de sincérité, de fragilité. Pourtant, à Greenwich Village, elle partageait l'amitié de Bod Dylan ou de Tim Hardin. Sur une photo d'époque, elle serait cette jeune fille difficile à identifier, mais dont l'étrangeté ferait la valeur même du cliché. Elle donnerait de la présence, rétroactivement, à tout ce qu'elle effleurerait.

Aujourd’hui, il s'agit, pour douze artistes et chanteuses toutes incroyables, de l’atteindre où elle se trouve. Hormis Lucinda Williams, qui donne comme habituellement une dureté, un aspect rugueux à sa chanson, les chanteuses choisies sont irrémédiablement fascinées par le drame et le mystère intangible du folk, et s'appliquent à recréer les conditions dans lesquelles Karen Dalton pourra disparaître comme une flamme fugace. C'est comme de se retrouver autour d'une table de divination. Julia Holter, Laurel Halo ou Josephine Foster sont bouleversantes en se retranchant le plus possible dans ce fantasme qui les habite un peu, c'est à dire en cet intérieur sans joie d'où provient la magie de Karen Dalton, et du folk. Julia Holter évoque ce que peut faire Jenny Hval. A rapprocher de l’expérience extrême que constituait Servant of Love, l'album de Patty Griffin paru à la même période (2015).  

vendredi 8 janvier 2016

DAUGHTER - Not To Disappear (2016)






OO
sensible, pénétrant
indie-rock

La nature nous entourant est lumineuse, bien plus que nous. Il suffit d'imaginer que nos morts sont réincarnés dans n'importe quel détail, végétal ou animal, de cet écrin à l'imagination infinie, pour ne plus éprouver de chagrin. C'est en écoutant le trio britannique indie rock Daughter qu'on peut avoir une telle sensation. Elena Tonra sait comment insuffler mille grâces à ses chansons, façonner des cycles qui imitent la nature, dépeindre la disparition comme décadence des esprits, des corps, des sentiments. La vidéo pour Doing the Right Thing nous présente ainsi Harry et Bella, un couple âgé confronté à l'oubli. Mais dans les dernières secondes, on réalise que la chanson, plutôt que d'évoquer une situation qui existerait, recrée, de façon magistrale, ce qui provoque notre empathie, notre compréhension des personnages, et les happe dans son propre système. Tonra a toujours une longueur d'avance sur n'importe qui d'autre en termes d'acuité mordante rendue à l'état de musique, elle sait impliquer l'auditeur, le guider et surprendre. C'est un peu le cinéma de Michael Haneke à l'état de chanson.
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