“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) envoûtant (60) ludique (60) poignant (60) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) orchestral (30) efficace (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) épique (11) Ambigu (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 4 décembre 2016

TREMBLING BELLS - Wilde Majestic Aire (2016)





O
hypnotique, élégant
folk-rock 


Les héritiers du folk rock psychédélique, de Judy Collins jusqu'à Comus, The Trembling Bells sont la quintessence de la musique britannique. Ce court album prolonge The Sovereign Self (2015). Leur art est tellement culturel dans tous ses aspects mais réussit à nous le faire oublier grâce à la voix de Lavinia Blackwell. Elle remonte comme Sandy Denny aux odes chaleureuses, aux sources des territoires qui ont marqué la vie d'Alex Neilson, le batteur et leader du groupe. Swallows of Carbeth, en particulier, est fascinante, dans l'entrecroisement de la l'évocation si puissante de Blackwell et des mélodies d'un autre temps, provoquant un frisson que seul un très bon groupe, capable d’embrasser le sentiment, l'élégance et l'énergie, et un harmonium en embuscade, sont capables de susciter.


Neilson, est aussi un journaliste responsable d'articles importants pour The Wire. «Ça développe mon esprit d'analyse mêmes si mes connaissances en musicologie sont mauvaises. Je pense que ça m'a encouragé à être plus conceptuel et sensuel dans la musique. », révèle t-il en 2015 à Mark Corcoran pour le site Narc Magazine. Son univers en expansion perpétuelle est plutôt une affaire de sentiments, comme lorsqu'il s'intéresse aux héros des tragédies de la Grèce antique. «Vous rendre le sujet d'immensités vertigineuses, d'immaturités vampiriques, et leur permettre de tenter de contrôler votre système nerveux. Je suppose que je suis intéressé par le désespoir héroïque. Mais aussi par le sexe, les hallucinations, sublimer des lieux qui sont riches de significations personnelles, la rédemption d'une personnalité troublée à travers l'art. » Toutes choses qu'on peut retrouver chez les Trembling Bells, dont le revêtement traditionnel révèle une densité et une âpreté qui a toujours défini le rock anglais le plus imaginatif.

samedi 3 décembre 2016

HAWKWIND - Groupe de l'année 2016 (feuilleton à suivre)




Il y a deux origines à l'intelligence artificielle ; les mathématiques et la logique. L'informatique est le fruit d'une quête philosophique entre Platon et Aristote.

Cette analogie entre l'intelligence artificielle et la recherche qui a donné des drones, des robots devenus autonomes et capable de tuer n'importe quel être vivant, et le groupe de l'année 2016 selon Trip Tips, fera long feu. Les personnalités dont on n'est si peu conscient qu'elles ont marqué l'histoire de leur discipline, il est étourdissant de finalement les rencontrer. Dave Brock est à la musique ce que Claude Shannon est au robots tueurs. Du moins si on prend un raccourci spatio-temporel...

Il y a deux Hawkwind : celui qui inspire tant de groupes, de metal, de rock psychédélique, de musique électronique, depuis leur création, et dont le sort est lié à l'improvisation, au Krautrock et à Lemmy Killmister, le bassiste sur lequel il faut écrire en priorité quand on parle d'Hawkwind, tant sa façon de jouer la basse comme une seconde guitare a transformé le groupe, de ces débuts discrets vers sa vitesse de croisière, dès Doremi Fasol Latido (1972) puis avec Space Ritual (1973) et des morceaux à la puissance phénoménale comme Born To Go. Neuf minutes essentielles qui contenaient toute l'originalité de ce groupe d'individualités, peut être pas les musiciens les plus talentueux, mais ceux qui combinaient de façon vertigineuse une approche personnelle de leurs instruments. Cette combinaison les rendaient originaux.

Puis il y a eu le moment où le guitariste du groupe, Dave Brock, est devenu leur capitaine indiscuté ; le groupe s'est rivé dans son abnégation, s'est confronté à des forces technologiques qui ont bien failli le phagocyter, s'est plongé dans son détachement, et ceux qui entraient dans le groupe comprenaient désormais que ce ne serait pas pour toujours. Parfois ils venaient, repartaient, puis y retournaient quelques années plus tard. Car si Hawkwind était devenu une entité bien différente, dont l’inclination sonore était plus centralisée, il restait de sa forme initiale une puissance d'évocation facilement addictive.

Dès le milieu des années 1970, ils profitaient de leur réputation de leaders des hordes de l'underground londonien, à l'instar de Black Sabbath, dans une sphère à peine différente. Si on s'en tient à leurs débuts, d'ailleurs, raconter Hawkwind c'est comme de raconter Black Sabbath, et toute une scène hard rock proliférant à la fin des années 60 à Londres et dans toute l’Angleterre.

Hawkwind en 2016, est le fruit d'une nouvelle ère : c'est un groupe qui reste le même depuis dix ans, et c'est sa plus longue période sans changement. Il est difficile de produire une musique pertinente, mais c'est plus facile que de voir l'avenir de manière optimiste quand on est un scientifique de la trempe de Stephen Hawking. Selon lui, il y des risques que les robots finissent par commettre des erreurs. Hawkwind ont commis des erreurs, mais comme artistes, les conséquences de ces erreurs sont restés en deçà de leur volonté à se débattre dans le monde technologique.

Que ce soit par hasard ou par un effet bénéfique avéré, Hawkwind fait paraître son meilleur album depuis longtemps. Comme si ce line-up avait enfin écrit sa place dans l'histoire du groupe. Ils ont enregistré ensemble Blood of the Earth (2010), Onward (2013) et le supérieur The Machine Stops, sur lequel la place de chacun est attribuée à égalité. L'équilibre méticuleux sur cet album nous ramène à des disques comme ceux de Pink Floyd, au lieu d'évoquer la première période d'Hawkwind, dans les années 70, quand tout découlait de l'exploration et de l'improvisation.

Dave Brock en sait quelque chose ; il a vu toutes les incarnations de ce vaisseau ayant réchappé à l'influence corrosive du temps avec une abnégation, un détachement exceptionnels. « Techniciens du vaisseau terre, c'est votre capitaine qui parle. Votre capitaine est mort » entend t-on dans un album live confidentiel du groupe, This is Hawkwind, Do Not Panic (1984). L'un de leurs meilleurs disques, un jalon dans leur discographie des années 80, assez caricaturale et poussive – deux adjectifs qui reviennent souvent pour exclure tel ou tel des nombreux chapitres de leur histoire, rédigés coûte que coûte, sans interruption, depuis la fin des années 60.

The Machine Stops, c'était l'occasion réussie pour le groupe de faire un album qui ait du sens, un sens intemporel, avant qu'Hawkwind touche à sa fin. L'occasion d'échauffer les esprits des fans par leur évocation de transversalité, leur capacité à mélanger les lieux, les temps, en les aimantant par leur combinaison de rock et de musique électronique. L'occasion d'évoquer l'intensité croissante de la confrontation avec l'immensité du big data et d'une intelligence technologique qui nous dépasse désormais totalement. L'occasion de combiner une nouvelle fois, narration et mouvement, de retrouver cette ancienne manière de marquer les esprits, puis de disparaître dans les confins d'une culture que l'on ne retrouvera que plus tard, déjà adultes, et que l'on devra rechercher, et avec laquelle on se reconnectera à travers les temps, par fulgurances. Ce groupe, détenteur d'une si longue histoire, n'a jamais vraiment connu de jeunesse. C'est une cause de sa longévité.

Il y a peut être deux publics distincts du groupe ; ceux qui n'écoutent que les albums de sa première période, de loin en loin, et particulièrement Space Ritual, se saisissant avec plaisir de sa pochette en six volets ; et d'autre part, ceux qui les redécouvrent au fil du temps, y reviennent, s'y replongent, retrouvant, plusieurs années plus tard, tout le caractère étrangement récurrent et pertinent de leur musique, et appréciant aussi bien la première période que des albums d'autres époques, pour les thèmes qui les traversent, leur cohérence et les quelques éléments immuables les composant. Croire que ces distinctions de publics n'existent pas, c'est croire à la capacité d'Hawkwind à changer, à rassembler, à surprendre.


à suivre...

Sélection - novembre 2016


MICHAEL HURLEY - Bad Mr. Mike (2016)






OOO
intemporel, apaisé,
Folk

Michael Hurley a toujours détonné, enregistrant ce qui fut considéré par un journaliste influent le 'plus grand album de folk rock de l'ère rock' en 1976, Have Moicy !. Au terme d'une longue carrière parsemée d'albums confidentiels, Bad Mr. Mike le voit finir la route avec une tendresse immense. La participation de Josephine Foster rappelle leurs points communs ; cette capacité à jouer un folk entièrement selon leurs propres règles, à sembler issus d'une autre époque, et à apprécier de réenregistrer leurs chansons au fil des années, les réinterprétant pour savourer leur impact sur le temps présent. On retrouve sur cet album les instruments de prédilection de Hurley, en premier lieu la guitare qu'il a toujours jouée de manière expérimentale, laissant les cordes chuinter avec moins de retenue que le plus ancien bluesman, et produisant des accords si particuliers. Mais aussi le banjo, le piano Rhodes et l'harmonium, mis à l'honneur dans le passé sur une chanson telle que Lonesome Graveyard, si mes souvenirs sont bons. Ici, sur The Moon Song, il donne l'impression qu'un cycle s'achève, que la musique fait des ronds, des courbes et des méandres, des vallons, afin d'offrir à ce disque le plus beau des couchers de soleil. C'est le crépuscule d'une grande œuvre américaine. 

Malgré la fatigue vocale et l'envie de minimalisme, rien de ce que fait cet homme n'est anecdotique ; pour la simple raison qu'il insuffle toujours une fantaisie, se permet une lenteur qui en sublime chaque articulation, comme chez Foster. Certaines de ces chansons (Question sur Sweetkorn, album de 2002 fortement recommandé, par exemple) nous marquent par leur humour délayé, retrouvé chez Bill Callahan. Boone & Jocko a la fraîcheur d'un fruit bien mûr. Beasley's Release est l'une de ces rengaines qui semblent avoir toujours existé. Depuis quand l'a t-il composée ? Combien de fois l'a t-il enregistrée ? L'a t-il vraiment écrite, ou existe t-elle depuis les années 1920 ? Mystère. Elle est mieux à sa place que jamais ici : Hurley y évoque sa rencontre probable avec la mort, un de ces jours. Encore quelques notes précises et arrêtées, depuis le haut du mur sur Dragging the Indian. Une dernière tentative de charmer le serpent, avant de se faire arracher à la campagne éternelle et à la loyauté de quelques amis.

http://www.juno.co.uk/products/michael-hurley-bad-mr-mike/612345-01/

NICOLAS PAUGAM - Aqua Mostlae (2016)




OO
ludique, original, frais
Pop française tropicaliste

"En 2008, j'ai 40 ans. J'écris mes premières chansons en français tout en écoutant, paradoxalement, des artistes brésiliens (….) Milton Nascimiento, Tom Zé et Jorge Ben. » Nicolas Paugam a été régulièrement remarqué, un article par ci, un prix par là. Mais le public ne l'a pas souvent trouvé, voilà. Pourtant si on aime les parcours d'orientation, les jeux de piste, les traversées de l'équateur, la nature de là-bas, on devrait accueillir Nicolas Paugam bras grands ouverts. Le temps de les ouvrir, de faire un pas, il est déjà ailleurs. Aqua Mostlae, fluide, contient ses danses, récurrences, et beaucoup de diversité. Une des premières choses auxquelles il nous fait retourner : le chansonnier britannique Robert Wyatt, qui sans surprise, fait partie des inspirations. L'envie de retrouver une certaine balance des années 60, courageuse en se montrant précieuse, là où les menaces politiques sont combattues avec une légèreté poétique. 

C'est un rêve ou tout semble « trop facile ». Ses influences littéraires* et musicales libèrent Paugam qui 'joue avec les sons ' et qui 'teste'. Aqua Mostlae surprend et éloigne du chemin par ses arrangements, ses directions délicates, sans temps mort. Le lyrisme de La Fièvre est soutenu par le chant de Nelly Dvorak, avec des éclats de romantisme que l'on retrouve aussi plus loin « Je me réveillais, transi, combattant les morsures de ma mémoire vive comme la neige pure. » Il accumule de la clairvoyance, se fait poète de la transversalité naturelle. « Les animaux sont des cousins[...]/Où les dieux sont multipliés/on les retrouve dans des béliers». Sa simplicité est pleine de tangages, l'incertitude se défend de mots dérisoires, autrement il sait qu'ils peuvent trop aisément évoquer la mort, la solitude, la liberté. Il n'a pas peur. Il ne faut pas se défendre trop gravement, mais mimer l'émerveillement. On n'est jamais ni libre, ni seul, et quand on est mort il n'y a rien après.


Païole Koja mais à l'honneur les influences jazz, Django Reinhardt et Robert Wyatt, à renfort de percussion (le cajon). Toujours Aqua Mostlae amuse par tous les ressorts de l'imagination toujours bien mariée au souvenir, au sentiment. Les Serpents de l'Arkansas, il y a des chœurs exotiques, un solo de clarinette de Sylvain Hamel, une batterie jazz tout en syncope, et un vrai groove des ïles. La Merveille des Merveilles décentre toujours plus le discours. Paugam est incapable de délivrer une pensée triste sans amuser, sans nous adresser un clin d’œil, sur Tu vois pas pas qu'on s'aime pas. Les arrangements s'épanouissent progressivement, fruits d'un longue imprégnation des mélodies d'ailleurs. Cordes parfaitement au service de la tournure que prennent ces chansons étonnantes, ravitaillées d'un mélange sans égal.

*Gombrowicz, dont le hasard veut que j'ai lu Les Envoûtés juste avant d'écouter ce disque. Nicolas peut t-il m'en conseiller un autre ?
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