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samedi 25 février 2017

CHUCK PROPHET - Bobby Fuller Died For Your Sins (2017)



OO
Romantique, vintage, engagé
Rock


Ian Hunter et Alejandro Escovedo ont tous deux sorti un bon album en 2016. Chuck Prophet s'y met à son tour, et il partage avec eux le mérite de jouer comme si les trente dernières années n'avaient pas eu lieu, ou presque. Sa voix, cependant a cette urgence contemporaine, et une référence à la mort de Bowie permet de mettre en évidence à la fois l'époque et l'ambiance, riche en hommages, de cet album.

Pourtant, Chuck Prophet ne cherche rien de mieux qu'à contourner la célébrité. Il médite en apparence simplement sur le destin de quelques stars, à travers la propre fascination de Bobby Fuller pour Elvis Presley dans les années 50. En surface, il moque la célébrité, tout en montrant souvent une admiration sincère, peut être candide (If i was Connie Britton) avec une élégance possible seulement parce qu'il s'ébat dans l'originalité de ses propres chansons.

Chuck Prophet est la figure du rocker intègre, qui ne se vend pas pour un clip à la télévision et reste tapi dans l'ombre des médias. Il y restera, la pochette n'est qu'un canular. Au moins jusqu'à ce qu'on découvre pourquoi le titre claque. Il fait bien de s'y représenter ; cet album vit principalement à travers sa personnalité piquante, qui se range princièrement du côté du vrai rock n' roll. Dans l'immédiat, Prophet semble se délivrer de l’impératif d'un commentaire de l'actualité.

Depuis combien de temps n'avez vous pas ouvert le cellophane d'un disque, pas lu des notes de pochette et des paroles ? Ce n'est pas la seule chose que Prophet fait compulsivement, mais il s'y emploie et c'est pourquoi, enregistrer des albums cohérents pour les gens qui en achètent a de l'importance pour lui. Même si vous n'êtes pas dans son prochain concert, ce que je vous conseille, il jouera comme si la moitié du pays s'y trouvait.

Bobby Fuller Died for Your Sins semble effacer non seulement les années 2000, mais les albums de Prophet parus dans l'intervalle. Parce que la modernité de The Hurting Business (2000) et The Age of Miracles (2004) était une chose, mais elle laisse de marbre le hard rock de Alex Nieto, une chanson où l'on comprend subitement le penchant un peu noir que l'album cache en sous main. Il y évoque l'assassinat en 2014 du bouddhiste d'origine mexicaine Alex Nieto, et le décrit de façon insistante comme un pacifiste. C'est un peu comme s'il faisait un gros doigt d'honneur à une bonne partie des flics de San Francisco. Un mise à mort hasardeuse et on réalise que Bobby Fuller a sans doute, lui aussi, été supprimé en 1966. Prophet exhume un polar inespéré : l'affaire n'a jamais été résolue.

C'est la dernière chanson, mais désormais, on croit être parvenu en un clin d’œil à cet état de fait. C'est désormais l'album d'un type qui sait qu'il doit continuer d'échapper à l'égarement existentiel, sport régional de la côte ouest quand il ne s'agit pas tout bonnement de violence explosive. C'est en composant avec qu'il trouve sa façon toujours pressante de délivrer quelque que soit le type de rock qu'il emploie. Sa capacité à basculer de la pop au hard rock, du punk au rockabilly laisse Prophet à la marge d'une culture qui a bien besoin de musiciens comme lui. Une chanson romantique comme Open Up Your Heart est sans doute la meilleure chose possible à la radio quand on assiste à des violences policières et à l’idolâtrie de stars fabriquées. « Some people carry grudges you know / For something you never did” Le sentiment de culpabilité nous projette beaucoup trop vite vers notre destin.

On e retrouve en full retro mode sur Jesus Was a Social Drinker, l'une des chansons les plus attachantes du lot, moquerie parfaite avec son final grandiloquent au synthétiseur. In The Mausoleum (For Alan Vega) est peut être plus excitante encore, pleine d’opiniâtreté. Même quand il ne nous incite pas à ralentir, Prophet semble nous indiquer le bon sens, l'exaltation exaltée.
Les facéties et les accolades personnelles qui constituent l'album sont comme une lumière dans un monde qui privilégie le faux sur le vrai. Avec toujours cet espoir, comme il s'agit de musique, de transformer l'humeur plombée de ceux qui l'entendent en un instant. Les figures de cet album brandissent les avertissements pour autant de revirements possibles. S'arrêter, repartir de plus belle en sens inverse. Renoncer à commettre des idioties. Un infléchissement illustré dans le changement de tempo sur Coming Out In Code, par exemple. Pour ces fonctions, il se rapproche des deux dernière livraisons du songwriter, Temple Beautiful (2012) et Night Surfer (2014). La même capacité à faire fi des difficultés, souvent des choses que l'on s'impose par manque de réflexion. S'il faut aller à la bataille, autant écouter un bon disque avant de se décider si c'est une guerre utile. La fonction du rock reste celle là, reconsidérer ses actes, que ce soit à l'échelle d'un club, d'un quartier, d'un état, d'un pays. 

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