“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (76) intense (75) groovy (69) Doux-amer (60) ludique (59) poignant (59) envoûtant (54) entraînant (53) original (52) lyrique (48) communicatif (47) onirique (47) sombre (47) sensible (45) audacieux (44) pénétrant (44) élégant (44) apaisé (42) attachant (40) hypnotique (40) lucide (39) vintage (38) engagé (35) intemporel (31) Romantique (29) Expérimental (28) efficace (28) frais (27) intimiste (27) orchestral (27) spontané (27) fait main (26) rugueux (26) contemplatif (24) funky (23) varié (23) extravagant (21) nocturne (20) puissant (20) sensuel (18) inquiétant (15) lourd (15) Ambigu (10) heureux (10) épique (10) culte (8) naturel (3)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 27 avril 2017

THE SPIRIT OF THE BEEHIVE - Pleasure Sucks (2017)




O
extravagant, envoûtant
indie rock

Plutôt qu'un groupe conventionnel, il s'agit d'un collectif : au moins deux groupes expérimentés qui décident de lancer ensemble un nouveau projet dont la trame s'entend comme une évolution incessante, d'une écoute à l'autre. Ce que permettent des sonorités jamais définies, mais filant une perspective vertigineuse, n'en finissant pas de s'évanouir, progressant sans origine ni fin au point de paraître immobiles, dans la distance, dans le chaos, quitte à donner la nausée.

Pleasure Sucks commence avec un (dé)collage de field recording, de clavier analogique et de guitare inconstante. Des nappes étrangement mélodiques évoquent du shoegaze, et la batterie mène avec sûreté vers une première apothéose.  L'album (nommé d'après une sorte de thèse défendue par l'album, comme quoi les plaisirs éphémères videraient la vie de sa substance) est déjà très ouvert au départ, et capable de s'ouvrir encore plus, polarisant et agrégeant tout à la fois, défiant les lois de la physique. Ils font frissonner sur Time to Scratch Them All, un moment où se répondent la mélancolie révoltée de My Bloody Valentine et la malice de Pavement. C'est pure espièglerie, ou affectations réelles, mais jamais sabotage gratuit.

Les moments accrocheurs se succèdent, promettant un bon album indie-rock dans le sillage de Deerhunter ou Animal Collective, les tonalités dévoyées encore un cran au-delà. Piano, Heavys Instrument ou Snow on The Moon bâtissent sur cette esthétique d'une déchéance magnifique, ou d'un travestissement acidulé. Les claviers infâmes et totalement assumés apparus dès Pleasure Sucks I reviennent sur Future Looks Bright (It's Blinding).

C'est le sons d'un collectif aux impressions mouvantes, capable d'exprimer l'anxiété ou l'inconstance de leurs appuis, mais qui sait irradier la confiance et l'expérience. Le refrain est pris dans la manne des guitares triturées, audible mais sauvage. Becomes the Truth est comme la poigne d'un maniaque ne voulant pas lâcher les derniers effets semblant le retenir à la réalité. Toutes les choses concrètes reconnues ailleurs comme repères sont inefficientes pour empêcher The Spirit of the Beehive de dériver dans un délire musical, parfaitement maîtrisé, sur Big Brain. On pense au vertige de Zappa, mais alors, qui dirige cet ensemble ? Mono Light Crash, à son tour, laisse se dégager un misch-masch de bruits sur une rythmique locomotive, avec une réverb' copieuse, telle qu'on se croirait chez Kurt Vile. Un véritable amour des guitares se révèle d'ailleurs pour sublimer un peu cette débâcle de sons surprenants. Très présentes, d'abord comme nappes assourdissantes (Twenty First Road Trip), elles carillonnent avec Cops Come Looking.

C'est un maelström où l'on repère une volonté d'agréger des sensations plus profondes reliées à des lieux, à des temps, et de tout recracher dans l'instant. L'intérêt d'un tel album, hormis sa vulnérabilité bien gardée, et la brillance paradoxale de sa production, c'est de pouvoir observer les pièces trouver leur cohésion par-delà le sens commun, comme l’œuvre unique qu'il devient, en perpétuel transit. Comme des formations expérimentales exigeantes des années 90 (Stereolab...), il gagne lentement en épaisseur.

mercredi 19 avril 2017

SLOWDIVE - Slowdive (2017)



OOO
intemporel, apaisé, pénétrant
shoegaze, rock, pop alternative

Alors que le shoegaze semblait s’attribuer de plus en plus à un certain public et à des pronostics échangés sur internet, Slowdive vous incite, comme jamais ils ne l'on fait en leur premier temps, à sortir de votre PC et à vivre. Dans le temps en question, internet existait à peine. Ces années passées à ne pas jouer ensemble, puis à se retrouver en 2014, leur ont fait regagner une chance d'avoir une place dans le paysage, profitant aussi la défection d'Oasis, de Blur, des Libertines, de Franz Ferdinand... Ils ont attendu ce moment où les fans les retrouveraient, ceux-ci remisant leurs espérances pour rejoindre le groupe dans les concerts et façonner ensemble de nouvelles fonctions émotionnelles pour le monde, changé, de l'année 2017. Une date que le groupe s'approprie en jouant un rock vivant, entraînant, et simple.

Certains diraient que leur son a 'bien vieilli', mais a t-il été suffisamment écouté par le passé? Il arrive jusqu'à nous, sourd et langoureux, souterrain, identifiable comme celui d'un groupe revenant de loin et pourtant palpable.

Slowdive sait surprendre, et donner plusieurs dimensions à leur musique. Ils ne reposent pas seulement sur une texture aérienne mais arrimée, même si c'est une belle qualité que d'être si direct et statique sur Sugar For The Pill. Ils réussissent un disque enlevé, avec des changements de rythme au cours des morceaux, et où les thèmes communs avec leurs anciennes chansons – les dernières en date remontent à 1995 - ne se jouent pas au détriment des plus récentes. Ils ont montré en concert une volonté de régénérer leur répertoire, revisitant notamment des chansons réputées impénétrables de Pygmalion (1995), Crazy For You et Blue Skied An' Clear, en guise de douce revanche contre le temps et le music business qui aurait pu leur retirer, dans le cas où les contraintes auraient été les plus fortes, l'envie de s'aventurer de nouveau dans leur rock à l'aura nimbée de lumière.

Don't Know Why, une mélodie rappelant Machine Gun, est la première apparition notable de Rachel Goswell sur l'album. Elle réitère la même forme d'émanation sur Everyone Knows. Les arpèges de Falling Ashes font écho à Daydreaming, la chanson de Radiohead. Slowdive parvient, comme cet autre quintet britannique, à rester concret et attrayant pour le plus grand nombre malgré ses explorations. Le charisme insoupçonné de Neil Hamstead, qui troque son mal-être adolescent pour une maturité radieuse, hisse Slomo et Star Rowing bien au delà de ce que leurs trames laissent présager. C'est peut être lui qui évite à Slowdive de sembler engoncé dans son ancien désarroi.

Mais tout le groupe évolue de façon audible, comme ils l'ont fait entre leurs trois albums passés. Ils réitèrent le grand saut effectué entre chacun d'entre eux. Pour nous, le regret d'avoir attendu aussi longtemps est balayé par la réalisation que c'est de cela dont il s'agit, en musique : pas un timing, rapide et régi par des exigences fonctionnelles, mais plutôt un tempo, s'entendant selon des lois naturelles et le cœur de chacun. Sans encore élucider le message véhiculé par cet album, on en profite déjà pleinement. Les paroles méritent de rester inexplorées, admirées pour leur grain et l'endroit d'où elles émanent, aussi irréel que le sentiment que ce n'est pas un aboutissement, mais les signaux d'une présence intemporelle qui s'offre à nous. Les éléments vocaux et instrumentaux se combinent avec une grâce jamais attente auparavant sur un album de Slowdive, jusqu'aux chœurs finaux de Falling Ashes.

mardi 18 avril 2017

SEAN ROWE - New Lore (2017)





OO
Sensible, soigné
Folk rock, americana

Le dépouillement singulier de la guitare sur Gas Station Rose, en ouverture de cet album, est le fruit d'un choix artistique important et continuel chez Sean Rowe. « Je retourne toujours au désir de débarrasser ce que je crée de tout artifice. Dans la lignée de ce que j'écoutais à 18 ans et ce à quoi je reviens encore. Je ne suis pas impressionné par grand-chose dans la musique de maintenant. Le plus gros de ce que j'entends, c'est du pareil au même, pour moi. » Ainsi, il se lance pour défi d'aménager une intensité, une sincérité habitée de doutes et d'humour, à la manière de Tom Waits dont il partage le label, Anti-. Dans son ambition, et dans son approche spirituelle de la vie, où les rencontres provoquées entrent en collision avec un environnement fantasmatique, il fait penser au maître des bas fonds modernistes, visionnaire, la fibre politique en berne, pourtant, dans le cas de Sean Rowe. Il se 'contente' d'un matériau intime, comme issu d'une contemplation apaisée de la nature humaine plutôt que d'une envie de catharsis.

Sa poésie du dénuement le pousse à s'épanouir dans des mélodies entêtantes et des refrains éclairant les couplets construits autour d'eux. Le timbre rare de Rowe fait oublier peu à peu le classicisme de sa musique, et le positionne dans la lignée de poignants expérimentateurs comme Blake Mills et de son album Heigh Ho (2014). Le New Yorkais, jouant l'aller retour tendu entre ce classicisme en enregistrant à Memphis dans le studio mythique de Sam Philipps. Entraîné par sa guitare percussive, s'emploie à isoler un ton spécial, cela s'illustre à chaque seconde sur New Lore : les chœurs opulents sur The Salmon, soutenus par un refrain exalté, où il surprend un fois de plus en quittant sa voix de baryton pour une inflexion plus aiguë.

New Lore l'inscrit pour de bon dans la durée, il parvient à donner une façon finalement touchante à des moments quand Madman (2013) le voyait se confronter à des épreuves formelles au détriment du fond. Il sait se faire dans le sentimental hautement calibré comme Hayes Carll (It's Not Hard To Say Goodbye), John Murry (I Can't Make a Living By Holding You) ou Josh T. Pearson (Leave Something Behind), c'est dire qu'il sait s’inscrire dans ce qu'on appelle l'americana.

Il sait revenir dans un temps ou la ballade au piano pouvait couper le souffler d'une assistance de buveurs, et le hisser au dessus de ceux dont il semblait auparavant partager le goût de la boisson. Son ivresse n'est que mélancolique. Promise of You est aussi proche de Satellite of Love (Lou Reed) qu'elle est d'une sérénade de Waits jouée après minuit dans un diner. En voulant forger un album cohérent, il fait preuve d'un esprit de synthèse où Newton's Craddle joue le rôle du sursaut funky, le genre de ressort narratif insolite dont Tom Waits s'est fait une spécialité en changeant d'accent d'une chanson à l'autre.

dimanche 9 avril 2017

# Morceau : DEVIN TOWNSEND - Stormbending (2016)





Un album est toujours plus intéressant s'il fait passer un message, et parfois beaucoup plus valeureux s'il s'octroie une mission. Transcendence souffre peut être de contenir presque autant de conclusions que de morceaux, et plusieurs intentions ou missions. L'une d'elle est de faire s'exprimer le groupe, et de montrer que The Devin Townsend Project est une entité en 3 dimensions. En tant qu'êtres humains, ils ne sont pas seulement sur le pied de guerre pour nous combler les oreilles, mais se tiennent à nos côtés quelle que soit notre place sur la planète, pour tous les combats universels. A l'image de Stormbending, qui évoque pèle-mêle le pouvoir presque divin des cordes de son instrument et celui de produire de toute son âme un futur désirable.

Lorsqu'on écoute Devin Townsend on change aussitôt d'échelle. Ce qui était infime devient capable de mettre Kong K.O., ce qui était déjà passablement grand devient galactique. C'est, amplifié et statufié, l'effet de la petite marionnette Ziltoid, conçue en 2007 à l’effigie d'un créateur alors déprimé par l'état du show-business et consumé par son propre appétit de musique. Au business, Townsend a contribué à lui rendre son aspect décomplexé, présentant au Royal Albert Hall son mini-opéra autour de la marionnette. Son état maniaco-dépressif, qui l'empêche de rester stationnaire bien longtemps, l'a poussé dans de nouvelles aventures.

Mais il a aussi pris soin de se demander, a avec chaque nouvel album, s'il avait encore quelque chose d'utile à partager avec le groupe et avec ses fans, si sa musique pouvait, avec toujours la même pertinence, conforter et agréger ses états moraux plutôt que de les laisser en apesanteur au risque de le hanter éternellement. Sans cela, il n'aurait peut être pas gagné sa place d'artiste singulier érigé tout contre les cohortes de groupes metal sans leur ressembler, innovant et unique au monde, et donc, selon les règles de son humanité, dans l'univers tout entier.

Car s'il existe des consciences ailleurs, leur éveil a été très différent du notre, cette façon de s'attacher à des objets au départ insignifiants pour leur donner une plus grande force évocatrice que les choses de la nature le même. Townsend est le songwriter de ceux qui aiment les exploits sincères accomplis par l'homme et souhaitent le voir enfin trouver sa place dans la nature. Il est pour ceux qui apprécient la gravité quand elle passe avec fantaisie. Même dans la vidéo apocalyptique et (sans doute) volontairement très académique de Stormbending, ses fans décèlent le jeu qu'instaure Townsend, le décalage toujours présent dans sa façon d'être au monde, et qu'il éprouve à travers la musique comme aucun autre. A chaque fois, c'est comme de le voir de nouveau pousser son premier cri, accouché par sa mère. Il a ce type de lien avec une matrice, qui est soit la terre espérée soit un système plus grand et fantaisiste comprenant aussi l'espace.

R STEVIE MOORE & JASON FALKNER - Make It Be (2017)




O
ludique, extravagant, vintage

Power pop, lo-fi

Un album qui agite les neurones et donnera envie à ce qui ne le connaissaient pas de sonder R Stevie Moore - ou pas. Dans sa cinquième décennie de musique, le chantre de l'amateurisme pop, dont certaines mélodies ont été capables de rivaliser avec les groupes les plus doués, mérite sa place dans votre set-list. Il s'occupe seul, ne demande presque pas de soins. Et il peut ramener à la maison un ami de temps à autre. Une fois que vous aurez fait l'expérience du résultat, vous n'aurez plus rien contre. L'un pondéré et l'autre hyper spontané, encore précoce à son âge, la paire Falkner/Moore semble profitable aux deux d'entre eux, et en résulte un album qui ne se résout jamais. « I accept the risk of nocturnal emissions. » chante Moore sans bonhomie, pour une fois, sur le monocorde That's Fine, What Time ?

Make it Be passe avec vous un contrat de réciprocité que vous seriez bien en veine d'accepter. Ou bien ça vous ferait rater I Am The Best For You, capable de dresser les cheveux sur votre tête. Falkner use au mieux de l'excitation de Moore en lui adjoignant des power-chords. Ce n'est comparable à rien de charitable, mais ils ne sont pas là pour s'excuser. La participation de Falkner s'apparente tout du long à une forme de connivence enchantée, voir par exemple Another Day Sleeps Away. Ailleurs, le pastiche ridicule de Stamps précède l'excellent pouvoir sixties de Horror Show, à écouter aussi fort que les Who pour chasser les forces du mal tentant de s'installer face à chez vous (sous forme d'affiches hideuses préparant l'élection présidentielle). Dans ces cas là, on a toujours envie de voter pour le plaisir de l'instant.

R Stevie Moore puise sa meilleure énergie dans la décennie de la libération sexuelle, et joue du contraste de toutes ces libertés suggérées et de paraître un nerd enfermé dans sa chambre en train de compulser sa guitare et l'informatique musicale. La culture du sample et du loop l'avait éloigné peu à peu de l'écoutable. Il démontre qu'il sait toujours faire dans l'ambivalence avec le très réussi I Love Us, We Love Me. Il ne change pas sa manière de procéder : s'il a envie de caser une reprise de Huey Piano Smith and the Clowns sur son album, il le fait. Don’t You Just Know It nous ramène à la fête et à la rue mieux que les Doors de Strange Days, et montre un disque bien nommé, faisant exister le tracklisting absurde que d'autres ont à peine osé imaginer.

Inutile d'être trop précis quant à qu'il convient de dénoncer, noblesse et respectabilité, quand on est capable de finalement faire converger l'auditeur, par des mimiques et l'énergie consumée, dans une sphère intime où se devine la révérence profonde envers des groupes comme Big Star et Thunderclap Newman. Même dans le lo-fi, cette classe au son écorché, les chansons ont la possibilité de devenir intemporelles si elles sont bien conçues à l'origine. En témoigne Play Myself Some Music, réenregistrée maintes fois par Moore et reprise ici par Falkner. Elle est la preuve ravivée du triomphe de cette esthétique pop différente.

« We got to get out of here if it's the past thing we ever do ! » braille Moore d'une voix de pochard. Politique, paranoïa, pollution, tous les sujets ennuyeux présumant la disparition lente et certaine de notre humanité sont moqués comme d'affreuses bondieuseries. On perdrait notre temps à argumenter. Il y a un esprit de fun et de liberté, une envie de tout bazarder qui nous gagne, dès l'entrée en matière I H8 PPL (lire I Hate People) et c'est un sentiment enivrant.

DEVON SPROULE - The Gold String (2017)



O
frais, apaisé
folk rock jazzy


Quand on trace le chemin parcouru depuis le superbe Keep Your Silver Shined (2007), on réalise que Devon Sproule a développé, en toute quiétude, les armes lyriques qui l'on fait devenir discrètement l'une des plus brillantes dans son domaine. Lorsqu'elle évoque le jazz, c'est pour en reprendre ses éléments les plus volatiles, laisser sa parole porter dans un flow poignant, avec une once de fantaisie. C'est le cas sur la chanson titre, où Sproule part d'une voix presque monocorde, son phrasé indolent soulignant finalement la subtilité harmonique du morceau. Elle y évoque la vie au contact de la nature dans une île sauvage, la contemplation bucolique et celle des gens. Outre les harmonies, l'électronique est elle aussi révélatrice d'une plénitude. Elle est chants d'oiseaux sur la chanson d'ouverture Listen To This. Le sens de l'exploration musicale de Devon Sproule se confond avec ses textes, pénétrés de ce qui l'entoure, créant un amalgame singulier.

Après avoir révélé au fil du temps, des tons différents, des variations et des façons d'affronter la musique folk sans réellement en faire, Devon Sproule a finit par se tenir aux abords de l'expérimentation tonale, jouant de sons et de productions éthérées et profondes. Mais davantage encore, c'est le disque d'une personne ayant su s'intégrer, à sa façon, partout où elle a vécu, depuis les villages hippies de Virginie où elle a grandi, jusqu'au Canada, où elle a vécu dans plusieurs provinces puis enregistré cet album, en passant par New York et l'Europe. Elle est capable d'établir des connections décalées avec tout ces lieux et les personnes qu'elle y dépeint, qu'elle définit comme des tribus.

Devon Sproule dégage un charisme inattendu dans sa manière de figurer ses chansons sur scène. Cette expérience se reflète dans l'aisance de son album, une maturité qui se ressent dans la production, bénéficiant de la participation de son mari Paul Curreri. En atteste, par exemple, la diversité de textures des couplets sur Jana, puis le solo de guitare. Curreri chante et joue sur l'album également.

samedi 8 avril 2017

ARTÚS - Ors (2017)







 OO
audacieux, original, intense
Rock

On a affaire à une expérience audiovisuelle, où la musique prend le relais des histoires traditionnellement racontées au cœur des montagnes pour chanter l'ours. Et si la gorge se noue parfois, devant les sentiments partagés de joie et de tristesse que nous procure ce dieu païen, les parties instrumentales, riches en crescendos et en moments de tension, font preuve d'une audace dévorante. Magnifique pochette rouge et noire, suggérant la force vitale et le mystère, à l'image de la musique : de l'intensité sauvage à l'élégie funèbre, à l'image d'un disque jazz de grand maître, Ors ne perd pas un instant sa magnitude. La valeur narrative de l'album trouve tout son sens sur La Hòla : c'est reformuler des histoires étranges, réinventer à chaque chanson une relation en tension dramatique entre l'homme et son démon, pourtant si innocent.

« Le fait est qu'il n'existe, pour ainsi dire, aucune chanson traditionnelle sur l'ours […] A l'heure actuelle, ces chansons restent à découvrir et à inventer » nous confie le groupe. Pour ce faire, Artús imagine des morceaux-sarabandes, avec des moments dont l'austérité nous renvoie à un temps de superstitions, de nature insoupçonnée, ou l'on éprouvait l'urgence de protéger son âme des intrusions néfastes et de mettre les bons esprits de son côté. La force tutélaire de l'ours devrait le ranger dans la deuxième catégorie.

Il est célébré parce qu'il incarne une tutelle contre l'agression, en l’occurrence celle de l'être humain, qui se trouve divisé entre sa culture et sa volonté de comprendre la créature. Dewsvelh démarre In Media Res. A travers les morceaux rythmés et progressifs de Ors, Artús décrit la descente quasi mystique de l'homme, essayant pourchasser ses pires penchants et de piéger ses propres préjugés. C'est un rêve collectif pour une nature incarnée en images et en sons. Six musiciens s'y mettent de toutes leurs forces, nous surprennent par leur utilisation des percussions, du violon, sur un lit de guitares électriques et de baisha, et l'habileté qu'ils mettent à contourner l'agressivité, combattue par leur poésie. La culture de l'animal n'a pas frontières, et il faudrait peu pour qu'on se retrouve dans les confins de l’Asie avec cette musique originale.

Auròst devient danse chamanique, essaie de réconcilier l'étranger et celui qu'il redoute, intervertit les rôles, comme un appel à la personnification de l'ours, ou à la transformation de l'homme en créature d'instinct. La peur éprouvée d'un côté, la curiosité de l'autre, et la joie chez le spectateur de ce face à face, pour solder cette rencontre.


http://hartbrut.com/


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