“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (78) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (52) communicatif (48) lyrique (48) sombre (48) élégant (48) apaisé (46) audacieux (46) onirique (46) pénétrant (46) sensible (45) attachant (43) hypnotique (43) vintage (42) lucide (41) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) orchestral (30) Expérimental (29) frais (29) intimiste (29) spontané (29) efficace (28) rugueux (27) fait main (26) contemplatif (25) varié (25) extravagant (23) funky (23) nocturne (23) puissant (21) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 23 mars 2016

JOSEPHINE FOSTER - Les meilleures chansons



Il semble inutile de rendre Josephine Foster, compositrice et interprète d'un folk aux multiples facettes, originaire du Colorado, plus excentrique qu'elle ne l'est déjà. Alors mettons de côté, pour cette sélection de ses chansons, ses albums les plus anciens ou expérimentaux. Dans le cas de All The Leaves Are Gone, par exemple, la chanson-titre d'un de ses plus anciens disques, la mélodie vocale se suffit à elle-même, débarrassée en live des fioritures de l'album studio. Mieux vaut mettre en avant sa voix et sa puissance évocatrice, que les instrumentations ont fini par définitivement épouser après dix ans de délicieuses incertitudes. Certaines de ses meilleures chansons ont l'humeur de chansons traditionnelles a cappella, même si la guitare les enlumine presque toujours. 

This Coming Gladness (2008), est perçu toujours parfois comme un album freak-folk, qui relierait Foster aux expérimentateurs du folk du début des années 70. Pourtant, ils tentaient de nous déstabiliser, tandis que Josephine Foster produit le plus simple enchantement, et si elle semble reliée aux voix d'une musique folk d'un énigmatique début de Xxème siècle, c'est pour susciter un charme exquis. Si sa voix semble aussi aventureuse, c'est dû à son entraînement pour chanter l'opéra. Il y a cette volonté d'envelopper, d'enjôler, de capturer la chanson avant qu'elle ne s'échappe, inconstante et libre. Le poème, comme le haut, s'interprète : dans les deux cas, l'interprétation est incessible. 

Qu'elle chante ses propres poèmes, ou qu'elle les emprunte, notamment à Emily Dikinson, comme ce fut le cas sur le tour de force de Graphic As a Star, qui rassemblait 26 poèmes en musique dans des configurations minimales, le plus important, c'est le lieu depuis lequel Josephine Foster les chante, et dans lequel nous sommes ses invités. La Sierra Nevada pour Emily Dickinson, pour y introduire sa propre solitude. Dans ces conditions, il y a une sens à être retiré du monde. Ces chansons seront souvent soulignées d'une guitare acoustique légèrement hispanisante, car Victor Herrero, son mari d'origine espagnole, l'accompagne. Ensemble, ils portent la magie encore plus loin sur No More Lamps in the Morning (2016), un album où Josephine Foster décide de réinterpréter quelques perles de son passé, mais pas seulement. 

This Coming Gladness (2008) était l'album à partir duquel ses enregistrements prendront un nouvel essor ; Graphic As a Star (2009) et plus tard Blood Rushing (2012) et I'm A Dreamer (2013) porteront ses capacités hors du commun à voguer autour du monde, portant son art de l'évocation et sa franchise folk au point d'excellence dans une chanson telle que Magenta, dans ses arrangements subtils et sublimes. 


This Coming Gladness : TCG

Graphic As A Star : GAS

Blood Rushing : BR

I'm Dreamer : ID

No More Lamps on the Morning : NMLM

Autres : AUT
Blue Roses (ID) : Une des plus belles chansons, par cette façon de d'abord énoncer les mots, en guise d'introduction intrigante avant de les chanter dans une mélodie inoubliable. Inspirée ar Rudyard Kipling, elle fait référence à la Rose Bleue, celle qui n'existe pas, le symbole de la perfection absolue, que l'on recherche en vain pour satisfaire une aimée. Une autre version, plus évanescente, est enregistrée pour NMLM. Un journaliste a fait remarquer que cette tradition de ré enregistrer des chanson antérieures le faisait songer à Michael Hurley, avec son Tea Song par exemple. Et Josephine Foster de lui répondre que justement, elle a enregistré avec lui une nouvelle version d'une chanson qu'ils avaient déjà enregistrée ensemble.. une pratique qu'elle qualifie de 'naturelle'.

My Dove, My Beautiful One (NMLM) : Un texte de James Joyce mis en musique. Comme pour souligner les accointances de Josephine Foster avec les chants traditionnels de l'Irlande. On pense à The Lass of Augrhim, la chanson dans la scène ou Angelica Huston descend lentement l'escalier dans The Dead (1987) le film adapté du livre de James Joyce, 'Gens de Dublin'. Et aussi à Ólöf Arnalds.

I Could Bring You Jewels (GAS) : Ce poème d'Emily Dickinson montre à quel point Josephine Foster a su s'incarner dans leur phrasé, en tirant des mélodies aussi dénudées qu'évidentes. « La chose magique, selon moi, c'est qu'en apportant au poème une mélodie simple, cela facilite la mémorisation du poème. Une fois que la mélodie venait, le poème devenait plus tangible sur lequel méditer. » Il n'est pas exclu d'y trouver un peu de Marissa Nadler.

Panorama Wide (BR) : La chanson la plus entêtante sur Blood Rushing. L'instrumentation de cet album a quelque chose des Appalaches, avec fiddle et tambourin.

Trust In the Unexpected GAS) : Un poème d'Emily Dickinson, et la chanson d'ouverture de Graphis As a Star. La simplicité et la concision qui caractérisent l'album sont ici mis au service d'une mélodie obsédante et surprenante, un parfait contrepoint du poème. Ce que Josephine Foster a retenu de Dickinson, c'est « sa révérence pour la nature, sa compréhension et peut-être plus que tout la façon dont elle explore le point de vue d'autres êtres vivants, bien au-delà d'elle-même. »

Child of God (BR) : Cette chanson se rapproche d'un folk-rock roots dans la tradition américaine, avec quelques effes de guitare excentriques qui soulignent l'extase et un refrain à plusieurs voix d'un artisanat parfait. L'une de ses chansons les plus directes.

All the Leaves are Gone (AUT) : La ressemblance de Josephine Foster avec Joan Baez est frappante dans cette version live. La guitare est traitée comme dans une sérénade espagnole. La chanson est l'une des plus appréciées du public. Son désir d'expérimenter vocalement se manifeste tout au long de la chanson.

The Garden of Earthly Delights (TCG) : Par des mots simples, Josephine nous accueille dans un jardin, sa version apaisée des visions qui traversaient Jérôme Bosh. Cette chanson prouve que son album This Coming Gladness peut se montrer aussi envoûtant que le plus récent I'm a Dreamer. Une autre version de cette chanson existe sur No More Lamps On the Morning. La scie musicale est le clou de cet arrangement.

Little Life (AUT) : Une petite chanson dont l'enregistrement en home recording souligne la tendresse. La flûte ajoute une touche de magie supplémentaire. De manière générale, il y a un sens du petit, d'un monde réduit chez Josephine Foster. Une musique de maison de poupées, mais Nicole Coolie le disait dans son essai My Dollhouse, myself : Miniature Stories : la maison de poupées est objet thérapeutique, un talisman, un sésame, un ouvroir des possibles, un tremplin imaginaire. Certaines chansons sur Grahic as A Star ne durent pas plus de trente secondes.

Look At Me (AUT) : Un hommage à Kath Bloom, une songwriter New Yorkaise dont la voix et la méthode semblent proches de celles de Josephine Foster.

She Weeps With Many Colored Brooms (GAS) : Si Dickinson est réputée pour son obsession de la mortalité, ce troisième poème extrait de Graphic As A Star irradie au contraire de légèreté et de vie. On jurerait voir les animaux danser à la fenêtre, on entend déjà les oiseaux. L'harmonica évoque Bob Dylan à ses débuts. Encore une mélodie particulièrement réussie. Le secret ? Elle est sans doute emprunte à une chansons traditionnelle irlandaise, un réservoir d'émotions. « Son travail défie tellement l'imagination que je ne peux la limiter à son enveloppe physique, surtout selon ce cliché typique d'une petite femme balayant le sol.»

Magenta (ID) : Josephine Foster se définit comme 'paresseuse'. Pourtant, elle enregistre coup sur coup Blood Rusing puis I'm A Dreamer, que la plupart de ceux qui la connaissent considèrent comme son plus bel album. Il contient déjà Blue Roses, mais aussi All i Wanted Was the Moon, My Wanderig heart ou Cabin in the Sky. C'est la lenteur de cette chanson et son piano aux airs de japon lointain, combinés avec une production vaste et profonde qui le rendent ensorcelant.

My Wandering Heart (ID)Une autre chanson de I'm a Dreamer, facile à reprendre et à aimer. Cette chanson d'un cœur aventureux emprunte encore un chemin très original et séduisant.

Amuse a Muse (ID) quatrième chanson de I'm a Dreamer, elle souligne la majesté des arrangements de cet album, un chef-d'oeuvre.

All i Wanted Was the Moon (ID) : Et encore une chanson tirée de cet album merveilleux. Cette fois, le psychédélisme y est parfaitement intégré. Les paroles et la musique du refrain dessinent des contours mouvants et fantasmagoriques. La guitare est dans la plus pure veine Dream-folk (Widowspeak...), l'harmonica y est introduit avec maestria.

Wondrous Love (AUT) : Tirée d'un EP de quatre chansons, la mélodie de celle ci est l'une des plus magiques de tout le répertoire de Josephine Foster. Dans son interview pour Bomb magazine, Gary Canino souligne qu'il s'agit encore d'une chanson à l'inspiration biblique, dans ce cas là un chanson chrétienne traditionnelle. On pense à Joanna Newsom.

Source interviews :

© Gary Canino

http://bombmagazine.org/article/6494126/josephine-foster



dimanche 20 mars 2016

# Morceau - KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - Gamma Knife, tiré de l'album Nonagon Infinity (2016)


Un clip qui invoque l'esthétique des années 70 et le Pink Floyd de Live at Pompéi (1972). Le résultat paraît plus viscéral que décalé, le groupe n'était pas là seulement pour nous amuser. Comment faire du psychédélisme 'maison' ou artisanal, sans un déluge d'effets visuels, quand on commençait en s'en lasser. King Gizzard joue d'un sens de l'authenticité pour un morceau violent ! 

La voix du chanteur guitariste Stu Mackenzie est de plus en plus incisive, capable d'accentuer certaines syllabes, comme pour encoder leur garage- rock dans notre cerveau. 

Le compte rendu de leur concert à la Flèche d'Or. 

Bandcamp :
https://kinggizzard.bandcamp.com/album/nonagon-infinity-2



# Morceau : SANS PARADE - Hyperborea (2016)



Un groupe norvégien interviewé par Trip Tips en 2013, ils sont de retour en 2016 avec un nouvel album. Nordique, vaste et enveloppant. Ils sont innovants sous leurs airs galvaniseurs. Vivement !

samedi 19 mars 2016

LOU BOND - S./T. (1974)







OOO
Engagé, poignant, communicatif
Soul, folk, funk

Cet album peut vous prolonger dans une profonde mélancolie. La mélancolie est le moteur de l'écrivain et le ferment de la différence, de la liberté à laquelle aspire Lou Bond. Il chante cette liberté dès les premières secondes de son album, et partir de là, ne perdra aucune seconde dans ces sept chanson hors normes. « No more i loves yous that i could not return/no more laughing at the girl who nevers learns. » 


La production riche en cordes est de la richesse mélodramatique que l'on peut attendre d'une perle Stax, le label sur lequel fut signé Lou Bond, avant de disparaître faute, pour la maison de disques, d'avoir su vendre son mélange émotionnel redoutable de soul et de folk. On pense à Terry Callier, pourtant, et tous ceux qui vibrent au son de What Color is Love (1973) devraient trouver dans cet album un compagnon plus qu'attachant, comme les admirateurs de Gil Scott Heron. Dans cet album paru en 1974, sur Why Our Eyes Must Always Be Turned Backwards se ressent l'inspiration des plus grandes chansons de Heron (présentes sur Pieces of a Man ou Winter in America), dont elle a a la portée sociale et le groove funky. 

Mais c'est To The Establishment, qui donne à son disque son amplitude émotionnelle rare. «If i had my way, i'll put you all on the electric chair », assène t-il en guise de conclusion sans appel, avant de se lancer dans plus de cinq minutes de scat, tandis que les cordes semblent l'arracher à la simple rébellion pour le porter dans un domaine à lui seul, ou quoi qu'il arrive personne ne peut l'atteindre. Réutilisé par la suite par Outkast et The Prodigy, c'est un moment épique, à la sincérité presque épuisante, un contrepoint à l'atmosphère souvent (faussement?) sereine du reste de l'album. Encore un lien avec Gil Scott Heron, cette volonté de donner 'To give these children a happy home', en écho à Save the Children, l'une des chansons les plus douces du poète et chanteur New-Yorkais. 

Il a cette volonté de réparer les couples cabossés, la privation de tendresse et la précarité, un sentiment d'injustice impossible à retenir, et qui embrasse un forme d'écologie venue du fond cœur, qui pousse Bond à préconiser la chaise électrique pour ceux qui en sont la case. L'ambiance feutrée et la narration si évocatrice de That's the Way i've Always Heard it Should Be, avec cette émotion qui l'envahit de nouveau à la simple évocation de se marier. «My friends and collegues are all married now/They have their houses and their dogs.» chante t-il en l'appuyant, pour en faire ressortir la naïveté cocasse, d'un falsetto. C'est un disque réjouissant de distance et de sensibilité. 

Le livret de l'album est la belle histoire de la recherche de Lou Bond homme au multiples personnalités, qui a débouché sur la réédition de sa seule oeuvre musicale chez Light in the Attic. Élusif, difficile à cerner, c'est un homme un peu sorcier.





WINTERSLEEP - The Great Detachment (2016)





O
Efficace, entraînant, 
Indie rock, rock 



Wintersleep est, en raison de leur identité immédiatement reconnaissable, d'un charisme toujours sous évalué, de leur nervosité vitale et d'un chanteur attachant, l'un des groupes indie-rock dont Trip Tips a le plus de plaisir à avoir des nouvelles. C'est comme de retrouver de vieux amis, qui depuis 2007 et Welcome the The Night Sky, n'en finissent pas de s'émanciper. Après deux bons albums, l'ample New Inheritors (2010) et le plus électro Hello Hum (2012), produit par Dave Fridmann (MGMT, Flaming Lips, Mercury Rev), ils reviennent avec un album fait pour séduire. 

Amerika, la première chanson qui propulse leur nouvel comme un Coldplay plus rock, atteint semble t-il un niveau de succès sans précédent. Ce n'est que satisfaction de l'entendre démarrer par une rafale de caisse claire si typique du groupe, non sans rappeler aussi les premières secondes du Loveless de My Bloody Valentine. Le shoegaze est une esthétique musicale à laquelle ce groupe répond, comme à la simple envie de rendre leurs chansons le indie rock le plus galvanisantes possible.

On peut ne pas en apprécier toutes les méthodes pour arriver à cet objectif, mais cela n'empêche pas les chansons d'être racées et intéressantes. Par exemple, le vocoder sur Santa Fe, qui rappelle la BO de Drive. La bonne foi de Paul Murphy n'est pas mise en doute, mais c'est la tendance de leur producteur à rapprocher leur son de l'idée que le grand public se fait d'un 'album rock' qui constitue leur aspect un peu navrant. Cependant, ils ont de belles chansons, capables d'envoûter : More Than, Shadowless, Love Lies... D'autres impressionnent par la conviction palpable que Paul Murphy, en particulier, met à en faire des déclarations d'intention (Territory). Ils nous enjoint à ne pas être « le territoire de quiconque », ne pas nous rendre manipulables. 

Le groupe est efficace sans s'exalter, le batteur se démarquant quelles que soient les circonstances. Que serait Love Lies sans ses rafales de caisse claire, à nouveau ? More Than brille même sans l'explosion tellurique sur le pont, par l'impression d'un groupe focalisé, réuni autour d'un hymne l'amour : « I love you more,more than i said, more than i felt before ». Des mélodies musclées soutiennent l'album sans temps mort. La longévité du groupe tient à un équilibre que l'on ressent sur The Great Detachment. 

BLACK MOUNTAIN - IV (2016)








OO
onirique, hypnotique, épique
Indie rock, psych - rock  

Si 'indie' rock rime avec quelque chose d'avenant mais de profond, avec un regard vers la contre-culture, la science fiction quotidienne, les replis de l'existence rendus incommensurables, Black Mountain est l'un des groupes indie-rock les plus significatifs.  Leur musique nous parle d'héritage : le Led Zeppelin progressif de Houses of the Holy et Physical Graffiti, en particulier l'influence d'un morceau à énigme comme No Quarter, ou de la ballade Ten Years Gone, donne à leur musique son incarnation. On peut aussi estimer que Florian Saucer Attack est leur Immigrant Song. A l'exception de Mother of the Sun cependant, il y a peu de riffs sur l'album. C'est un glissement, une dérive vers l’abîme, à l'aide de synthétiseurs ou de de cordes toujours plus évocateurs et appuyés. 

La présence d'Amber Webber a toujours été l'un de ses points forts, et son entrée en matière sur Mothers of the Sun, précédant celle, remarquable également, de Stephen McBean, contribue pour beaucoup a l'impression d'un retour de Black Mountain, six ans (!) après Wilderness Heart (2010). C'est qu'Amber Webber, comme Stephen McBean, ont d'autres projets.

Dès les premières secondes, on sent déjà la fois un renouveau et la marque de leur personnalité intransigeante. Trois morceaux dépassent les huit minutes dans ce disque vaste, et qui fait ressentir son poids. Mothers of the Sun est destiné à distiller tout ce qui fait l'originalité du groupe : ses contrastes, allant du riff à la Black Sabbath aux transes hypnagogiques de Pink Floyd, sa répétition, sa capacité à nous égarer en nous propulsant dans de multiples genres.

Over and Over) The Chain est le trou noir de l'album. Sous ses airs de grosse BO du monde demain, il ancre les autres morceaux dans un monde tentaculaire et personnel, et nous attire un peu plus au centre des intentions du groupe, à chaque fois qu'on réécoute l'album. L'inertie qui en ressort en premier abord cache une vraie intensité. Révélatrice de leur méthode est la manière dont un riff grondant apparu au bout de quatre minutes de sons spaciaux, se transforme en syncope plus rituelle, avec maracas, avant de revenir à la charge dans un climax psychédélique à couper le souffle ou perce l'insistance d'un synthétiseur analogique rappelant le krautrock et Kraftwerk. La plong dans l'abyme est saisissante, surtout que Over and Over fait suite à des morceaux plus légers, comme Cemetery Breeding, promis à un beau statut de single. Il montre la splendide conviction du groupe, comme son absence de candeur.
La fin de l'album devient plus hallucinée encore, les neuf minutes de Space to Bakerfield nos incitant à complètement abaisser nos défenses. Amber Webber nous envoûte définitivement. IV est une expérience d'écoute variée, qui désoriente parfois, mais parfaitement cohérente au regard du reste de la discographie de Black Mountain, et marquant en particulier un pont avec le marquant Into the Future, paru en 2008 dans un contexte de regain pour le rock psychédélique de leurs influences, Led Zeppelin terminant 2007 avec un dernier concert triomphant.

jeudi 10 mars 2016

MATT ELLIOTT - The Calm Before... (2016)





OO
Onirique, intimiste, envoûtant
Electronica, folk


Dans la caresse éternelle que nous prodigue Matt Elliott, de sa voix grave et de sa guitare arabisante jouée avec la spiritualité d'un oud égyptien, sur des trames de piano sépulcral, de violoncelle guttural, de choeurs et de courants d'air, on n'attendait pas tant de lumière. Chez Elliott, qui combine Chopin, Leonard Cohen et Albeniz, c'est plutôt l'inverse de la joie qui est habituellement exprimé. Mais sa musique devient, de plus en plus, le résultat d'un large faisceau de réflexions allant toujours bien au-delà de ce qui est annoncé : ainsi The Broken Man, n'était pas seulement le portrait d'un homme brisé, mais une déconstruction émotionnelle évoquant la nécessité d'affronter ses démons, et The Calm Before... se déploie comme un rêve exigeant et enivrant, ou le motif de la tempête sourd mais n'éclate pas, au terme duquel, comme dans chaque album, il aura équilibré les pertes et les gains.



Sur The Feast of St Stephen, sa voix et sa guitare atteignent des profondeurs abyssales, et paradoxalement, capturent la lumière avec poésie. I Only Wanted t Give You Everything, dont le titre seul est un morceau de poésie comme Matt Elliott sait les fabriquer (Le meilleur, sur The Broken Man : If anyone tells me 'it's better to have love and lost than to never have loved at all' i will stab them in the face') culmine sur un mouvement qui va crescendo en intensité, décrivant le tourment d'un homme appelé à un sommeil paradoxal agité, dont on ne sait ce que, des sentiments givrés ou de la caresse d'une femme glacée, il peut préférer garder à son éveil. Sa musique, par la répétition, a un pouvoir révélateur que peu de musiques acoustiques ont la patience d’atteindre. The Allegory of the Cave et son électronique douce, est d'une pureté qui rappelle Cass McCombs sur Wit's End (2011). Le froid et le calme originels se rétablit à la fin... Comme celle de McCombs, la musique de Matt Elliott semble bâtie sur un émerveillement constant. Allégories, évocations de pouvoir et d'amour, sous son calme éthéré, The Calm Before est la quête d'une vérité et d'une réalité inédites. Du grand art !


ALEJANDRO ESCOVEDO - Thirteen Years (1994)









OO
Doux-amer, pénétrant, contemplatif
Rock alternatif, americana

Un album précieux et ample, à garder pour les grandes traversées, pour les moments de solitude, une rivière de bonne chansons, mélodieuses et instinctives, empreinte d'un sens de la contemplation intense, voire déchirant. Régulièrement, il vous transportera dans d'autres contrées, déroulant un genre americana qui puisse sa source dans les reflets du pacifique autant que dans la sécheresse du désert. Way it Goes, nous enjoint à fermer les yeux. Le disque nous sollicitera pourtant souvent par sa rudesse, sa franchise. Il ne s'agissait que du deuxième album du texan Alejandro Escovedo, déjà très ambitieux et capable de surpasser ses influences. Ce disque renferme tant de détermination artistique et d'espoir pour un artiste encore au début de sa carrière, qu'il mériterait Le bon moyen de découvrir ce songwriter qui est, à dix ans d'écart, aussi talentueux que Tom Petty (la ressemblance est criante sur Helpless, mais qui ne voudrait atteindre le succès scénique de Breakdown !) et peut-être plus émotionnel. 

C'est l'album d'un artiste cherchant plus que tout se connecter avec son audience et à l'affecter par sa personnalité et sa voix, bien mise en avant. C'est d'autant plus vrai qu'Escovedo semble chanter l'isolement et se montre réflexif sur le fait d'avoir maintenu ses proches à distance pendant trop longtemps (la chanson titre). Une autre grande réussite (elle sont nombreuses) est Baby's Got New Plans, où il livre la chronique d'une séparation et parvient à rendre palpables les personnages, une habitude qu'il développera sur son album suivant (With These Hands, 1996). She Towers Above contient aussi beaucoup de charme, et on retrouve de belles inventions d'Escovedo pour illustrer ses chansons, plus que pour simplement les accompagner ; la volupté d'un simili-clavecin, et une détente qui repose sur les roulements de toms. Il nous arrache à la langueur poisseuse d'Austin. 

Thirteen Years est aussi l'un des exemples les plus gracieux que je connaisse de l'utilisation d'une section de cordes dans un album de rock ! C'est éclatant dès Ballad of the Sun and the Moon, auxquels les violons, la harpe et a guitare jouée avec gaieté confèrent une douceur quasi élégiaque. Car Losing Your Touch ou Mountain of Mud nous rappellent qu'il s'agit de rock un peu cavalier pour solitaire loin de chez lui, avant que la sensibilité et les portraits affectés reprennent bien vite le dessus.


HAZMAT MODINE - Extra-Deluxe Supreme (2016)






O
vintage, varié, funky
Rythm and blues, rocksteady


Le combo New Yorkais autour de l'harmonisciste Wade Shuman est de retour avec son troisième album, en fanfare ? Non, c'est plutôt discrètement que le groupe excentrique de neuf musiciens revient ! Et c'est une longue attente depuis Cicadia (2011), leur excellent album où leur blues s'affirmait encore plus brûlant et mugissant. Des genres plus traditionnels traversent cet album élégant, dont le principal attrait, après l'intensité et la variété de Cicadia, est le charme. Le titre et la pochette ramènent son aspect vintage, et des chansons comme Whiskey Bird s'essaient à une simplicité qui valorise l'harmonie sur la surenchère passée. La poésie décalée de Shuman, aussi intéressant parolier que musicien, nous plonge dans un univers fait pour affecter et attacher. La musique reste pour lui la maladie de l'âme, et il profite de moments d'accalmie pour nous plonger dans cette boite musique, dans cette fabrique si humaine qui allie la musique et les douleurs intimes (Arcadia (Coffee, Salt and Lace).


Le large éventail de cuivres, du tuba la trompette, permet au groupe d'offrir un éclectisme parfaitement intégré à leu personnalité, en particulier des éléments de Klezmer de rocksteaddy Jamaïcain (Moving Stones) et de rythm and blues de la Nouvelle-Orléans. Le cap semble plus que jamais mis vers le sud des Etats-Unis, une évolution logique pour un groupe chassant le multiculturalisme comme un graal. On a même droit à une flûte de pan sur Your Sister ! Pour qui aime la musique traditionnelle accrocheuse, ils réussissent à réunir tout ce qu'on pourrait en attendre, avec ce zeste de folie qui a fait de Wade Shuman une personnalité et de sa musique un havre décontracté.

samedi 5 mars 2016

KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - Concert le 03:03:16 à la Flèche d'Or






OO
ludique, intense, frais
Garage rock, punk, boogie

"As loose as they are, they still sound incredibly tight, if that makes sense », peut-on lire en commentaire d'une vidéo live du groupe-collectif australien KingGizzard and the Wizard Lizard sur internet. Oui,pourrait t-on répondre, cela a un sens de dire qu'il sont incroyablement rigoureux, tout en abandonnant leur musique à des longueurs, allongée sur le stomp furieux de deux batteurs. Mais ce n'est pas le seul paradoxe de ce groupe, qui est aussi fun que sinistre, et sort en 2016 leur album le plus punitif, encore à paraître au moment de ce concert. Prenez leur dernier album en date, Papier Maché Dream Balloon, qui prenait le contre-pied du précédent (une habitude) en présentant des morceaux acoustiques, faisant ressortir les influences bluesy du groupe. 

Le meilleur morceau de cet album, Trapdoor, est inquiétant, habité. On pense aux Black Lips. C'était le seul morceau de cet album qui sera joué ce sort, son côté répétitif et obsédant se prêtant à un concert fait pour marquer le subconscient. Le groupe joue visiblement ce soir dans un élan qui a commencé à 2015, lorsqu'il ont inclus à leurs sets à la fois Head On/Pill, The River et toutes les pièces détachées d'I'm in Your Mind, issues de l'album portant ce nom, celui qui semble les avoir vraiment révélés en 2015.

Ils ont donné leur propre sens à la musique garage punk rock, ne se contentant pas de ressusciter les années 60. Les années 60 n'existent que dans la tête des nostalgiques dont King Gizzard n'a rien à faire. Ils ne sont pas là pour signer des pochettes mais pour abattre en particulier les morceaux punitifs de leur futur nouvel album, tels Robot Stop, Gamma Knife et People-Vultures, qui portent l'intensité un cran au delà de ce que propose les parangons du genre, les californiens Thee oh Sees, dont King Gizzard s'affirme comme le pendant australien. Il n'y a pas vraiment d'autre groupe dans le genre à se montrer aussi prolifique avec le même succès dynamite. 

Le concert à la Flèche d'Or a servi d'intense séance de rattrapage pour quelqu'un étant resté sur Oddments (2014). Leurs revendications se sont noyées dans la sueur, mais le lendemain, en écoutant leur musique psychédélique et abrasive l'esprit clair, on est émerveillé. Vraiment, on se demande ce qu'il font en ce 5 mars, après avoir donné autant de concerts depuis plusieurs semaines, et on le suppose, avec toujours la même intensité. On imagine le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste Stu Mackenzie se mettant, tranquillement, à composer leur deuxième album de 2016. Avec un sitar, il en est capable.  



RANGDA - The Heretic Bargain (2016)






OO
expérimental, intense, envoûtant
Noise rock, instrumental

Ben Chasny est l'un des des guitaristes en activité les plus distinctifs peut-être, tous genres confondus. Mais il ne faut pas sous estimer aussi l'apport de Richard Bishop, second guitariste plus rythmique issu lui aussi du phénoménal label Drag City (Ty Segall, Bonnie Prince Billy, Bill Callahan, et donc Six Organs of Admittance, l'emblématique projet solo qui propulse à chaque fois Chasny vers de nouveaux rivages furieux et oniriques). Défiant les modalités, les rythmiques, et le bon sens, The Heretic Bargain est un album ouvertement expérimental. La réussite de tient à la formule en trio, avec le batteur Chris Corsano capable de donner le change en rythmes circulaires, enchaînant avec fluidité les dynamiques explosives de To Melt the Moon, The Sin Eaters puis Spiro Agnew.

Les titres de ces chansons parlent d'eux mêmes, montrant qu'il s'agit d'une expérience à la fois horrifique et psychédélique. L'album devient vraiment grinçant et infréquentable avec les 8 minutes de Hard Times Befall the Door-to-Door Glass Salesman, une sorte de cauchemar qui troque le mysticisme fracassé mais surf rock pour un énigmatique marchand de sable, vendeur de miroirs dans le désert californien. C'est sans doute là et sur le solo dans Mondays Are Free at the Hermetic Museum, final de 19 minutes, que s'exprime le talent de Ben Chasny à nous affecter avec ses sons électriques si personnellement ouvragés. Ce dernier morceau est la raison d'être de cet album radical et intuitif, même si To Melt the Moon en reste le moment le plus immédiat.  

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